{"id":69431,"date":"2007-11-20T00:00:00","date_gmt":"2007-11-20T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/11\/20\/a-marche-forcee-rubrique-de-defensa-volume-23-n02-du-25-septembre-2007\/"},"modified":"2007-11-20T00:00:00","modified_gmt":"2007-11-20T00:00:00","slug":"a-marche-forcee-rubrique-de-defensa-volume-23-n02-du-25-septembre-2007","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/11\/20\/a-marche-forcee-rubrique-de-defensa-volume-23-n02-du-25-septembre-2007\/","title":{"rendered":"<strong><em>A marche forc\u00e9e \u2014 Rubrique de defensa, Volume 23 n\u00b002 du 25 septembre 2007<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">A marche forc\u00e9e<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tRevenons \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode chiraquien de 1995-1996. La tentative de r\u00e9int\u00e9gration de l&rsquo;OTAN se solda par un \u00e9chec, bien que la France e\u00fbt donn\u00e9 des gages qui subsistent aujourd&rsquo;hui,  et qui font de la possibilit\u00e9 actuelle de r\u00e9int\u00e9gration, paradoxe qu&rsquo;on \u00e9voquera encore, un exercice beaucoup moins novateur qu&rsquo;on ne dit. L&rsquo;\u00e9chec de 1995-1996 semblait paralyser la France dans toutes ses ambitions d&rsquo;avancement d&rsquo;une s\u00e9curit\u00e9 collective, d&rsquo;autant que la situation politique fran\u00e7aise s&rsquo;\u00e9tait compliqu\u00e9e du fait de la cohabitation de mai 1997. Pourtant, la situation fut finalement d\u00e9bloqu\u00e9e, et par la voie purement europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; On sait comment. Pour des raisons diverses, dont, notamment, leur catastrophique pr\u00e9sidence de janvier-juillet 1998 o\u00f9 ils purent mesurer leur isolement en Europe, les Britanniques d\u00e9cid\u00e8rent d&rsquo;agir \u00e0 ce niveau. Ils propos\u00e8rent \u00e0 la France une initiative qui \u00e9tait une nouvelle phase de la d\u00e9fense europ\u00e9enne. Les propositions britanniques \u00e9taient r\u00e9volutionnaires. Elles aboutirent au trait\u00e9 de Saint-Malo de d\u00e9cembre 1998.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans son discours du 27 ao\u00fbt 2007, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de remarques concernant l&rsquo;OTAN qui impliquent une clarification des liens de la France avec l&rsquo;OTAN (une r\u00e9int\u00e9gration de la structure int\u00e9gr\u00e9e?) en m\u00eame temps que des exigences de r\u00e9forme de la m\u00eame OTAN, Sarkozy a parl\u00e9 d&rsquo;une initiative importante de la France dans le domaine de la d\u00e9fense europ\u00e9enne durant la pr\u00e9sidence fran\u00e7ais de juillet-d\u00e9cembre 2008. Il a cit\u00e9 le trait\u00e9 de Saint-Malo comme r\u00e9f\u00e9rence (son dixi\u00e8me anniversaire), ce qui revient \u00e0 proposer une sorte de Saint-Malo-II. Il lie les deux initiatives (OTAN et Saint-Malo II) comme compl\u00e9mentaires. Cela signifie qu&rsquo;\u00e0 la diff\u00e9rence de 1995-1998, les Fran\u00e7ais saisissent \u00e0 leur propre compte, pour les recommencer, les deux \u00e9v\u00e9nements de 1995-1998. Ils n&rsquo;y voient aucune contradiction mais, au contraire, une simultan\u00e9it\u00e9 et une compl\u00e9mentarit\u00e9  enrichissantes,  bref, une d\u00e9marche g\u00e9n\u00e9rale qui a la logique et la beaut\u00e9 de la rationalit\u00e9,  l&rsquo;esprit de la raison s&rsquo;imposant apr\u00e8s tant de conflits exacerb\u00e9s par des positions irrationnelles, une d\u00e9marche d&rsquo;entente et d&rsquo;apaisement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette conception contredit le calendrier de la p\u00e9riode 1995-1998 o\u00f9 Saint-Malo n&rsquo;exista que parce que la France avait \u00e9chou\u00e9 dans sa tentative otanienne mais nullement son sens. Les Am\u00e9ricains interpr\u00e9t\u00e8rent Saint-Malo comme un acte hostile. Est-il judicieux d&rsquo;\u00e9carter d&rsquo;une fa\u00e7on aussi leste les le\u00e7ons de l&rsquo;histoire? Les Fran\u00e7ais r\u00e9pliqueraient que c&rsquo;est au contraire un devoir de tenter de rectifier ce qui, dans l&rsquo;Histoire, appara\u00eet malheureux. Il s&rsquo;agit rien de moins que de marier ce qui, en 1995-98, avait \u00e9t\u00e9 un motif d&rsquo;affrontement (avec les USA). Les m\u00eames causes produisant des effets contraires. Est-ce la raison?<\/p>\n<h3>Le charme envo\u00fbtant du vide<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a toujours, en France, une fascination \u00e0 contre-pied. On couvre de charmes irr\u00e9sistibles les causes, les th\u00e9ories et les alliances d\u00e8s lors qu&rsquo;elles sont contre-productives. Il y a une esp\u00e8ce d&rsquo;encha\u00eenement, presque comme un d\u00e9fi de l&rsquo;intelligence, au charme suppos\u00e9 de ce qui est contraire. La France est irr\u00e9sistible en Europe aujourd&rsquo;hui, constat abondamment prouv\u00e9 par les diverses initiatives du pr\u00e9sident? La France a des cartes irr\u00e9sistibles dans l&rsquo;OTAN, dans sa position actuelle, face aux autres membres divis\u00e9s et d\u00e9sorient\u00e9s? Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, il est bon de jouer ces cartes,  dirait-on les gaspiller?  en tentant de transformer l&rsquo;organisme (l&rsquo;OTAN) qui est cause de cette division et de cette d\u00e9sorientation. C&rsquo;est un beau geste mais il n&rsquo;est pas assur\u00e9 que ce soit un geste avis\u00e9. Il est bas\u00e9 sur une logique ambigu\u00eb, sinon contradictoire, et ce n&rsquo;est pas le meilleur aliment pour cette raison dont on vous dit qu&rsquo;elle nourrit l&rsquo;esprit d&rsquo;une p\u00e9riode pourtant emport\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ivresse. On entend souvent, parfois dans un m\u00eame discours, l&rsquo;argument invers\u00e9: \u00e0 un moment on vous dit que la r\u00e9int\u00e9gration de l&rsquo;organisation int\u00e9gr\u00e9e renforcera l&rsquo;influence de la France (au sein de l&rsquo;OTAN?); \u00e0 un autre, on vous confie que la position actuelle de la France lui donne un influence particuli\u00e8re (au sein de l&rsquo;Alliance).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;OTAN, c&rsquo;est connu et r\u00e9p\u00e9t\u00e9, est moribonde. L&rsquo;Afghanistan est apparu comme le r\u00e9ceptacle de toutes ses contradictions et de ses anachronismes. Une source otanienne nous dit: \u00ab<em>Pour la premi\u00e8re fois, les experts du si\u00e8ge, \u00e0 Evere, commencent \u00e0 \u00e9mettre des consid\u00e9rations tr\u00e8s pessimistes sur la situation en Afghanistan. Jusqu&rsquo;ici, des militaires sur le terrain en parlaient, ou la presse. D\u00e9sormais, c&rsquo;est le coeur de l&rsquo;analyse bureaucratique de l&rsquo;Alliance qui fait un diagnostic pessimiste.<\/em>\u00bb Cette id\u00e9e d&rsquo;une OTAN moribonde est explicite dans une remarque de Jonathan Greenstock, repr\u00e9sentant UK en Irak en 2002-2004, dans <em>The New Statesman<\/em> le 6 septembre: \u00ab<em>Afghanistan may go sour on us anyway, but the inclination of some major European allies to avoid the hard fighting there could become a nail in Nato&rsquo;s coffin. It will, in any case, need an enlightened reassessment by the French of their longer-term security interests to save Nato from a slow death from European underinvestment.<\/em>\u00bb Ainsi attendrait-on les Fran\u00e7ais comme les sauveurs de l&rsquo;OTAN en s&rsquo;engageant aupr\u00e8s des Britanniques en grand d\u00e9sarroi en Afghanistan? Dr\u00f4le d&rsquo;id\u00e9e, qui nous promet bien des malentendus&#8230; Au moins, les Fran\u00e7ais seraient applaudis pendant quelques jours comme les sauveurs de la civilisation par la presse anglo-saxonne&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA part cela, nous dit notre source, les avantages pour la France seraient de rentrer dans \u00ab<em>un DPC poussi\u00e9reux qui ne sert plus \u00e0 rien<\/em>\u00bb et dans \u00ab<em>un commandement int\u00e9gr\u00e9 qui est en proie \u00e0 toutes les manoeuvres et \u00e0 toutes les manipulations, avec un pouvoir et une influence en lambeaux<\/em>\u00bb. Une chatte n&rsquo;y retrouverait pas ses petits,  alors que dire de la France et de ses int\u00e9r\u00eats? La perplexit\u00e9 r\u00e8gne&#8230;<\/p>\n<h3>L&rsquo;id\u00e9alisme contradicteur<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tMais on l&rsquo;a vu, l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas l\u00e0. La clarification des liens de la France avec l&rsquo;OTAN, la r\u00e9int\u00e9gration pour certains, se place dans un plus vaste ensemble o\u00f9 l&rsquo;on trouve \u00e9galement le projet que nous avons mentionn\u00e9 d&rsquo;une sorte de Saint-Malo-II. En un mot, pour tenter de r\u00e9sumer la tr\u00e8s rationnelle pens\u00e9e fran\u00e7aise: nous faisons assez fort avec l&rsquo;OTAN et nous faisons tr\u00e8s fort avec la d\u00e9fense europ\u00e9enne, et ceci compense cela,  non, mieux: ceci est compl\u00e9mentaire de cela. L&rsquo;\u00e9trange id\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1998, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec du retour de la France dans l&rsquo;OTAN, certaines dispositions de coop\u00e9ration et de coordination avec l&rsquo;OTAN prises par la France dans la pr\u00e9vision d&rsquo;un accord qui n&rsquo;eut jamais lieu satisfaisaient compl\u00e8tement les Am\u00e9ricains. La situation pr\u00e9figurait celle qu&rsquo;a d\u00e9finie le porte-parole de l&rsquo;OTAN, le 12 septembre, et qu&rsquo;il n&rsquo;a d\u00e9crite que parce qu&rsquo;elle correspond \u00e0 une satisfaction aussi bien du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;OTAN per se que du c\u00f4t\u00e9 des Am\u00e9ricains: \u00ab<em>France is a country that contributes a lot, is often among the countries that contribute the most, and that also means to our military operations. No one can say to us that France is not contributing a lot to NATO.<\/em> [&#8230;] <em>It&rsquo;s up to France to decide if it will formally integrate into the military structure. It would of course be welcomed by NATO, but I underline that things are working fine at the moment.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAussi, la fureur des Am\u00e9ricains fut-elle compl\u00e8te quand ils s&rsquo;aper\u00e7urent, quelque part entre la fin de 1999 et le d\u00e9but de 2000, de la v\u00e9ritable dimension des accords de Saint-Malo. Pour eux, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la France s&rsquo;\u00e9tait rapproch\u00e9e de l&rsquo;OTAN et y participait pleinement (on le vit lors de la guerre du Kosovo), il \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre essentiel ni peut-\u00eatre m\u00eame utile qu&rsquo;elle s&rsquo;en rapproch\u00e2t plus et il \u00e9tait extr\u00eamement dangereux , d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, qu&rsquo;elle se lan\u00e7\u00e2t dans une initiative europ\u00e9enne. Rarement les relations de s\u00e9curit\u00e9 furent si difficiles entre Am\u00e9ricains et Britanniques (les vrais auteurs de Saint-Malo) et il fallut bien toute la souplesse de Blair apr\u00e8s 9\/11 pour r\u00e9tablir les choses. Les experts europ\u00e9ens, fran\u00e7ais et britanniques qui firent une visite d&rsquo;information \u00e0 Washington au d\u00e9but de 2000 sur la question de la d\u00e9fense europ\u00e9enne en relation avec le trait\u00e9 de Saint-Malo doivent encore se rappeler de la violence de certaines interventions am\u00e9ricaines \u00e0 ce propos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9\/11 a fait oublier ces \u00e9pisodes. Il a conduit les esprits, en \u00e9radiquant les m\u00e9moires, \u00e0 se concentrer sur des conditions radicalement nouvelles, et d&rsquo;ailleurs ouvertes \u00e0 des interpr\u00e9tations compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. Il a fait croire \u00e0 certains que les \u00e9v\u00e9nements conduisaient \u00e0 une r\u00e9organisation des relations internationales, transatlantiques et intra-europ\u00e9ennes (entre l&rsquo;OTAN et l&rsquo;UE) dans ce cas, qui devrait se faire \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements n\u00e9cessitant la mise en place d&rsquo;une structure nouvelle o\u00f9 les anciennes notions d&rsquo;int\u00e9r\u00eats contradictoires s&rsquo;effaceraient compl\u00e8tement devant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat commun, face \u00e0 des dangers communs,  du terrorisme \u00e0 la crise climatique et ses cons\u00e9quences. Dr\u00f4le d&rsquo;id\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>La question de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre l&rsquo;OTAN et la d\u00e9fense europ\u00e9enne a toujours men\u00e9 \u00e0 la confrontation<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous n&rsquo;allons pas nous attarder \u00e0 d\u00e9battre de cette perception qui nous para\u00eet compl\u00e8tement sollicit\u00e9e, qui c\u00e8de \u00e0 l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9motion n\u00e9e de l&rsquo;attaque 9\/11. Cette \u00e9motion ne s&rsquo;est pas dissip\u00e9e et cette perception continue \u00e0 r\u00e9pondre d&rsquo;une vision sentimentale de notre temps historique, que nous exprimerions plus justement en parlant de vision virtualiste. La r\u00e9alit\u00e9 nous para\u00eet bien diff\u00e9rente, avec un changement de rythme mais nullement de substance entre avant et apr\u00e8s 9\/11.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(C&rsquo;est ce que note la professeur Kimberly Phillips-Fein, de l&rsquo;universit\u00e9 de New York, \u00e0 propos de la pol\u00e9miste et th\u00e9oricienne Noami Klein: \u00ab<em>Klein was one of the few who kept her nerve and spied the ideological continuity between the pre- and post-9\/11 worlds.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette situation virtualiste, o\u00f9 est affirm\u00e9e avec ing\u00e9nuit\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente de ce qui est mais o\u00f9 les r\u00e9alit\u00e9s subsistent \u00e9videmment, il n&rsquo;y a aucune raison que la logique am\u00e9ricaniste du temps de Saint-Malo-I ne subsiste pas. Au contraire, elle sera renforc\u00e9e par la tension des \u00e9v\u00e9nements et les conditions extr\u00eamement pressantes du d\u00e9clin de la puissance US. Une puissance sur le d\u00e9clin, surtout avec la psychologie de l&rsquo;hubris qui caract\u00e9rise les USA, est plus que jamais inclin\u00e9e \u00e0 refuser toute concession qui serait per\u00e7ue par elle comme acc\u00e9l\u00e9rant son d\u00e9clin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette logique am\u00e9ricaniste implique une perception sp\u00e9cifique de la notion de la compl\u00e9mentarit\u00e9, dont l&rsquo;esprit fran\u00e7ais est si friand lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des rapports de l&rsquo;OTAN et de l&rsquo;Europe. La pr\u00e9tention des nouveaux dirigeants fran\u00e7aise de vouloir clarifier les rapports entre l&rsquo;OTAN et la d\u00e9fense europ\u00e9enne est d&rsquo;une stricte orthodoxie rationnelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une grande na\u00efvet\u00e9 lorsqu&rsquo;elle est confront\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s. Pour les Am\u00e9ricains, la notion de compl\u00e9mentarit\u00e9 est n\u00e9cessairement exclusive. Elle met en relation contradictoire les processus otanien et europ\u00e9en et proscrit toute id\u00e9e de parall\u00e9lisme. Cela se traduit, pour les USA, par ce postulat: au plus la France se rapproche de l&rsquo;OTAN, au moins elle est impliqu\u00e9e dans un processus europ\u00e9en de d\u00e9fense, et, encore moins en est-elle l&rsquo;inspiratrice. Le constat est bien que les USA n&rsquo;ont pas demand\u00e9 ce rapprochement fran\u00e7ais de l&rsquo;OTAN, qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont pas besoin pr\u00e9cis\u00e9ment (voir la position de l&rsquo;OTAN, qui rend compte de celle des USA); mais d\u00e8s lors que ce rapprochement a lieu \u00e0 l&rsquo;initiative de la France c&rsquo;est un signal. Il signifie, pour eux, que la France abdique toute ambition europ\u00e9enne en Europe m\u00eame (hors-OTAN), quelles que soient les raisons des Fran\u00e7ais de faire cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Fran\u00e7ais pensent que les Am\u00e9ricains ont chang\u00e9 depuis 9\/11. (On conna\u00eet la rengaine d&rsquo;ailleurs: en 1995-97, ils pensaient que les Am\u00e9ricains avaient chang\u00e9 avec la fin de la Guerre froide.) Ils n&rsquo;envisagent gu\u00e8re l&rsquo;hypoth\u00e8se de la simple radicalisation de la psychologie sous la force de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, qui est \u00e0 notre sens l&rsquo;hypoth\u00e8se la plus vraisemblable, sinon l&rsquo;hypoth\u00e8se exclusive. Les Am\u00e9ricains sont devenus encore plus Am\u00e9ricains (encore plus am\u00e9ricanistes). Leur r\u00e9action devant une France qui veut se rapprocher de l&rsquo;OTAN et, en m\u00eame temps, entend donner une impulsion r\u00e9volutionnaire \u00e0 la d\u00e9fense europ\u00e9enne sera furieuse. Ce sera un moment de v\u00e9rit\u00e9.  <\/p>\n<h3>D\u00e9bat, ouvre-toi<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEnfin, rien n&rsquo;est plus urgent que ce d\u00e9bat (sur l&rsquo;OTAN, sur les relations transatlantiques, sur la d\u00e9fense europ\u00e9enne en contrepoint) que V\u00e9drine appelle de ses voeux. C&rsquo;est dans ce cadre que devrait appara\u00eetre comment, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une fa\u00e7on paradoxale, le cas fran\u00e7ais \u00e0 propos de l&rsquo;OTAN rejoint le cas belge \u00e0 propos de l&rsquo;identit\u00e9 europ\u00e9enne. Les Belges se trouvent prisonniers des entit\u00e9s supranationales pour la survie de ce qui leur fait fonction d&rsquo;identit\u00e9 nationale,  et la crise europ\u00e9enne les met dans une position de grande faiblesse pour prot\u00e9ger leur cadre unitaire. Les Fran\u00e7ais ont r\u00e9affirm\u00e9 leur identit\u00e9 nationale, notamment au cours de la campagne \u00e9lectorale,  et leurs dirigeants semblent vouloir prendre le risque de perdre le b\u00e9n\u00e9fice de ce processus en s&rsquo;int\u00e9grant dans un ensemble o\u00f9 la condition d&rsquo;une bonne figuration est une identit\u00e9 nationale affaiblie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tParadoxe plus grand encore: ce qui peut d\u00e9tourner les Fran\u00e7ais de cette pente f\u00e2cheuse, c&rsquo;est de lancer un processus europ\u00e9en de d\u00e9fense, dans un domaine g\u00e9n\u00e9ral dont le m\u00e9canisme int\u00e9grateur en crise influence n\u00e9gativement la Belgique. Dans le cas fran\u00e7ais, la perspective europ\u00e9enne en crise identitaire constitue une promesse de renforcement et d&rsquo;affirmation de l&rsquo;identit\u00e9 nationale; c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une nation peut se servir pour son renforcement d&rsquo;un ensemble qui \u00e9tait per\u00e7u \u00e0 l&rsquo;origine, et con\u00e7u d&rsquo;ailleurs dans ce sens, pour affaiblir le caract\u00e8re substantiel de la notion de nation. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on qu&rsquo;on peut mesurer la fragilit\u00e9 des \u00e9difices transnationaux mis en place pendant la Guerre froide et consid\u00e9r\u00e9s depuis comme les guides imp\u00e9ratifs de toute politique, comme les r\u00e9f\u00e9rences in\u00e9vitables de toute conception.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa progression des \u00e9v\u00e9nements se fait selon une logique historique puissante, qui laisse peu de place aux initiatives politiques de directions qui sont discr\u00e9dit\u00e9es par la pauvret\u00e9 de leurs conceptions, l&rsquo;affaiblissement de leurs convictions, en un mot leur faiblesse intrins\u00e8que. Plus que jamais, les grandes situations politiques, correspondant aux grands courants historiques dont la politique courante tient fort peu compte dans ce temps historique, ont toutes les capacit\u00e9s d&rsquo;imposer aux dirigeants politiques des orientations qu&rsquo;ils ne veulent pas ou qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas pr\u00e9vues. Elles profitent essentiellement des contradictions expos\u00e9es par des affirmations de convenance, ob\u00e9issant autant \u00e0 des conceptions id\u00e9ologiques fig\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 un conformisme g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;analyse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn perdrait son temps \u00e0 chercher des desseins machiav\u00e9liques, les constructions myst\u00e9rieuses des uns et des autres. Les hommes, et les dirigeants politiques en sont \u00f4 combien, sont les jouets de ces forces historiques dans une mesure qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 rencontr\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment. L&rsquo;essentiel pour ce temps historique est moins d&rsquo;analyser les politiques que de distinguer o\u00f9 peut nous conduire la logique des grands \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent sous nos yeux.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A marche forc\u00e9e Revenons \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode chiraquien de 1995-1996. La tentative de r\u00e9int\u00e9gration de l&rsquo;OTAN se solda par un \u00e9chec, bien que la France e\u00fbt donn\u00e9 des gages qui subsistent aujourd&rsquo;hui, et qui font de la possibilit\u00e9 actuelle de r\u00e9int\u00e9gration, paradoxe qu&rsquo;on \u00e9voquera encore, un exercice beaucoup moins novateur qu&rsquo;on ne dit. L&rsquo;\u00e9chec de 1995-1996&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[779,6156,3019,7244,2687,7243,584],"class_list":["post-69431","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-chirac","tag-commandement","tag-defense","tag-europenne","tag-france","tag-integre","tag-otan"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=69431"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69431\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=69431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=69431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=69431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}