{"id":68759,"date":"2007-05-02T00:00:00","date_gmt":"2007-05-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/05\/02\/la-laideur-triomphante\/"},"modified":"2007-05-02T00:00:00","modified_gmt":"2007-05-02T00:00:00","slug":"la-laideur-triomphante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/05\/02\/la-laideur-triomphante\/","title":{"rendered":"La laideur triomphante"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La laideur triomphante<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour accompagner et, commenter en un sens, notre appr\u00e9ciation et notre analyse du texte du critique britannique Jonathan Jones de <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3944\">ce jour<\/a> sur l&rsquo;art am\u00e9ricain (am\u00e9ricaniste), ou \u00ab\u00a0art moderne\u00a0\u00bb, nous avons pens\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait judicieux de mettre en ligne, &ndash; sorte d'\u00a0\u00bbavant-premi\u00e8re\u00a0\u00bb &ndash; un extrait de notre rubrique <em>Analyse<\/em> du num\u00e9ro du 10 mai 2007 de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (dd&#038;e).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le sujet est effectivement que le modernisme a introduit, notamment par un processus historique et un processus id\u00e9ologique, une subversion totale de l&rsquo;esth\u00e9tique qui est une explication centrale de l&rsquo;effondrement actuel (plus que d\u00e9cadence) de notre civilisation. Cette subversion touche tous les domaines de la vie, de l&rsquo;environnement, de la pens\u00e9e, et elle a cr\u00e9\u00e9 une civilisation qui constitue une agression fondamentale contre notre psychologie. Bien entendu, l&rsquo; \u00ab\u00a0art moderne\u00a0\u00bb (am\u00e9ricaniste) est un outil de pointe de cette \u00e9volution.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ci-dessous, l&rsquo;extrait annonc\u00e9. On pourra trouver, enligne, sur le site <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.edde.eu\/\">edde.eu<\/a>, d\u00e8s le 7-8 mai, le num\u00e9ro complet de <em>dd&#038;e<\/em>, pour 19 euros. (Extrait de \u00ab\u00a0<em>La laideur triomphante<\/em>\u00ab\u00a0, rubrique <em>Analyse<\/em>, Volume 22 n&deg;16 du 10 mai 2007.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>_______________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La laideur triomphante plut\u00f4t que la beaut\u00e9 trahie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous insistons: c&rsquo;est la laideur qui nous int\u00e9resse, et non pas la \u00ab\u00a0beaut\u00e9 trahie\u00a0\u00bb. La laideur est, toujours selon le Robert,<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>le &laquo;<em>caract\u00e8re,<\/em> [l&rsquo;]<em>\u00e9tat de ce qui est laid<\/em>&raquo;; et le \u00ab\u00a0laid\u00a0\u00bb est ce qui &laquo;<em>produit une impression d\u00e9sagr\u00e9able en heurtant le sens esth\u00e9tique; qui s&rsquo;\u00e9carte en un genre, un domaine sp\u00e9cifique, de l&rsquo;id\u00e9e du beau, de la beaut\u00e9<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le Robert \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb consacre une petite colonne aux d\u00e9finitions additionn\u00e9es des deux mots et 16 colonnes aux d\u00e9finitions, mais aussi concepts, th\u00e9ories, th\u00e8ses, etc. des deux mots \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0beaut\u00e9\u00a0\u00bb. Les philosophes, &mdash; car ce dictionnaire pr\u00e9sente la culture du point de vue \u00e9videmment philosophique de l&rsquo;in\u00e9vitable intelligence fran\u00e7aise, &mdash; s&rsquo;\u00e9battent avec d\u00e9lice dans le beau et dans la beaut\u00e9 depuis les origines. Le laid et la laideur, par contre, les ennuient consid\u00e9rablement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L'\u00a0\u00bbavantage\u00a0\u00bb de ne parler que de la beaut\u00e9 est qu&rsquo;on peut \u00e9largir le concept sans frein particulier, jusqu&rsquo;\u00e0 y englober peu \u00e0 peu ce qui, selon le sens commun, serait de la laideur. Ce point particulier, nous le trouvons explicit\u00e9 selon un penchant intellectuel moderniste, justement dans la rubrique que consacre le m\u00eame Robert \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb au concept de \u00ab\u00a0beaut\u00e9\u00a0\u00bb. L&rsquo;auteur de la rubrique, Alain Rey, termine celle-ci en s&rsquo;appuyant sur des citations, exprimant ce qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0jeux verbaux\u00a0\u00bb d&rsquo;Andr\u00e9 Breton et de Salvador Dali, et \u00e9crit:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Echappant aux couchers de soleil, aux cath\u00e9drales et aux mus\u00e9es, r\u00e9pandus dans les supermarch\u00e9s et dans les d\u00e9bris du quotidien, le beau se veut aujourd&rsquo;hui le signe transcendant du r\u00e9el, de tout le r\u00e9el.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La boucle est boucl\u00e9e. Le \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb a \u00e9chapp\u00e9 aux cath\u00e9drales (c&rsquo;est \u00e7a la libert\u00e9 et nous voil\u00e0 soulag\u00e9s) pour se \u00ab\u00a0r\u00e9pandre\u00a0\u00bb (terme bienvenu) dans les supermarch\u00e9s. Le beau est partout. Tout est beaut\u00e9, puisque la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame est enti\u00e8rement beaut\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9? C&rsquo;est-\u00e0-dire, aussi bien, la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle que construit le virtualisme. Comme Fukuyama nous annon\u00e7ait \u00ab\u00a0la fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, on nous pr\u00e9sente \u00ab\u00a0la fin de la beaut\u00e9\u00a0\u00bb (dans le sens de: qu&rsquo;est-ce qui est beau et qu&rsquo;est-ce qui ne l&rsquo;est pas?). L&rsquo;id\u00e9ologie \u00e9galitaire est sauv\u00e9e par la d\u00e9mocratie qui en est l&rsquo;expression finale (est-ce \u00ab\u00a0la fin de l&rsquo;id\u00e9ologie\u00a0\u00bb?) en instituant que tout est beau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend pourquoi la laideur fait bien peu recette puisque cette forme de pens\u00e9e sur la beaut\u00e9 d\u00e9cr\u00e8te que la laideur n&rsquo;existe plus. Nous sommes \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame d&rsquo;une \u00e9volution que nous tentons de d\u00e9crire de cette fa\u00e7on, o&ugrave; l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;art entra&icirc;ne l&rsquo;\u00e9volution du concept de beaut\u00e9:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Avec l&rsquo;affirmation de l&rsquo;individu apr\u00e8s la Renaissance, l&rsquo;art s&rsquo;est individualis\u00e9. Il a subi un processus de subjectivisation. Il a \u00e9chapp\u00e9 aux r\u00e8gles objectives de la beaut\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les artistes livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames ont conserv\u00e9 pendant un certain temps (jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle) une conscience aigu\u00eb de la beaut\u00e9. Ils travaillent en cons\u00e9quence, en tant qu&rsquo;individus. Ils sont devenus les gardiens de la beaut\u00e9. Cette mission cr\u00e9a une \u00ab\u00a0aristocratie de l&rsquo;esth\u00e9tique\u00a0\u00bb, les artistes se percevant \u00e0 part, comme une \u00e9lite de la beaut\u00e9 et de la hauteur de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Ce risque d&rsquo;\u00e9litisme, qui s&rsquo;est affirm\u00e9 au XIX\u00e8me si\u00e8cle au milieu du triomphe de la d\u00e9mocratie bourgeoise, impliquait un danger fondamental de contradiction avec ce courant id\u00e9ologique de d\u00e9mocratisation, qu&rsquo;il soit lib\u00e9ral ou radical. La chose \u00e9tait \u00e9vidente dans un temps (le XIX\u00e8me) o&ugrave; les artistes les plus \u00ab\u00a0avanc\u00e9s\u00a0\u00bb (ils auraient du \u00eatre en principe les plus d\u00e9mocrates) s&rsquo;affirmaient esth\u00e9tiquement de farouches adversaires de la m\u00e9diocrit\u00e9 d\u00e9mocratique (Flaubert, Baudelaire, Byron, Berlioz, etc).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le XX\u00e8me si\u00e8cle a connu un courant visant \u00e0 \u00e9liminer ce risque, et qui correspond assez bien au ph\u00e9nom\u00e8ne que nous avons tent\u00e9 de d\u00e9crire du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;histoire: une objectivation (dans ce cas, une \u00ab\u00a0r\u00e9-objectivation\u00a0\u00bb) de l&rsquo;art, sous la forme de l&rsquo;acceptation de toutes les subjectivit\u00e9s. Le compl\u00e9ment imp\u00e9ratif \u00e9tait la transformation de la beaut\u00e9 en simple &laquo;signe transcendant du r\u00e9el, de tout le r\u00e9el&raquo;. On peut dire que, puisque \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb est beau, \u00ab\u00a0tout\u00a0\u00bb est art. Il s&rsquo;agit simplement, dans le syst\u00e8me exclusivement dominant, d&rsquo;\u00eatre habile en marketing et en communication pour acqu\u00e9rir l&rsquo;\u00e9tiquette d'\u00a0\u00bbart\u00a0\u00bb et le titre d'\u00a0\u00bbartiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9sultat pratique de ce processus conceptuel est \u00e9vident. La beaut\u00e9 a perdu ses crit\u00e8res originels. Elle est tomb\u00e9e dans le chaos et s&rsquo;est insensiblement transform\u00e9e en laideur. C&rsquo;est dans tous les cas l&rsquo;affirmation centrale que nous posons, sans \u00e9prouver la moindre n\u00e9cessit\u00e9 de la prouver. Comme d&rsquo;autres disent que la d\u00e9mocratie est le r\u00e9gime vertueux par essence, nous disons que la situation de la \u00ab\u00a0beaut\u00e9 trahie\u00a0\u00bb revient aujourd&rsquo;hui \u00e0 une situation de laideur triomphante. Poser l&rsquo;affirmation que la beaut\u00e9 a d\u00e9sert\u00e9 les cath\u00e9drales pour rejoindre les supermarch\u00e9s vaut mati\u00e8re de confirmation sans discussion de notre affirmation, quelle que soit la beaut\u00e9 (sic) du raisonnement par ailleurs, &mdash; et la manipulation subversive de la raison impliqu\u00e9e naturellement. Il ne nous importe ici en rien de prouver notre affirmation, d&rsquo;avoir un d\u00e9bat \u00e0 ce propos. Nous avons d&rsquo;autres chats \u00e0 fouetter et l&rsquo;\u00e9vidence nous suffit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0laideur triomphante\u00a0\u00bb signifie une trahison de la beaut\u00e9. Les artistes, ou \u00ab\u00a0artistes\u00a0\u00bb c&rsquo;est selon, ne sont pas les coupables; tout juste les complices ou les victimes. Souvent, ils sont aussi des r\u00e9volt\u00e9s, apportant paradoxalement de l&rsquo;eau au courant de la trahison de la beaut\u00e9 au nom d&rsquo;une r\u00e9volte justifi\u00e9e contre le syst\u00e8me qui pousse, voire qui force \u00e0 cette trahison. Pr\u00e9senter des chiottes souill\u00e9es comme une oeuvre d&rsquo;art implique \u00e9ventuellement (si l'\u00a0\u00bbartiste\u00a0\u00bb a de l&rsquo;humour, comme en avait Dali) de moquer la grossi\u00e8ret\u00e9 et l&rsquo;inculture du bourgeois qui vient l&rsquo;admirer en se bouchant le nez, mais aussi de souscrire \u00e0 la manoeuvre g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me. L\u00e0-dessus, les intellectuels, disposant de locaux remis \u00e0 neuf o&ugrave; les \u00ab\u00a0toilettes\u00a0\u00bb ont remplac\u00e9 les chiottes, s&rsquo;attellent \u00e0 leur t\u00e2che quotidienne de nous montrer que les chiottes souill\u00e9es sont une partie du &laquo;<em>signe transcendant du r\u00e9el, de tout le r\u00e9el<\/em>&raquo;. C&rsquo;est ainsi que le pi\u00e8ge se referme, avec un claquement sec.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais l&rsquo;oeuvre d&rsquo;art ainsi transform\u00e9e dans nos temps postmodernes n&rsquo;est que la quintessence initiale du ph\u00e9nom\u00e8ne de trahison de la beaut\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est en fait un syst\u00e8me. De la circonstance de la beaut\u00e9 trahie, nous passons au syst\u00e8me de la laideur triomphante. De l&rsquo;accident individuel, nous passons au ph\u00e9nom\u00e8ne syst\u00e9mique collectif.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La laideur triomphante Pour accompagner et, commenter en un sens, notre appr\u00e9ciation et notre analyse du texte du critique britannique Jonathan Jones de ce jour sur l&rsquo;art am\u00e9ricain (am\u00e9ricaniste), ou \u00ab\u00a0art moderne\u00a0\u00bb, nous avons pens\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait judicieux de mettre en ligne, &ndash; sorte d&rsquo;\u00a0\u00bbavant-premi\u00e8re\u00a0\u00bb &ndash; un extrait de notre rubrique Analyse du num\u00e9ro du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[3281,6638,3423,3162,6637,6639],"class_list":["post-68759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notes-de-lectures","tag-art","tag-beaute","tag-civilisation","tag-dde","tag-laideur","tag-transcendance"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=68759"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/68759\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=68759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=68759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=68759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}