{"id":69120,"date":"2007-08-16T00:00:00","date_gmt":"2007-08-16T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/08\/16\/eloge-et-necessite-de-la-legitimite\/"},"modified":"2007-08-16T00:00:00","modified_gmt":"2007-08-16T00:00:00","slug":"eloge-et-necessite-de-la-legitimite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/08\/16\/eloge-et-necessite-de-la-legitimite\/","title":{"rendered":"Eloge et n\u00e9cessit\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Eloge et n\u00e9cessit\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous tenons pour \u00e9vident que l&rsquo;enjeu conceptuel central de la bataille qui d\u00e9chire notre temps historique est celui de la l\u00e9gitimit\u00e9, \u00e0 laquelle sont attach\u00e9s les concepts de souverainet\u00e9 et d&rsquo;ind\u00e9pendance. C&rsquo;est ce que nous pr\u00e9sentons habituellement comme la bataille des forces de d\u00e9structuration contre les dynamiques naturelles et historiques de structuration, &mdash; dont la l\u00e9gitimit\u00e9 est l&rsquo;essentielle, puisqu&rsquo;elle est la matrice de toute structure sociale stable, &mdash; elle-m\u00eame devenue l\u00e9gitime par le fait. C&rsquo;est, par exemple, l&rsquo;affrontement entre la globalisation sous toutes ses formes et les structures l\u00e9gitimes que sont les nations et leurs Etats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Deux textes anciens nous \u00e9claireront avec profit sur la forme et la d\u00e9finition de la l\u00e9gitimit\u00e9. Ils concernent finalement un m\u00eame homme, souvent d\u00e9cri\u00e9, m\u00e9pris\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9 comme tra&icirc;tre et corrompu par ses concitoyens et nombre d&rsquo;historiens ; en r\u00e9alit\u00e9, homme myst\u00e9rieux dans sa vie et ses engagements, dans ses motifs et dans ses actes ; en fait, &mdash; c&rsquo;est notre conviction profonde, &mdash; l&rsquo;un des grands g\u00e9nies politiques de l&rsquo;Histoire, \u00e0 la fois artiste de la diplomatie et caract\u00e8re d&rsquo;acier quant aux principes de la politique. Talleyrand est un homme essentiel pour bien nous faire embrasser et comprendre les enjeux et l&rsquo;essence de la philosophie de l&rsquo;Histoire autant que les fondements de notre crise pr\u00e9sente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier texte est extrait de <em>Reconstruction, Talleyrand \u00e0 Vienne, 1814-1815<\/em> (Plon, 1936), de Guglielmo Ferrero. Grand connaisseur de Talleyrand, Ferrero interpr\u00e8te et pr\u00e9sente la doctrine dite du \u00ab\u00a0droit public\u00a0\u00bb de Talleyrand qui conduira l&rsquo;action de Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne de 1814-1815.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Avant la R\u00e9volution, on appelait droit public un corps de r\u00e8gles et de principes, qui canalisaient l&rsquo;action, en paix et en guerre, des Etats europ\u00e9ens, en permettant de pr\u00e9voir sa direction. Chaque Etat savait, au moins dans une certaine mesure, sous quelles conditions il devait redouter la guerre et pouvait r\u00e9tablir la paix si la guerre \u00e9clatait, parce qu&rsquo;il respectait ces r\u00e8gles et supposait que tous les autres Etats les respecteraient. Seul le respect de ces r\u00e8gles et des principes qui les justifiaient rendait autrefois possible une certaine confiance entre les Etats et par cons\u00e9quent un certain ordre et un certain \u00e9quilibre de l&rsquo;Europe, l&rsquo;\u00e9quilibre n&rsquo;\u00e9tant que la projection dans leurs rapports ext\u00e9rieurs de la confiance r\u00e9ciproque des Etats. Parmi ces r\u00e8gles et principes, le principe que la conqu\u00eate, sans cession du souverain, ne cr\u00e9e pas la souverainet\u00e9 \u00e9tait avant la R\u00e9volution la pierre angulaire de la paix de l&rsquo;Europe. Affol\u00e9e par la peur, la R\u00e9volution l&rsquo;a bris\u00e9e; ce principe supprim\u00e9, la grande peur a commenc\u00e9; la confiance a disparu, l&rsquo;\u00e9quilibre et l&rsquo;ordre sont devenus impossibles; le monde est entr\u00e9 dans le cercle infernal de la peur qui provoque les abus de la force, des abus de la force qui exasp\u00e8rent la peur. On ne brisera ce cercle infernal que si on r\u00e9tablit le droit public; et pour le r\u00e9tablir, il faut conserver les pouvoirs l\u00e9gitimes l\u00e0 o&ugrave; ils existent, comme en Saxe; \u00e9liminer les pouvoirs ill\u00e9gitimes, l\u00e0 o&ugrave; ils subsistent encore, comme \u00e0 Naples; donner aux territoires vacants des pouvoirs l\u00e9gitimes. Seuls des Etats l\u00e9gitimes peuvent avoir le courage et la clairvoyance n\u00e9cessaires pour respecter les r\u00e8gles du droit public ; seul le respect du droit public peut exorciser la grande peur, ramener la confiance, assurer un \u00e9quilibre de paix acceptable par les grands et les petits Etats. Le r\u00e9tablissement du droit public, la paix et l&rsquo;ordre de l&rsquo;Europe sont donc conditionn\u00e9s par le r\u00e9tablissement d&rsquo;un pouvoir l\u00e9gitime dans chaque Etat.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero \u00e9tait un immense admirateur de Talleyrand, qu&rsquo;il tenait pour un des plus grands hommes politiques, pour un des plus grands philosophes de la politique et de l&rsquo;Histoire en g\u00e9n\u00e9ral. Le passage suivant, extrait des <em>M\u00e9moires<\/em> de Talleyrand, est consid\u00e9r\u00e9 par Ferrero comme un des tr\u00e8s grands textes de philosophie politique, o&ugrave; le concept de l\u00e9gitimit\u00e9 est d\u00e9fini avec une tr\u00e8s grande rigueur et une pr\u00e9cision rare. Il est d\u00e9velopp\u00e9 dans son application dans le cadre de la situation pressante du printemps 1814. Talleyrand a pris le parti des Bourbons, donc de Louis XVIII, pour succ\u00e9der \u00e0 un Napol\u00e9on battu alors que personne, dans la grande coalition des quatre Cours (Russie, Prusse, Autriche et Angleterre), ne sait qui choisir pour succ\u00e9der \u00e0 l&rsquo;Empereur. Pourtant, la stabilit\u00e9 de la France, avec un pouvoir assur\u00e9, est \u00e9videmment le probl\u00e8me fondamental que les coalis\u00e9s doivent r\u00e9soudre s&rsquo;ils veulent pacifier l&rsquo;Europe apr\u00e8s un quart de si\u00e8cle de guerres sanglantes et de troubles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui guide Talleyrand et qu&rsquo;on retrouve comme le fil essentiel de sa pens\u00e9e, c&rsquo;est effectivement ce besoin fondamental de l\u00e9gitimit\u00e9, ce que Ferraro nomme \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit de reconstruction\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;ordre et d&rsquo;harmonie. Il ne suffit pas d&rsquo;\u00e9tablir un nouveau pouvoir, il faut d&rsquo;abord veiller \u00e0 ce qu&rsquo;il soit l\u00e9gitime. A aucun moment, on ne rencontre d&rsquo;\u00e9vocation id\u00e9ologique ou d&rsquo;un choix d&rsquo;une orientation politique guid\u00e9e par des positions partisanes. Si le choix auquel aboutit Talleyrand peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 par des esprits partisans comme id\u00e9ologique, c&rsquo;est un proc\u00e8s d&rsquo;intention car, en v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;argument fondamental n&rsquo;a, \u00e0 aucun moment, de rapport avec ce penchant. On ne cherche pas le triomphe d&rsquo;un parti mais le r\u00e9tablissement d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9. Seule compte l&rsquo;ambition de l&rsquo;harmonie et de l&rsquo;\u00e9quilibre des puissances et des int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui nous para&icirc;t essentiel dans ces textes, c&rsquo;est qu&rsquo;ils offrent une approche aujourd&rsquo;hui oubli\u00e9e, lib\u00e9r\u00e9e de tout sectarisme et du poison de l&rsquo;id\u00e9ologie, d&rsquo;un probl\u00e8me que l&rsquo;on retrouve au c&oelig;ur du chaos et du d\u00e9sordre qui caract\u00e9risent notre temps historique. Ce sont des phrases et des pens\u00e9es superbes \u00e0 m\u00e9diter. Elles illustrent une forme d&rsquo;esprit qui nous fait cruellement d\u00e9faut.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4><em>dedefensa.org<\/em><\/h4>\n<\/p>\n<p><p>______________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepgreen\" style=\"color:#75714d; font-size:2em\"><em>M\u00e9moires<\/em> de Talleyrand &mdash; Extrait<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&hellip;Et cependant, il devenait \u00e0 toute heure plus pressant de pr\u00e9parer un gouvernement que l&rsquo;on put rapidement substituer \u00e0 celui qui s&rsquo;\u00e9croulait. Un seul jour d&rsquo;h\u00e9sitation pouvait faire \u00e9clater des id\u00e9es de partage et d&rsquo;asservissement qui mena\u00e7aient sourdement notre malheureux pays. Il n&rsquo;y avait point d&rsquo;intrigues \u00e0 lier ; toutes auraient \u00e9t\u00e9 insuffisantes. Ce qu&rsquo;il fallait, c&rsquo;\u00e9tait de trouver juste ce que la France voulait et ce que l&rsquo;Europe devait vouloir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;La France, au milieu des horreurs de l&rsquo;invasion, voulait \u00eatre libre et respect\u00e9e : c&rsquo;\u00e9tait vouloir la maison de Bourbon dans l&rsquo;ordre prescrit par la l\u00e9gitimit\u00e9. L&rsquo;Europe, inqui\u00e8te encore au milieu de la France, voulait qu&rsquo;elle d\u00e9sarm\u00e2t, qu&rsquo;elle rentr\u00e2t dans ses anciennes limites, que la paix n&rsquo;e&ucirc;t plus besoin d&rsquo;\u00eatre constamment surveill\u00e9e ; elle demandait pour cela des garanties : c&rsquo;\u00e9tait aussi vouloir la maison de Bourbon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Ainsi les besoins de la France et de l&rsquo;Europe une fois reconnus, tout devait concourir \u00e0 rendre la restauration des Bourbons facile, car la r\u00e9conciliation pouvait \u00eatre franche.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;La maison de Bourbon, seule, pouvait voiler aux yeux de la nation fran\u00e7aise, si jalouse de sa gloire militaire, l&#8217;empreinte des revers qui venaient de frapper son drapeau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;La maison de Bourbon, seule, pouvait en un moment et sans danger pour l&rsquo;Europe, \u00e9loigner les arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res qui couvraient son sol.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;La maison de Bourbon seule, pouvait noblement faire reprendre \u00e0 la France les heureuses proportions indiqu\u00e9es par la politique et par la nature. Avec la maison de Bourbon, <strong>la France cessait d&rsquo;\u00eatre gigantesque pour devenir grande<\/strong>. Soulag\u00e9e du poids de ses conqu\u00eates, la maison de Bourbon seule, pouvait la replacer au rang \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;elle doit occuper dans le syst\u00e8me social ; seule, elle pouvait d\u00e9tourner les vengeances que vingt ans d&rsquo;exc\u00e8s avaient amoncel\u00e9es contre elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Tous les chemins \u00e9taient ouverts aux Bourbons pour arriver \u00e0 un tr\u00f4ne fond\u00e9 sur une constitution libre. Apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de tous les genres d&rsquo;organisation, et subi les plus arbitraires, la France ne pouvait trouver de repos que dans une monarchie constitutionnelle. La monarchie avec les Bourbons offrait une l\u00e9gitimit\u00e9 compl\u00e8te pour les esprits m\u00eame les plus novateurs, car elle joignait la l\u00e9gitimit\u00e9 que donne la famille \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 que donnent les institutions, et c&rsquo;est ce que la France devait d\u00e9sirer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Chose \u00e9trange, lorsque les dangers communs touchaient \u00e0 leur terme, ce n&rsquo;\u00e9tait point contre les doctrines de l&rsquo;usurpation, mais seulement contre celui qui les avait exploit\u00e9es avec un bonheur longtemps soutenu qu&rsquo;on tournait les armes, comme si le p\u00e9ril ne f&ucirc;t venu que de lui seul.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;L&rsquo;usurpation triomphant en France n&rsquo;avait donc pas fait sur l&rsquo;Europe toute l&rsquo;impression qu&rsquo;elle aurait d&ucirc; produire. C&rsquo;\u00e9tait plus des effets que de la cause qu&rsquo;on \u00e9tait frapp\u00e9, comme si les uns eussent \u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendants de l&rsquo;autre. La France, en particulier, \u00e9tait tomb\u00e9e dans des erreurs non moins graves. En voyant sous Napol\u00e9on le pays fort et tranquille, jouissant d&rsquo;une sorte de prosp\u00e9rit\u00e9, on s&rsquo;\u00e9tait persuad\u00e9 qu&rsquo;il importait peu \u00e0 une nation sur quels droits repose le gouvernement qui la conduit. Avec moins d&rsquo;irr\u00e9flexion on aurait jug\u00e9 que cette force n&rsquo;\u00e9tait que pr\u00e9caire, que cette tranquillit\u00e9 ne reposait sur aucun fondement solide, que cette prosp\u00e9rit\u00e9, fruit en partie de la d\u00e9vastation des autres pays, ne pr\u00e9sentait aucun \u00e9l\u00e9ment de dur\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Quelle force, en effet, que celle qui succombe aux premiers revers ! L&rsquo;Espagne, envahie et occup\u00e9e par des arm\u00e9es vaillantes et nombreuses, avant m\u00eame de savoir qu&rsquo;elle aurait une guerre \u00e0 soutenir; &mdash; l&rsquo;Espagne sans troupes, sans argent, languissante, affaiblie par le long et funeste r\u00e8gne d&rsquo;un indigne favori sous un roi incapable &mdash; l&rsquo;Espagne enfin, priv\u00e9e par trahison de son gouvernement, a lutt\u00e9 pendant six ans contre une puissance gigantesque, et est sortie victorieuse du combat. La France, au contraire, parvenue sous Napol\u00e9on, en apparence au plus haut degr\u00e9 de puissance et de force, succombe au bout de trois mois d&rsquo;invasion. Et si son roi, depuis vingt-cinq ans dans l&rsquo;exil, oubli\u00e9, presque inconnu, n&rsquo;\u00e9tait venu lui rendre une force myst\u00e9rieuse et r\u00e9unir ses d\u00e9bris pr\u00eats \u00e0 \u00eatre dispers\u00e9s, peut-\u00eatre aujourd&rsquo;hui serait-elle effac\u00e9e de la liste des nations ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Elle \u00e9tait tranquille, il est vrai, sous Napol\u00e9on, mais sa tranquillit\u00e9, elle la devait \u00e0 ce que la main de fer qui comprimait tout, mena\u00e7ait d&rsquo;\u00e9craser tout ce qui aurait remu\u00e9, et cette main n&rsquo;aurait pu sans danger se rel\u00e2cher un seul instant. D&rsquo;ailleurs comment croire que cette tranquillit\u00e9 e&ucirc;t surv\u00e9cu \u00e0 celui dont toute l&rsquo;\u00e9nergie n&rsquo;avait rien de trop pour la maintenir. Ma&icirc;tre de la France par le droit du plus fort, ses g\u00e9n\u00e9raux, apr\u00e8s lui, n&rsquo;eussent-ils pas pu pr\u00e9tendre \u00e0 la poss\u00e9der au m\u00eame titre ? L&rsquo;exemple donn\u00e9 par lui, apprenait qu&rsquo;il suffisait d&rsquo;habilet\u00e9 ou de bonheur pour s&#8217;emparer du pouvoir. Combien n&rsquo;eussent pas voulu tenter la fortune et courir les chances d&rsquo;une si brillante perspective ? La France aurait eu peut-\u00eatre autant d&#8217;empereurs que d&rsquo;arm\u00e9es ; et, d\u00e9chir\u00e9e par ses propres mains, elle e&ucirc;t p\u00e9ri dans les convulsions des guerres civiles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Sa prosp\u00e9rit\u00e9, toute apparente et superficielle e&ucirc;t elle-m\u00eame pouss\u00e9 les racines les plus profondes, aurait \u00e9t\u00e9, comme sa force et son repos, born\u00e9e au terme de la vie d&rsquo;un homme, terme si court, et auquel chaque jour peut faire toucher.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Ainsi rien de plus funeste que l&rsquo;usurpation pour les nations que la r\u00e9bellion ou la conqu\u00eate a fait tomber sous le joug des usurpateurs, aussi bien que pour les nations voisines. Aux premi\u00e8res, elle ne pr\u00e9sente qu&rsquo;un avenir sans fin de troubles, de commotions, de bouleversements int\u00e9rieurs ; elle menace sans cesse les autres de les atteindre et de les bouleverser \u00e0 leur tour. Elle est pour toutes un instrument de destruction et de mort.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Le premier besoin de l&rsquo;Europe, son plus grand int\u00e9r\u00eat \u00e9tait donc de bannir les doctrines de l&rsquo;usurpation, et de faire revivre le principe et la l\u00e9gitimit\u00e9, seul rem\u00e8de \u00e0 tous les maux dont elle avait \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9e, et le seul qui f&ucirc;t propre \u00e0 en pr\u00e9venir le retour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Ce principe, on le voit, n&rsquo;est pas, comme des hommes irr\u00e9fl\u00e9chis le supposent et comme les fauteurs de r\u00e9volutions voudraient le faire croire, uniquement un moyen de conservation pour la puissance des rois et la s&ucirc;ret\u00e9 de leur personne ; il est surtout un \u00e9l\u00e9ment n\u00e9cessaire du repos et du bonheur des peuples, la garantie la plus solide ou plut\u00f4t la seule de leur force et de leur dur\u00e9e. La l\u00e9gitimit\u00e9 des rois, ou, pour mieux dire, des gouvernements, est la sauvegarde des nations ; c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle est sacr\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Je parle en g\u00e9n\u00e9ral de la l\u00e9gitimit\u00e9 des gouvernements, quelle que soit leur forme, et non pas seulement de celle des rois, parce qu&rsquo;elle doit s&rsquo;entendre de tous. Un gouvernement l\u00e9gitime, qu&rsquo;il soit monarchique ou r\u00e9publicain, h\u00e9r\u00e9ditaire ou \u00e9lectif, aristocratique ou d\u00e9mocratique, est toujours celui dont l&rsquo;existence, la forme et le mode d&rsquo;action sont consolid\u00e9s et consacr\u00e9s par une longue succession d&rsquo;ann\u00e9es, et je dirais volontiers par une prescription s\u00e9culaire. La l\u00e9gitimit\u00e9 de la puissance souveraine r\u00e9sulte de l&rsquo;antique \u00e9tat de possession, de m\u00eame que pour les particuliers la l\u00e9gitimit\u00e9 du droit de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Mais, selon l&rsquo;esp\u00e8ce de gouvernement, la violation du principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 peut, \u00e0 quelques \u00e9gards, avoir des effets divers. Dans une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire, ce droit est indissolublement uni \u00e0 la personne des membres de la famille r\u00e9gnante dans l&rsquo;ordre de succession \u00e9tabli ; il ne peut p\u00e9rir pour elle que par la mort de tous ceux de ses membres, qui, eux-m\u00eames, ou dans leurs descendants, auraient pu \u00eatre, par cet ordre de succession, appel\u00e9s \u00e0 la couronne. Voil\u00e0 pourquoi Machiavel dit dans son livre du <em>Prince<\/em> : \u00ab\u00a0Que l&rsquo;usurpateur ne saurait affermir solidement sa puissance, qu&rsquo;il n&rsquo;ait \u00f4t\u00e9 la vie \u00e0 tous les membres de la famille qui r\u00e9gnait l\u00e9gitimement.\u00a0\u00bb Voil\u00e0 pourquoi aussi la R\u00e9volution voulait le sang de tous les Bourbons. Mais, dans une r\u00e9publique, o&ugrave; le pouvoir souverain n&rsquo;existe que dans une personne collective et morale, d\u00e8s que l&rsquo;usurpation, en d\u00e9truisant les institutions qui lui donnaient l&rsquo;existence, la d\u00e9truit elle-m\u00eame, le corps politique est dissous, l&rsquo;Etat est frapp\u00e9 de mort. Il n&rsquo;existe plus de droit l\u00e9gitime, parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe plus personne \u00e0 qui ce droit appartienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Ainsi, quoique le principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 moins viol\u00e9 par le renversement d&rsquo;un gouvernement r\u00e9publicain que par l&rsquo;usurpation d&rsquo;une couronne, il n&rsquo;exige pas que le premier soit r\u00e9tabli, tandis qu&rsquo;il exige que la couronne soit rendue \u00e0 celui \u00e0 qui elle appartient. En quoi se manifeste si bien l&rsquo;excellence du gouvernement monarchique, qui, plus qu&rsquo;aucun autre, garantit la conservation et la perp\u00e9tuit\u00e9 des Etats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Ce sont l\u00e0 les id\u00e9es et les r\u00e9flexions qui me d\u00e9termin\u00e8rent dans la r\u00e9solution que j&#8217;embrassai de faire pr\u00e9valoir la restauration de la maison de Bourbon, si l&#8217;empereur Napol\u00e9on se rendait impossible, et si je pouvais exercer quelque influence sur le parti d\u00e9finitif qui serait pris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;Ces id\u00e9es, je n&rsquo;ai pas la pr\u00e9tention de les avoir eues seul ; je puis m\u00eame citer une autorit\u00e9 qui les partageait avec moi, et c&rsquo;est celle de Napol\u00e9on lui-m\u00eame. Dans les entretiens dont je parlais plus haut, qu&rsquo;il eut avec M. de la Besnardi\u00e8re, il lui dit, le jour o&ugrave; il apprit que les alli\u00e9s \u00e9taient entr\u00e9s en Champagne : \u00ab\u00a0S&rsquo;ils arrivent jusqu&rsquo;\u00e0 Paris, ils vous am\u00e8neront les Bourbons, et ce sera une affaire finie. &mdash; Mais, r\u00e9pondit la Besnardi\u00e8re, ils n&rsquo;y sont pas encore. &mdash; Ah ! r\u00e9pliqua-t-il, c&rsquo;est mon affaire de les en emp\u00eacher, et je l&rsquo;esp\u00e8re bien.\u00a0\u00bb Un autre jour, apr\u00e8s avoir longtemps parl\u00e9 de l&rsquo;impossibilit\u00e9 o&ugrave; il \u00e9tait de faire la paix sur la base des anciennes limites de la France : \u00ab\u00a0sorte de paix, disait-il, que les Bourbons seuls peuvent faire ;\u00a0\u00bb il dit qu&rsquo;il abdiquerait plut\u00f4t ; qu&rsquo;il rentrerait sans r\u00e9pugnance dans la vie priv\u00e9e ; qu&rsquo;il avait fort peu de besoins, que cent sous par jour lui suffiraient ; que son unique passion avait \u00e9t\u00e9 de faire des Fran\u00e7ais le plus grand peuple de la terre ; qu&rsquo;oblig\u00e9 de renoncer \u00e0 cette esp\u00e9rance, le reste n&rsquo;\u00e9tait rien pour lui, et il finit par ces mots : \u00ab\u00a0Si personne ne veut se battre, je ne puis faire la guerre tout seul ; si la nation veut la paix sur la base des anciennes limites, je lui dirai : &mdash; Cherchez qui vous gouverne, je suis trop grand pour vous !\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;oblig\u00e9 de reconna&icirc;tre la n\u00e9cessit\u00e9 du retour des Bourbons, il accommodait sa vanit\u00e9 avec les malheurs qu&rsquo;il avait attir\u00e9s sur son pays.&raquo;<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eloge et n\u00e9cessit\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9 Nous tenons pour \u00e9vident que l&rsquo;enjeu conceptuel central de la bataille qui d\u00e9chire notre temps historique est celui de la l\u00e9gitimit\u00e9, \u00e0 laquelle sont attach\u00e9s les concepts de souverainet\u00e9 et d&rsquo;ind\u00e9pendance. C&rsquo;est ce que nous pr\u00e9sentons habituellement comme la bataille des forces de d\u00e9structuration contre les dynamiques naturelles et&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[6946,5253,2782,2687,3555,3581,2746,2699,6947],"class_list":["post-69120","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouverture-libre","tag-6946","tag-coalition","tag-ferrero","tag-france","tag-legitimite","tag-louis","tag-souverainete","tag-talleyrand","tag-xviii"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69120","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=69120"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69120\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=69120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=69120"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=69120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}