{"id":68758,"date":"2007-05-02T00:00:00","date_gmt":"2007-05-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/05\/02\/les-maitres-chanteurs-de-lamerican-dream\/"},"modified":"2007-05-02T00:00:00","modified_gmt":"2007-05-02T00:00:00","slug":"les-maitres-chanteurs-de-lamerican-dream","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/05\/02\/les-maitres-chanteurs-de-lamerican-dream\/","title":{"rendered":"Les ma\u00eetres-chanteurs de l&rsquo;\u201c<em>American Dream<\/em>\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Les ma&icirc;tres chanteurs de l&rsquo;<em>American Dream<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2 mai 2007 &mdash; Un article du critique d&rsquo;art du <em>Guardian<\/em> Jonathan Jones, du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/commentisfree\/story\/0,,2069325,00.html\">1er mai<\/a>, repr\u00e9sente une ode \u00e0 l&rsquo;art am\u00e9ricain, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;art moderne ; donc, une ode \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, toutes choses consid\u00e9r\u00e9es par ailleurs (y compris celles de Bush &#038; compagnie). Surtout, il constitue une remarquable perc\u00e9e au coeur de l&rsquo;appr\u00e9ciation am\u00e9ricaniste d&rsquo;une partie de la gauche progressiste europ\u00e9enne. On comprend parfaitement, \u00e0 la lecture de l&rsquo;article, combien, pour cette sorte d&rsquo;esprit, et dans un encha&icirc;nement presque m\u00e9canique :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L'\u00a0\u00bbart moderne\u00a0\u00bb est l&rsquo;art d&rsquo;aujourd&rsquo;hui par essence, quelque chose o&ugrave; le qualificatif (\u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb) est tellement \u00ab\u00a0presque aussi important\u00a0\u00bb que le substantif, qu&rsquo;il fait se demander s&rsquo;il n&rsquo;est pas, apr\u00e8s tout, plus important.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; On est tr\u00e8s vite convaincu de la validit\u00e9 de cette hypoth\u00e8se lorsqu&rsquo;il appara&icirc;t que le rapport entre l'\u00a0\u00bbart moderne\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0modernisme\u00a0\u00bb et l&rsquo;Am\u00e9rique est, dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;auteur, absolument \u00e9vident :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo; <em>If you reject America and all its works you have to be suspicious of modernism. Conversely, to be modern is to be a little bit American.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Du coup, on comprend la sacralit\u00e9 de l&rsquo;exercice impos\u00e9 : \u00ab\u00a0art moderne\u00a0\u00bb \u00e9gale modernisme \u00e9gale Am\u00e9rique, dans le sens qui vous importe. Par chance, GW Bush et tout ce qui l&rsquo;accompagne, comme on l&rsquo;a dit plus haut, n&rsquo;est qu&rsquo;un accident de passage ; on pourrait m\u00eame faire l&rsquo;hypoth\u00e8se paradoxale que cette d\u00e9cennie \u00e9pouvantable de la politique ext\u00e9rieure US rec\u00e8le en v\u00e9rit\u00e9 son contraire. Parlant de ce qu&rsquo;il juge \u00eatre l&rsquo;affirmation unique de l&rsquo;Am\u00e9rique comme seule nation productrice de l'\u00a0\u00bbart moderne\u00a0\u00bb, le critique poursuit :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Here&rsquo;s a paradox. Ten years ago, this story seemed to be ending. Yet here we are, deep into the worst decade in modern US history, and its art looks great. It would be absurd to think the grandeur of US art is a credit to George Bush. But he can&rsquo;t stop it, and hatred of him shouldn&rsquo;t blind us to it. What has happened is that certain artists have emerged as masters in the same league as those great names of the 50s. Brice Marden and Richard Serra were born in 1938 and 1939 respectively, and were contemporaries at Yale. Their abstract art is as strong as anything in the American heritage.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Certainement, toute la logique et la perception du critique et de la th\u00e8se qu&rsquo;il d\u00e9fend au nom de la gauche progressiste universelle, qu&rsquo;on retrouverait ais\u00e9ment n\u00e9o-lib\u00e9rale et n\u00e9o-conservatrice, se trouvent dans ce passage :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>American art is great today because it&rsquo;s true to its past and proud of its history &mdash; proud of its Americanness. Does this mean anything, politically? To get close to the truth we need to look at our own prejudices. If you reject America and all its works you have to be suspicious of modernism. Conversely, to be modern is to be a little bit American. It doesn&rsquo;t do to take the course that always tempts the left: to choose to imagine that all really great American culture is critical of America. Bob Dylan once shocked European fans out of that fantasy by unfurling a giant stars and stripes. Obviously American art could only be American. Philip Roth may have won some new readers by producing a novel, The Plot Against America, that seemed to warn of American fascism, but get deeper into his oeuvre and you&rsquo;ll soon find how little he enjoyed living in Britain and how much he despises Jane Austen. Even radical US artists and writers are American, and believe their own culture has value. They&rsquo;re right.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Critique-flic<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Partons d&rsquo;un d\u00e9tail de cette citation. L&rsquo;auteur parle de l&rsquo;artiste moderne am\u00e9ricain, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;artiste am\u00e9ricain tout court (le qualificatif, on l&rsquo;a vu, va tellement de soi qu&rsquo;il impose le substantif). D&rsquo;ailleurs, s&rsquo;\u00e9cartant du seul \u00ab\u00a0art moderne\u00a0\u00bb, il cite Bob Dylan puis Philip Roth, successivement un chanteur et un \u00e9crivain, &mdash; et, ce dernier (Roth), pas pr\u00e9cis\u00e9ment du type \u00ab\u00a0artiste moderne\u00a0\u00bb comme les divers peintres dont il parle. A propos de Philip Roth, donc, il note :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Philip Roth may have won some new readers by producing a novel, The Plot Against America, that seemed to warn of American fascism, but get deeper into his oeuvre and you&rsquo;ll soon find how little he enjoyed living in Britain and how much he despises Jane Austen.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La question qui se pose est alors : Jane Austen est-elle encore un \u00e9crivain am\u00e9ricain ? Et Edith Wharton, qui choisit de vivre et de mourir \u00e0 Paris ? Et Dos Passos, Fitgzerald, Hemingway, lorsqu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e0 Paris ? Et les \u00e9crivains et musiciens noirs dans les ann\u00e9es 1940, les victimes du maccarthysme dans les ann\u00e9es 1950, tous s&rsquo;expatriant \u00e0 Paris ? Et Henry Miller, qui dit puiser toute son inspiration de son Paris (Clichy) des ann\u00e9es trente et r\u00e9serva <em>The Air-Conditionned Nightmare<\/em> \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique ? Et Johnny Deep, qui vit en Provence avec une femme fran\u00e7aise et ne veut plus entendre parler de vivre en Am\u00e9rique, est-il encore digne du qualificatif \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb ? Et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les r\u00e9ponses, toutes les r\u00e9ponses sont n\u00e9gatives, certes. Ces artistes sont <em>un-american<\/em> et, de cette fa\u00e7on ils ne sont pas modernes et, de cette fa\u00e7on, ils ne sont pas vraiment artistes&hellip; Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0march\u00e9 intellectuel\u00a0\u00bb, de contrat si vous voulez, comme on en passe entre grands groupes adeptes de la globalisation. Tout cela ne peut \u00eatre qu&rsquo;am\u00e9ricaniste sinon vous \u00eates exclus de l&rsquo;art, de la notion d&rsquo;art moderne. La clef de l&rsquo;un va dans la serrure de l&rsquo;autre et vice-versa.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>It&rsquo;s hard to be anti-American if you like modern art&#8230;<\/em> [&hellip;] <em>To admire contemporary art is to admire America; anyone who believes differently is kidding themselves.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il s&rsquo;agit du totalitarisme de la pens\u00e9e moderniste et, dans elle, celui, particuli\u00e8rement redoutable, du critique de l&rsquo;art moderne. L&rsquo;art moderne, ou \u00ab\u00a0art am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, ne doit pas \u00eatre mis en cause dans son fondement (par exemple, en s&rsquo;interrogeant : cette chiotte souill\u00e9e mais expos\u00e9e \u00e0 New York \u00e0 la Kent Gallery est-elle une &oelig;uvre d&rsquo;art?). Elle est moderne et cela suffit. C&rsquo;est une d\u00e9marche id\u00e9ologique. Le critique de l&rsquo;art moderne est, par cons\u00e9quent, le gardien du dogme autant que le gardien du camp de concentration moderniste. Il est toute vigilance, intransigeance et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame, la CIA faisait-elle une d\u00e9marche id\u00e9ologique en soutenant, dans les ann\u00e9es 1950, les po\u00e8tes et les peintres avant-gardistes, les cr\u00e9ateurs de ce que le critique d&rsquo;art nomme l'\u00a0\u00bbart moderne\u00a0\u00bb. Il suffit de lire l&rsquo;\u00e9vocation magistrale de Frances Stonor Saunders (<em>Who Paid the Piper ?<\/em>, \u00e0 propos duquel on trouve des <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=162\">r\u00e9flexions<\/a> sur ce site). Et tout cela n&rsquo;est pas sans vertus cach\u00e9es&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>On trouve parmi eux des hommes cultiv\u00e9s, des esth\u00e8tes, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;incroyable James Jesus Angleton, ami de Ezra Pound et de T.S. Eliot dans sa jeunesse, devenu chef des contre-espions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la CIA, qui \u00e9chafaude d&rsquo;incroyables complots sovi\u00e9tiques et qui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, vient en aide \u00e0 des po\u00e8tes et \u00e0 des \u00e9crivains, sur fonds secrets. \u00ab\u00a0Il \u00e9tait l&rsquo;image parfaite de l&rsquo;espion-po\u00e8te, l&rsquo;inspirateur de tant de mythes romantiques \u00e0 propos de la CIA per\u00e7ue comme une extension de la tradition litt\u00e9raire lib\u00e9rale am\u00e9ricaine.\u00a0\u00bb (Saunders.)<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il y a beaucoup de passion dans cette plaidoirie du critique Jonathan Jones. Cette passion, qui est n\u00e9cessairement subjective, pr\u00e9tend s&#8217;employer sur des valeurs objectives. En gros, comme on l&rsquo;a signal\u00e9 plus haut, \u00ab\u00a0&lsquo;art moderne&rsquo; \u00e9gale modernisme \u00e9gale Am\u00e9rique, dans le sens qui vous importe\u00a0\u00bb. L&rsquo;artiste am\u00e9ricain est n\u00e9cessairement moderne et am\u00e9ricaniste. Il dispose d&rsquo;une vertu exemplaire. Tout s&rsquo;\u00e9quivaut : n&rsquo;est \u00ab\u00a0art moderne\u00a0\u00bb qu&rsquo;am\u00e9ricain, et n&rsquo;est moderniste qu&rsquo;am\u00e9ricain, &mdash; dans tous les cas \u00ab\u00a0<em>a little bit American<\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est une condition <em>sine qua non<\/em> et cela s&rsquo;appelle du chantage, &mdash; qu&rsquo;il soit intellectuel ne fait qu&rsquo;ajouter \u00e0 la saloperie. Les pro-am\u00e9ricanistes en sont l\u00e0 et la messe est dite. Quant \u00e0 nous, \u00e0 tout prendre, nous pr\u00e9f\u00e9rons James Jesus Angleton au critique d&rsquo;art moderne, &mdash; car le flic des deux n&rsquo;est pas celui qu&rsquo;on pense.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les ma&icirc;tres chanteurs de l&rsquo;American Dream 2 mai 2007 &mdash; Un article du critique d&rsquo;art du Guardian Jonathan Jones, du 1er mai, repr\u00e9sente une ode \u00e0 l&rsquo;art am\u00e9ricain, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;art moderne ; donc, une ode \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, toutes choses consid\u00e9r\u00e9es par ailleurs (y compris celles de Bush &#038; compagnie). 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