{"id":69520,"date":"2007-12-19T00:00:00","date_gmt":"2007-12-19T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/12\/19\/ferrero-la-guerre\/"},"modified":"2007-12-19T00:00:00","modified_gmt":"2007-12-19T00:00:00","slug":"ferrero-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2007\/12\/19\/ferrero-la-guerre\/","title":{"rendered":"Ferrero &amp; la guerre"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.25em\">Nota Bene<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Les deux textes ci-dessous sont ceux des rubrique \u00ab\u00a0Analyse\u00a0\u00bb des num\u00e9ros 04 et 05, Volume 23, de la Lettre d&rsquo;Analyse <em>dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> des 10 et 25 novembre 2007<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Le choc profond des armes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il nous est souvent arriv\u00e9, ces derniers temps, de citer l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero, mort en 1942. Il faut dire que nous l&rsquo;avons \u00ab\u00a0d\u00e9couvert\u00a0\u00bb et que nous ne cessons de trouver chez cet auteur un enrichissement consid\u00e9rable pour nous-m\u00eames. Ferrero poss\u00e8de ce don si rare, qui est la vrai vertu de la connaissance, de nous livrer des r\u00e9flexions et des id\u00e9es dont l&rsquo;originalit\u00e9 intrins\u00e8que est av\u00e9r\u00e9e, et dont la puissance provoque chez le lecteur ses propres r\u00e9flexions. Ainsi doit-on concevoir la cha&icirc;ne de la connaissance. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une prosternation devant quelque idole class\u00e9e dans la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0g\u00e9nies\u00a0\u00bb, inatteignables et in\u00e9galables par d\u00e9finition, et dont on r\u00e9\u00e9dite r\u00e9guli\u00e8rement les oeuvres compl\u00e8tes (ce qui n&rsquo;est pas le cas de Ferrero) mais bien de la d\u00e9couverte de compagnons d&rsquo;esprit qui, en vous livrant leurs propres r\u00e9flexions novatrices, enrichissent votre propre processus de novation de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Guglielmo Ferrero eut une famille superbe. Sa femme, Gina Lombroso, a laiss\u00e9 des ouvrages magnifiques sur L&rsquo;\u00e2me de la femme ou sur La ran\u00e7on du machinisme. Leur fils, Leo Ferrero, disparu pr\u00e9matur\u00e9ment en 1936, \u00e9tait un magnifique auteur, po\u00e8te et moraliste, notamment avec L&rsquo;Am\u00e9rique, miroir grossissant de l&rsquo;Europe.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero est un historien des profondeurs, proche de ce qu&rsquo;on nomme en France l'\u00a0\u00bbhistorien proph\u00e9tique\u00a0\u00bb. S&rsquo;il a des sujets de pr\u00e9dilection (l&#8217;empire romain, la p\u00e9riode de la R\u00e9volution fran\u00e7aise jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;Empire, Bonaparte et Talleyrand, le pouvoir, etc.), sa r\u00e9flexion est \u00e9videmment universelle. Elle n&rsquo;explique pas tout mais elle peut servir \u00e0 tout ce qui est humanit\u00e9 historique. Elle constitue un outil pr\u00e9cieux dans la panoplie que chaque esprit se constitue pour forger \u00e0 son tour son propre outil qu&rsquo;il transmettra \u00e0 ceux qui le suivront.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous allons examiner d&rsquo;abord l&rsquo;outil que nous donne Ferrero, le d\u00e9couvrir et le d\u00e9finir. Puis nous le lui empruntons pour en faire bon usage pour notre propre d\u00e9marche, pour forger notre propre outil.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Bonaparte en Italie&#8230; <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Nous rappelons ici une citation d\u00e9j\u00e0 faite, dans notre pr\u00e9c\u00e9dent num\u00e9ro, dans notre rubrique <em>de defensa<\/em>, extraite de la superbe \u00e9tude de Ferrero, <em>Aventure, &mdash; Bonaparte en Italie, 1796-1797<\/em>. Ce qui est en cause ici (avec une r\u00e9f\u00e9rence au g\u00e9n\u00e9ral Jacques Antoine comte de Guibert et son <em>Essai g\u00e9n\u00e9ral de tactique<\/em>, paru \u00e0 Londres en 1773), c&rsquo;est le caract\u00e8re m\u00eame de la guerre, appr\u00e9ci\u00e9 dans sa structure, dans sa forme, dans sa dynamique essentiellement; nullement dans son contenu \u00e9ventuel ni dans sa d\u00e9finition conceptuelle. (Au passage, comme nous l&rsquo;avions signal\u00e9, Ferrero s&rsquo;attaque \u00e9galement au mythe du g\u00e9nie napol\u00e9onien apparaissant lors de la campagne d&rsquo;Italie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>En Italie d&rsquo;abord, en Allemagne un peu plus tard, l&rsquo;Ancien R\u00e9gime a \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli par Guibert et ses disciples, beaucoup plus que par Voltaire ou Rousseau et leur \u00e9cole; par la guerre sans r\u00e8gles plus que par les id\u00e9es et les principes de la R\u00e9volution. A l&rsquo;origine du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, il y a non la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une doctrine nouvelle mais un acte de force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e. C&rsquo;est ce qui justifie le dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle d&rsquo;avoir voulu r\u00e9gler la guerre. Il avait d\u00e9couvert que la guerre sans r\u00e8gle est la subversion totale de l&rsquo;ordre social, un cataclysme de la civilisation. La R\u00e9volution d&rsquo;abord, le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle ensuite, ont m\u00e9connu cette grande d\u00e9couverte, et le monde expie depuis vingt ans l&rsquo;erreur mortelle.<\/em>&raquo; (&#8230;Le texte est publi\u00e9 en 1936 et le \u00ab\u00a0depuis vingt ans\u00a0\u00bb caract\u00e9risant \u00ab\u00a0l&rsquo;erreur mortelle\u00a0\u00bb renvoie \u00e9videmment \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Nous y reviendrons nous-m\u00eames.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;exceptionnelle originalit\u00e9 de Ferrero, dans laquelle nos lecteurs retrouveront un de nos penchants pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, est qu&rsquo;il fonde toute son analyse sur un facteur psychologique dominant, universel, d\u00e9clench\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement dont personne n&rsquo;a pu pr\u00e9voir par avance la force et la dynamique. Dans son autre livre, compl\u00e9tant celui sur Bonaparte, qui est le livre Reconstruction, Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne, 1814-1815, Ferrero commence par un chapitre consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0La Grande Peur\u00a0\u00bb, n\u00e9e dans cette ann\u00e9e 1789 que les paysans fran\u00e7ais vont nommer l'\u00a0\u00bb<em>annado de la paou<\/em>\u00ab\u00a0. Rarement (pour ne pas dire jamais, &ndash; on verra plus loin pourquoi), &ndash; un \u00e9v\u00e9nement fut aussit\u00f4t per\u00e7u dans sa fantastique dynamique d\u00e9stabilisatrice que la R\u00e9volution de 1789, en cette ann\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment de 1789. Nous ferons m\u00eame, &ndash; bien \u00e9videmment&#8230; &ndash; l&rsquo;hypoth\u00e8se que c&rsquo;est cette force psychologique de la perception, qui engendre aussit\u00f4t la \u00ab\u00a0Grande Peur\u00a0\u00bb de 1789, qui alimente en retour l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, et ainsi de suite, et ce tourbillon en spirale donnant \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement son \u00e9nergie monstrueuse, sa dynamique irr\u00e9sistible. Il y a l\u00e0 un myst\u00e8re sorti des entrailles d&rsquo;une Histoire profonde, qui nous am\u00e8ne, &ndash; bien \u00e9videmment, \u00e0 nouveau&#8230; &ndash; \u00e0 rapprocher Ferrero de Maistre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les cas, nulle place pour l&rsquo;id\u00e9ologie, pour les id\u00e9es de Rousseau et de Voltaire. Cela, les id\u00e9es et \u00ab\u00a0les Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb, c&rsquo;est tr\u00e8s beau, tr\u00e8s bon sujet de th\u00e8se et argument fleuri de discours, bon pour les bateleurs \u00e0 la tribune de la Convention, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;accessoire. L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est que cette peur soul\u00e8ve les \u00e2mes d&rsquo;angoisse et arment les bras, qu&rsquo;ils fussent progressistes ou conservateurs. (Vanit\u00e9 des \u00e9tiquettes: l\u00e0-dessus, \u00e9galement, nous reviendrons.) D\u00e8s 1791-1792 s&rsquo;amorce une \u00ab\u00a0longue guerre\u00a0\u00bb (<em>The Long War<\/em>?), particuli\u00e8rement \u00e0 partir de Valmy, \u00e0 l&rsquo;automne 1792, entre tous et toutes, les monarchies, les piliers de l&rsquo;Ancien Ordre, paralys\u00e9s de peur devant les r\u00e9volutionnaires soi-disant en marche; les r\u00e9volutionnaires, transis de peur devant les arm\u00e9es des dynasties coalis\u00e9es. Ferrero ne cesse de le r\u00e9p\u00e9ter: la R\u00e9volution fran\u00e7aise est un \u00e9v\u00e9nement politique d&rsquo;abord pour ses effets ext\u00e9rieurs, pour ses effets europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est de tout cela que na&icirc;t l'\u00a0\u00bbaventure\u00a0\u00bb italienne. La peur est toujours l\u00e0, &ndash; d&rsquo;ailleurs elle ne cessera plus jusqu&rsquo;en 1815 et, selon Ferrero, c&rsquo;est elle qui pousse Napol\u00e9on dans sa qu\u00eate insatiable et sans espoirs de conqu\u00eates.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par cons\u00e9quent, les arguments id\u00e9ologiques si souvent mis en avant pour expliquer ces guerres sont, selon Ferrero, souvent de convenance ou bien ils viennent apr\u00e8s coup justifier une guerre d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9e. Ferrero d\u00e9crit un Bonaparte inhabituel en Italie; souvent h\u00e9sitant, toujours inquiet, syst\u00e9matiquement attentif aux consignes du Directoire et prenant bien garde d&rsquo;informer le Directoire de tous ses actes. Il effectue son p\u00e9riple au milieu d&rsquo;un pays qui n&rsquo;en est pas un, qui est fait d&rsquo;une multitude de petits pouvoirs r\u00e9gionaux, avec quelques joyaux \u00e9vidents comme la R\u00e9publique de Venise, au Nord un tuteur \u00e0 la fois bonhomme et discret (l&rsquo;Autriche), et le tout domin\u00e9 (influenc\u00e9) par une structure spirituelle d&rsquo;une incomparable puissance. La papaut\u00e9 tient la botte italienne, ce \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb d&rsquo;une richesse prodigieuse, dans la lign\u00e9e centrale de ce que Ferrero nomme l&rsquo;Ancien R\u00e9gime. (Pour Ferrero, les quatre colonnes de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime en Europe, ce coeur du monde, sont en 1789 la Cour de Versailles, la Cour de Vienne, la R\u00e9publique de Venise et la papaut\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La confrontation des deux ph\u00e9nom\u00e8nes, &ndash; la dynamique statique de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime et la dynamique en fusion de l&rsquo;arm\u00e9e de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, &ndash; va conduire \u00e0 un effet explosif. Mais ce ne sont pas les id\u00e9es qui vont triompher. L&rsquo;Italie n&rsquo;est pas une masse d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9e par le virus de la R\u00e9volution, qui attend son inspirateur supr\u00eame. &laquo;<em>L&rsquo;Italie,<\/em> \u00e9crit Ferrero, <em>n&rsquo;a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;invasion non pas parce qu&rsquo;elle \u00e9tait affaiblie par l&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire, mais parce qu&rsquo;elle avait trop d&rsquo;ordre et n&rsquo;avait pas d&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire.<\/em>&raquo; Apr\u00e8s la victoire de Rivoli, brusquement l&rsquo;Italie se d\u00e9fait, devient un chaos incontr\u00f4lable. &laquo;<em>Rivoli est la premi\u00e8re des trois grandes victoires de Napol\u00e9on, &ndash; Austerlitz sera la seconde, I\u00e9na la troisi\u00e8me, &ndash; qui n&rsquo;ont pas fait seulement du bruit mais de l&rsquo;histoire, parce qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9, en Italie, en Allemagne, trois coups de b\u00e9lier contre l&rsquo;Ancien R\u00e9gime.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les id\u00e9es n&rsquo;y sont pour rien. C&rsquo;est l&rsquo;obscur et terrible fracas des armes qui dirige le destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une guerre de la d\u00e9structuration<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Dans un autre de ses ouvrages (<em>Les deux r\u00e9volutions fran\u00e7aises<\/em>), Ferrero donne cette d\u00e9finition: &laquo;<em>Par esprit r\u00e9volutionnaire, il faut entendre le d\u00e9sir et l&rsquo;espoir de s&#8217;emparer du pouvoir en dehors de tout principe de l\u00e9gitimit\u00e9, de s&rsquo;en emparer par la force et de l&rsquo;exercer par la terreur.<\/em>&raquo; L&rsquo;id\u00e9e importante est l&rsquo;absence de l\u00e9gitimit\u00e9. C&rsquo;est la m\u00eame chose pour la soi-disant \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, celle qui d\u00e9ferle sur l&rsquo;Italie. Elle imprime sa marque, elle \u00ab\u00a0triomphe\u00a0\u00bb en un sens, moins par ses victoires militaires que par les effets de ses soi-disant victoires. Elle brise, elle affole, elle d\u00e9clenche chez les hommes, dans le pays qu&rsquo;elle parcourt une sorte de perte de sens. Elle n&rsquo;instaure pas la R\u00e9volution ni n&rsquo;impose les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires; elle d\u00e9structure l&rsquo;ordre existant, &ndash; d&rsquo;ailleurs sans chercher cela, sans le vouloir si l&rsquo;on veut. Les cas sont nombreux, qui montrent Bonaparte ou le Directoire, ou les deux \u00e0 la fois, reculant devant le soutien \u00e0 tel ou tel parti se r\u00e9clamant des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires, craignant le d\u00e9sordre, etc; comme, \u00e0 d&rsquo;autres moments, l&rsquo;un ou\/et l&rsquo;autre c\u00e9dant \u00e0 un vertige soudain, par exemple lorsque le Directoire donne \u00e0 Bonaparte la consigne d&rsquo;envisager la destruction pure et simple de la papaut\u00e9 qui est ce bastion fondamental de l&rsquo;ordre et de la l\u00e9gitimit\u00e9 spirituelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces h\u00e9sitations, ses vaticinations contradictoires de la volont\u00e9 et du dessein, montrent bien que les conqu\u00e9rants r\u00e9volutionnaires sont emport\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements plus qu&rsquo;ils ne les dirigent. Et ces \u00e9v\u00e9nements, c&rsquo;est d&rsquo;abord la guerre. Les conqu\u00e9rants sont emport\u00e9s par la dynamique et le fracas des armes et l&rsquo;id\u00e9ologie n&rsquo;est qu&rsquo;un facteur accessoire, ici utilis\u00e9, l\u00e0 tenu \u00e0 distance avec d\u00e9cision. La guerre r\u00e9volutionnaire n&rsquo;attaque pas une id\u00e9ologie, elle attaque l&rsquo;ordre existant et rencontre ainsi son premier et principal handicap. Elle porte avec elle l&rsquo;absence de l\u00e9gitimit\u00e9. Aux yeux de la civilisation, elle est ill\u00e9gale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera que cela ne signifie rien des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires qui apparaissent ici, qui sont repouss\u00e9es l\u00e0. On dirait que ces id\u00e9es sont \u00e0 part, qu&rsquo;elles font partie d&rsquo;une autre \u00ab\u00a0narrative\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elles concernent une autre histoire, &ndash; parall\u00e8le si l&rsquo;on veut, de la vraie histoire qu&rsquo;oriente le fracas des armes. Ces id\u00e9es sont n\u00e9cessairement accessoires parce qu&rsquo;elles ne sont pas la vraie histoire. Plus encore, la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb est destructurante (\u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb) par son action, ses victoires qui sont d&rsquo;abord obtenues par l&rsquo;abandon des r\u00e8gles du XVIII\u00e8me si\u00e8cle de ce qu&rsquo;on nomma avec un m\u00e9pris significatif \u00ab\u00a0la guerre en dentelles\u00a0\u00bb &ndash; &laquo;<em>A l&rsquo;origine du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, il y a non la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une doctrine nouvelle mais un acte de force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e.<\/em>&raquo; C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;essentiel de l&rsquo;acte r\u00e9volutionnaire, qui concerne effectivement l&rsquo;acte de la guerre, le choc obscur et le fracas des armes, et toujours rien des id\u00e9es elles-m\u00eames. De ce point de vue qui nous appara&icirc;t si puissant dans la perspective actuelle (nous y viendrons plus en d\u00e9tails), Guibert est l&rsquo;inspirateur de la R\u00e9volution, et nullement Rousseau ni Voltaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Encore n&rsquo;a-t-on rien r\u00e9solu avec ces constats qui concernent la surface des choses, l&rsquo;apparence, l'\u00a0\u00bb\u00e9cume des jours\u00a0\u00bb de cette guerre (la guerre en Italie en l&rsquo;occurrence). Un autre aspect de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement doit imp\u00e9rativement \u00eatre pris en compte. La \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb aboutit \u00e0 un r\u00e9sultat apparent et, d&rsquo;autre part, de fa\u00e7on beaucoup plus profonde mais qui n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement distingu\u00e9e, et qui n&rsquo;est m\u00eame que tr\u00e8s rarement distingu\u00e9e, \u00e0 un r\u00e9sultat dans les profondeurs. Il faut l&rsquo;historien proph\u00e9tique pour comprendre et expliciter cela, en offrant une appr\u00e9ciation prodigieusement riche de l&rsquo;usage de la force, et pr\u00e9cis\u00e9ment de cette \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb, &ndash; car elle seule, derri\u00e8re sa pr\u00e9tention faussaire d&rsquo;\u00eatre r\u00e9volutionnaire dans le sens des id\u00e9es (l&rsquo;interpr\u00e9tation faussaire que lui plaquent les id\u00e9ologues), est prisonni\u00e8re de ses effets profonds et contradictoires qui sont la revanche de l&rsquo;Histoire profonde, m\u00e9taphysique:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;&hellip;[L&rsquo;]<em>homme ne con\u00e7oit la force que comme une physique de causes et effets voulus, visibles et tangibles: les violences ext\u00e9rieures d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les actes et mouvements ext\u00e9rieurs que la force peut provoquer. Mais il y a aussi une m\u00e9taphysique de la force: les \u00e9branlements, les r\u00e9actions, les tumultes int\u00e9rieurs et ult\u00e9rieurs qui ne se voient pas et que la force provoque sans le vouloir et le savoir. Les hommes qui ne croient qu&rsquo;\u00e0 la logique de la force s&rsquo;imaginent facilement qu&rsquo;elle est leur docile servante, et qu&rsquo;ils la feront toujours agir dans la direction choisie par eux. Et puis, tout \u00e0 coup, les r\u00e9sultats tangibles et visibles disparaissent, emport\u00e9s par l&rsquo;explosion inattendue des r\u00e9actions et des tumultes invisibles. La m\u00e9taphysique triomphe sur la physique. Le drame se r\u00e9p\u00e8te depuis le commencement des temps, toujours le m\u00eame et toujours si surprenant, que chaque fois il para&icirc;t in\u00e9dit.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb est-elle un moyen, un instrument, donn\u00e9 \u00e0 des hommes inconscients des effets de l&rsquo;instrument. En ce sens, fussent-ils des g\u00e9nies, les hommes que Ferrero classe dans la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0aventuriers\u00a0\u00bb sont les jouets de la force m\u00e9taphysique qu&rsquo;ils ignorent en s&rsquo;en tenant \u00e0 la seule force physique qu&rsquo;ils manipulent, qu&rsquo;ils imaginent ensuite \u00eatre id\u00e9ologique. C&rsquo;est le cas pour le grand g\u00e9nie qu&rsquo;est Napol\u00e9on Bonaparte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero a une attitude assez complexe vis-\u00e0-vis de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, puisqu&rsquo;il en voit deux (d&rsquo;o&ugrave; le titre d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 de son livre sur l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement). Il y a l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement des id\u00e9es qu&rsquo;a v\u00e9hicul\u00e9es la R\u00e9volution, qu&rsquo;il juge comme un apport \u00e9videmment positif; et puis cette brutalit\u00e9, cette \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb, cette ill\u00e9galit\u00e9 et cette ill\u00e9gitimit\u00e9 fondamentales, d&rsquo;autre part. Il s&rsquo;agit de deux \u00ab\u00a0R\u00e9volutions\u00a0\u00bb contraires, antagonistes. Il est manifeste que la seconde, la R\u00e9volution de la \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb qui ne s&rsquo;exprima pas plus fortement que dans la campagne d&rsquo;Italie de 1796-1797, portant \u00e0 un premier paroxysme cette guerre constante qui violenta l&rsquo;Europe pendant presque un quart de si\u00e8cle, l&#8217;emporta \u00e9videmment sur la premi\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">\u00ab\u00a0Aventuriers\u00a0\u00bb contre \u00ab\u00a0reconstructeurs\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Pour poursuivre l&rsquo;\u00e9tude de la pens\u00e9e de cet historien sur ce cas particulier de l&rsquo;identification des forces fondamentales de l&rsquo;Histoire \u00e0 partir de l&rsquo;examen de la p\u00e9riode 1789-1815, il faut lier au livre Aventure&#8230;, le livre Reconstruction, Talleyrand \u00e0 Vienne, 1814-1815, du m\u00eame Ferrero \u00e9videmment, qui le compl\u00e8te manifestement. Les deux livres se suivent (Aventure en 1936, Reconstruction en 1940) et ils pr\u00e9c\u00e8dent de peu la mort en 1942 de l&rsquo;historien en Suisse, o&ugrave; il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tabli apr\u00e8s avoir fui l&rsquo;Italie fasciste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ferrero ne cache pas l&rsquo;admiration profonde qu&rsquo;il \u00e9prouve pour Talleyrand. Son interpr\u00e9tation du Congr\u00e8s de Vienne est tr\u00e8s originale. Il en fait le triomphe d&rsquo;un trio inattendu form\u00e9 du tsar Alexandre, de Louis XVIII et, bien s&ucirc;r, de Talleyrand. Mais il ne s&rsquo;agit pas du triomphe d&rsquo;une ou de plusieurs nation(s), ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eats donn\u00e9s, ou m\u00eame d&rsquo;une id\u00e9ologie; il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une issue d\u00e9pendant de la guerre qui y a conduite, prisonni\u00e8re de cette guerre en quelque sorte (et alors le vaincu l&rsquo;aurait pay\u00e9 cher tandis que les vainqueurs se seraient servis). Le propos est bien plus vaste et, surtout, d&rsquo;une substance absolument \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ces d\u00e9comptes de force qui ressemblent \u00e0 des calculs d&rsquo;\u00e9picier. Si nous le transcrivions en termes modernes, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les termes de notre jargon pour d\u00e9crire notre \u00e9poque, nous dirions qu&rsquo;il s&rsquo;agit du triomphe des forces structurantes sur les forces d\u00e9structurantes en action depuis 1789. C&rsquo;est une sorte de \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;au contraire triomphaient jusqu&rsquo;alors toutes les forces d\u00e9structurantes. Il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;une victoire sur la peur qui s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e de l&rsquo;Europe en 1789, &ndash; et, alors, le \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb s&rsquo;explique peut-\u00eatre. La psychologie, soudain habitu\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s de la sauvegarde, a brusquement modifi\u00e9 la structure et l&rsquo;ordre des dynamiques en action, au profit des forces structurantes. Ferrero fait ce cr\u00e9dit, notamment \u00e0 Alexandre et \u00e0 Talleyrand lors de leur rencontre du 31 mars 1814, plus de 7 ans apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre beaucoup vus lors de la n\u00e9gociation de la paix d&rsquo;Erfurt. L&rsquo;on comprend d&rsquo;autant mieux, \u00e0 la lumi\u00e8re de cette interpr\u00e9tation, l&rsquo;importance que nous attachons \u00e0 cet aspect psychologique, que nous pla\u00e7ons au-dessus de tout comme le moteur fondamental de l&rsquo;action des hommes dans l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&#8230; Mais triomphe temporaire, bien entendu, ou simple \u00e9tape en forme de coup d&rsquo;arr\u00eat temporaire sur la voie d&rsquo;une \u00e9volution in\u00e9luctable. Ferrero situe bien s&ucirc;r \u00e0 1848 la fin de la p\u00e9riode, avec le retour en force du courant d\u00e9structurant. Ces diverses dates rappellent \u00e0 notre esprit l&rsquo;interpr\u00e9tation id\u00e9ologique conformiste de tous ces \u00e9v\u00e9nements (conservatisme ou \u00ab\u00a0r\u00e9action\u00a0\u00bb contre progressisme ou \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme\u00a0\u00bb avec toutes les variantes autour de ces deux grands th\u00e8mes). Si Ferrero accepte \u00e9videmment la chronologie, il repousse r\u00e9solument l&rsquo;interpr\u00e9tation qui en est faite, justement cette interpr\u00e9tation id\u00e9ologique. Les psychologies personnelles (justement) renforcent sa d\u00e9marche. Talleyrand, qu&rsquo;on situerait selon l&rsquo;interpr\u00e9tation id\u00e9ologique conformiste dans le camp conservateur ou r\u00e9actionnaire, est tout sauf un conservateur. Dans sa vie personnelle, cet homme fut un r\u00e9volt\u00e9 presque constamment. Sa premi\u00e8re r\u00e9volte, la plus fondamentale, est sa r\u00e9volte contre l&rsquo;Eglise que sa famille l&rsquo;obligea \u00e0 embrasser puisqu&rsquo;elle en fit un abb\u00e9 promis \u00e0 devenir \u00e9v\u00eaque; et qu&rsquo;il ne cessa jamais de d\u00e9fier cette puissance, parfois d&rsquo;une mani\u00e8re qu&rsquo;on pourrait juger gratuite et tr\u00e8s inattendue de la part de cet homme mesur\u00e9 et calculateur (lorsqu&rsquo;il \u00e9pousa une femme divorc\u00e9e parce que Bonaparte le Premier Consul l&rsquo;aurait press\u00e9 de r\u00e9soudre le cas de sa vie personnelle, alors qu&rsquo;il aurait pu conserver cette femme comme ma&icirc;tresse sans aucune g\u00eane de personne).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Politiquement, Talleyrand savait parfaitement s&rsquo;arranger des circonstances pour introduire par r\u00e9alisme de situation des \u00e9l\u00e9ments id\u00e9ologiques que d&rsquo;autres jugent fondamentaux, sans pour cela proclamer une orientation id\u00e9ologique mais pour conforter un pouvoir et sa l\u00e9gitimit\u00e9, &ndash; et pour conforter ce pouvoir parce qu&rsquo;il avait la l\u00e9gitimit\u00e9. Effectivement, c&rsquo;est ce dernier mot qui doit nous arr\u00eater, &ndash; \u00ab\u00a0l\u00e9gitimit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans le trio identifi\u00e9 par Ferrero, Talleyrand est le philosophe. Il n&rsquo;est pas fondamentalement royaliste ou l\u00e9gitimiste (au sens id\u00e9ologique). Il est \u00ab\u00a0constructeur\u00a0\u00bb, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab\u00a0reconstructeur\u00a0\u00bb puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit toujours de reconstruire dans une bataille d\u00e9crivant la r\u00e9sistance et la r\u00e9action permanente de forces de reconstruction contre les destructions provoqu\u00e9es par les forces aventuri\u00e8res (ou d\u00e9structurantes). Ferrero explique dans son livre <em>Pouvoir<\/em> ce que fut pour lui cette r\u00e9v\u00e9lation qu&rsquo;il connut en novembre 1918, &ndash; p\u00e9riode pr\u00e9monitoire, &ndash; alors qu&rsquo;il \u00e9tait clou\u00e9 au lit pendant plusieurs semaines par une affection stomacale, &ndash; r\u00e9v\u00e9lation des &laquo;<em>g\u00e9nies myst\u00e9rieux qui, \u00e0 mon insu, m&rsquo;aidaient ou me pers\u00e9cutaient.<\/em> [&#8230;] Pour passer le temps, je m&rsquo;\u00e9tais mis \u00e0 lire de vieux livres, plus ou moins dans la couleur du temps. Un jour, en lisant les \u00ab\u00a0M\u00e9moires\u00a0\u00bb de Talleyrand, je tombai sur sept pages du second volume (page 155 \u00e0 162) qui m&rsquo;apprirent qu&rsquo;il existait au monde des principes de l\u00e9gitimit\u00e9. La r\u00e9v\u00e9lation \u00e9tait d\u00e9cisive. Depuis ce jour, je commen\u00e7ai \u00e0 voir clair dans l&rsquo;histoire du monde et de ma destin\u00e9e.&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, avec l&rsquo;aide du principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 tremp\u00e9 aux fers de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9vast\u00e9e de l&rsquo;Europe, Talleyrand va r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9pouvantable d\u00e9cha&icirc;nement de la \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb de la guerre r\u00e9volutionnaire, il va repousser la peur qui paralysait le continent depuis 1789. Il va apaiser les \u00e9v\u00e9nements et les psychologies. La d\u00e9marche est bien entendu politique mais elle concerne moins le contenu politique des choses (l&rsquo;id\u00e9ologie) que la structure de la politique. Dans ce cas, effectivement, le principe de l\u00e9gitimit\u00e9 est un formidable moyen qui permet de soumettre tous les facteurs de la crise de la d\u00e9structuration aux exigences de la structuration, de la reconstruction du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une r\u00e9flexion r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e vers notre \u00e9poque<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dans la deuxi\u00e8me partie de sa vie d&rsquo;historien que Ferrero s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on intensive \u00e0 la p\u00e9riode de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et de l&rsquo;Empire. C&rsquo;est, d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 la fois naturelle et \u00e9vidente, apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation que fut pour lui la d\u00e9couverte de la d\u00e9finition du principe de la l\u00e9gitimit\u00e9 par Talleyrand. (Le premier objet de sa vie d&rsquo;historien avait \u00e9t\u00e9 essentiellement l&#8217;empire romain.) Pour Ferrero, la perception brutale de l&rsquo;apport fondamental que constitue la l\u00e9gitimit\u00e9 lui parut effectivement la clef du myst\u00e8re de l&rsquo;Histoire; et, dans le cas qu&rsquo;il allait \u00e9tudier, elle constituerait la r\u00e9ponse fondamentale \u00e0 la d\u00e9structuration que la \u00ab\u00a0force d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e\u00a0\u00bb de la guerre r\u00e9volutionnaire imposait \u00e0 la civilisation. Pour Ferrero, l&rsquo;analogie avec l&rsquo;\u00e9poque qu&rsquo;il vivait apparut \u00e9galement \u00e9vidente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pr\u00e9fa\u00e7ant <em>Les deux r\u00e9volutions fran\u00e7aises<\/em> en 1951, Luc Monnier \u00e9crivait, \u00e0 partir d&rsquo;une citation de Ferrero:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Ce furent donc les \u00e9v\u00e9nements dont Ferrero avait \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin et dont il devait \u00eatre la victime, qui lui rendirent intelligible le drame de 1789 et qui lui firent d\u00e9couvrir ses significations profondes. La R\u00e9volution fran\u00e7aise devint alors l&rsquo;objet de ses m\u00e9ditations profondes. Il y chercha une explication au d\u00e9sordre de notre monde contemporain.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait reprendre cette remarque mot pour mot, et notamment sa fin, concernant notre \u00ab\u00a0monde contemporain\u00a0\u00bb. C&rsquo;est en effet dans cet esprit que nous nous sommes attach\u00e9s aux id\u00e9es de Ferrero et avons expos\u00e9 ce qu&rsquo;elles suscitent pour notre r\u00e9flexion. Il nous para&icirc;t assez naturel de prolonger cette r\u00e9flexion (la n\u00f4tre) en la faisant \u00e9voluer vers notre monde contemporain. Il s&rsquo;agit \u00e9videmment de comprendre qu&rsquo;il existe un encha&icirc;nement \u00e9v\u00e9nementiel et une cha&icirc;ne de causalit\u00e9 similaire. L&rsquo;enseignement du pass\u00e9 devient imp\u00e9ratif pour comprendre le pr\u00e9sent.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4>__________________________<\/h4>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">L&rsquo;Aventure c&rsquo;est l&rsquo;aventure<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous poursuivons ici l&rsquo;exploration des concepts extraordinairement riches que nous a l\u00e9gu\u00e9s l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero, dont nous avons tent\u00e9 de faire l&rsquo;analyse dans notre pr\u00e9c\u00e9dente rubrique (<em>Analyse<\/em> du 10 novembre 2007). Alors que nous explorions ces concepts dans leur temps, tels que les avait d\u00e9termin\u00e9s Ferrero, nous tentons aujourd&rsquo;hui d&rsquo;en faire une adaptation \u00e0 notre temps, \u00e0 partir de leur origine (\u00e0 partir de la campagne d&rsquo;Italie du g\u00e9n\u00e9ral Bonaparte, en 1796-1797, telle que Ferrero la d\u00e9crit et l&rsquo;interpr\u00e8te).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les trois principales id\u00e9es de Ferrero que nous avons retenues, parce que nous les croyons profond\u00e9ment adaptables \u00e0 notre temps, dans la perspective depuis la R\u00e9volution fran\u00e7aise jusqu&rsquo;\u00e0 nous, et d&rsquo;une fa\u00e7on prodigieusement f\u00e9conde, &ndash; ces trois id\u00e9es sont les suivantes:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;effet fondamental de la psychologie. Ferrero explique la p\u00e9riode de 1789 \u00e0 1815, p\u00e9riode de guerre et de sauvagerie au travers de l&rsquo;Europe, par la peur. C&rsquo;est la peur qui guide les r\u00e9volutionnaires sur la voie de la guerre et Bonaparte sur celle de ses conqu\u00eates. C&rsquo;est la peur qui guide les coalitions contre la France et contre Bonaparte.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le partage que fait Ferrero entre l'\u00a0\u00bbaventurier\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0reconstructeur\u00a0\u00bb, entre celui qui brise les formes et les structures et celui qui les reconstruit. Les deux personnages qui repr\u00e9sentent \u00e0 son z\u00e9nith chacune de ces tendances, ce sont Napol\u00e9on et Talleyrand.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb en tant que d\u00e9structuration se fait par la guerre et non par les id\u00e9es. C&rsquo;est \u00ab\u00a0la guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb qui r\u00e9pand la r\u00e9volution et non les id\u00e9es de Voltaire-Rousseau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est ce dernier point (la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb), que nous avons analys\u00e9 principalement dans notre premier article, qui va nous servir de fil rouge pour le second. Nous allons progresser en examinant si les guerres depuis 1815 ont \u00e9t\u00e9 ou pas de cette sorte.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La Grande Guerre, exemple de \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb propos\u00e9e par Ferrero \u00e0 l&rsquo;occasion de son analyse de la campagne d&rsquo;Italie de Bonaparte va conduire notre analyse. Elle est extr\u00eamement enrichissante pour transformer l&rsquo;appr\u00e9ciation que nous pouvons avoir de l&rsquo;Histoire, peut-\u00eatre m\u00eame au-del\u00e0 de ce que Ferrero lui-m\u00eame envisageait. (C&rsquo;est de ce point de vue qu&rsquo;on peut comprendre la f\u00e9condit\u00e9 du propos. Nous allons exploiter l&rsquo;id\u00e9e de Ferrero dans ses prolongements modernes, \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements les plus r\u00e9cents, notamment ceux qu&rsquo;il n&rsquo;a pas connus [Ferrero est mort en 1942].)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il est essentiel de rappeler que Ferrero consid\u00e8re la question de \u00ab\u00a0la guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb comme d\u00e9cisive dans le d\u00e9cha&icirc;nement r\u00e9volutionnaire en Europe, et cela \u00e0 partir d&rsquo;une \u00e9volution structurelle dans la fa\u00e7on d&rsquo;aborder les questions tactiques et strat\u00e9giques. C&rsquo;est litt\u00e9ralement parce que la guerre qui s&rsquo;affranchit des r\u00e8gles \u00e9tablies au XVIII\u00e8me si\u00e8cle (ce qu&rsquo;on nommait ironiquement \u00ab\u00a0la guerre en dentelles\u00a0\u00bb) brise les structures qui tentaient d&rsquo;en contenir la barbarie et les exc\u00e8s, tout cela au nom de l&rsquo;efficacit\u00e9, que la guerre devient \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Elle devient \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb non dans ses buts, non par les id\u00e9es qu&rsquo;elle v\u00e9hicule, mais parce qu&rsquo;elle impose une situation, donc parce qu&rsquo;elle influence la psychologie dans un sens r\u00e9volutionnaire. Ce que nous d\u00e9signons par l&rsquo;expression \u00ab\u00a0dans un sens r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb implique qu&rsquo;elle rend la situation propice \u00e0 des d\u00e9sordres divers et d\u00e9structurants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces constats, avec le lien que nous faisons avec la psychologie, sont eux-m\u00eames directement li\u00e9s au constat psychologique que Ferrero fait de la p\u00e9riode. C&rsquo;est une p\u00e9riode caract\u00e9ris\u00e9e par la peur, nous dit-il. La peur conduit \u00e0 la guerre autant qu&rsquo;elle caract\u00e9rise la crainte de la guerre. La peur nous fait quittes de toutes nos entraves civilisatrices, elle suscite une attitude caract\u00e9ristique de \u00ab\u00a0fuite en avant\u00a0\u00bb avec l&rsquo;id\u00e9e implicite et compl\u00e8tement paradoxale que cette impulsion brisera le cercle vicieux \u00ab\u00a0peur conduisant \u00e0 la guerre-guerre qui suscite la peur\u00a0\u00bb. L&rsquo;id\u00e9e est celle d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0rupture vertueuse\u00a0\u00bb rompant le cercle vicieux. Dans l&rsquo;encha&icirc;nement de 1789 et d\u00e8s lors qu&rsquo;elle est apparue comme d\u00e9barrass\u00e9e de ses r\u00e8gles, donc \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, la guerre semble \u00eatre devenue un moyen de rompre le blocage des situations politiques qui s&rsquo;encha&icirc;nent dans des orientations r\u00e9volutionnaires \u00e0 cause de la guerre. Elle \u00ab\u00a0semble\u00a0\u00bb lib\u00e9rer de la peur qui vous liait; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une funeste erreur n&#8217;emp\u00eache pas qu&rsquo;elle a effectivement cet effet sur la psychologie, et qu&rsquo;il s&rsquo;agit, si l&rsquo;on ose dire, d&rsquo;un effet \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb&#8230; Le paradoxe r\u00e9duit \u00e9galement les orientations politiques suppos\u00e9es. M\u00eame Napol\u00e9on, que Ferrero tient pour l&rsquo;arch\u00e9type dans la p\u00e9riode de l&rsquo;homme de l&rsquo;aventure, pour le \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb par la guerre, en est lui-m\u00eame la victime. Il est entra&icirc;n\u00e9 dans la guerre comme dans une fuite en avant, pour tenter de rompre ce m\u00eame cercle vicieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce processus s&rsquo;est compliqu\u00e9 et s&rsquo;est dramatis\u00e9 avec la technologie de la destruction, ou plut\u00f4t la technologie appliqu\u00e9e \u00e0 la destruction. On a toujours consid\u00e9r\u00e9 que la technologie \u00e9tait un apport naturel \u00e0 la guerre, exactement comme le d\u00e9veloppement du progr\u00e8s nous para&icirc;t une chose devenue presque naturelle \u00e0 cause du caract\u00e8re in\u00e9luctable dont on a charg\u00e9 le progr\u00e8s. Les conceptions de Ferrero permettent de renforcer une appr\u00e9ciation alternative qu&rsquo;on pourrait offrir, en renversant la proposition \u00e0 partir de l&rsquo;id\u00e9e de la \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb. Ce concept est aussi l&rsquo;id\u00e9e de la guerre devenue, apr\u00e8s sa \u00ab\u00a0pacification\u00a0\u00bb temporaire du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, le moyen extr\u00eame et absolu de poursuivre la politique de l&rsquo;aventure n\u00e9e dans la p\u00e9riode de la R\u00e9volution, avec la victoire la plus \u00e9crasante possible comme but et non plus la paix de compromis pr\u00e9parant la paix tout court. L&rsquo;absence de r\u00e8gles dans la guerre expliquerait, plus que la fatalit\u00e9 du progr\u00e8s, ce recours syst\u00e9matique \u00e0 la technologie. Mais ce recours d\u00e9tient lui-m\u00eame une clef pour accentuer le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire de la guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La Grande Guerre de 1914-1918 est le type m\u00eame de cette \u00e9volution. Le paradoxe est \u00e9galement tr\u00e8s grand. Ce conflit appara&icirc;t pour sa plus grande partie comme bloqu\u00e9 par les technologies nouvelles. L&rsquo;artillerie et la mitrailleuse notamment, ainsi que l&rsquo;usage des gaz, contribuent \u00e0 \u00ab\u00a0fixer\u00a0\u00bb la guerre dans des fronts statiques, dans des conditions \u00e9pouvantables conduisant \u00e0 des tueries qui semblent sans but r\u00e9el, et, surtout, sans dynamique. La r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Au contraire, la Grande Guerre est le conflit o&ugrave;, sans doute, les situations g\u00e9n\u00e9rales ont le plus \u00e9volu\u00e9 dans un sens \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb. Le soi-disant \u00ab\u00a0ordre ancien\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement bris\u00e9, avec la Russie sombrant dans la r\u00e9volution, les empires centraux transform\u00e9s en r\u00e9publiques ou d\u00e9mantel\u00e9s, la question sociale \u00e9voluant d\u00e9cisivement vers une situation de \u00ab\u00a0lutte des classes\u00a0\u00bb, les deux principales nations combattantes et victorieuses (France et UK) perdant leur pr\u00e9pond\u00e9rance au profit d&rsquo;un participant tardif (les USA) et ainsi de suite. Pire encore, la Grande Guerre ne cesse que pour enclencher une nouvelle dynamique r\u00e9volutionnaire de la guerre, vers la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cela se fait alors que les peuples et leurs dirigeants sont \u00e9puis\u00e9s par la guerre et ne songent qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en d\u00e9tourner (la mystique de \u00ab\u00a0la der des ders\u00a0\u00bb). Les ann\u00e9es 1920 sont une p\u00e9riode d&rsquo;apaisement paradoxal, o&ugrave; le seul v\u00e9ritable danger de guerre importante, en 1926-1928, est entre les deux puissances maritimes, l&#8217;empire britannique et les USA. On dirait pourtant que la dynamique de la guerre, au travers des sentiments qu&rsquo;elle a sem\u00e9s, des situations instables qu&rsquo;elle a cr\u00e9\u00e9es, des progr\u00e8s technologiques qu&rsquo;elle a engendr\u00e9s, rend la perspective d&rsquo;un nouveau conflit irr\u00e9sistible. C&rsquo;est au point o&ugrave; l&rsquo;on parle des deux Guerres mondiales comme des deux phases d&rsquo;une seule guerre, \u00e9galement identifi\u00e9e comme une grande guerre civile europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La m\u00e9thode bien plus que les id\u00e9es<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>L\u00e9nine, le vainqueur r\u00e9volutionnaire de la Russie transform\u00e9e en Union Sovi\u00e9tique, accordait une immense importance \u00e0 la guerre. Instruit par sa propre exp\u00e9rience, il la voyait comme le moyen id\u00e9al pour susciter des r\u00e9volutions dans les pays bellig\u00e9rants. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, ce caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire de la guerre avait \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence, par l&rsquo;absurde, en France lors des mutineries de 1917. Il est aujourd&rsquo;hui reconnu que ces mutineries, qui menac\u00e8rent l&rsquo;existence m\u00eame de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise (plus de cinquante r\u00e9giments furent touch\u00e9s), ne durent rien \u00e0 l&rsquo;action subversive. Elles constitu\u00e8rent un r\u00e9flexe naturel de l&rsquo;\u00e9puisement psychologique devant l&rsquo;horreur du conflit. La facilit\u00e9 et la rapidit\u00e9 avec laquelle P\u00e9tain r\u00e9solut ce probl\u00e8me, avec de faibles mesures r\u00e9pressives compte tenu de l&rsquo;ampleur du drame, montrent bien que les Fran\u00e7ais n&rsquo;\u00e9taient absolument pas dispos\u00e9s \u00e0 la r\u00e9volution (un peu comme l&rsquo;Italie lorsque Bonaparte l&rsquo;envahit en 1796). Au contraire m\u00eame, comme l&rsquo;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre le prouva, la France \u00e9tait le pays le moins r\u00e9volutionnaire parmi les bellig\u00e9rants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>M\u00eame l&rsquo;Allemagne, plong\u00e9e dans un d\u00e9sordre int\u00e9rieur consid\u00e9rable avec l&rsquo;abdication de l&#8217;empereur, la fin de l&rsquo;Empire et la d\u00e9faite en quelques jours de novembre 1918, r\u00e9sista \u00e0 la r\u00e9volution. C&rsquo;est en Allemagne que L\u00e9nine esp\u00e9rait la premi\u00e8re grande r\u00e9volution pour sa cause, et il fut d\u00e9\u00e7u. En un sens, ces deux exemples confirment l&rsquo;hypoth\u00e8se de Ferrero que les id\u00e9es n&rsquo;ont gu\u00e8re d&rsquo;influence, alors que la guerre elle-m\u00eame est au contraire d\u00e9structurante et r\u00e9volutionnaire par son action. Mais c&rsquo;est une action aveugle, qui brise et r\u00e9volutionne sans savoir pourquoi, vers quoi et au profit de qui. La puissance des technologies, qu&rsquo;elle paralyse la guerre (comme en 1914) ou qu&rsquo;elle lui donne au contraire une dynamique extr\u00eame (comme en 1939), accentue ces effets. Ce constat pose la question de ce que nous avons nomm\u00e9 au XX\u00e8me si\u00e8cle \u00ab\u00a0la guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au contraire de l&rsquo;id\u00e9e de Ferrero, la guerre r\u00e9volutionnaire comme nous l&rsquo;entendons est bien la guerre des id\u00e9es. La guerre n&rsquo;y appara&icirc;t que comme un v\u00e9hicule des id\u00e9es, un d\u00e9tonateur d&rsquo;une r\u00e9volution potentielle qui sera enflamm\u00e9e par les id\u00e9es import\u00e9es par la guerre. C&rsquo;est bien ainsi que l&rsquo;entend L\u00e9nine, par exemple lorsqu&rsquo;il d\u00e9clenche la guerre contre la Pologne. Non seulement esp\u00e8re-t-il que la Pologne sera vaincue et deviendra bolchevique, mais il esp\u00e8re surtout que cette guerre plongera l&rsquo;Allemagne voisine et tragiquement affaiblie par la d\u00e9faite dans sa propre r\u00e9volution bolchevique. Pour cette raison, il accorde une importance toute particuli\u00e8re \u00e0 l&rsquo;une des deux arm\u00e9es (celle de Boudienny, avec Staline comme \u00ab\u00a0commissaire politique en chef\u00a0\u00bb) qui, contournant Varsovie par le Sud, a comme v\u00e9ritable objectif d&rsquo;aller vers la fronti\u00e8re pour faire pression sur l&rsquo;Allemagne et y favoriser par un soutien effectif les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9volutionnaires dans leur but de prise du pouvoir. C&rsquo;est un \u00e9chec total, qui r\u00e9v\u00e8le m\u00eame une profonde \u00ab\u00a0fatigue r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb en Russie m\u00eame; L\u00e9nine est contraint d&rsquo;y lancer, aussit\u00f4t le conflit termin\u00e9 par une victoire polonaise, une politique de retour \u00e0 un semi-capitalisme, qui est une v\u00e9ritable pause dans le processus r\u00e9volutionnaire. La Pologne installe un r\u00e9gime tr\u00e8s conservateur, la r\u00e9publique de Weimar s&rsquo;installe en Allemagne. La guerre a \u00e9chou\u00e9 malgr\u00e9 le climat qui semblait si favorable aux id\u00e9es qu&rsquo;elle pr\u00e9tendait v\u00e9hiculer. La guerre de L\u00e9nine ayant \u00e9chou\u00e9, la r\u00e9volution a recul\u00e9 d\u00e9cisivement. Les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires jonchent les champs de bataille autant que les cadavres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e qui vient alors est que ce que nous nommons \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb r\u00e9pond plus, effectivement, \u00e0 la d\u00e9finition de Ferrero. C&rsquo;est l&rsquo;acte de la guerre qui est r\u00e9volutionnaire, et il l&rsquo;est dans la mesure o&ugrave; la guerre est r\u00e9volutionn\u00e9e, o&ugrave; elle est \u00ab\u00a0la guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb, &ndash; comme elle l&rsquo;est notamment sous la dictature grandissante des technologies. Lorsque l&rsquo;acte de la guerre \u00e9choue, les intentions r\u00e9volutionnaires qu&rsquo;on y a mises, les id\u00e9es r\u00e9volutionnaires reculent d\u00e9cisivement. Cette id\u00e9e devrait permettre d&rsquo;observer diff\u00e9remment les diff\u00e9rents conflits pr\u00e9tendument r\u00e9volutionnaires, o&ugrave; des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires constitu\u00e8rent la principale cause du conflit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le cas de la Seconde Guerre mondiale devrait \u00eatre analys\u00e9 avec un oeil neuf \u00e0 cette lumi\u00e8re, notamment en Europe. A l&rsquo;Est, une pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0victoire r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb (victoire communiste) a abouti \u00e0 des r\u00e9gimes dont la caract\u00e9ristique r\u00e9elle fut plus un conservatisme oppressif que les d\u00e9finitions id\u00e9ologiques r\u00e9volutionnaires dont on voulut les affubler. La guerre faite par l&rsquo;URSS \u00e9tait d\u00e9fensive et nationale, et bas\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9e russe aux d\u00e9pens de l&rsquo;id\u00e9e id\u00e9ologique du communisme. L&rsquo;annexion de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est par l&rsquo;URSS qui accompagna la victoire sovi\u00e9tique de 1944-1945 r\u00e9pondait \u00e0 une pr\u00e9occupation de s\u00e9curit\u00e9 (glacis prot\u00e9geant la Russie) plus qu&rsquo;\u00e0 une volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire malgr\u00e9 les id\u00e9es affich\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;Ouest, la victoire fut en apparence de type \u00ab\u00a0non r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, sans intention id\u00e9ologique apparente par rapport aux pays lib\u00e9r\u00e9s, tandis que le traitement des vaincus relevait des pratiques de la \u00ab\u00a0guerre totale\u00a0\u00bb d\u00e9sormais en cours au XX\u00e8me si\u00e8cle, fortement aggrav\u00e9es par des technologies de destruction d&rsquo;une immense efficacit\u00e9. Mais on ne peut \u00e9chapper \u00e0 une autre appr\u00e9ciation si l&rsquo;on s&rsquo;appuie sur les conceptions de Ferrero. L&rsquo;effet de la victoire en Europe de l&rsquo;Ouest, en 1945, fut totalement \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, dans le vrai sens du terme, qui est le bouleversement. L&rsquo;Europe occidentale sortit boulevers\u00e9e de cette guerre, par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;elle \u00e9tait en 1939. La plupart des pays ouest-europ\u00e9ens perdirent leur r\u00e9elle autonomie de d\u00e9cision politique dans les domaines essentiels de la s\u00e9curit\u00e9, de la politique \u00e9trang\u00e8re et de la d\u00e9fense. A part l&rsquo;un ou l&rsquo;autre rebelle (un seul d&rsquo;ailleurs, la France), ils furent regroup\u00e9s dans une alliance d&rsquo;inspiration US qui tient toujours ferme aujourd&rsquo;hui. Si ce n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">L&rsquo;affrontement entre RMA et G4G<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb tant c\u00e9l\u00e9br\u00e9e durant la Guerre froide, notamment les guerres de lib\u00e9ration anticolonialistes (souvent sous forme de gu\u00e9rillas), aboutirent en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 des situations fort peu r\u00e9volutionnaires, \u00e0 des r\u00e9gimes marqu\u00e9s \u00e0 la fois par la corruption et la bureaucratie. Au reste, ce n&rsquo;\u00e9tait que suivre le mod\u00e8le communiste qui, effectivement, aboutit tr\u00e8s vite (d\u00e8s 1921-1922, avec la NEP qui suivit la guerre contre la Pologne) \u00e0 la formule duale bureaucratie-corruption, avec une pression polici\u00e8re plus ou moins intense, atteignant parfois une intensit\u00e9 paroxystique presque pathologique qui rel\u00e8ve plus d&rsquo;une bureaucratie malade que d&rsquo;une id\u00e9ologie exacerb\u00e9e. L&rsquo;effet \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0guerres r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb se marquait essentiellement par la guerre elle-m\u00eame lorsqu&rsquo;elle se faisait, lorsqu&rsquo;elle brisait les cadres anciens (le r\u00e9gime tsariste pour l&rsquo;URSS, les r\u00e9gimes coloniaux pour les \u00ab\u00a0guerres r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb anti-coloniales). On retrouve le sch\u00e9ma de Ferrero: la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb r\u00e9volutionne par la guerre elle-m\u00eame, pas par les id\u00e9es, et par la guerre elle-m\u00eame parce que la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb est par essence une \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais l&rsquo;appr\u00e9ciation du caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire de l&rsquo;acte de la guerre lui-m\u00eame (la \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb) nous a conduits \u00e0 observer que la guerre classique, occidentale, avait acquis elle aussi, d&rsquo;une autre fa\u00e7on, un caract\u00e8re de \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb, notamment par l&rsquo;apport massif des technologies qui d\u00e9cha&icirc;ne des conditions de puissance et de f\u00e9rocit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le conflit. Ainsi la guerre classique est-elle aussi \u00ab\u00a0r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb que la soi-disant \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, et donc bien aussi \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb dans ses effets imm\u00e9diats (et non par ses id\u00e9es), &ndash; et m\u00eame au-del\u00e0, on va le voir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On comprend qu&rsquo;on en vienne alors aux d\u00e9veloppements les plus r\u00e9cents: la guerre irakienne, telle qu&rsquo;elle fut lanc\u00e9e par les USA et d\u00e9velopp\u00e9e lors de l&rsquo;occupation du pays, r\u00e9pond \u00e0 cette d\u00e9finition d&rsquo;une \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb qui r\u00e9volutionne le pays conquis par la seule application d&rsquo;elle-m\u00eame. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs rejoindre les conceptions am\u00e9ricanistes les plus extr\u00eames, que ce soit la doctrine militaire de frappe a\u00e9rienne dite \u00ab\u00a0<em>shock &#038; awe<\/em>\u00a0\u00bb ou la doctrine capitaliste de la \u00ab\u00a0destruction cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb. Ces th\u00e8ses semblent tout droit sorties des conceptions de Ferrero (mais lui pour s&rsquo;\u00e9lever contre elles, bien s&ucirc;r). Il s&rsquo;agit bien entendu d&rsquo;une \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb dont la nature m\u00eame de l&rsquo;effet est devenue bien plus la d\u00e9structuration que la destruction, allant m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 des agressions affectant la culture, la sociologie, la psychologie bien s&ucirc;r, voire l&rsquo;arch\u00e9ologie (l&rsquo;Histoire) et la corruption du territoire agress\u00e9. C&rsquo;est sans aucun doute une \u00ab\u00a0avanc\u00e9e\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb dans son effet sur les champs de bataille o&ugrave; elle s&rsquo;installe et o&ugrave; elle frappe. Gr\u00e2ce \u00e0 la technologie, d\u00e9sormais les champs de bataille d\u00e9passent largement la d\u00e9finition initiale, il s&rsquo;agit de r\u00e9gions enti\u00e8res, de nations, de communaut\u00e9s, en un mot des structures fondamentales de la civilisation. C&rsquo;est sans aucun doute une d\u00e9finition qui se marie si bien avec notre concept de globalisation, &ndash; une r\u00e9ussite \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si dans sa substance, la guerre classique a atteint le niveau de \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb de la forme des \u00ab\u00a0guerres r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb, elle les a largement d\u00e9pass\u00e9es dans ses effets. Par une voie diff\u00e9rente et d&rsquo;une fa\u00e7on beaucoup plus subreptice, la guerre classique conventionnelle tend \u00e0 se rapprocher dans ses \u00ab\u00a0buts de guerre\u00a0\u00bb implicites de l&rsquo;arme nucl\u00e9aire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une r\u00e9action a pris corps contre cette pouss\u00e9e d\u00e9vastatrice: le guerre de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (G4G). Rien n&rsquo;est vraiment original dans ce concept qui marie r\u00e9sistance, gu\u00e9rilla, terrorisme, action psychologique et sociale et ainsi de suite. C&rsquo;est le sch\u00e9ma classique de la guerre asym\u00e9trique, la riposte du faible au fort dans le domaine conventionnel. La G4G a aussit\u00f4t investi tous les domaines abord\u00e9s par la guerre conventionnelle \u00ab\u00a0sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb. Ces deux facteurs antagonistes de la guerre ont, \u00e0 eux deux, red\u00e9fini la guerre. Ils ont d\u00e9finitivement envoy\u00e9 aux oubliettes la \u00ab\u00a0guerre r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb et ses pr\u00e9tentions fausses d&rsquo;agir gr\u00e2ce \u00e0 ses id\u00e9es. Le concept m\u00eame que combattait Ferrero selon lequel les id\u00e9es produisaient les effets principaux des \u00ab\u00a0guerres sans r\u00e8gle\u00a0\u00bb est d\u00e9sormais compl\u00e8tement obsol\u00e8te apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9 infond\u00e9 et faussaire. Aujourd&rsquo;hui, la bataille porte sur la d\u00e9structuration contre la r\u00e9sistance structurelle. Entre guerre classique \u00ab\u00a0r\u00e9volutionn\u00e9e\u00a0\u00bb et G4G, il n&rsquo;y a plus de bataille d&rsquo;id\u00e9es, malgr\u00e9 les affirmations pr\u00e9tentieuses et virtualistes des id\u00e9ologues occidentaux (<em>liberal hawks<\/em> et n\u00e9o-conservateurs) qui pr\u00e9tendent encore promouvoir une id\u00e9ologie (l&rsquo;in\u00e9narrable fantasme de l'\u00a0\u00bbislamo-fascisme\u00a0\u00bb, par exemple). C&rsquo;est l&rsquo;affrontement pur de survivance autour des structures de vie communautaires et nationales les plus diverses et les plus vari\u00e9es. Il y a une agression d\u00e9structurante et, contre cela, la r\u00e9action de la G4G.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est dire que notre d\u00e9finition de la G4G d\u00e9passe largement le champ de bataille, parce que ces concepts de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb ont rejoint les pouss\u00e9es plus g\u00e9n\u00e9rales du syst\u00e8me et de la globalisation. Chaque r\u00e9sistance fait du G4G \u00e0 sa mani\u00e8re. Sur le terrain de la guerre certes, mais aussi lorsque l&rsquo;opinion publique fran\u00e7aise impose un \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum ou lorsque l&rsquo;opinion publique am\u00e9ricaine soutient massivement le candidat Ron Paul, marginal et d\u00e9test\u00e9 par le syst\u00e8me. Il n&rsquo;est plus question ni de morale, ni d&rsquo;id\u00e9ologie, ces faux-nez du syst\u00e8me et de ses serviteurs pour tenter de donner un vernis de coh\u00e9rence \u00e0 une dynamique d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e qui n&rsquo;a plus comme but instinctif que la destruction nihiliste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi la boucle est-elle boucl\u00e9e, dont Ferrero avait identifi\u00e9 l&rsquo;origine. La \u00ab\u00a0guerre sans r\u00e8gles\u00a0\u00bb est arriv\u00e9e au terme de ses ambitions et de sa transformation. Cela correspond parfaitement \u00e0 tous les autres \u00e9v\u00e9nements catastrophiques en cours d&rsquo;une civilisation syst\u00e9mique au terme de sa logique, et qui se montre nue.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La marche vers le chaos<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Au d\u00e9part \u00e9tait l'\u00a0\u00bbaventure\u00a0\u00bb (Bonaparte en Italie) contre la \u00ab\u00a0reconstruction\u00a0\u00bb (Alexandre, Louis XVIII et Talleyrand au Congr\u00e8s de Vienne). C&rsquo;\u00e9tait encore la civilisation. C&rsquo;\u00e9tait pourtant l&rsquo;ouverture d&rsquo;une marche guerri\u00e8re qui pourrait r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;image de la chanson de Chris Rhea, souvent pr\u00e9sent\u00e9e pour illustrer le conflit de l&rsquo;ex-Yougoslavie: \u00ab\u00a0<em>The Road to Hell<\/em>\u00ab\u00a0, &ndash; ou, dit autrement,dans une expression \u00e9quivalente, la marche vers le chaos.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Chaque \u00e9v\u00e9nement, chaque crise nouvelle s&rsquo;impose alors qu&rsquo;aucune des crises pr\u00e9c\u00e9dentes ne se r\u00e9sout. Notre catalogue de crises semble ainsi sans fin et, surtout, ne jamais devoir r\u00e9soudre aucune d&rsquo;entre elles, &ndash; la crise de la d\u00e9mocratie entre \u00e9lites et opinions publiques, la crise du soi-disant n\u00e9o-colonialisme occidental, la crise du d\u00e9sordre du tiers-monde, la crise des ressources, la crise de la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement issue de notre syst\u00e8me de d\u00e9veloppement et qui enfante la crise climatique, &ndash; en un mot, la crise de la civilisation occidentale et universelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Face \u00e0 tout cela, la raison chancelle. Elle ne parvient pas \u00e0 trouver d&rsquo;explications rationnelles \u00e0 cette convergence de crises, \u00e0 notre ent\u00eatement \u00e0 ignorer cette convergence et les effets de l&rsquo;\u00e9croulement d&rsquo;une civilisation. Effar\u00e9e, elle constate sans comprendre et se discr\u00e9dite elle-m\u00eame en repoussant le fondement m\u00eame de la raison, l&rsquo;encha&icirc;nement de cause \u00e0 effet. Pour comprendre notre \u00e9poque, la raison doit accepter des hypoth\u00e8ses irrationnelles et les consid\u00e9rer avec ses instruments et sa m\u00e9thode.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Guglielmo Ferrero faisait partie de cette race d&rsquo;historiens proph\u00e9tiques qui nous manque cruellement, aujourd&rsquo;hui, dans notre \u00e9poque de t\u00e2cherons attach\u00e9s aux faits les plus r\u00e9duits et les plus r\u00e9ducteurs possibles. L&rsquo;Histoire n&rsquo;a que faire de nos r\u00e9sistances. Notre prison conformiste qui enferme l&rsquo;esprit n&#8217;emp\u00eache pas les \u00e9v\u00e9nements de progresser.<\/p>\n<\/p>\n<p><h4> <\/h4><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nota Bene Les deux textes ci-dessous sont ceux des rubrique \u00ab\u00a0Analyse\u00a0\u00bb des num\u00e9ros 04 et 05, Volume 23, de la Lettre d&rsquo;Analyse dedefensa &#038; eurostrat\u00e9gie des 10 et 25 novembre 2007 Le choc profond des armes Il nous est souvent arriv\u00e9, ces derniers temps, de citer l&rsquo;historien italien Guglielmo Ferrero, mort en 1942. 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