{"id":69383,"date":"2007-11-04T00:00:00","date_gmt":"2007-11-04T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/11\/04\/raymond-aron-la-dissuasion-la-cia-et-gallois\/"},"modified":"2007-11-04T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-04T00:00:00","slug":"raymond-aron-la-dissuasion-la-cia-et-gallois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/11\/04\/raymond-aron-la-dissuasion-la-cia-et-gallois\/","title":{"rendered":"Raymond Aron, la dissuasion, la CIA et Gallois"},"content":{"rendered":"<p><h3>Raymond Aron, la dissuasion, la CIA et Gallois<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour compl\u00e9ter un aspect documentaire plut\u00f4t qu&rsquo;anecdotique de notre <em>F&#038;C<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_l_ill_gitimit_profonde_de_l_empire_03_11_2007.html\" class=\"gen\">3 novembre  2007<\/a>, nous vous pr\u00e9sentons un extrait du livre de m\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral Pierre Gallois, <em>Le sablier du si\u00e8cle<\/em>, L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;homme, \u00e9dit\u00e9 \u00e0 Lausanne en 1999.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe passage relate les circonstances du soutien puis de l&rsquo;opposition de Raymond Aron aux th\u00e8ses du g\u00e9n\u00e9ral Gallois (sur la dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise); puis l&rsquo;\u00e9clairage singulier qu&rsquo;une rencontre de Gallois avec un officier am\u00e9ricain apporta sur \u00e9volution radicale du jugement de Aron.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\"><em>Le sablier du si\u00e8cle<\/em>  Extrait<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab\u00a0J&rsquo;ai racont\u00e9, dans le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la campagne pour l&rsquo;atome national, combien Aron m&rsquo;avait press\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire un livre sur la strat\u00e9gie de l&rsquo;atome, lequel par le biais de l&rsquo;expos\u00e9 des nouvelles conditions de la s\u00e9curit\u00e9 en France  mon objectif  justifierait la politique nucl\u00e9aire des Etats-Unis  ce qui \u00e9tait son objectif  \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, politique d&rsquo;engagement inconditionnel aux c\u00f4t\u00e9s des alli\u00e9s europ\u00e9ens et de repr\u00e9sailles nucl\u00e9aires imm\u00e9diates \u00e0 tout empi\u00e9tement territorial sovi\u00e9tique. Un an apr\u00e8s la r\u00e9daction de cet ouvrage, J. F. Kennedy s&rsquo;installait \u00e0 la Maison-Blanche au moment o\u00f9 l&rsquo;Am\u00e9rique prenait conscience qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 port\u00e9e des missiles balistiques sovi\u00e9tiques. Elle modifia sa strat\u00e9gie et, l\u00e9gitimement, d&rsquo;inconditionnelle, la garantie qu&rsquo;elle avait donn\u00e9e \u00e0 ses alli\u00e9s europ\u00e9ens devint conditionnelle. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en tira les cons\u00e9quences que l&rsquo;on conna\u00eet. Mais Raymond Aron, fid\u00e8le aux desseins de Washington et \u00e0 ses volte-face, condamna la th\u00e8se que j&rsquo;avais soutenue et qu&rsquo;il avait chaleureusement approuv\u00e9e (1) alors qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas contraire \u00e0 la strat\u00e9gie des Etats-Unis. J&rsquo;en fus surpris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Tout s&rsquo;\u00e9claira, en 1963, gr\u00e2ce au colonel Robert Kintner, un de mes anciens coll\u00e8gues rencontr\u00e9 au SHAPE et au Pentagone au cours des ann\u00e9es 50. Kintner \u00e9tait l&rsquo;auteur d&rsquo;un ouvrage sur le combat terrestre et la menace nucl\u00e9aire (2). Il dirigeait un centre d&rsquo;analyse \u00e0 Philadelphie et publia dans les revues sp\u00e9cialis\u00e9es d&rsquo;outre-Atlantique de nombreuses \u00e9tudes sur la tactique. De passage \u00e0 Paris et alors qu&rsquo;il \u00e9tait descendu \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Castiglione, Kintner demanda \u00e0 me voir. C&rsquo;\u00e9tait un dimanche et le rendez-vous fut fix\u00e9 en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s le retour de la campagne. Je le trouvai en bonne compagnie; des livres, des journaux \u00e9parpill\u00e9s autour de son fauteuil et une bouteille de whisky bien entam\u00e9e. Il m&rsquo;entretint aussit\u00f4t de ses projets: contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation strat\u00e9gique des Europ\u00e9ens, plus particuli\u00e8rement sur le continent, faire appr\u00e9cier l&rsquo;Otan et justifier ses exigences strat\u00e9giques; \u00e0 Londres, l&rsquo;Institut d&rsquo;Alastair Buchan faisait du bon travail&#8230; mais trop \u00e9litiste&#8230; l&rsquo;ensemble de la population devait \u00eatre inform\u00e9&#8230; p\u00e9rils et rem\u00e8des mis \u00e0 sa port\u00e9e. D\u00e9sapprouvant l&rsquo;abandon de l&rsquo;inconditionnalit\u00e9 et le recours aux pauvres artifices de la riposte adapt\u00e9e de la nouvelle \u00e9quipe dirigeante am\u00e9ricaine, je lui r\u00e9pondis que de nouveaux efforts seraient bien inutiles et que, du reste, cette forme de propagande irait m\u00eame \u00e0 l&rsquo;encontre des objectifs que visait mon interlocuteur. D&rsquo;ailleurs, ajoutais-je, m\u00eame Raymond Aron et ses amis, qui s&rsquo;efforcent d&rsquo;expliquer la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine et d&rsquo;y rallier l&rsquo;opinion, trouveraient superflu et maladroit d&rsquo;en remettre encore. C&rsquo;est alors que Kintner, m\u00e9content, me dit: &#8230;Raymond Aron sera bien oblig\u00e9 d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;accord. C&rsquo;est moi qui lui apporte, pour ses publications, l&rsquo;argent de la CIA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb\u00a0Un quart de si\u00e8cle plus tard, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une \u00e9tude sur la revue Preuves dont Raymond Aron \u00e9tait la figure de proue selon Andr\u00e9 Laurens, celui-ci, dans les colonnes du Monde (3), \u00e9crivait: la tare de Preuves, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait d&rsquo;\u00eatre financ\u00e9e par de l&rsquo;argent am\u00e9ricain, dans une perspective d&rsquo;opposition politique et culturelle exerc\u00e9e par le camp progressiste&rsquo;. Il est vrai que la revue devait son existence au soutien financier d&rsquo;un programme am\u00e9ricain dans le cadre de la lutte id\u00e9ologique que se livraient les deux grandes puissances&#8230; une des productions du Congr\u00e8s pour la libert\u00e9 de la culture&rsquo;, organisation financ\u00e9e par le syndicalisme am\u00e9ricain et la CIA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb Avec raison, Alain-G\u00e9rard Slama \u00e9crira dans Le Figaro (4) : &#8230; faute d&rsquo;une quelconque initiative europ\u00e9enne, la r\u00e9sistance culturelle fut aliment\u00e9e par l&rsquo;argent am\u00e9ricain  la CIA pour l&rsquo;appeler par son nom&#8230; En 1966, la r\u00e9v\u00e9lation, par le New York Times, de l&rsquo;activit\u00e9 culturelle de la CIA en Europe tarit la source financi\u00e8re&#8230; Preuves fut vendue \u00e0 un groupe de presse. Son cr\u00e9ateur, Fran\u00e7ois Bondy, avait eu le rare bonheur, comme d&rsquo;ailleurs Labarthe, \u00e0 Londres, de r\u00e9unir, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle d&rsquo;Aron de prestigieuses signatures: Hannah Arendt, George Orwell, Denis de Rougemont, David Rousset, Manes Sperber&#8230; Mais ainsi s&rsquo;explique l&rsquo;hostilit\u00e9 permanente de Raymond Aron \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et ses attaques, dans les colonnes du Figaro, de la force nucl\u00e9aire fran\u00e7aise. Celle-ci irritait profond\u00e9ment Washington et il convenait d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;unisson avec le pourvoyeur de fonds. Le revers de la m\u00e9daille que la post\u00e9rit\u00e9 accroche au cou des hommes de grand talent, c&rsquo;est que leur audience suscite un int\u00e9r\u00eat qui, parfois, pour eux, peut se r\u00e9v\u00e9ler marchand. En l&rsquo;occurrence, le soutien de l&rsquo;\u00e9tranger avait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;autant plus facilement accept\u00e9 qu&rsquo;il permettait de mat\u00e9rialiser par l&rsquo;\u00e9crit un vieil antagonisme, n\u00e9 \u00e0 Londres, aux toutes premi\u00e8res heures du gaullisme. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore la CIA qui finan\u00e7ait l&rsquo;opposition au g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, mais l&rsquo;Intelligence Service. En somme, une vieille habitude. \u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h4>Notes<\/h4>\n<p>(1) \u00ab &#8230;<em>Je n&rsquo;ai nul besoin de forcer mes sentiments pour louer cet ouvrage, bref mais dense, que tous les responsables du destin national devraient lire et m\u00e9diter.<\/em>\u00bb R. Aron, pr\u00e9face de <em>Strat\u00e9gie de l&rsquo;\u00e2ge nucl\u00e9aire<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(2) <em>Atomic Weapons in Land Combat<\/em>, The Military Service Publishing Company, Harrisburg, Penn, USA, 1953.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(3) Livres Politiques, <em>Le Monde<\/em>, 17 septembre 1989.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(4) <em>La revue Preuves ou le p\u00e9ch\u00e9 originel du lib\u00e9ralisme<\/em>, <em>Le Figaro<\/em>, 6 octobre 1989, p. 35.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Raymond Aron, la dissuasion, la CIA et Gallois Pour compl\u00e9ter un aspect documentaire plut\u00f4t qu&rsquo;anecdotique de notre F&#038;C du 3 novembre 2007, nous vous pr\u00e9sentons un extrait du livre de m\u00e9moires du g\u00e9n\u00e9ral Pierre Gallois, Le sablier du si\u00e8cle, L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;homme, \u00e9dit\u00e9 \u00e0 Lausanne en 1999. 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