{"id":69200,"date":"2007-09-09T00:00:00","date_gmt":"2007-09-09T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/09\/09\/histoire-de-lhistoire-americaniste\/"},"modified":"2007-09-09T00:00:00","modified_gmt":"2007-09-09T00:00:00","slug":"histoire-de-lhistoire-americaniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/09\/09\/histoire-de-lhistoire-americaniste\/","title":{"rendered":"Histoire de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Histoire de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, dans notre rubrique <em>Extraits<\/em>, nous avons mis en ligne depuis le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=4392\" class=\"gen\">5 septembre 2007<\/a>, un extrait du livre en cours de r\u00e9daction <em>La parenth\u00e8se monstrueuse<\/em>. Cet extrait porte sur l&rsquo;approche historique que nous proposons de la <em>Beat Generation<\/em>, son r\u00f4le <strong>politique<\/strong> dans l&rsquo;histoire US. On f\u00eate le cinquantenaire de l&rsquo;intronisation symbolique de la <em>Beat Generation<\/em> avec la publication, en septembre 1957, de <em>On the road<\/em>, de Jack Kerouac,  et sa mise en vente le 5 septembre 1957, jour o\u00f9 \u00e9tait publi\u00e9 un article du New York <em>Times<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;occasion est bonne d&rsquo;accompagner cette publication par quelques r\u00e9flexions sur l&rsquo;histoire des USA, une sorte d&rsquo;histoire de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine, ou d&rsquo;histoire de l&rsquo;histoire de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. L&rsquo;extrait de l&rsquo;ouvrage en composition que nous pr\u00e9sentons, l&rsquo;ouvrage lui-m\u00eame, constituent une tentative de <strong>r\u00e9vision<\/strong> de l&rsquo;histoire officielle. Celle-ci, l&rsquo;histoire officielle, est servie (comme on sert la messe) par ceux que nous nommons en g\u00e9n\u00e9ral les historiens asserment\u00e9s. Il s&rsquo;agit de ces historiens qui ont sacrifi\u00e9 aux exigences d&rsquo;une vie r\u00e9gl\u00e9 par les consignes et la fortune d&rsquo;une vie sociale et mondaine impos\u00e9e par le syst\u00e8me, le sens et la substance de la mission qu&rsquo;est la fonction pour nous sacr\u00e9e d&rsquo;historien. Pour les historiens asserment\u00e9s, le cat\u00e9chisme existe et il n&rsquo;y a pas de myst\u00e8re dans l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, pour nous l&rsquo;Histoire est d&rsquo;abord un myst\u00e8re (ou un Myst\u00e8re).<\/p>\n<h3>La m\u00e9thode de la subjectivit\u00e9 objectiv\u00e9e appuy\u00e9e sur l&rsquo;intuition de l&rsquo;historien proph\u00e9tique<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend <em>in fine<\/em>, en lisant l&rsquo;extrait que nous pr\u00e9sentons sur la <em>Beat Generation<\/em>, que notre interpr\u00e9tation courante (\u00e0 nous Europ\u00e9ens) de l&rsquo;histoire des USA, de l&rsquo;histoire de l&rsquo;Am\u00e9rique, est notablement diff\u00e9rente de celle que les Am\u00e9ricains eux-m\u00eames ont ressenti et v\u00e9cu. Au contraire, l&rsquo;histoire officielle des USA, elle, rejoint notre propre version europ\u00e9enne de cette histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre approche m\u00e9thodologique s&rsquo;appuie plus sur l&rsquo;intuition,  celle de l&rsquo;historien proph\u00e9tique,  que sur le commerce des pratiques studieuses et devenues compl\u00e8tement conventionnelles de la recherche. Pour autant, cette intuition se nourrit de l&rsquo;exp\u00e9rience, de l&rsquo;analyse, de la raison en un mot, du spectacle du monde qui nous est donn\u00e9 quotidiennement et o\u00f9, dans ce temps historique exceptionnel, on peut retrouver tous les signes de la catastrophe qui frappe notre civilisation. L&rsquo;approche, ou devrait-on dire de fa\u00e7on plus ambitieuse la m\u00e9thode, est de la sorte qu&rsquo;on pourrait qualifier de subjectivit\u00e9 objective ou, mieux, de subjectivit\u00e9 objectiv\u00e9e dans un temps o\u00f9 l&rsquo;objectivit\u00e9 est devenue un truc, un slogan convenu, une d\u00e9formation pathologique, une salade assaisonn\u00e9e \u00e0 souhait et selon les recettes diff\u00e9rentes des divers int\u00e9r\u00eats en jeu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuisque l&rsquo;objectivit\u00e9,  si tant est que la chose existe <em>per se<\/em>, ce qui est un autre d\u00e9bat,  est si ignominieusement d\u00e9grad\u00e9e, nous tentons de la recr\u00e9er par la voie de la subjectivit\u00e9. Dans ce cas, la subjectivit\u00e9 n&rsquo;est pas une vanit\u00e9 d&rsquo;auteur mais un outil d&rsquo;artisan, \u00e9ventuellement d&rsquo;artiste.<\/p>\n<h3>Pessimisme du v\u00e9cu contre optimisme officiel<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9interpr\u00e9tation radicale de l&rsquo;histoire des USA est  contenue dans une remarque faite \u00e0 propos de la <em>Beat Generation<\/em>, que nous reprenons souvent tant le langage a, dans ce cas, d\u00e9pass\u00e9 la conscience des auteurs de la remarque pour imposer une v\u00e9rit\u00e9 fondamentale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette remarque, la voici : \u00ab<em>Pour ces jeunes Am\u00e9ricains<\/em> [de la <em>Beat Generation<\/em>], <em>la guerre \u00e9tait le sympt\u00f4me de leur pessimisme, et non sa cause premi\u00e8re.<\/em>\u00bb la phrase r\u00e9sume une surprenante diff\u00e9rente de conceptions entre les Am\u00e9ricains dans la fa\u00e7on dont ils ont <strong><em>v\u00e9cu<\/em><\/strong> cette tranche capitale de l&rsquo;Histoire et la fa\u00e7on dont cette histoire est officiellement pr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette remarque est faite en fonction de l&rsquo;importance <strong>politique<\/strong> centrale que nous attribuons \u00e0 la  <em>Beat Generation<\/em>, qui est pr\u00e9sent\u00e9e dans la publication d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e d&rsquo;un extrait de <em>La parenth\u00e8se monstrueuse<\/em>. Cette importance centrale justifie amplement de consid\u00e9rer que la fa\u00e7on dont ils ont v\u00e9cu et, par cons\u00e9quent, interpr\u00e9t\u00e9 cette tranche d&rsquo;Histoire, offre effectivement une interpr\u00e9tation historique de la p\u00e9riode.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Pour cette <em>Beat Generation<\/em>, mais aussi pour la plupart des Am\u00e9ricains, la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement central de la p\u00e9riode. C&rsquo;est la Grande D\u00e9pression qui occupe ce rang, parce qu&rsquo;elle est une rupture du syst\u00e8me, parce qu&rsquo;elle est l&rsquo;effondrement d&rsquo;une croyance. Cet \u00e9v\u00e9nement peut tenir lieu de cause premi\u00e8re de leur pessimisme et la Deuxi\u00e8me Guerre est la confirmation de la rupture de la Grande D\u00e9pression, donc le sympt\u00f4me du m\u00eame pessimisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;Histoire officielle, au contraire, donne \u00e0 la Deuxi\u00e8me Guerre la place centrale. A partir d&rsquo;elle commence une \u00e8re nouvelle, caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;optimisme conqu\u00e9rant, l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie soi-disant bienfaisante des USA et du syst\u00e8me (capitalisme-d\u00e9mocratie) qu&rsquo;ils pr\u00f4nent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;o\u00f9 notre th\u00e8se centrale sur la <em>Beat Generation<\/em>, que l&rsquo;on retrouve dans le texte de notre rubrique <em>Extrait<\/em> mis en ligne ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=4292\" class=\"gen\">5 septembre<\/a>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Pour ce qui concerne la s\u00e9quence historique, ma religion est faite \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de. Plus qu&rsquo;\u00eatre une rupture, une r\u00e9volte, un ph\u00e9nom\u00e8ne spontan\u00e9, la Beat Generation est un pont entre deux \u00e9poques de crise. Cela conduit \u00e0 observer qu&rsquo;en formant cette continuit\u00e9, elle marie les deux crises pour nous r\u00e9v\u00e9ler que les deux crises sont une seule et m\u00eame crise continu\u00e9e. La Beat Generation est ce qui lie et relie, et marie enfin pour r\u00e9unir en une seule substance la Grande D\u00e9pression, elle-m\u00eame (la Beat Generation) entre les deux, et l&rsquo;explosion contestataire des ann\u00e9es 1960. Dans ce sch\u00e9ma, la guerre n&rsquo;a plus du tout la fonction de rupture fondamentale qu&rsquo;elle tient dans l&rsquo;histoire europ\u00e9enne. Ce sch\u00e9ma pulv\u00e9rise l&rsquo;histoire officielle qui, \u00e9pousant la norme europ\u00e9enne par convenance strat\u00e9gique et par p\u00e9dagogie interne, s&rsquo;articule autour de la naissance de l&rsquo;American Century de 1941.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Le t\u00e9moignage des \u00e9crivains<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre est un de ces cas o\u00f9 la contradiction entre l&rsquo;histoire officielle des asserment\u00e9s du syst\u00e8me et le t\u00e9moignage des esprits de qualit\u00e9 appara\u00eet en pleine lumi\u00e8re. L&rsquo;histoire officielle, c&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique puissante, heureuse, conqu\u00e9rante, optimiste, apportant au monde sa culture de la conqu\u00eate et de l&rsquo;optimisme, de la vie intense au rythme du <em>swing<\/em> de Glenn Miller.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn extrait des <em>M\u00e9moires du dehors<\/em>, de Philippe Grasset, tente de mettre en \u00e9vidence ce ph\u00e9nom\u00e8ne de contradiction si significatif, si plein d&rsquo;enseignement historique (Anatole Broyard, cit\u00e9 dans cet extrait, \u00e9crivain et l&rsquo;un des critiques litt\u00e9raires les plus fameux du New York <em>Times<\/em> jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1990):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ainsi soit-il de ces ann\u00e9es 1950 et \u00e9galement de L&rsquo;influence am\u00e9ricaine en France de 1945 \u00e0 1954 (fameux bouquin de Irving Wall, d\u00e9crivant comment la politique US est comme chez elle \u00e0 Paris, avec quelle impudence, quelle certitude sans frein, durant cette p\u00e9riode),  mais ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un autre signe de l&rsquo;abaissement de la France. Cette situation historique fourmille de paradoxes, et Paris en est plein, et comme s&rsquo;il \u00e9tait friand du paradoxe comme d\u00e9finition d&rsquo;\u00eatre. Au contraire de l&rsquo;effondrement fran\u00e7ais dans la p\u00e9riode, il y a le cas am\u00e9ricain (les deux vont toujours ensemble pour se contredire sym\u00e9triquement). Cet apr\u00e8s-guerre et les ann\u00e9es 1950 sont le temps de l&rsquo;\u00e9tablissement ferme de l&#8217;empire de l&rsquo;Am\u00e9rique sur le monde plus encore qu&rsquo;elle ne le fit plus tard, \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle; et celui o\u00f9 par le plus complet contraste, l&rsquo;Am\u00e9rique comme la per\u00e7oivent certains Am\u00e9ricains parmi les meilleurs esprits, o\u00f9 cette Am\u00e9rique frissonne, d\u00e9contenanc\u00e9e, effray\u00e9e, perdue, angoiss\u00e9e. \u00c9crivant cela, je pense pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 celui qui m&rsquo;a inspir\u00e9 cette id\u00e9e, Anatole Broyard et son d\u00e9licieux petit livre, Kafka was the Rage. Broyard, jeune homme install\u00e9 \u00e0 Greenwich Village en 1945-46 (il est l&rsquo;ami du cur passager d&rsquo;Ana\u00efs Nim), saisit aussit\u00f4t ce qui ne para\u00eetra jamais dans l&rsquo;historiographie officielle. Ce passage surtout, page 80 de Kafka was the Rage, \u00e9crit en 1990, peu avant la mort de Broyard, passage que j&rsquo;ai pris grand soin de noter et que je ne manque jamais de reproduire tant il contredit l&rsquo;histoire officielle et notre vision elle-m\u00eame, celle du swing de Glenn Miller, triomphant et qui rythme le pas hollywoodien des G.I.&rsquo;s d\u00e9barquant et conqu\u00e9rant l&rsquo;Europe, l&rsquo;optimisme au coeur et dans la braguette (ah ! La braguette surtout, la braguette des G.I.&rsquo;s en Europe),  les G.I.&rsquo;s pr\u00e9sentant son avenir, rien de moins, au Vieux monde \u00e9bahi, offrant une aube nouvelle au vieux continent \u00e9puis\u00e9 et perclus d&rsquo;horreur sans nom, ne faisant de Paris qu&rsquo;une bouch\u00e9e et ainsi de suite. Au contraire, voici ce que nous dit Anatole:<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Looking back at the late 1940s, it seems to me now that Americans were confronting their loneliness for the first time. Loneliness was like the morning after the war, like a great hangover. The war has broken the rhythm of the American life, and when we tried to pick it up again, we couldn&rsquo;t find it  it wasn&rsquo;t there. It was as if a great bomb, an explosion of consciousness, had gone off in American life, shattering everything. Before that we had been too busy just getting along, too conventional to be lonely. The world had been smaller and we had filled it. (Norman Mailer confirme cela. En 1999, dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, il exprime ce m\u00eame sentiment d&rsquo;angoisse et de d\u00e9sarroi de l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;apr\u00e8s-1945, par ailleurs d\u00e9crite comme si triomphante et s\u00fbre d&rsquo;elle-m\u00eame.)<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>L&rsquo;histoire officielle US : une histoire faussaire pour justifier la pr\u00e9misse de la soumission europ\u00e9enne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre id\u00e9e principale est qu&rsquo;il existe une dichotomie radicale entre l&rsquo;histoire officielle des USA et leur histoire r\u00e9elle. On dirait que l&rsquo;histoire officielle est une histoire europ\u00e9anis\u00e9e des USA pour les besoins de la cause. Il s&rsquo;agit de la conqu\u00eate du monde appuy\u00e9e sur l&rsquo;Europe, avec la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;int\u00e9grer les grands \u00e9v\u00e9nements europ\u00e9ens dans l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste pour justifier l&rsquo;affirmation US centrale, justifiant elle-m\u00eame l&rsquo;occupation de l&rsquo;Europe par les USA (\u00ab<em>America <\/em>[is] <em>A European Power<\/em>\u00bb [Richard Holbrooke, <em>Foreign Affairs<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.foreignaffairs.org\/19950301faessay5023\/richard-holbrooke\/america-a-european-power.html\" class=\"gen\">mars\/avril 1995<\/a>]).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela nous conduit \u00e0 observer que, dans ce cas de l&rsquo;histoire officielle, ce qui doit \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme une science historique appara\u00eet effectivement comme une science de la communication, dans sa sous-branche manipulation, pour figurer comme un moyen au service du syst\u00e8me. Cette manipulation entra\u00eene toutes les m\u00e9sententes et les quiproquos. Elle suscite les fables comme celle des valeurs communes, de l&rsquo;amiti\u00e9 transatlantique, etc. Elle fournit l&rsquo;avantage vital et d\u00e9cisif de ne pas avoir \u00e0 d\u00e9montrer ces lieux communs faussaires qui sont autant de fausses pr\u00e9misses destin\u00e9es \u00e0 \u00e9carter toute interrogation contestatrice des liens de soumission de l&rsquo;Europe aux USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien entendu, l&rsquo;histoire europ\u00e9enne d\u00e9velopp\u00e9e par les historiens asserment\u00e9s europ\u00e9ens qui acceptent le lien de vassalisation confirme cela. Les deux conflits mondiaux ne sont plus compris dans leur sp\u00e9cificit\u00e9 europ\u00e9enne mais, avec leur int\u00e9gration dans l&rsquo;histoire US, en tant que faire valoir de la l\u00e9gitimation des USA comme <em>European Power<\/em> pour apr\u00e8s-1945,  c&rsquo;est-\u00e0-dire vassalisation de l&rsquo;Europe par les USA. L&rsquo;intervention US en 1917 et en 1943-44 est pr\u00e9sent\u00e9e comme militairement <strong>d\u00e9cisive<\/strong> (terme absolu) alors qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;importante en termes relatifs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(On montre ais\u00e9ment, si l&rsquo;on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 cette version, que, dans aucun des deux cas, l&rsquo;intervention US ne fut <D>d\u00e9cisive<D>. La guerre de 1914-1918 fut gagn\u00e9e en mai-ao\u00fbt 1918 alors que la premi\u00e8re intervention importante de l&rsquo;U.S. Army sur le front date de septembre 1918, avec l&rsquo;offensive de Saint-Mihiel. La guerre de 1939-45 en Europe fut gagn\u00e9e en 1943, avec la victoire britannique sur l&rsquo;<em>Afrika Korps<\/em> et les victoires d\u00e9cisives russes de Stalingrad et de Kharkov. Le m\u00eame jugement doit \u00eatre port\u00e9 sur l&rsquo;apport US en mat\u00e9riel de guerre : important mais jamais d\u00e9cisif et n&rsquo;impliquant aucun engagement fondamental. De toutes les fa\u00e7ons, les USA, m\u00eame les isolationnistes US, \u00e9taient d&rsquo;avis de <strong>vendre<\/strong> du mat\u00e9riel de guerre \u00e0 la coalition anti-nazie, m\u00eame si les USA n&rsquo;\u00e9taient pas entr\u00e9s en guerre.) <\/p>\n<h3>Le plus grand \u00e9v\u00e9nement : la Guerre Civile ou la Grande D\u00e9pression?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAu contraire, l&rsquo;appr\u00e9ciation intuitive, notamment au travers de t\u00e9moignages et de la mesure de l&rsquo;\u00e9volution de la psychologie nous indiquent que la Grande D\u00e9pression est le <strong>seul<\/strong> grand \u00e9v\u00e9nement central de l&rsquo;histoire des USA du XX\u00e8me si\u00e8cle. Il dispute \u00e0 la Guerre de S\u00e9cession la place de premier \u00e9v\u00e9nement de l&rsquo;histoire tout court des USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(On retrouve, dans la rubrique <em>Extrait<\/em> d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e, dans le texte extrait de <em>La parenth\u00e8se monstrueuse<\/em>, une analyse de la Grande D\u00e9pression, ses pr\u00e9misses et ses cons\u00e9quences, son poids formidable sur la psychologie am\u00e9ricaine, etc.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;une puissance sans pr\u00e9c\u00e9dent, qui menace les structures m\u00eame des USA dans la mesure o\u00f9 il met en cause le capitalisme lui-m\u00eame. Toutes les fonctions essentielles de l&rsquo;am\u00e9ricanisme sont r\u00e9unies, et toutes menac\u00e9es. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une attaque radicale, de type holocauste du point de vue du syst\u00e8me. Tout cela devait dispara\u00eetre avec la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et la <em>narrative<\/em> optimiste qui s&rsquo;installa. La <em>Beat Generation<\/em> fut le seul ph\u00e9nom\u00e8ne collectif,  c&rsquo;est notre th\u00e8se,  \u00e0 outrepasser cette consigne et \u00e0 poursuivre l&rsquo;histoire v\u00e9ridique US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;importance des ann\u00e9es 1960 dans l&rsquo;histoire US se mesure moins dans la crise du Vietnam que dans la crise int\u00e9rieure, qui est une suite, \u00e0 un tiers de si\u00e8cle de distance et notamment gr\u00e2ce \u00e0 la <em>Beat Generation<\/em>, de la Grande D\u00e9pression. De m\u00eame, la r\u00e9action de la direction capitaliste (<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=353\" class=\"gen\">Manifeste Powell<\/a> et la suite) est un ph\u00e9nom\u00e8ne compl\u00e8tement sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique mais d&rsquo;une puissance consid\u00e9rable. Dans cette continuit\u00e9, les \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs,  Guerre froide, chute de l&rsquo;URSS,  sont d&rsquo;abord consid\u00e9r\u00e9s pour leurs effets int\u00e9rieurs, notamment sur l&rsquo;entretien du complexe militaro-industriel.<\/p>\n<h3>Substitution avec la parenth\u00e8se monstrueuse<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa th\u00e8se de la parenth\u00e8se monstrueuse, dont est extrait le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=4292\" class=\"gen\">texte<\/a> sur la <em>Beat Generation<\/em>, est qu&rsquo;il s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 une substitution des probl\u00e8mes et tensions essentielles,  notamment gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution d\u00e9cisive de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste utilis\u00e9e comme outil de virtualisation. L&rsquo;accent des grands probl\u00e8mes est pass\u00e9 du fondamental (questions du modernisme, du fordisme, du m\u00e9canisme) aux affrontements id\u00e9ologiques. Ce faisant, les questions de mise en cause des fondements de la civilisation occidentale et moderniste ont \u00e9t\u00e9 gomm\u00e9es au profit d&rsquo;une solidarit\u00e9 jug\u00e9e n\u00e9cessaire, impos\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements, etc. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe \u00e0 quoi nous avons assist\u00e9 depuis 1989-91 est un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant et important. L&rsquo;am\u00e9ricanisme install\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur autant par sa puissance que par la l\u00e9gitimit\u00e9 que lui conf\u00e9rait la <em>narrative<\/em> historique qui l&rsquo;europ\u00e9anisait, a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;y demeurer. Au lieu de regagner son berceau naturel (ce que r\u00e9clamaient les isolationnistes), l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste est rest\u00e9e dans son entreprise ext\u00e9rieure (dans sa bulle ext\u00e9rieure?) tandis que l&rsquo;Am\u00e9rique restait s\u00e9par\u00e9e de son histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSelon cette interpr\u00e9tation, l&rsquo;attaque 9\/11 est \u00e9videmment la r\u00e9union des deux histoires : la <em>narrative<\/em> ext\u00e9rieure et la r\u00e9elle. Le choc de la chose tient bien entendu \u00e0 la confrontation brutale de perceptions qui s&rsquo;ignoraient. Les Am\u00e9ricains se voient soudain charg\u00e9s d&rsquo;une responsabilit\u00e9 dont ils ignoraient qu&rsquo;elle fut leur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation actuelle, effectivement globalis\u00e9e, est une globalisation du conflit implicite qui exista dans les ann\u00e9es 1940-60 entre le courant capitaliste (g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9e \u00e0 droite, mais selon un \u00e9tiquettage contestable) et le courant contre-culturel (souvent situ\u00e9 \u00e0 gauche de fa\u00e7on arbitraire,  Kerouac \u00e9tait par exemple un conservateur forcen\u00e9).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tll est tr\u00e8s important d&rsquo;insister sur cette id\u00e9e signal\u00e9e succinctement. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un affrontement id\u00e9ologique classique droite-gauche, comme on trouvait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en Europe. C&rsquo;est en cela que cette histoire am\u00e9ricaniste du XX\u00e8me si\u00e8cle pr\u00e9figure la situation actuelle bien plus que l&rsquo;histoire officielle. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une lutte autour d&rsquo;un syst\u00e8me, avec d&rsquo;une part des forces favorables \u00e0 ce syst\u00e8me, avec, d&rsquo;autre part, d&rsquo;autres forces qui veulent le r\u00e9former, d&rsquo;autres qui veulent le r\u00e9volutionner sinon le d\u00e9truire. Plus que deux id\u00e9ologies qui s&rsquo;affrontent, ce sont deux courants, avec des fortunes changeantes, des d\u00e9sertions et des ralliements divers, et tout cela autour d&rsquo;un syst\u00e8me central qui est, si l&rsquo;on veut, la seule id\u00e9ologie existante. Dans cette p\u00e9riode appara\u00eet clairement le prototype de notre situation pr\u00e9sente: non un affrontement entre des id\u00e9ologies mais l&rsquo;affrontement autour de la seule id\u00e9ologie existante, sinon possible, r\u00e9alis\u00e9e sous une forme syst\u00e9mique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn comprend la permanence de ce conflit \u00e0 un si\u00e8cle de distance, lorsqu&rsquo;on lit cette remarque de Gugliermo Ferrero, r\u00e9sumant dans sa pr\u00e9face de <em>Reconstruction, Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne, 1814-1815<\/em> la p\u00e9riode qu&rsquo;ouvrit le conflit de 1914-1918 : \u00ab<em>En 1914, nous nous sommes heurt\u00e9s, tout \u00e0 coup, \u00e0 quelques terribles r\u00e9alit\u00e9s que toutes nos ch\u00e8res fictions nous cachaient. Depuis lors, un tragique conflit d\u00e9chire le monde. Une partie de l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;enfonce encore davantage dans les illusions brumeuses o\u00f9 le monde lui appara\u00eet tel qu&rsquo;elle voudrait qu&rsquo;il f\u00fbt. Une partie s&rsquo;efforce de red\u00e9couvrir la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;histoire du monde, de rectifier \u00e0 la lumi\u00e8re de tant de d\u00e9ceptions les d\u00e9finitions primordiales qui donnent un sens et une direction \u00e0 la vie.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour le reste et pour conclure, rassurons-nous : depuis le 11 septembre 2001, l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste est entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire du monde. Rencontre explosive. La remarque de Ferrero est \u00e0 nouveau compl\u00e8tement actuelle, sans restriction aucune.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire de l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste Par ailleurs, dans notre rubrique Extraits, nous avons mis en ligne depuis le 5 septembre 2007, un extrait du livre en cours de r\u00e9daction La parenth\u00e8se monstrueuse. Cet extrait porte sur l&rsquo;approche historique que nous proposons de la Beat Generation, son r\u00f4le politique dans l&rsquo;histoire US. 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