{"id":69711,"date":"2008-02-26T00:00:00","date_gmt":"2008-02-26T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/02\/26\/le-b-2-et-la-psychologie-de-la-modernite\/"},"modified":"2008-02-26T00:00:00","modified_gmt":"2008-02-26T00:00:00","slug":"le-b-2-et-la-psychologie-de-la-modernite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/02\/26\/le-b-2-et-la-psychologie-de-la-modernite\/","title":{"rendered":"Le B-2 et la psychologie de la modernit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Le B-2 et la psychologie de la modernit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>26 f\u00e9vrier 2008 &mdash; Le 23 f\u00e9vrier, un bombardier Northrop B-2 s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9 au d\u00e9collage, \u00e0 la base USAF d&rsquo;Andersen, sur l&rsquo;&icirc;le de Guam. Grand \u00e9moi. C&rsquo;est le premier B-2 perdu, sur les 21 bombardiers de ce type construits pour l&rsquo;USAF. Par simple calcul comptable, c&rsquo;est une perte consid\u00e9rable pour l&rsquo;USAF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;accident a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en ces termes, \u00e0 partir du communiqu\u00e9 de l&rsquo;USAF, notamment par une d\u00e9p\u00eache AFP du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.spacewar.com\/reports\/US_military_investigates_stealth_bomber_crash_999.html\">23 f\u00e9vrier<\/a> :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>The US military was investigating on Saturday after a B-2 stealth bomber crashed on take-off from the Pacific island of Guam, the first such incident involving the futuristic craft.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Both pilots on board ejected safely as the 1.2-billion-dollar radar-evading plane, with its distinctive triangular shape, went down at Andersen airbase on the remote island, the US air force said.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>\u00ab\u00a0Two pilots from the 509th Bomb Wing were on board and ejected. They have been evaluated by medical authorities and are in good condition,\u00a0\u00bb it said.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Selon ce qu&rsquo;on en a, on qualifiera le B-2 de \u00ab\u00a0merveille de la technologie am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0monstre de l&rsquo;obsession technologique de l&rsquo;am\u00e9ricanisme\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0Frankenstein de l&rsquo;obsession&#8230;\u00a0\u00bb, si l&rsquo;on veut une variante)&#8230; Deux choses caract\u00e9risent le B-2: ses capacit\u00e9s technologiques et son prix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Ses capacit\u00e9s technologiques sont d&rsquo;abord celles de la technologie furtive. Le B-2 est pr\u00e9sent\u00e9 comme un avion de tr\u00e8s basse \u00ab\u00a0d\u00e9tectabilit\u00e9\u00a0\u00bb par les radars. Son d\u00e9veloppement a commenc\u00e9 en 1978 et l&rsquo;existence du programme a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e en 1980. Le B-2 est toujours un avion consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb. L&rsquo;efficacit\u00e9 de ses technologies (dites <em>Low Observable Technologies<\/em>, ou LOT) est conditionn\u00e9e indirectement par les conditions de son emploi. Il a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 op\u00e9rationnellement pour la premi\u00e8re fois en 1999 contre la Serbie et les militaires fran\u00e7ais ont rapport\u00e9 que chaque raid de B-2 \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 et accompagn\u00e9 par une telle intensit\u00e9 de mesures de protection tr\u00e8s \u00ab\u00a0visibles\u00a0\u00bb par radar que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement et son parcours \u00e9taient ais\u00e9ment rep\u00e9rables par les moyens courants. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la pr\u00e9sentation de l&rsquo;avion par les services de communication officiels continuent \u00e0 entretenir les mythes innombrables b\u00e2tis autour du B-2, notamment celui de l'\u00a0\u00bbavion futuriste\u00a0\u00bb alors que le programme est vieux de plus d&rsquo;un quart de si\u00e8cle. (On note dans la d\u00e9p\u00eache que le B-2 est toujours d\u00e9sign\u00e9 par un automatisme de langage de type slogan comme &laquo;<em>the futuristic craft<\/em>&raquo;.) Cet habillage s\u00e9mantique contribue notablement \u00e0 \u00e9carter une approche critique de l&rsquo;avion et nimbe toutes les missions qu&rsquo;il effectue d&rsquo;une aura de capacit\u00e9s exceptionnelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le co&ucirc;t et l&rsquo;expansion du programme sont pass\u00e9s de 1982 \u00e0 1996 d&rsquo;une programmation de 132 avions pour $70 milliards \u00e0 21 avions pour $44 milliards. D&rsquo;une fa\u00e7on assez curieuse ou assez r\u00e9v\u00e9latrice c&rsquo;est selon, les d\u00e9p\u00eaches annon\u00e7ant l&rsquo;accident du B-2 pr\u00e9cisent, &ndash; en passant, comme si cela allait de soi et rendait inutile toute sp\u00e9culation \u00e0 ce propos, ce qui est \u00e9videmment une d\u00e9marche faussaire fort efficace: &laquo;<em>the 1.2-billion-dollar radar-evading plane<\/em>&raquo;&hellip; Le co&ucirc;t <strong>officiel<\/strong> unitaire du B-2 est pass\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 de $590 millions \u00e0 $2,2 milliards par exemplaire. Commentant les observations faites par les Fran\u00e7ais durant la guerre du Kosovo (voir plus haut), une source de haut niveau \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-major fran\u00e7ais affirmait que<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>nous avons fait nos propres calculs sur les co&ucirc;ts du programme B-2 et nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 une \u00e9valuation d&rsquo;un co&ucirc;t du B-2 dans une fourchette de $4-$6 milliards par exemplaire<\/em>&raquo;.<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Annon\u00e7ant le <em>crash <\/em> et analysant le statut et les capacit\u00e9s de l&rsquo;avion, le site <em>Danger Room<\/em> observait le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/blog.wired.com\/defense\/2008\/02\/b-2-crashes-on.html\">23 janvier<\/a> en acceptant avec d\u00e9licatesse le \u00ab\u00a0co&ucirc;t officiel r\u00e9vis\u00e9\u00a0\u00bb par les services de communication de l&rsquo;USAF de $1,2 milliard :<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Some perspective: there were 21 B-2s. Now there are 20 &ndash; a roughly 5-percent reduction in an instant. In terms of airframes, that&rsquo;s the equivalent of 30 F-15s crashing at the same time, or 60 F-16s, or 6 F-22s. In terms of money, that&rsquo;s equivalent to 20 F-15s, 24 F-16s or 10 F-22s.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On peut donc multiplier toutes ces \u00e9quivalences par deux ou par quatre pour rencontrer la r\u00e9alit\u00e9 non revue par la pr\u00e9sentation officielle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un aspect des plus int\u00e9ressants soulev\u00e9 par la perte du B-2 a \u00e9t\u00e9 la discussion de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la concentration\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la th\u00e9orie affirmant que les forces US concentrent leur puissance sur un minimum de plates-formes, ce qui rend cette puissance d&rsquo;autant plus vuln\u00e9rable. Dans le cas du B-2, c&rsquo;est la concentration de la puissance de la force de frappe \u00e0 grande distance pour des objectifs tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9s dans 21 bombardiers. (Dans le cas de la Navy, c&rsquo;est la concentration de la puissance de frappe a\u00e9ronavale dans onze porte-avions.) Les critiques de cette \u00ab\u00a0th\u00e9orie\u00a0\u00bb lui opposent la \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la dispersion\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9bat important en cours aux USA, notamment activ\u00e9 par la perspective d&rsquo;une possible perte importante au cours de telle ou telle op\u00e9ration de la \u00ab\u00a0guerre contre la terreur\u00a0\u00bb et ses filiations diverses. (Hypoth\u00e8se de la perte d&rsquo;un porte-avions par attaque suicide au cours d&rsquo;une op\u00e9ration contre l&rsquo;Iran.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici par exemple les r\u00e9flexions sur le site <em>Westhawk.blogspot.com<\/em>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/westhawk.blogspot.com\/2008\/02\/b-2-crash-shows-need-for-dispersion.html\">23 janvier<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>The U.S. suffers from excessive concentration with respect to several of its most important power projection platforms. For long range strikes against heavily defended targets, the U.S. leans on its now 20 B-2 bombers. And although many of its ships have land attack cruise missile capability, the U.S. Navy relies on its eleven aircraft carriers for flexible and persistent strike operations.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>There is a danger in having such important capabilities concentrated in so few platforms. As I discussed a few days ago in a post about the limitations of the F-22, such concentration creates an attractive target for the enemy and sometimes a single point of failure for the U.S.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Will future U.S. acquisition programs address the need for more dispersion? Networked and coordinated fleets of smaller but long endurance unmanned strike aircraft is one method of reducing the vulnerability of excessive concentration. Alas, the Navy seems to be taking a very cautious course with its UCAS-D project, while the Air Force has yet to show that it is serious about a new replacement bomber.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Training accidents are a normal feature of military air operations. When a B-2 crashes, it&rsquo;s a $1.2 billion loss of equipment, but more importantly a 4.8% loss in a vital category of strike capacity. Hopefully that fact will be enough to focus some minds at the Pentagon on what the U.S. needs for the future.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Dispersion <em>versus<\/em> concentration<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le cas du B-2 est un bon cas de \u00ab\u00a0rationalisation de l&rsquo;irrationel\u00a0\u00bb effectu\u00e9e par des automatismes faussaires de communication rencontrant une conformation pathologique de la psychologie. L&rsquo;int\u00e9ressant d\u00e9bat de la th\u00e9orie de la dispersion <em>versus<\/em> la th\u00e9orie de la concentration renforce cette d\u00e9marche qui est une caract\u00e9ristique essentielle de la perversion de la modernit\u00e9. Cette perversion implique du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui animent cette sorte de d\u00e9bat un d\u00e9rangement s\u00e9rieux de la psychologie, une sorte de pathologie avec le choix sans aucun doute inconscient (nous insistons sur le caract\u00e8re d&rsquo;<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=2679\">inculpabilit\u00e9<\/a> par inconscience du ph\u00e9nom\u00e8ne) d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9form\u00e9e \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9. Il s&rsquo;agit bien entendu d&rsquo;une approche de type virtualiste. Cette perversion est \u00e9vidente avec le d\u00e9veloppement des technologies et de la bureaucratie qui \u00ab\u00a0g\u00e8re\u00a0\u00bb ce d\u00e9veloppement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quel est le socle rationnel du d\u00e9bat dispersion <em>versus<\/em> concentration? C&rsquo;est l&rsquo;argument \u00ab\u00a0le Pentagone n&rsquo;a pas raison, dans le contexte actuel, de suivre une politique de &lsquo;concentration de puissance'\u00a0\u00bb. Cette critique implique qu&rsquo;il y a choix rationnel du Pentagone, et l&rsquo;on supposerait ce choix justifi\u00e9, notamment pour des raisons d&rsquo;\u00e9conomie mais aussi pour des raisons techniques objectives (structure des forces, strat\u00e9gie, etc.). Le cadre reste parfaitement celui de la raison, avec d\u00e9bat \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cadre rationel: faut-il aller dans telle direction ou aller dans telle direction?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;historique du B-2 fait justice de cette approche. On voit bien que le Pentagone n&rsquo;a jamais <strong>voulu<\/strong> une flotte de 21 B-2 puisqu&rsquo;au d\u00e9part le programme est de 132 bombardiers, qu&rsquo;il est tomb\u00e9 \u00e0 100 en phase interm\u00e9diaire (d\u00e9but des ann\u00e9es 1990) avant de terminer \u00e0 21 par d\u00e9cision abrupte de cesser la production pour cause budg\u00e9taire. (De m\u00eame, au d\u00e9part, le programme ATF qui va d\u00e9boucher sur le F-22 porte sur plus de 700 avions. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit successivement jusqu&rsquo;aux 183 actuels, non pas volontairement mais suite aux n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans aucun cas on ne trouve de facteur rationnel essentiel dans toutes ces \u00ab\u00a0d\u00e9cisions\u00a0\u00bb. M\u00eame les \u00e9v\u00e9nements politiques, comme bien entendu la chute de l&rsquo;URSS entra&icirc;nant la disparition de la menace centrale, ne jouent qu&rsquo;un r\u00f4le accessoire qui devient \u00e9ventuellement celui d&rsquo;un argument apr\u00e8s-coup. (Le Pentagone n&rsquo;a jamais accept\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de disparition de la menace, il n&rsquo;a jamais accept\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e publicitaire des politiciens du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 de \u00ab\u00a0dividendes de la paix\u00a0\u00bb. Cette id\u00e9e impliquait, selon les projections comptables r\u00e9alis\u00e9es en 1991, qu&rsquo;on arriverait \u00e0 un budget de $120-$150 milliards pour le Pentagone en 1999. En r\u00e9alit\u00e9, le budget <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.cdi.org\/issues\/milspend.html\">\u00e9volua<\/a> dans les ann\u00e9es 1990 [ann\u00e9es de la production du B-2], en dollars compens\u00e9s et dans sa comptabilit\u00e9 opfficielle, entre $358 et $270 milliards, au niveau des ann\u00e9es 1980-1985.) Le ph\u00e9nom\u00e8ne que nous d\u00e9crivons avec le petit nombre de B-2 est simplement celui de l&rsquo;abdication forc\u00e9e de la d\u00e9cision devant les r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques confront\u00e9es \u00e0 l&rsquo;inflation extraordinaire des co&ucirc;ts. Les r\u00e9ductions sont le produit des moyens budg\u00e9taires disponibles devant un co&ucirc;t qui augmente d&rsquo;une mani\u00e8re incontr\u00f4lable. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se d\u00e9veloppe <strong>pourtant<\/strong>, comme on l&rsquo;a vu, dans le cadre d&rsquo;un budget du Pentagone qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 structurellement r\u00e9duit; ce budget a explos\u00e9 depuis 2002 sans la moindre difficult\u00e9, montrant qu&rsquo;effectivement les structures sont celles de l&rsquo;expansion bud\u00e9taire maximale (il atteint officiellement $515 milliards pour la FY2009, et doit \u00eatre situ\u00e9 de fa\u00e7on plus r\u00e9aliste autour de $1.000 milliards). On mesure ainsi l&rsquo;ampleur quantitative du mal, l&rsquo;impuissance atteinte aujourd&rsquo;hui au coeur de notre invincibilit\u00e9 technologique, &ndash; qui serait plut\u00f4t une \u00ab\u00a0invincibilit\u00e9 budg\u00e9taire\u00a0\u00bb dans ce cas (constance de l&rsquo;\u00e9quivalence \u00ab\u00a0invincibilit\u00e9-impuissance\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la dispersion\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas une th\u00e9orie. C&rsquo;est une tentative de la raison de ma&icirc;triser une situation irrationnelle. La croyance profonde de la psychologie \u00e0 la raison dans ce cas repr\u00e9sente effectivement une pathologie de cette psychologie qui se retrouve dans la plupart des domaines de la modernit\u00e9. Les cons\u00e9quences chaotiques de la perversion et du d\u00e9clin de la modernit\u00e9 sont syst\u00e9matiquement pr\u00e9sent\u00e9s comme des d\u00e9cisions rationnelles et r\u00e9fl\u00e9chies de type conjoncturel alors qu&rsquo;elles sont \u00e9videmment les signes de cette tendance structurelle qu&rsquo;est la perversion et le d\u00e9clin de la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour retrouver le sens de la r\u00e9alit\u00e9, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00e9carter l&rsquo;argument du sp\u00e9cialiste apr\u00e8s l&rsquo;avoir explor\u00e9 et pes\u00e9, et de faire appel au bon sens. Il devrait appara&icirc;tre \u00e0 tout esprit de bon sens que ce ph\u00e9nom\u00e8ne du co&ucirc;t d&rsquo;un bombardier d\u00e9passant largement le co&ucirc;t d&rsquo;un sous-marin nucl\u00e9aire d&rsquo;attaque et co&ucirc;tant un tiers \u00e0 presque l&rsquo;\u00e9quivalent, &ndash; selon la r\u00e9f\u00e9rence adopt\u00e9e, &ndash; du prix d&rsquo;un porte-avions nucl\u00e9aire d&rsquo;attaque constitue le signe certain d&rsquo;une aberration grave de la r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;une monstruosit\u00e9 \u00e9pouvantable de l&rsquo;\u00e9volution des affaires publiques. Le fait qu&rsquo;il n&rsquo;en soit rien, que le cas du B-2 soit au contraire discut\u00e9 comme celui d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 technologique et militaire rationnelle qui a toutes ses vertus promues par la publicit\u00e9 initiale toujours intactes, est le signe de la perversion de la modernit\u00e9 et de la pathologie psychologique que cette perversion entra&icirc;ne. Le fait que le cas du B-2 ne soit en rien un \u00ab\u00a0accident\u00a0\u00bb mais, disons, le sommet de l&rsquo;iceberg, doit \u00eatre \u00e9galement reconnu pour renforcer le diagnostic (terme m\u00e9dical employ\u00e9 volontairement) que nous proposons ici.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le B-2 et la psychologie de la modernit\u00e9 26 f\u00e9vrier 2008 &mdash; Le 23 f\u00e9vrier, un bombardier Northrop B-2 s&rsquo;est \u00e9cras\u00e9 au d\u00e9collage, \u00e0 la base USAF d&rsquo;Andersen, sur l&rsquo;&icirc;le de Guam. Grand \u00e9moi. C&rsquo;est le premier B-2 perdu, sur les 21 bombardiers de ce type construits pour l&rsquo;USAF. 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