{"id":68770,"date":"2007-05-07T00:00:00","date_gmt":"2007-05-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/05\/07\/les-quatre-mais-du-candidat-elu\/"},"modified":"2007-05-07T00:00:00","modified_gmt":"2007-05-07T00:00:00","slug":"les-quatre-mais-du-candidat-elu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/05\/07\/les-quatre-mais-du-candidat-elu\/","title":{"rendered":"Les quatre \u201cmais\u201d du candidat \u00e9lu"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les quatre mais du candidat \u00e9lu<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t7 mai 2007  A trois ans pr\u00e8s, le nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais (n\u00e9 en 1955) est aussi vieux que la V\u00e8me R\u00e9publique (n\u00e9e en 1958). C&rsquo;est une circonstance exceptionnelle cette dur\u00e9e institutionnelle, dans le destin d&rsquo;une nation, la Grande Nation, caract\u00e9ris\u00e9e par une instabilit\u00e9 institutionnelle chronique, surtout depuis la R\u00e9volution. Cette continuit\u00e9 de la V\u00e8me R\u00e9publique existe malgr\u00e9 une fonction (la pr\u00e9sidence) dont la puissance est absolument sans \u00e9gale dans aucune d\u00e9mocratie occidentale, et qui pourrait \u00eatre per\u00e7ue comme une invitation \u00e0 l&rsquo;autoritarisme qui briserait la continuit\u00e9 institutionnelle. Cette continuit\u00e9 est r\u00e9affirm\u00e9e, sanctifi\u00e9e par une tr\u00e8s grande ferveur populaire pour cette \u00e9lection, qui n&rsquo;a pas de pr\u00e9c\u00e9dent depuis la premi\u00e8re \u00e9lection du genre, de 1965 (84% et 86% de participation respectivement les 22 avril et 6 mai 2007).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;hier n&rsquo;est pas un succ\u00e8s pour la d\u00e9mocratie,  qui n&rsquo;est qu&rsquo;un outil de fonctionnement de la politique. C&rsquo;est un succ\u00e8s pour un syst\u00e8me politique qui, malgr\u00e9 ses avatars et une situation g\u00e9n\u00e9rale de crise (en France bien s\u00fbr, mais essentiellement <strong>\u00e0 cause<\/strong> de la crise de la civilisation occidentale), assure sa fonction fondamentale de lien transcendantal entre le peuple et celui qui est \u00e9lu. Nous avancerons l&rsquo;hypoth\u00e8se que c&rsquo;est cet aspect de perfection transcendantale dans l&rsquo;esprit de la chose qui a forg\u00e9 la continuit\u00e9 et la solidit\u00e9 du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSarkozy a commenc\u00e9 par ce pour quoi il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu : l&rsquo;action. Son discours d&rsquo;investiture populaire (saluant le r\u00e9sultat de l&rsquo;\u00e9lection) a \u00e9t\u00e9 remarquable par son caract\u00e8re tr\u00e8s inhabituel, par son contenu politique qui ressemblait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 un programme d&rsquo;action. Bien plus que d&rsquo;\u00eatre formel, il se pr\u00e9sentait comme un discours-programme dont l&rsquo;orientation \u00e9tait, par contraste avec la campagne, fortement de politique \u00e9trang\u00e8re,  ce qui laisse cette interrogation : la r\u00e9forme urgente, n&rsquo;est-ce pas celle des relations internationales plus que celle de la France? Fran\u00e7ois Fillon confirmait dans la soir\u00e9e que, d\u00e8s qu&rsquo;il serait investi, Sarko irait \u00e0 Bruxelles et \u00e0 Berlin. L&rsquo;\u00e9tape de Berlin est classique (relations franco-allemandes obligent) mais ambigu\u00eb dans le sens o\u00f9 l&rsquo;on se demande si c&rsquo;est la chanceli\u00e8re allemande ou la pr\u00e9sidente de l&rsquo;UE que va voir Sarkozy ; les deux, sans doute, pour ne froisser personne. L&rsquo;\u00e9tape de Bruxelles est la plus int\u00e9ressante. Elle s&rsquo;amorce sur un quiproquo de belle proportion, entre la vision anglo-saxonne (<em>dito<\/em>, bruxelloise) de la victoire de Sarko et la r\u00e9alit\u00e9 fran\u00e7aise et europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette phrase (d&rsquo;apr\u00e8s le <em>Guardian<\/em> de <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/france\/story\/0,,2074063,00.html\" class=\"gen\">ce jour<\/a>) suffit \u00e0 faire comprendre dans quel esprit on attend Sarko \u00e0 Bruxelles, un esprit qu&rsquo;on esp\u00e8re d&rsquo;une unanimit\u00e9 r\u00e9formiste \u00e9videmment d&rsquo;inspiration anglo-saxonne: \u00ab<em>There is a view in Brussels that Ms Merkel, Mr Sarkozy, Mr Brown and Mr Barroso represent a reformist dream team.<\/em>\u00bb Mettre dans la m\u00eame \u00e9quipe de r\u00eave (ah, leur fascination du st\u00e9r\u00e9otype et du slogan les perdra) Barroso et Sarko est l&rsquo;une des plus belles trouvailles comiques depuis les Marx Brothers et Jacques Tati. Ensuite, le journal est conduit \u00e0 en rabattre quelque peu selon le fameux adage britannique (<em>the devil&rsquo;s in the detail<\/em>) ; Sarko \u00ab<em>looks likely to try to free up France domestically while using Europe to protect it from globalisation, triggering conflict with the free trade instincts of Mr Brown, and with the Germans over the role of the European Central Bank.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe passage consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Europe du discours du candidat saluant son \u00e9lection, \u00e0 Gaveau, vaut essentiellement par ses mais (en gras): <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Je veux lancer un appel \u00e0 nos partenaires europ\u00e9ens, auxquels notre destin est li\u00e9, pour leur dire que toute ma vie j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 europ\u00e9en, que je crois en la construction europ\u00e9enne et que ce soir la France est de retour en Europe.<\/em> <strong><em>Mais<\/em><\/strong> <em>je les conjure d&rsquo;entendre la voix des peuples qui veulent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s. Je les conjure de ne pas rester sourds \u00e0 la col\u00e8re des peuples qui per\u00e7oivent l&rsquo;Union Europ\u00e9enne non comme une protection<\/em> <strong><em>mais<\/em><\/strong> <em>comme le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM\u00eame chose, cette pr\u00e9sence d&rsquo;un mais fondamental et d&rsquo;un autre compl\u00e9mentaire dans le passage imm\u00e9diatement suivant, qui concerne les relations avec les USA :<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Je veux lancer un appel \u00e0 nos amis Am\u00e9ricains pour leur dire qu&rsquo;ils peuvent compter sur notre amiti\u00e9 qui s&rsquo;est forg\u00e9e dans les trag\u00e9dies de l&rsquo;Histoire que nous avons affront\u00e9es ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s quand ils auront besoin d&rsquo;elle.<\/em> <strong><em>Mais<\/em><\/strong> <em>je veux leur dire aussi que l&rsquo;amiti\u00e9 c&rsquo;est accepter que ses amis puissent penser diff\u00e9remment, et qu&rsquo;une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle \u00e0 la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique,<\/em> <strong><em>mais<\/em><\/strong> <em>au contraire d&rsquo;en prendre la t\u00eate parce que ce qui est en jeu c&rsquo;est le sort de l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Les mais affectueux et les mais revendicatifs<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSi nous avons bien compt\u00e9 (gr\u00e2ce \u00e0 notre sacr\u00e9e machine), il y a six mais dans ce discours. Deux sont affectueux ou conseilleurs, et concernent la France (\u00ab<em> Mais je le ferai avec tous les Fran\u00e7ais. Je le ferai dans un esprit d&rsquo;union et de fraternit\u00e9<\/em>\u00bb ; \u00ab<em>mais \u00e0 s&rsquo;ouvrir aux autres, \u00e0 ceux qui ont des id\u00e9es diff\u00e9rentes, \u00e0 ceux qui ont d&rsquo;autres convictions<\/em>\u00bb). Les quatre autres concernent les amis europ\u00e9ens et am\u00e9ricains et sont clairement revendicatifs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEst-ce un hasard des priorit\u00e9s si Sarko, demandant fortement que l&rsquo;Europe cesse d&rsquo;\u00eatre un cheval de Troie \u00ab<em>de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde<\/em>\u00bb, encha\u00eene imm\u00e9diatement sur les Am\u00e9ricains, comme s&rsquo;il y avait un <em>lapsus lingae<\/em> de proximit\u00e9? Il a mentionn\u00e9, dans les deux paragraphes cit\u00e9s, les deux seules choses qui sont \u00e0 la fois inacceptables et impossibles dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses et des psychologies, dans les deux puissances ainsi interpell\u00e9es:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Demander \u00e0 l&rsquo;Europe institutionnelle de passer de sa fonction actuelle de cheval de Troie \u00e0 une fonction de protectrice des peuples de l&rsquo;Europe ;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&bull; Demander aux USA qu&rsquo;ils acceptent que leurs amis et alli\u00e9s pensent diff\u00e9remment d&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour les autres paragraphes consacr\u00e9s aux priorit\u00e9s de politique ext\u00e9rieure (M\u00e9diterran\u00e9e et Afrique), pas de mais \u00e0 l&rsquo;horizon. (Avec l&rsquo;int\u00e9ressante observation que les conflits du Moyen-Orient sont r\u00e9gionalis\u00e9s dans une perspective m\u00e9diterran\u00e9enne qui correspond peu \u00e0 la vision anglo-saxonne, cela sans un mot \u00e0 propos du terrorisme.) On a donc bien compris que les deux grands chantiers d&rsquo;affrontement de la pr\u00e9sidence Sarko sont l&rsquo;Europe et les relations avec les USA. La mention, pour les USA, de la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique comme exemple d&rsquo;un domaine o\u00f9 les USA doivent s&rsquo;aligner est inattendue et peut-\u00eatre surprenante. Dans tous les cas, c&rsquo;est une possibilit\u00e9 de querelle de plus (avec les USA) o\u00f9, curieusement, mais peut-\u00eatre d&rsquo;une mani\u00e8re tactique non d\u00e9pourvue d&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9es, les Fran\u00e7ais se trouvent aux c\u00f4t\u00e9s des Britanniques.  (A noter que Sarkozy, disant son discours, rajoute au texte initial : \u00ab<em>La France fera de ce combat son premier combat.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien s\u00fbr, un discours est un discours. Mais celui-ci \u00e9tait, par la solennit\u00e9 de l&rsquo;instant, un discours d&rsquo;engagement fondamental,  avec la surprise qu&rsquo;il porte sur des th\u00e8mes pr\u00e9cis et selon des orientations pr\u00e9cises alors qu&rsquo;on aurait pu en rester \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9cision qu&rsquo;autorise la solennit\u00e9 de l&rsquo;instant. D&rsquo;autre part, l&rsquo;ampleur de la victoire de Sarko et <strong>surtout<\/strong> l&rsquo;ampleur de la participation ont une signification <em>per se<\/em>, qui d\u00e9passe le candidat \u00e9lu. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une injonction, d&rsquo;une feuille de route populaire, d&rsquo;une incitation transcendantale, et dans ce cas on peut faire l&rsquo;hypoth\u00e8se que le discours de Gaveau montre qu&rsquo;on a entendu la chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre analyse reste plus maistrienne que jamais. Encore plus qu&rsquo;un peuple, une nation a parl\u00e9. Compte tenu des circonstances et notamment par rapport au conformisme international qui nous \u00e9touffe, on peut dire qu&rsquo;elle a parl\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on r\u00e9volutionnaire. On rejoint le sch\u00e9ma maistrien. Elu comme il a \u00e9t\u00e9, Sarko sait bien qu&rsquo;il n&rsquo;a pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 trop d\u00e9vier de la ligne qu&rsquo;il a annonc\u00e9e, et dont on peut admettre aussi bien qu&rsquo;elle lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par la volont\u00e9 nationale. (Mais qu&rsquo;importe \u00e0 Sarko puisque sa v\u00e9ritable all\u00e9geance, c&rsquo;est <a href=\"http:\/\/www.williampfaff.com\/modules\/news\/article.php?storyid=219\" class=\"gen\">le succ\u00e8s<\/a>.) La gravit\u00e9 des vainqueurs hier soir avec leurs observations unanimes que cette victoire remarquable au terme d&rsquo;une mobilisation non moins remarquable est une charge et un devoir bien plus qu&rsquo;un triomphe, cette gravit\u00e9 <em>speaks volumes<\/em> comme disent les cousins.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;o\u00f9 notre aga\u00e7ante insistance \u00e0 citer, une fois de plus, ce qui doit devenir l&rsquo;appr\u00e9ciation fondamentale de notre \u00e9poque de d\u00e9cadence et de r\u00e9volution, et particuli\u00e8rement de la France dans cette \u00e9poque : \u00ab<em>On a remarqu\u00e9, avec grande raison, que la r\u00e9volution fran\u00e7aise m\u00e8ne les hommes plus que les hommes la m\u00e8nent. Cette observation est de la plus grande justesse&#8230;<\/em> [&#8230;] <em>Les sc\u00e9l\u00e9rats m\u00eames qui paraissent conduire la r\u00e9volution, n&rsquo;y entrent que comme de simples instruments; et d\u00e8s qu&rsquo;ils ont la pr\u00e9tention de la dominer, ils tombent ignoblement.<\/em>\u00bb (Joseph de Maistre, <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, 1796.)<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les quatre mais du candidat \u00e9lu 7 mai 2007 A trois ans pr\u00e8s, le nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais (n\u00e9 en 1955) est aussi vieux que la V\u00e8me R\u00e9publique (n\u00e9e en 1958). 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