{"id":69828,"date":"2008-04-15T00:00:00","date_gmt":"2008-04-15T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/04\/15\/la-reference-de-1992\/"},"modified":"2008-04-15T00:00:00","modified_gmt":"2008-04-15T00:00:00","slug":"la-reference-de-1992","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/04\/15\/la-reference-de-1992\/","title":{"rendered":"<strong><em>La r\u00e9f\u00e9rence de 1992<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>La r\u00e9f\u00e9rence de 1992<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans notre <em>F&#038;C<\/em> d&rsquo;hier <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5053\" class=\"gen\">14 avril<\/a>, nous avons fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la p\u00e9riode de l&rsquo;imm\u00e9diat-apr\u00e8s Guerre froide jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9lection de 1992, comme \u00e0 une p\u00e9riode de crise identitaire US. Nous avons propos\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que cette p\u00e9riode constituait le d\u00e9but d&rsquo;une s\u00e9quence historique dont 2008 illustre le d\u00e9veloppement dramatique; nous avons m\u00eame propos\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;elle contenait, d&rsquo;une mani\u00e8re potentielle mais profonde, tous les effets catastrophiques qu&rsquo;on identifie aujourd&rsquo;hui aux USA, \u00e0 l&rsquo;occasion de la catastrophe irakienne. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Cette intervention de la guerre en Irak sur la psychologie US est particuli\u00e8rement impressionnante. Elle d\u00e9ment toutes les analyses qui opposaient la guerre du Vietnam \u00e0 la guerre en Irak, en constatant que l&rsquo;Irak n&rsquo;avait gu\u00e8re d&rsquo;effets sur la population US alors que le Vietnam avait d\u00e9clench\u00e9 des troubles profonds aux USA m\u00eame. Le texte de Herbert est une bonne illustration de la prise de conscience que nous devons avoir, que l&rsquo;effet de l&rsquo;Irak, par le biais de l&rsquo;\u00e9conomie mais<\/em> <strong><em>surtout<\/em><\/strong> <em>de la psychologie, est aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s certainement beaucoup plus profond que l&rsquo;effet du Vietnam sur les USA dans les ann\u00e9es 1960.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Pour \u00e9largir le propos, on devrait aller jusqu&rsquo;\u00e0 avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;effet de l&rsquo;Irak sur l&rsquo;Am\u00e9rique a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la guerre elle-m\u00eame, que l&rsquo;Irak n&rsquo;est \u00e9videmment, dans ses soi-disant effets sur l&rsquo;Am\u00e9rique, qu&rsquo;un r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;une situation dont la latence n&rsquo;aurait pas du dissimuler la gravit\u00e9. Tout ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la guerre en Irak dans la s\u00e9quence historique concern\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire toute l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;Am\u00e9rique au moins depuis sa crise d&rsquo;identit\u00e9 de la fin de la Guerre froide, tout son malaise mis \u00e0 jour par la fin de la Guerre froide, semble s&rsquo;\u00eatre synth\u00e9tis\u00e9 dans la guerre en Irak. Ce conflit semble \u00eatre le Moment cathartique du malaise am\u00e9ricaniste, qui se transforme d\u00e9sormais en crise int\u00e9rieure ouverte: crise \u00e9conomique pour ses manifestations concr\u00e8tes les plus pr\u00e9cises, mais aussi crise g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9tat du pays et, pire que tout, une crise de la psychologie d&rsquo;une ampleur fondamentale.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, il va sans dire que cette crise en g\u00e9n\u00e9ral oubli\u00e9e, et m\u00eame le plus souvent ignor\u00e9e dans sa profondeur lorsqu&rsquo;elle eut lieu, de la p\u00e9riode 1989-92 et culminant en 1992, n&rsquo;est qu&rsquo;une reprise d&rsquo;une crise latente qui fut dissimul\u00e9e par la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et la Guerre froide. N\u00e9anmoins, elle a son int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique et m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e pour elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous l&rsquo;avons fait r\u00e9cemment dans nos \u00e9ditions papier de notre Lettre d&rsquo;Analyse <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>, dans le Volume 23, n\u00b010 du 10 mars 2008 (rubrique <em>Analyse<\/em>). C&rsquo;est cette analyse que nous reproduisons ici.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">1992 revisit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Une r\u00e9f\u00e9rence s&rsquo;impose de plus en plus pour l&rsquo;ann\u00e9e des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2008 aux USA: le climat (plus que les \u00e9lections elles-m\u00eames) de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e9lectorale 1992<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est caract\u00e9ristique pour notre propos,  et une bonne introduction \u00e0 cet \u00e9gard,  que l&rsquo;indice de confiance des Am\u00e9ricains dans la situation \u00e9conomique de leur pays soit tomb\u00e9 \u00e0 69,1. C&rsquo;est le chiffre le plus bas depuis f\u00e9vrier 1992. Comme 2008, l&rsquo;ann\u00e9e 1992 est une ann\u00e9e \u00e9lectorale (d\u00e9faite du pr\u00e9sident sortant G.H. Bush, victoire d&rsquo;un gouverneur de l&rsquo;Arkansas parfaitement inconnu, Bill Clinton). Comme 2008, l&rsquo;ann\u00e9e 1992 est une ann\u00e9e de crise \u00e9conomique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais il y a d&rsquo;autres similitudes plus int\u00e9ressantes, sur lesquelles nous nous proposons de nous arr\u00eater. La comparaison ne sera pas de type \u00e9lectoral, du point de vue pr\u00e9cis des \u00e9lections. Les conditions de 1992 \u00e9taient compl\u00e8tement diff\u00e9rentes \u00e0 cet \u00e9gard de ce qu&rsquo;elles sont en 2008. En 1992, au contraite de 2008, il y a un favori parfaitement identifi\u00e9, et un pr\u00e9sident arriv\u00e9 au terme de son premier mandat et sollicitant un second mandat,  il s&rsquo;agissait du m\u00eame, pr\u00e9sident sortant et favori.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous int\u00e9ressent donc les similitudes de situation, aussi bien de la situation politico-\u00e9conomique dans son sens le plus large que de cette chose plus incertaine et plus insaisissable qu&rsquo;on nomme climat, et qui d\u00e9finit une \u00e9poque bien mieux que les chiffres et les statistiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl se pourrait qu&rsquo;on puisse offrir une m\u00e9thodologie de classement \u00e0 cette occasion, une m\u00e9thodologie renvoyant justement \u00e0 une situation g\u00e9n\u00e9rale et \u00e0 un climat plut\u00f4t qu&rsquo;aux s\u00e9quences d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements. L&rsquo;hypoth\u00e8se serait que 1992 a ouvert une p\u00e9riode que 2008 pourrait bien achever. Un point fixera \u00e0 cet \u00e9gard notre pens\u00e9e:  c&rsquo;est en 1992 (en f\u00e9vrier, justement) qu&rsquo;une fuite communique \u00e0 la presse les grandes lignes d&rsquo;un document sign\u00e9 notamment par un nomm\u00e9 Paul Wolfowitz, fonctionnaire au Pentagone, et pr\u00e9sentant les structures et les moyens d&rsquo;une situation de domination militaire h\u00e9g\u00e9monique du monde par les USA. Ce rapport est cit\u00e9 comme l&rsquo;inspirateur de la politique h\u00e9g\u00e9monique post-9\/11 de l&rsquo;administration GW Bush.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Une campagne \u00e9lectorale r\u00e9volutionnaire et dissimulatrice&#8230; Derri\u00e8re la crise \u00e9conomique finissante et la d\u00e9faite de Bush-p\u00e8re se dissimulait bien autre chose.<\/strong> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsqu&rsquo;il commenta sa d\u00e9faite compl\u00e8tement inattendue, le pr\u00e9sident George H Bush, p\u00e8re de l&rsquo;actuel pr\u00e9sident, accepta l&rsquo;explication qu&rsquo;avaient avanc\u00e9e certains, selon laquelle il lui avait manqu\u00e9 la <em>vision thing<\/em> (le truc de la vision). Le slogan de l&rsquo;inconnu du scrutin devenu candidat d\u00e9mocrate puis pr\u00e9sident des USA par surprise, le gouverneur Bill Clinton, \u00e9tait curieusement compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;inverse, c&rsquo;est-\u00e0-dire curieusement conforme \u00e0 la faiblesse que s&rsquo;\u00e9tait reconnu Bush-p\u00e8re: \u00ab<em>It&rsquo;s economic, stupid<\/em>\u00bb (en gros: c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9conomie qui compte, idiot!). C&rsquo;est une chose assez curieuse: le vaincu donnait comme explication de sa d\u00e9faite ce que le vainqueur n&rsquo;avait cess\u00e9 d&rsquo;exprimer durant sa campagne \u00e9lectorale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tGeorge Bush s&rsquo;\u00e9tait montr\u00e9 terriblement terre-\u00e0-terre durant la campagne. Il \u00e9tait confiant d&rsquo;une part dans son prestige de la victoire de la Guerre du Golfe, d&rsquo;autre part dans le fait que la crise \u00e9conomique s&rsquo;\u00e9tait effectivement termin\u00e9e au printemps 1992, apr\u00e8s des interventions assez politiques (pour le pr\u00e9sident sortant) du pr\u00e9sident de la Federal Reserve, Alan Greenspan. Il jouait son bilan et son prestige, et rien d&rsquo;autre. Il estima qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait gravement tromp\u00e9 en n&rsquo;offrant aucune vision (MI>the vision thing<D>) au public am\u00e9ricain, en ne leur parlant que de choses concr\u00e8tes, pratiques, courantes. Mais qu&rsquo;avait donc fait son vainqueur, sinon de parler de cela, justement? Clinton parlait d&rsquo;\u00e9conomie et de rien d&rsquo;autre, offrait des perspectives de croissance, de technologies nouvelles, etc. Clinton offrait le jeunisme en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn r\u00e9alit\u00e9, cette campagne \u00e9lectorale ne se joua sur rien de concret. Seules parl\u00e8rent les images. En cette mati\u00e8re, Clinton \u00e9tait le ma\u00eetre. Il sut si bien y faire \u00e0 cet \u00e9gard, en faisant na\u00eetre autour de lui une sorte d&rsquo;aura de nouveaut\u00e9, de myst\u00e8re de renaissance, que son \u00e9lection, puis sa prestation de serment au d\u00e9but de 1993, se d\u00e9roul\u00e8rent dans une ambiance survolt\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9voqua le \u00ab<em>myst\u00e8re de la renaissance de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>\u00bb. Le reste est connu: ce fut la pr\u00e9sidence Clinton. Si certains veulent y voir une renaissance&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ces \u00e9lections de 1992 nous avait peut-\u00eatre \u00e9chapp\u00e9. Sans doute le situerait-on plus volontiers lors des premi\u00e8res primaires de f\u00e9vrier 1992. Un candidat r\u00e9publicain dissident et isolationniste, Patrick J. Buchanan, devan\u00e7ant temporairement le candidat George Bush le p\u00e8re dans le New Hampshire, provoqua une panique m\u00e9morable dans la direction du parti r\u00e9publicain. On y crut presque lorsqu&rsquo;on entendit Buchanan annoncer dans un ricanement sarcastique que les Am\u00e9ricains en col\u00e8re, \u00ab<em>avec les fourches de leur r\u00e9volte<\/em>\u00bb, allaient marcher sur Washington. Cette victoire sans lendemain de Buchanan ponctuait un automne (1991) de m\u00e9contentement que le colonel David H. Hackworth, h\u00e9ros huit fois d\u00e9cor\u00e9 de Cor\u00e9e et du Vietnam, devenu collaborateur de <em>Newsweek<\/em>, d\u00e9crivait de cette fa\u00e7on le 10 novembre 1991: \u00ab<em>Une insatisfaction r\u00e9volutionnaire souffle sur l&rsquo;Am\u00e9rique comme un vent glac\u00e9. Une r\u00e9volte est en train de na\u00eetre.<\/em> [&#8230;] <em>Les gens en ont assez d&rsquo;entendre qu&rsquo;ils sont sur la terre promise alors qu&rsquo;ils se voient pris dans les rets des raisins de la col\u00e8re. Ils veulent une direction qui m\u00e8ne par l&rsquo;exemple, non par les sondages. Ils nous disent dans les rues qu&rsquo;ils en ont assez de ceux qui ont corrompu l&rsquo;Am\u00e9rique.<\/em> [&#8230;] <em>Et les cyniques parmi nous interrogent: Pourquoi nous sommes-nous battus? Nous avons gagn\u00e9 la Guerre froide mais nous avons perdu notre pays!<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe m\u00e9contentement suivait une sorte de bulle d&rsquo;enthousiasme qui avait naturellement accompagn\u00e9 la victoire dans la guerre du Golfe, en f\u00e9vrier 1991. Cet enthousiasme avait culmin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1991, alors que les sondages donnaient un indice de satisfaction en faveur du pr\u00e9sident Bush de plus de 90%. C&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment une popularit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent pour un pr\u00e9sident qui se trouvait dans sa troisi\u00e8me ann\u00e9e de pr\u00e9sidence. Quatre mois plus tard, \u00e0 l&rsquo;automne, sa cote de popularit\u00e9 \u00e9tait en-dessous de 40%. Les Am\u00e9ricains avaient retrouv\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9tait faite de conditions \u00e9conomiques de r\u00e9cession, d&rsquo;une in\u00e9galit\u00e9 grandissante, d&rsquo;une col\u00e8re et d&rsquo;une m\u00e9fiance sans pr\u00e9c\u00e9dent pour la direction politique et les \u00e9lites du pays. En d\u00e9cembre 1991 le jeune candidat d\u00e9mocrate inconnu Bill Clinton, gouverneur de l&rsquo;Arkansas, donnait une conf\u00e9rence \u00e0 Georgetown University o\u00f9 il d\u00e9clarait: \u00ab<em>Etant donn\u00e9 nos probl\u00e8mes int\u00e9rieurs, nous devons d&rsquo;abord pr\u00eater attention \u00e0 notre population et \u00e0 ses besoins.<\/em> [&#8230;] <em>Nous devons avoir \u00e0 l&rsquo;esprit la principale le\u00e7on de l&rsquo;effondrement du communisme. Nous ne l&rsquo;avons jamais battu sur le champ de bataille. L&rsquo;Union Sovi\u00e9tique s&rsquo;est d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur,  de ses \u00e9checs \u00e9conomiques, politiques et spirituels.<\/em>\u00bb  L&rsquo;\u00e9ditorialiste Leslie Gelb commenta ce discours en observant, dans la m\u00eame veine et, d&rsquo;une fa\u00e7on plus directe, en \u00e9voquant la possibilit\u00e9 de l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un Franklin Delano Roosevelt,  qui aurait pu \u00eatre le jeune Bill Clinton, pourquoi pas? \u00ab<em>1992 pourrait \u00eatre une ann\u00e9e aussi d\u00e9terminante que 1932. Les Am\u00e9ricains ont peur de l&rsquo;avenir. Ils sont pr\u00eats \u00e0 des changements en profondeur.<\/em>\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet extraordinaire pessimisme de la population am\u00e9ricaine \u00e9tait largement d\u00e9battu. Pour la plupart des analystes, il \u00e9tait effectivement d\u00fb \u00e0 la situation \u00e9conomique. Cette analyse \u00e9tait bien courte et, surtout, elle aurait d\u00fb annoncer une renaissance d\u00e8s 1992 puisqu&rsquo;\u00e0 partir de mars l&rsquo;\u00e9conomie abandonna sa tendance n\u00e9gative pour recommencer \u00e0 s&rsquo;am\u00e9liorer avec r\u00e9gularit\u00e9 et vigueur. Cette reprise n&rsquo;apporta rien de fondamental du point de vue politique. Le d\u00e9senchantement pour le pr\u00e9sident sortant, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour les \u00e9lites washingtoniennes, se confirma et conduisit la campagne \u00e9lectorale jusqu&rsquo;\u00e0 la surprise de novembre 1992 et l&rsquo;\u00e9lection du jeune gouverneur de l&rsquo;Arkansas qui n&rsquo;\u00e9tait pas un homme de Washington. On salua avec enthousiasme le \u00ab<em>myst\u00e8re de la renaissance de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>L&rsquo;ann\u00e9e \u00e9lectorale 1992, qui aurait pu \u00eatre aussi d\u00e9terminante que 1932, avait montr\u00e9 la crise d&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y eut beaucoup d&rsquo;analyses et d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8ses durant cette p\u00e9riode, sur le malaise de l&rsquo;Am\u00e9rique. On pouvait en percevoir les pr\u00e9misses dans les ann\u00e9es 1985-1990, marqu\u00e9es notamment par le livre best-seller de Paul Kennedy sur le d\u00e9clin des empires qui s&rsquo;appliquait au cas am\u00e9ricaniste. En f\u00e9vrier 1992, l&rsquo;historien William Pfaff publia son analyse sur le cas, en deux articles publi\u00e9s par l&rsquo;International Herald Tribune. Pfaff expliquait:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>But we are in another dimension when people can say  as does the distinguished psychiatrist Robert Jay Lifton  that individual Americans no longer know how to view the world or how to understand our own national problems.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>To a remarkable degree, the personal lives of Americans have been shaped by the conflict with communism. This always is true in a war, of course. But when other wars have ended, Americans have been left in no doubt about who they are, what they should do, or what the nation&rsquo;s purpose really is.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Today those doubts exist. It is as if the quality of America itself has in these 40 years been stripped clown, so as to cause people to believe that winning the Cold War was all that the United States was about.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa th\u00e8se est claire. Pfaff jugeait que la crise que traversait l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e9tait une crise d&rsquo;identit\u00e9,  beaucoup plus qu&rsquo;une crise parce que les Am\u00e9ricains n&rsquo;avaient plus d&rsquo;ennemi, comme de nombreux analystes faisaient l&rsquo;hypoth\u00e8se. (\u00ab<em>I argue simply that the disorientation and anxiety felt by Americans in this aftermath, this hangover, of the Cold War, have to do with the loss of an identity  not the loss of an enemy.<\/em>\u00bb) Implicitement, on pouvait ajouter que la disparition de l&rsquo;ennemi avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9, ou pr\u00e9cipit\u00e9 la crise de l&rsquo;identit\u00e9, donc que souvent l&rsquo;ennemi fut utilis\u00e9, sinon cr\u00e9\u00e9 pour dissimuler la crise de l&rsquo;identit\u00e9. Cette appr\u00e9ciation d\u00e9passait \u00e9videmment la seule dimension \u00e9conomique (la crise qui affectait les USA depuis 1988-1989) pour aborder les mati\u00e8res essentielles. C&rsquo;est elle qui se refl\u00e9tait dans les soubresauts de la campagne \u00e9lectorale et, finalement, dans la d\u00e9faite de Bush-p\u00e8re. Effectivement, il avait manqu\u00e9 au pr\u00e9sident sortant la <em>vision thing<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, Clinton leur avait-il donn\u00e9 cette vision, aux Am\u00e9ricains? On dira plut\u00f4t que son \u00e9lection dut l&rsquo;essentiel au fait qu&rsquo;il se trouvait l\u00e0, nouveau-venu sympathique, en apparence sans gu\u00e8re de liens avec les politiciens de Washington, et surtout ma\u00eetre de l&rsquo;image, de la manipulation des perceptions. Clinton \u00e9pousa irr\u00e9sistiblement le m\u00e9contentement populaire, avec le n\u00e9cessaire compl\u00e9ment du succ\u00e8s du candidat ind\u00e9pendant Ross Perot (19% des suffrages exprim\u00e9s) qui attira \u00e0 lui une partie non n\u00e9gligeable de l&rsquo;\u00e9lectorat naturel de Bush-p\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9lection de 1992 fut parfaitement une \u00e9lection contre l&rsquo;establishment, correspondant tout aussi parfaitement \u00e0 cette crise d&rsquo;identit\u00e9 dont parle Pfaff. Le r\u00f4le non \u00e9crit mais fondamental des \u00e9lites dirigeantes d&rsquo;un pays qui se pr\u00e9tend une nation est bien de repr\u00e9senter cette identit\u00e9 nationale dans laquelle la population entend se reconna\u00eetre et autour de laquelle elle entend se rassembler. Le divorce d&rsquo;avec l&rsquo;establishment impliquait d&rsquo;abord que la population ne se reconnaissait plus dans ces \u00e9lites. De ce point de vue, on se trompait si on attribuait les turbulences de l&rsquo;\u00e9lection \u00e0 la seule crise \u00e9conomique, malgr\u00e9 le \u00ab<em>It&rsquo;s the economic, stupid<\/em>\u00bb du vainqueur. La belle victoire de Clinton,  belle qualitativement plus que quantitativement,   reposait sur un quiproquo, sur une interpr\u00e9tation largement contestable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ann\u00e9e 1992 fut une ann\u00e9e de dupes, si l&rsquo;on en juge par ses suites. L&rsquo;\u00e9lection de Clinton fut \u00e0 cette image. Partie sur des orientations r\u00e9formistes en r\u00e9pudiant  de trop  grandes ambitions en mati\u00e8re de politique ext\u00e9rieure, elle se heurta au coup d&rsquo;arr\u00eat des \u00e9lections de 1994 qui envoy\u00e8rent une majorit\u00e9 r\u00e9publicaine radicale au Congr\u00e8s et abandonna ses orientations principales. Elle abandonna ses projets r\u00e9formistes int\u00e9rieurs et adopta une politique ext\u00e9rieure d&rsquo;affirmation tonitruante, bas\u00e9e notamment sur une repr\u00e9sentation virtualiste o\u00f9 Clinton \u00e9tait \u00e9videmment le ma\u00eetre. Le grand tournant dans la psychologie am\u00e9ricaniste se situe \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1996, avec les Jeux Olympiques d&rsquo;Atlanta et l&rsquo;affirmation hyper-nationaliste qui l&rsquo;accompagna, pr\u00e9c\u00e9dant une r\u00e9\u00e9lection surprenante d&rsquo;aisance de Clinton. Moins d&rsquo;un an plus tard sont proclam\u00e9s les principes d&rsquo;une nouvelle association, Project for a New American Century, qui proclame: \u00ab<em>We aim to make the case and rally support for American global leadership.<\/em>\u00bb Parmi les 25 signataires, des gens qu&rsquo;on retrouvera rapidement: Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Libby. Un seul Bush est pr\u00e9sent \u00e0 la signature: Jeb,  GW n&rsquo;ayant semble-t-il pas \u00e9t\u00e9 averti. La pr\u00e9sidence GW Bush est en marche, avec, dans la foul\u00e9e, la politique belliciste, interventionniste et h\u00e9g\u00e9monique d&rsquo;apr\u00e8s le 11 septembre 2001. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi est r\u00e9solu le quiproquo originel (c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour la p\u00e9riode, le quiproquo de l&rsquo;ann\u00e9e 1992). Contrairement \u00e0 la r\u00e9ponse propos\u00e9e par William Pfaff (\u00ab&#8230;<em>have to do with the loss of an identity  not the loss of an enemy<\/em>\u00bb), l&rsquo;affirmation est faite que c&rsquo;est l&rsquo;absence d&rsquo;ennemi qui est la cause du malaise de la psychologie am\u00e9ricaine qui a connu un point paroxystique \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;\u00e9lection de 1992. La d\u00e9marche consiste \u00e0 confondre la cause et la cons\u00e9quence. A l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;est la crise d&rsquo;identit\u00e9 qui cr\u00e9e le besoin d&rsquo;ennemi est substitu\u00e9e l&rsquo;id\u00e9e implicite que c&rsquo;est l&rsquo;existence d&rsquo;un ou de plusieurs ennemi(s) qui cr\u00e9e la crise d&rsquo;identit\u00e9. Le groupe du New American Century, n\u00e9o-conservateur dans la manipulation mais tr\u00e8s am\u00e9ricaniste dans l&rsquo;esprit (selon la doctrine de l&rsquo;am\u00e9ricanisme), argumente a contrario que l&rsquo;Am\u00e9rique a besoin de n&rsquo;avoir plus aucun ennemi pour vivre paisiblement et \u00e9carter toute crise d&rsquo;identit\u00e9. Il suffit donc de dominer le monde d&rsquo;une main de fer. Ce sera fait&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Comment 2008 ressemble \u00e0 1992 d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e0 la fois mim\u00e9tique et antinomique: la crise d&rsquo;identit\u00e9 insiste d\u00e9cid\u00e9ment<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa conclusion de cette appr\u00e9ciation de l&rsquo;ann\u00e9e 1992 est \u00e9videmment que le malaise qui se manifesta \u00e0 cette occasion, qui fut soulign\u00e9, ponctu\u00e9 ou authentifi\u00e9 par la crise \u00e9conomique, fut kidnapp\u00e9 et d\u00e9tourn\u00e9 plut\u00f4t que gu\u00e9ri. C&rsquo;est \u00e9videmment Clinton qui lan\u00e7a, d\u00e8s 1993-1994 une globalisation financi\u00e8re puis \u00e9conomique \u00e0 outrance, avec ce mod\u00e8le ultra-lib\u00e9ral que Anatole Luttwak baptisa turbo-capitalisme; puis, \u00e0 partir de 1996, la course \u00e0 l&rsquo;affirmation h\u00e9g\u00e9monique des USA, dans laquelle la politique post-9\/11 s&rsquo;inscrit comme une dramatisation brutale mais nullement contradictoire. C&rsquo;est un cas typique de fuite en avant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te, avec acc\u00e9l\u00e9ration de type post-combustion \u00e0 partir du 11 septembre 2001.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ann\u00e9e 2008 est-elle l&rsquo;ann\u00e9e \u00e9lectorale de retour aux r\u00e9alit\u00e9s, ou un double \u00e0 la fois mim\u00e9tique et antinomique de l&rsquo;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1992 qui r\u00e9v\u00e9la le malaise fondamental mais ne permit pas qu&rsquo;on s&rsquo;attel\u00e2t s\u00e9rieusement \u00e0 son examen? (D&rsquo;ailleurs, la question subsidiaire mais fondamentale se pose \u00e9videmment et irr\u00e9sistiblement: est-il prudent et concevable d&rsquo;examiner ce malaise? A-t-il un rem\u00e8de, sinon dans les th\u00e9rapies les plus radicales que le syst\u00e8me ne peut envisager s\u00e9rieusement? 1992 serait alors l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;on fut bien contraint d&rsquo;\u00f4ter le pansement couvrant la plaie, et o\u00f9 on le remit pr\u00e9cipitamment devant le spectacle ainsi d\u00e9couvert.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn peut avancer un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9ponse en d\u00e9taillant les analogies mim\u00e9tiques ou\/et antinomiques des caract\u00e8res des deux \u00e9lections.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La crise du r\u00f4le des USA dans le monde. En 1992, ce probl\u00e8me pos\u00e9 depuis la fin de la Guerre froide avait sembl\u00e9 conna\u00eetre un d\u00e9but de r\u00e9solution avec la guerre du Golfe: une victoire rapide et \u00e9clatante, mais aussit\u00f4t suivie d&rsquo;un repli. L&rsquo;accueil tr\u00e8s d\u00e9favorable fait \u00e0 la Policy Guidance sign\u00e9e par Wolfowitz et d\u00e9voil\u00e9e en f\u00e9vrier 1992 par une opinion toute enti\u00e8re accapar\u00e9e par la crise \u00e9conomique semblait indiquer une r\u00e9ponse ambigu\u00eb par \u00e9lusion du probl\u00e8me. En 2008, le m\u00eame probl\u00e8me est pos\u00e9 par le biais de la catastrophe irakienne mais il ne pourra pas cette fois \u00eatre \u00e9lud\u00e9. Les candidats sont oblig\u00e9s de prendre des attitudes marqu\u00e9es sur cette question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La crise \u00e9conomique. Elle \u00e9tait dans tous les esprits en 1992 mais elle \u00e9tait \u00e0 son terme. Clinton fut \u00e9lu sur des promesses \u00e9conomiques qui pouvaient \u00eatre b\u00e2ties sur un certain optimisme. Aujourd&rsquo;hui, il y a \u00e9galement une crise \u00e9conomique mais \u00e0 son d\u00e9but, sur la phase la plus sombre de la descente vers le pessimisme. L&rsquo;indice de 69,1 de f\u00e9vrier 1992 signal\u00e9 plus haut est le point le plus bas du pessimisme du public US pour la p\u00e9riode, \u00e0 partir duquel s&rsquo;amorce la remont\u00e9e. On jurerait que l&rsquo;indice 69,1 de f\u00e9vrier 2008 est loin d&rsquo;\u00eatre le fond du gouffre du pessimisme du public, mais plut\u00f4t une \u00e9tape vers un pessimisme encore plus noir. Les deux crises se r\u00e9pondent d&rsquo;une fa\u00e7on mim\u00e9tique mais s&rsquo;opposent dans leurs effets d&rsquo;une fa\u00e7on antinomique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La globalisation. L&rsquo;\u00e9lection de 1992 fut l&rsquo;occasion de relancer (plut\u00f4t que lancer) un processus de globalisation vendu par l&rsquo;optimisme clintonien et appuy\u00e9 sur les connexions du m\u00eame Clinton (du parti d\u00e9mocrate) avec les milieux financiers (Wall Street, avec Robert Rubin nomm\u00e9 secr\u00e9taire adjoint puis secr\u00e9taire au tr\u00e9sor de l&rsquo;administration Clinton). En 2008, la globalisation est encore plus nettement \u00e0 l&rsquo;ordre du jour, mais cette fois en position d&rsquo;accus\u00e9e avec un net affrontement entre le corporate socialism (voir notre rubrique Journal) que d\u00e9noncent les d\u00e9mocrates (surtout Obama) et le libre-\u00e9change que soutiennent les r\u00e9publicains (de Romney \u00e0 McCain).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t &#8230;C&rsquo;est en effet le dernier point que nous choisirons, qui caract\u00e9rise l&rsquo;\u00e9lection de 2008 comme celle de 1992 et diff\u00e9rencie ces deux \u00e9lections de toutes les autres de l&rsquo;\u00e9poque post-1945: la pr\u00e9sence d&rsquo;un puissant courant populiste dans l&rsquo;\u00e9lection, \u00e0 la fois anti-establishment, n\u00e9o-protectionniste, oppos\u00e9 \u00e0 la politique des grands conglom\u00e9rats d&rsquo;affaires (c&rsquo;est-\u00e0-dire oppos\u00e9 \u00e0 la globalisation). En 1992, c&rsquo;est l&rsquo;ind\u00e9pendant Ross Perot qui repr\u00e9senta ce courant et fit un remarquable r\u00e9sultat avec 19% des votants, qui fut un facteur important de la d\u00e9faite de Bush-p\u00e8re. Une part non n\u00e9gligeable de ces 19% \u00e9tait des r\u00e9publicains refusant le libre-\u00e9change (ceux qui avaient soutenu Patrick J. Buchanan au d\u00e9but des primaires) mais refusant aussi de voter d\u00e9mocrate. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette fois, en 2008, la situation est \u00e0 la fois plus confuse mais potentiellement bien plus originale ou exceptionnelle. Le plus remarquable de cette situation est que le courant traditionnellement marginal, par d\u00e9finition dirait-on, de l&rsquo;opposition aux engagements de l&rsquo;establishment, pourrait venir de cet establishment. C&rsquo;est bien le candidat possible du parti d\u00e9mocrate qui s&rsquo;affiche comme le plus populiste, le plus tent\u00e9 par le n\u00e9o-protectionnisme et la d\u00e9nonciation du syst\u00e8me dit <em>corporate socialism<\/em>. Obama sera-t-il le Ross Perot de 2008, qui mettrait en cause le principe sacro-saint du libre-\u00e9change? On comprend que celui qui est d\u00e9nonc\u00e9 comme \u00ab<em>a dangerous left-winger<\/em>\u00bb par Gerard Baker, du <em>Times<\/em> de Londres, puisse poser d\u00e9sormais un redoutable dilemme \u00e0 l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien et transatlantique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans aucun doute, les similitudes sont nombreuses et remarquables, et touchent l&rsquo;essentiel des choses, entre l&rsquo;\u00e9lection de 1992 et celle de 2008. Pour autant, il serait d\u00e9raisonnable de chercher dans le d\u00e9roulement de l&rsquo;une (1992) un mod\u00e8le pr\u00e9visionniste pour l&rsquo;autre (2008). Ne serait-ce que ce point capital, qui l&rsquo;interdit: les acteurs principaux ne tiennent pas les m\u00eames r\u00f4les et ne r\u00e9pondent pas aux m\u00eames motifs. L&rsquo;ann\u00e9e \u00e9lectorale 2008 est \u00e0 la fois tr\u00e8s similaire \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e \u00e9lectorale 1992, et compl\u00e8tement diff\u00e9rente. L&rsquo;essentiel est bien qu&rsquo;il existe, au-dessus de tout, la sensation de l&rsquo;essentiel, de se trouver effectivement \u00e0 un moment politique charni\u00e8re.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Le pass\u00e9 \u00e9claire le pr\u00e9sent comme jamais sans doute il ne fit: nous ne pouvons comprendre le caract\u00e8re exceptionnel des \u00e9v\u00e9nements que nous vivons si nous nous privons de cette lumi\u00e8re<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2008 n&rsquo;est pas 1992 et pourtant 1992 \u00e9claire 2008. Entre les deux \u00e9lections, les probl\u00e8mes fondamentaux identifi\u00e9s en 1992 sont rest\u00e9s irr\u00e9solus. Ce sont toujours les m\u00eames. L&rsquo;entre-temps, agit\u00e9 comme l&rsquo;on sait d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements exceptionnels, n&rsquo;a fait que les aggraver. On pourrait croire que 2008 pourrait figurer comme l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 il n&rsquo;est plus possible d&rsquo;\u00e9carter ces probl\u00e8mes, qu&rsquo;il faut d\u00e9cid\u00e9ment les affronter pour ce qu&rsquo;ils sont. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette id\u00e9e est renforc\u00e9e par le fait que ces probl\u00e8mes, qui \u00e9taient jusqu&rsquo;alors ignor\u00e9s par les deux grands partis et laiss\u00e9s aux extr\u00eames et aux marginaux, ne le sont plus d\u00e9sormais et ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre les deux partis.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, rien n&rsquo;est fait et il est impossible de tirer de ces constats quelque cons\u00e9quence que ce soit, pour nous autoriser une pr\u00e9vision. La situation que nous d\u00e9crivons est rendue extr\u00eamement fluide et incertaine par les querelles et affrontements internes \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des deux grands partis, qui tiennent autant \u00e0 des querelles de personnes qu&rsquo;\u00e0 des affrontements de positions devant ces grands probl\u00e8mes identifi\u00e9s. La querelle est ouverte au sein du parti d\u00e9mocrate. Elle existe \u00e9galement au sein du parti r\u00e9publicain, de fa\u00e7on plus diffuse. La nomination de John McCain est loin de faire l&rsquo;unanimit\u00e9 et r\u00e9serve peut-\u00eatre des surprises par rapport \u00e0 la base r\u00e9publicaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl reste, par-dessus tout, les \u00e9v\u00e9nements. La catastrophique guerre irakienne alimente une crise \u00e9conomique dont la puissance pourrait n&rsquo;avoir pas de pr\u00e9c\u00e9dent, exactement de la m\u00eame fa\u00e7on que personne ne l&rsquo;a vue venir dans la situation o\u00f9 elle se trouve aujourd&rsquo;hui. Le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme est puissant mais la crise g\u00e9n\u00e9rale pourrait s&rsquo;av\u00e9rer l&rsquo;\u00eatre bien plus. C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 la plus grande diff\u00e9rence entre 1992 et 2008.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9f\u00e9rence de 1992 Dans notre F&#038;C d&rsquo;hier 14 avril, nous avons fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la p\u00e9riode de l&rsquo;imm\u00e9diat-apr\u00e8s Guerre froide jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9lection de 1992, comme \u00e0 une p\u00e9riode de crise identitaire US. Nous avons propos\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que cette p\u00e9riode constituait le d\u00e9but d&rsquo;une s\u00e9quence historique dont 2008 illustre le d\u00e9veloppement dramatique; nous avons m\u00eame&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[2944,868,934,3228,1131],"class_list":["post-69828","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-2944","tag-bush","tag-clinton","tag-crise","tag-pfaff"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69828","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=69828"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69828\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=69828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=69828"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=69828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}