{"id":69298,"date":"2007-10-07T00:00:00","date_gmt":"2007-10-07T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/10\/07\/les-desarrois-du-professeur-ferguson\/"},"modified":"2007-10-07T00:00:00","modified_gmt":"2007-10-07T00:00:00","slug":"les-desarrois-du-professeur-ferguson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/10\/07\/les-desarrois-du-professeur-ferguson\/","title":{"rendered":"Les d\u00e9sarrois du professeur Ferguson"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Les d\u00e9sarrois du professeur Ferguson<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il fut un temps o&ugrave; Niall Ferguson, professeur et historien, \u00e9tait l&rsquo;espoir de la jeune (?) \u00e9cole n\u00e9o-imp\u00e9rialiste, voire \u00ab\u00a0n\u00e9o-imp\u00e9riale\u00a0\u00bb du Royaume-Uni. Cette \u00e9cole soutenait naturellement, c&rsquo;est-\u00e0-dire par nature, aussi bien les ambitions des conservateurs thatch\u00e9riens que les conceptions des \u00ab\u00a0lib\u00e9raux interventionnistes\u00a0\u00bb \u00e0-la-Blair. Ces conceptions se retrouvent ici et l\u00e0, par exemple, au niveau europ\u00e9en, chez un Robert Cooper qui travaille dans l&rsquo;\u00e9tat-major de Solana. Mais il semble que l&rsquo;esprit de la chose a perdu de sa vigueur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le dernier commentaire de Ferguson, publi\u00e9 dans le <em>Sunday Telegraph<\/em> de <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.telegraph.co.uk\/opinion\/main.jhtml;jsessionid=JGJCTHCHUYFSBQFIQMGCFF4AVCBQUIV0?xml=\/opinion\/2007\/10\/07\/do0704.xml\">ce jour<\/a>, en v\u00e9rit\u00e9 fait peine \u00e0 lire. Il faut se rappeler les accents n\u00e9o-imp\u00e9riaux, tout charg\u00e9s de la gloire indiscutable de l'\u00a0\u00bbanglosph\u00e8re\u00a0\u00bb, qui caract\u00e9risaient les \u00e9crits de Ferguson en 2002-2003. Quoique Britannique (mais enseignant \u00e0 New York avant d&rsquo;\u00e9migrer \u00e0 Harvard), Ferguson ne doutait pas un instant que l&rsquo;entreprise irakienne des USA f&ucirc;t imp\u00e9riale et qu&rsquo;elle f&ucirc;t lanc\u00e9e au nom d&rsquo;une sorte d&rsquo;<em>imperium<\/em> anglo-saxon, c&rsquo;est-\u00e0-dire anglo-am\u00e9ricaniste, c&rsquo;est-\u00e0-dire au fond pour le compte de Sa Tr\u00e8s Gracieuse Majest\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; il n&rsquo;\u00e9tait pas question d&rsquo;\u00e9crire, comme Ferguson le fait aujourd&rsquo;hui: &laquo;<em>Once our leaders had real power.<\/em>&raquo; Ils avaient de la force et de la puissance, en 2002-2003&hellip; Puis, tr\u00e8s vite, \u00e0 la vitesse de l&rsquo;\u00e9clatement de l&rsquo;insurrection et de la r\u00e9sistance irakiennes, Ferguson d\u00e9chanta. <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=980\">D\u00e8s 2004<\/a>, il n&rsquo;\u00e9tait plus question d&rsquo;Empire. L&rsquo;historien d\u00e9\u00e7u mesura les d\u00e9boires insupportables de cette caricature d&rsquo;Empire et voua l&rsquo;Am\u00e9rique aux g\u00e9monies.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Ainsi Ferguson se mit-il \u00e0 g\u00e9mir comme il le fait aujourd&rsquo;hui: &laquo;<em>There was a time when the stakes in this world really were high. In Henry Kissinger&rsquo;s heyday, POTUS (as close friends refer to the President Of The United States) really was a potentate. Like his opposite number, the General Secretary of the Communist Party of the Soviet Union, he had the power to kill tens of millions of people at the touch of a button.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Even the British Prime Minister had real power in the 1980s: the power to send a fleet from Portsmouth to Port Stanley, at the other end of the earth, to expel invaders from the Falkland Islands.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>The leaders of the last generation had real economic power as well. Just over 25 years ago, the President of France had the power to nationalise the country&rsquo;s largest banks. The German Chancellor could annex a neighbouring country merely by offering its citizens a fistful of deutschmarks.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Et ainsi de suite car ainsi \u00e9tait le bon vieux temps. Aujourd&rsquo;hui se profilent les nouvelles puissances, celles qui nous acculent d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de notre chute dans le trou noir de l&rsquo;histoire des empires d\u00e9chus. L&rsquo;historien ne voit qu&rsquo;une alternative \u00e0 l&rsquo;affirmation triomphante et enivrante de la force, et c&rsquo;est la chute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>France, Britain, America: each had its era of hegemony. But now? They collectively account for more than a third of global output, it&rsquo;s true. But by 2050, according to Goldman Sachs, their share could be as little as 15 per cent. Their already trivial share of global population could dwindle further, from 6.5 to 5.9 per cent.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>The real problem, however, is that they all belong to the club of developed debtors, with combined current account deficits of $970 billion last year. Other members of this club are Australia, Greece, Iceland, Ireland, Italy, New Zealand, Portugal and Spain. Apart from Iceland, it reads like a list of ex-empires, with the former members of the British Empire (energy-rich Canada excepted) in the lead.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Collectively, the developed debtors had to borrow around $1.3 trillion last year in order to finance the gap between their spending on imported goods and services and their earnings from exports, and the gap between their payments to foreign lenders and their earnings from overseas investments.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>On the other side of this great global equation is the club of emerging exporters. According to the International Monetary Fund, more than 40 per cent of the developed debtors&rsquo; funding requirement last year was met by China, Russia and the Middle East.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Et ainsi de suite (bis), et ainsi d\u00e9filent les chiffres, les pourcentages, les milliards, les parts de march\u00e9. Les historiens de cette \u00e9cole anglo-saxonne, \u00e0 l&rsquo;image des historiens postmodernes en g\u00e9n\u00e9ral, sont les historiens de la force et rien d&rsquo;autre, de la force physique et rien d&rsquo;autre. Ils s&rsquo;exaltent au-del\u00e0 de toute mesure et c&rsquo;est le lyrisme de Ferguson en 2002-2003: \u00e0 cette \u00e9poque, qui ne date apr\u00e8s tout que de 4-5 ans, disaient-il que nos dirigeants n&rsquo;avaient plus de r\u00e9elle puissance? Puis leur humeur s&rsquo;effondre et devient noire comme de l&rsquo;encre lorsque leurs r\u00eaveries lunatiques ou romantiques ne se sont pas r\u00e9alis\u00e9es. On \u00e9tudiera plus tard l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;hyst\u00e9rie qui a envahi les esprits \u00e9lev\u00e9s des \u00e9lites britanniques \u00e0 l&rsquo;occasion de la guerre en Irak. On \u00e9tudiera la chute qui s&rsquo;ensuivit. Ils ont cru \u00e0 la th\u00e8se selon laquelle l&rsquo;Am\u00e9rique allait reconstituer leur Empire perdu. D\u00e9sormais ils croient \u00e0 la th\u00e8se de l&rsquo;av\u00e9nement de l&rsquo;Empire du Milieu postmoderne. Ils ne raisonnent qu&rsquo;en fonction des chiffres de la force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette croyance en la force physique, cette s\u00e9cheresse de la perception du r\u00e9el au profit d&rsquo;un \u00e9nervement de l&rsquo;esprit, font rater \u00e0 ces historiens typiquement postmodernes l&rsquo;essentiel. A cause de cela, ils ne peuvent \u00e9tudier que l&rsquo;apparence de l&rsquo;histoire, ses sommets et ses gouffres. Dans <em>Aventure, &mdash; Bonaparte en Italie, 1796-1797<\/em> (Plon, 1936), Guglielmo Ferrero \u00e9crit sur cette question ceci, qui semble une description de notre \u00e9poque:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&hellip;[L&rsquo;]<em>homme ne con\u00e7oit la force que comme une physique de causes et effets voulus, visibles et tangibles: les violences ext\u00e9rieures d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les actes et mouvements ext\u00e9rieurs que la force peut provoquer. Mais il y a aussi une m\u00e9taphysique de la force: les \u00e9branlements, les r\u00e9actions, les tumultes int\u00e9rieurs et ult\u00e9rierurs qui ne se voient pas et que la force provoque sans le vouloir et le savoir. Les hommes qui ne croient qu&rsquo;\u00e0 la logique de la force s&rsquo;imaginent facilement qu&rsquo;elle est leur docile servante, et qu&rsquo;ils la feront toujours agir dans la direction choisie par eux. Et puis, tout \u00e0 coup, les r\u00e9sultats tangibles et visibles disparaissent, emport\u00e9s par l&rsquo;explosion inattendue des r\u00e9actions et des tumultes invisibles. La m\u00e9taphysique triomphe sur la physique. Le drame se r\u00e9p\u00e8te depuis le commencement des temps, toujours le m\u00eame et toujours si surprenant, que chaque fois il para&icirc;t in\u00e9dit.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mis en ligne le 7 octobre 2007 \u00e0 22H33<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les d\u00e9sarrois du professeur Ferguson Il fut un temps o&ugrave; Niall Ferguson, professeur et historien, \u00e9tait l&rsquo;espoir de la jeune (?) \u00e9cole n\u00e9o-imp\u00e9rialiste, voire \u00ab\u00a0n\u00e9o-imp\u00e9riale\u00a0\u00bb du Royaume-Uni. 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