{"id":69561,"date":"2008-01-02T00:00:00","date_gmt":"2008-01-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/01\/02\/lesprit-de-lapocalypse-salue-lannee-2008\/"},"modified":"2008-01-02T00:00:00","modified_gmt":"2008-01-02T00:00:00","slug":"lesprit-de-lapocalypse-salue-lannee-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/01\/02\/lesprit-de-lapocalypse-salue-lannee-2008\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u201cesprit de l&rsquo;apocalypse\u201d salue l&rsquo;ann\u00e9e 2008"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">L'\u00a0\u00bbesprit de l&rsquo;apocalypse\u00a0\u00bb salue l&rsquo;ann\u00e9e 2008<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>2 janvier 2008 &mdash; On constate l&rsquo;\u00e9largissement de ce qu&rsquo;on pourrait nommer, si l&rsquo;on ne craignait l&rsquo;attaque de la d\u00e9rision facile ou de la suspicion de la raison courante et classique (on en verra plus loin l\u00e0-dessus), \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit de l&rsquo;apocalypse\u00a0\u00bb. (On peut en voir quelques exemples, dans <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/commentisfree.guardian.co.uk\/shelina_zahra_janmohamed\/2007\/12\/do_we_need_a_modernday_messiah.html\">la presse<\/a> dite g\u00e9n\u00e9rale, ou \u00ab\u00a0officielle\u00a0\u00bb, comme dans <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=4758\">les milieux<\/a> qui le sont \u00e9galement.) Notre propos n&rsquo;est \u00e9videmment pas ici d&rsquo;explorer les voies de l&rsquo;impr\u00e9cation ou de la vision, &ndash; sans condamner par principe ni impr\u00e9cation ni vision, &ndash; mais plut\u00f4t de poser \u00e0 la raison cette question fondamentale: comment penser un temps que nombres de faits, de signes et d&rsquo;analyses tendent de plus \u00e0 pr\u00e9senter et \u00e0 faire concevoir comme \u00ab\u00a0apocalyptique\u00a0\u00bb?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Nous avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 \u00e0 deux reprises la d\u00e9finition de l'\u00a0\u00bbapocalypse\u00a0\u00bb, telle que nous la rappelle Ren\u00e9 Girard. Il appara&icirc;t aussit\u00f4t que les pr\u00e9visions, plus que les pr\u00e9dictions d\u00e9sormais, qu&rsquo;on peut faire \u00e0 ce propos rencontrent \u00e9videmment cette d\u00e9finition. Il s&rsquo;agit de cette phrase, extraite de la pr\u00e9face du livre <em>Achever Clausewitz<\/em>: &laquo;<em>La violence est aujourd&rsquo;hui d\u00e9cha&icirc;n\u00e9e au niveau de la plan\u00e8te enti\u00e8re, provoquant ce que les textes apocalyptiques annon\u00e7aient: une confusion entre les d\u00e9sastres caus\u00e9s par la nature et les d\u00e9sastres caus\u00e9s par les hommes, la confusion du naturel et de l&rsquo;artificiel&#8230;<\/em>&raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 ce probl\u00e8me d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9s \u00e0 cette question, en tant que commentateurs ind\u00e9pendants qui affirment assumer cette responsabilit\u00e9, notamment avec les charges et les devoirs qui lui sont li\u00e9s. Nous rappelons un passage du texte publi\u00e9 le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3799\">13 mars 2007<\/a>, sur \u00ab\u00a0notre devoir d&rsquo;apocalypse\u00a0\u00bb&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Lorsque nous nous retournons sur les trente et quarante derni\u00e8res ann\u00e9es et mesurons le bouleversement formidable qui a transform\u00e9 le m\u00e9tier de l&rsquo;information, le m\u00e9tier de commentateur et d&rsquo;observateur de la marche du monde, alors nous sommes assur\u00e9s de dire une v\u00e9rit\u00e9 en parlant d'\u00a0\u00bbind\u00e9pendance\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb. Notre m\u00e9tier a acquis des bottes de sept lieues. L&rsquo;ind\u00e9pendant, sans moyens, sans prestige, est devenu un g\u00e9ant de l&rsquo;information, &mdash; et, s&rsquo;il le m\u00e9rite, il est \u00e9cout\u00e9 et consult\u00e9 comme tel. Cela est bien, puisque le monde officiel, nos \u00e9lites, a abdiqu\u00e9 toute pr\u00e9tention \u00e0 la dignit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance du jugement. C&rsquo;est \u00e0 lui, \u00e0 cet ind\u00e9pendant charg\u00e9 d&rsquo;observer l&rsquo;\u00e9tat du monde et d&rsquo;en faire rapport, \u00e0 tenir ferme le r\u00f4le que nos \u00e9lites, du ministre \u00e0 l&rsquo;intellectuel officiel, de l&rsquo;expert \u00e0 l&rsquo;artiste consacr\u00e9, refusent d\u00e9sormais de tenir.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Ce r\u00f4le n&rsquo;est pas simple. Il s&rsquo;agit du m\u00e9lange d&rsquo;une fonction de sentinelle, d&rsquo;un double regard qui s\u00e9pare l&rsquo;apparence de la substance, d&rsquo;une psychologie qui doit tenir bon malgr\u00e9 l&rsquo;impossible esp\u00e9rance que nous m\u00e9nagent les perspectives du monde, malgr\u00e9 la menace qui existe contre l&rsquo;\u00e9quilibre de l&rsquo;esprit. Il s&rsquo;agit de mesurer la trag\u00e9die du monde. Nous ne pouvons tenir, nous autres ind\u00e9pendants, qu&rsquo;en acceptant l&rsquo;inspiration. Nous devons \u00eatre n\u00e9cessairement inspir\u00e9s, ou bien nous ne servons \u00e0 rien et tout ce gigantesque outil, et ce n\u00e9cessaire remplacement des \u00e9lites d\u00e9missionnaires, n&rsquo;auront pas de raison d&rsquo;\u00eatre. C&rsquo;est une t\u00e2che ardue.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Nous voulons parler, bien entendu, des crises gigantesques qui nous pressent, qui n&rsquo;ont plus rien \u00e0 voir, d\u00e9sormais, avec les classifications anciennes, les guerres, les r\u00e9volutions, les conqu\u00eates. Nous sommes entr\u00e9s dans le domaine de l&rsquo;inconnu paroxystique, que l&rsquo;on parle de \u00ab\u00a0la crise de l&rsquo;\u00e9nergie\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0la crise climatique\u00a0\u00bb, dans ce domaine o&ugrave; les \u00e9v\u00e9nements catastrophiques ont n\u00e9cessairement une r\u00e9sonance d&rsquo;apocalypse. Rien ne nous y pr\u00e9parait. Au contraire, la vanit\u00e9 et la l\u00e2chet\u00e9 de l&rsquo;esprit humain n&rsquo;ont cess\u00e9 de faire miroiter \u00e0 nos esprits et \u00e0 nos m\u00e9moires, par une voie ou par une autre, par de multiples voix charmeuses comme autant de sir\u00e8nes acharn\u00e9es \u00e0 tromper et \u00e0 encha&icirc;ner leur Ulysse, les lendemains qui chantent et le Progr\u00e8s globalisant du monde. Rien de cela ne s&rsquo;est produit. Si certains le savent, aucune voix ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, qui puisse marquer l&rsquo;\u00e9poque par sa lucidit\u00e9, pour d\u00e9noncer la tromperie \u00e0 laquelle il est demand\u00e9 une compl\u00e8te soumission, aucune voix qui puisse d\u00e9passer son destin individuel pour oser embrasser le destin collectif qui nous menace.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Le d\u00e9fi le plus grand dans cette situation se d\u00e9finit par l&rsquo;audace de la pens\u00e9e qu&rsquo;il nous faut, le saut du jugement dans l&rsquo;inconnu de situations gigantesques que seuls quelques rares esprits, des ind\u00e9pendants certes, sont capables d&#8217;embrasser. Il est difficile de faire preuve d&rsquo;audace, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;alacrit\u00e9 et d&rsquo;allant, pour juger d&rsquo;une situation qui ne semble laisser aucun espoir. Il est difficile de continuer \u00e0 esp\u00e9rer en \u00e9tant, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, sans espoir. Il faut, \u00e0 la fois, une rage qui vous remue le corps et une inspiration \u00e9vidente qui vous entra&icirc;ne et vous \u00e9l\u00e8ve l&rsquo;\u00e2me. A ce compte, et \u00e0 ce compte seulement, le gladiateur se trouve pr\u00eat au combat.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce texte a, en raison du contexte, des consonances particuli\u00e8res en appuyant sur l&rsquo;apport de l&rsquo;inspiration. Il faut ajouter la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver mais en l&rsquo;adaptant dans la mesures des \u00e9v\u00e9nements exceptionnels que nous devons d\u00e9crire et de l&rsquo;apport de l&rsquo;inspiration qui est une n\u00e9cessit\u00e9 fondamentale, l&rsquo;instrument de la raison pour permettre un jugement ordonn\u00e9. Plus que jamais, la raison s&rsquo;impose comme un outil de coh\u00e9rence du jugement et du propos mais nullement une fin en soi. Dans ces temps o&ugrave; l&rsquo;objet de l&rsquo;observation de la raison se modifie aussi radicalement vers des \u00e9v\u00e9nements \u00ab\u00a0apocalyptiques\u00a0\u00bb, l&rsquo;outil de la raison doit s&rsquo;adapter \u00e0 cette modification.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">&laquo;<em>Un tout autre type de rationalit\u00e9<\/em>&raquo;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Le m\u00eame Ren\u00e9 Girard, dans la m\u00eame pr\u00e9face d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, observe \u00e9galement:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Je suis convaincu que nous sommes entr\u00e9s dans une p\u00e9riode o&ugrave; l&rsquo;anthropologie va devenir un outil plus pertinent que les sciences politiques. Nous allons devoir changer radicalement notre interpr\u00e9tation des \u00e9v\u00e9nements, cesser de penser en hommes des Lumi\u00e8res, envisager enfin la radicalit\u00e9 de la violence, et avec elle constituer un tout autre type de rationalit\u00e9. Les \u00e9v\u00e9nements l&rsquo;exigent.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que Girard sugg\u00e8re, c&rsquo;est un changement de notre psychologie pour aborder la puissance des \u00e9v\u00e9nements qui nous pressent, et les appr\u00e9cier avec un autre \u00ab\u00a0esprit\u00a0\u00bb que celui auquel nous sommes accoutum\u00e9s. Nous dirions que cela va de soi, <em>a contrario<\/em> finalement, &ndash; par le constat que la psychologie actuelle, telle qu&rsquo;elle est contrainte par les normes impos\u00e9es par la civilisation en cours, est <strong>totalement<\/strong> incapable de supporter le choc des \u00e9v\u00e9nements qui s&rsquo;amassent, sinon par aveuglement volontaire quoique inconscient ou menac\u00e9e par la folie, &ndash; le premier menant au second sur le terme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Parlons de cet \u00ab\u00a0aveuglement volontaire quoique inconscient\u00a0\u00bb. Le constat que nous faisons est que la fatalit\u00e9 de la modernit\u00e9, notamment avec l&rsquo;aide des formidables moyens technologiques qu&rsquo;elle a d\u00e9gag\u00e9s, notamment dans le domaine de la communication, a entra&icirc;n\u00e9 et continue d&rsquo;entra&icirc;ner comme mesure d&rsquo;urgence de sauvegarde d&rsquo;elle-m\u00eame (de la modernit\u00e9) une d\u00e9formation de la rationalit\u00e9 courante. Nous sommes pass\u00e9s d&rsquo;une d\u00e9formation transformationnelle notamment fournie par les r\u00e9f\u00e9rences utopiques, \u00e0 une d\u00e9formation substantielle, avec ce que nous d\u00e9signons comme le virtualisme, que nous pourrions d\u00e9signer comme le \u00ab\u00a0stade ultime de l&rsquo;utopie\u00a0\u00bb. (Nous parlons bien d&rsquo;une psychologie d\u00e9form\u00e9e, et non d&rsquo;une propagande assum\u00e9e. Les \u00ab\u00a0virtualistes\u00a0\u00bb sont aussi les premiers \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0virtualis\u00e9s\u00a0\u00bb ; ils croient \u00e0 l&rsquo;univers en faux-semblant qu&rsquo;ils cr\u00e9ent, au contraire des propagandistes qui ne font que travailler sur des moyens de transformer la perception des autres sans prendre position sur la chose ainsi cr\u00e9\u00e9e.) Une telle situation, qui implique le naufrage de la rationalit\u00e9 telle que nous la connaissons et la pratiquons, implique <em>a contrario<\/em> la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er une autre rationalit\u00e9, &ndash; disons, pour rejoindre notre citation sans pour autant partager l&rsquo;analyse que fait Girard des <strong>causes<\/strong> de cette n\u00e9cessit\u00e9, &laquo;<em>un tout autre type de rationalit\u00e9<\/em>&raquo;. Sans aucun doute, &laquo;[l]<em>es \u00e9v\u00e9nements l&rsquo;exigent<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Girard base son exigence sur la forme de la violence, c&rsquo;est-\u00e0-dire, selon lui, la guerre qui devient apocalyptique. Nous avons une autre approche, \u00e0 moins que l&rsquo;on mette en cause la <strong>substance<\/strong> m\u00eame de la guerre, et que le concept de \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d\u00e9crive autre chose que ce qu&rsquo;il d\u00e9crit aujourd&rsquo;hui. La guerre est devenue, aujourd&rsquo;hui, quelque chose qui a essentiellement \u00e0 voir avec la communication et marginalement avec l&rsquo;op\u00e9ration guerri\u00e8re. Elle est de plus en plus <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=4755\">infaisable<\/a> par refus de coop\u00e9ration <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=4783\">des adversaires<\/a> de ceux qui la promeuvent. Il y a certes violence, mais plus psychologique encore que guerri\u00e8re au sens classique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La question que nous fait nous poser Girard vient du fait qu&rsquo;en recommandant de changer de \u00ab\u00a0rationalit\u00e9\u00a0\u00bb, il semble ne pas pour autant faire le proc\u00e8s de celle que nous sommes convi\u00e9s \u00e0 abandonner. Il semble nous dire: \u00ab\u00a0ce qui arrive aujourd&rsquo;hui nous conduit \u00e0 abandonner la rationalit\u00e9 des Lumi\u00e8res\u00a0\u00bb. Par contre, il semble \u00e9viter de nous dire ceci, qui est une question diablement importante, sinon essentielle: \u00ab\u00a0ce qui arrive aujourd&rsquo;hui ne nous conduit-il pas \u00e0 la mise en cause radicale de la rationalit\u00e9 des Lumi\u00e8res?\u00a0\u00bb (en plus de l&rsquo;abandonner, &ndash; mais la mise en cause radicale conduirait \u00e9videmment, en saine logique, \u00e0 l&rsquo;abandon, ou tout au moins \u00e0 une modification radicale&hellip;). L&rsquo;essentiel est bien dans cette interrogation, rejoignant dans le m\u00eame proc\u00e8s, par exemple, celle qu&rsquo;engendre la crise de l&rsquo;environnement (la crise climatique dans son extr\u00eame). Puisque la crise de l&rsquo;environnement \u00e9voluant vers son paroxysme existe s&rsquo;exclame-t-on de par le monde, il faut tout faire, y compris mobiliser les capacit\u00e9s du syst\u00e8me, pour lutter contre les effets de la crise et en modifier la tendance catastrophique. Ils sont bien peu \u00e0 poser la <strong>seule<\/strong> question qui compte: puisque la crise climatique \u00e0 son paroxysme existe et qu&rsquo;elle est ce qu&rsquo;elle est, et qu&rsquo;elle est la cons\u00e9quence de ce que l&rsquo;on sait, n&rsquo;est-ce pas \u00e9videmment parce que ce syst\u00e8me, et le Progr\u00e8s avec lui, sont au terme de leur logique de d\u00e9veloppement des fonctions fondamentalement perverses et pr\u00e9datrices de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine et de tout ce qui tend \u00e0 l&rsquo;\u00e9lever?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le premier amendement \u00e0 cette question est d&rsquo;observer que le Progr\u00e8s est une cr\u00e9ation humaine, et notamment de la rationalit\u00e9 des Lumi\u00e8res, et que son proc\u00e8s a \u00e9t\u00e9 fait, qu&rsquo;il est permanent depuis qu&rsquo;existe la notion de Progr\u00e8s. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans la forme pr\u00e9datrice o&ugrave; il se trouve aujourd&rsquo;hui, le proc\u00e8s du Progr\u00e8s sous sa forme moderne du m\u00e9canisme, du \u00ab\u00a0fordisme\u00a0\u00bb, de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, a \u00e9t\u00e9 fait dans la p\u00e9riode de l&rsquo;Entre-deux guerres, dans les ann\u00e9es 1920 et la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1930 (apr\u00e8s, \u00e0 partir de 1934-35, l&rsquo;utopie \u00ab\u00a0id\u00e9ologiste\u00a0\u00bb a pris le dessus, avec les batailles pass\u00e9es au premier plan autour des id\u00e9es fascistes, communistes, d\u00e9mocratiques, etc., tout cela jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la Guerre froide.). Tous les constats qu&rsquo;on fait aujourd&rsquo;hui furent effectivement pos\u00e9s, analys\u00e9s et compris avec infiniment plus d&rsquo;esprit et de lumi\u00e8re durant cette p\u00e9riode. (Notamment, la d\u00e9nonciation de la destruction de l&rsquo;environnement comme cons\u00e9quence directe du m\u00e9canisme \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, dans les termes qu&rsquo;on conna&icirc;t aujourd&rsquo;hui, dans toute cette \u00e9cole critique.) La seule nouveaut\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est que ces constats sont impos\u00e9s par l&rsquo;urgence de leurs effets sur le destin de la civilisation et du monde. En m\u00eame temps, la confirmation essentielle qu&rsquo;on peut apporter par rapport aux ann\u00e9es 1920-1930 est l&rsquo;observation que l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment fondamental qui discr\u00e9dite le Progr\u00e8s est sa dynamique, &ndash; sa production et son rythme, sa vitesse, sa puissance propre, tous ces facteurs qui le transforment en substance par rapport aux ambitions initiales qu&rsquo;on lui pr\u00eatait, qui le transforment en un syst\u00e8me, en une machine qui vit de sa propre vie et \u00e9chappe \u00e0 ses cr\u00e9ateurs. (C&rsquo;est ce que Robert Aron et Arnaud Dandieu nommaient dans leur <em>D\u00e9cadence de la nation fran\u00e7aise<\/em>, en <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=782\">1931<\/a>, &laquo;<em>l&rsquo;\u00e9conomie de force<\/em>&raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette dynamique folle du d\u00e9veloppement machiniste du Progr\u00e8s, am\u00e8ne \u00e0 la perte de contr\u00f4le, \u00e0 la prise du pouvoir par un processus syst\u00e9mique contre lequel on se trouve d\u00e9sarm\u00e9 et qui nous emprisonne si nous ne modifions pas notre rationalit\u00e9 critique qui permet effectivement de porter un jugement lib\u00e9r\u00e9. On conclut effectivement que la crise actuelle, notre crise syst\u00e9mique fondamentale est moins cette question machiniste (\u00e9conomique et technologique) qui en est l&rsquo;origine et le moteur et qui existe depuis longtemps, qu&rsquo;une question psychologique dans l&rsquo;aspect d\u00e9sormais essentiel de son fondement, &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire notre crise psychologique, conduisant \u00e0 la recherche d&rsquo;&laquo;<em>un tout autre type de rationalit\u00e9<\/em>&raquo; pour la r\u00e9soudre. C&rsquo;est notre psychologie qui a permis \u00e0 la b\u00eate de se d\u00e9cha&icirc;ner et qui nous a conduits \u00e0 nous encha&icirc;ner, par fascination et vanit\u00e9 tout autant, \u00e0 son d\u00e9veloppement incontr\u00f4l\u00e9. C&rsquo;est elle seule, notre psychologie, si nous acceptons l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il nous faut d\u00e9velopper un \u00ab\u00a0autre type de rationalit\u00e9\u00a0\u00bb, qui nous permettrait de nous en lib\u00e9rer: non seulement pour observer d&rsquo;une fa\u00e7on radicalement critique un domaine jusqu&rsquo;ici consid\u00e9r\u00e9 comme tabou, mais pour \u00e9carter, gr\u00e2ce \u00e0 cette vision critique, notre tendance syst\u00e9mique \u00e0 confondre l&rsquo;id\u00e9e de la force avec l&rsquo;id\u00e9e du bien et \u00e0 faire d&rsquo;une fonction dynamique (la force) une fonction morale (le bien).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous appara&icirc;t \u00e9vident que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une psychologie \u00e9voluant de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir \u00ab\u00a0penser l&rsquo;apocalypse\u00a0\u00bb comme on pense un \u00e9v\u00e9nement historique possible est une voie acceptable pour tenter d&rsquo;atteindre \u00e0 ce &laquo;<em>tout autre type de rationalit\u00e9<\/em>&raquo; que r\u00e9clame Girard. L&rsquo;ann\u00e9e 2008 pourrait \u00eatre un bon exercice pour cela, dans la mesure o&ugrave; elle pourrait \u00eatre une ann\u00e9e o&ugrave; certaines r\u00e9alit\u00e9s pourraient s&rsquo;imposer et faire voler en \u00e9clats notre virtualisme (nous pensons notamment aux \u00e9v\u00e9nements que pourrait susciter, aux USA d&rsquo;abord et ailleurs ensuite, l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle US).<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00a0\u00bbesprit de l&rsquo;apocalypse\u00a0\u00bb salue l&rsquo;ann\u00e9e 2008 2 janvier 2008 &mdash; On constate l&rsquo;\u00e9largissement de ce qu&rsquo;on pourrait nommer, si l&rsquo;on ne craignait l&rsquo;attaque de la d\u00e9rision facile ou de la suspicion de la raison courante et classique (on en verra plus loin l\u00e0-dessus), \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit de l&rsquo;apocalypse\u00a0\u00bb. 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