{"id":69885,"date":"2008-05-09T00:00:00","date_gmt":"2008-05-09T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/05\/09\/la-globalisation-un-siecle-plus-tot\/"},"modified":"2008-05-09T00:00:00","modified_gmt":"2008-05-09T00:00:00","slug":"la-globalisation-un-siecle-plus-tot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/05\/09\/la-globalisation-un-siecle-plus-tot\/","title":{"rendered":"La globalisation, un si\u00e8cle plus t\u00f4t"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">La globalisation, un si\u00e8cle plus t\u00f4t<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>9 mai 2008 &mdash; Nous encha&icirc;nons sur notre \u00ab\u00a0<em>F&#038;C<\/em>\u00a0\u00bb du <a class=\"gen\" href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5103\">6 mai<\/a>, d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.newsweek.com\/id\/135380\/output\/print\">texte<\/a> de Fareed Zakaria, appr\u00e9ci\u00e9 essentiellement comme une ode \u00e0 la gloire, \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 et au bonheur de la globalisation. Nous avons tent\u00e9 de montrer combien la description que fait Zakaria de la globalisation distille un optimisme structurel, malgr\u00e9 quelques broutilles s&ucirc;rement jug\u00e9es comme \u00ab\u00a0conjoncturelles\u00a0\u00bb que conc\u00e8de Zakaria. Nous observons \u00e9videmment combien cette analyse contraste avec celle que nous faisons, avec d&rsquo;autres, \u00e0 partir d&rsquo;une appr\u00e9ciation catastrophique de la situation de notre temps historique, de la situation du monde dans sa dynamique de globalisation, tout cela notamment \u00e0 cause des contraintes qu&rsquo;impose cette dynamique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous allons renforcer notre argument en le situant dans une perspective historique. Nous publions ci-dessous un extrait d&rsquo;un travail en cours de pr\u00e9paration et auquel nous participons [lire nos pr\u00e9cisions en fin d&rsquo;article], qui a pour objet essentiel la bataille de Verdun, et qui s&rsquo;appuie notamment et bien \u00e9videmment sur une appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la Grande Guerre et des causes de la Grande Guerre. (Nous nous sommes d\u00e9j\u00e0 int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 Verdun, comme on peut le lire dans notre rubrique <em>Analyse<\/em>, au <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=3396\">24 novembre 2006<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">Plus \u00e7a change&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>On verra dans cet extrait que l&rsquo;appr\u00e9ciation des causes de la Grande Guerre renvoie \u00e0 une dichotomie tranch\u00e9e des perceptions et des analyses des historiens, dans une situation o&ugrave;, comme aujourd&rsquo;hui, r\u00e9gnait un fort courant de globalisation. On voit que l&rsquo;interpr\u00e9tation historique des partisans de la globalisation (ceux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) est r\u00e9trospectivement d&rsquo;affirmer que la situation g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait en voie de pacification et de prosp\u00e9rit\u00e9,&ndash; ce qui fait de la Grande Guerre plut\u00f4t un monstrueux accident qui a boulevers\u00e9 toute cette magnifique m\u00e9canique \u00e0 l&rsquo;oeuvre. (Alors que nous estimons que la Grande Guerre est, au contraire, un \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement de civilisation\u00a0\u00bb, une crise de civilisation dont nous poursuivons aujourd&rsquo;hui l&rsquo;\u00e9volution catastrophique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On retrouve cette d\u00e9marche dans l&rsquo;analyse de Zakaria, conform\u00e9ment \u00e0 la position des partisans de la globalisation. Il y a une remarquable similitude d&rsquo;interpr\u00e9tation, sinon de situation, entre notre \u00e9poque et celle qui pr\u00e9c\u00e8de la Grande Guerre. Cette remarque n&rsquo;implique \u00e9videmment pas une pr\u00e9vision \u00e9v\u00e9nementielle de notre part, comme si nous envisagions pour notre \u00e9poque un conflit du type Grande Guerre. Une similitude de dynamique et une similitude du conflit de perception concernant cette dynamique n&rsquo;impliquent \u00e9videmment une similitude des \u00e9v\u00e9nements. Il est manifeste que la situation g\u00e9n\u00e9rale au d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, du point de vue des d\u00e9s\u00e9quilibres, est beaucoup plus grave qu&rsquo;elle ne l&rsquo;\u00e9tait avant la Grande Guerre. Les conditions des \u00e9v\u00e9nements possibles ont \u00e9galement chang\u00e9, notamment du point de vue des conflits <strong>possibles<\/strong>. La situation actuelle est beaucoup plus g\u00e9n\u00e9ratrice de prolongements chaotiques de type eschatologique en raison des diverses crises syst\u00e9miques qui se d\u00e9veloppent, que d&rsquo;un conflit conventionnel de haut niveau comme fut la Grande Guerre. Le seul domaine o&ugrave; la globalisation est beaucoup plus avanc\u00e9e au d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle qu&rsquo;elle ne l&rsquo;\u00e9tait au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle est celui de la globalit\u00e9 des crises (implication g\u00e9n\u00e9rale de toutes les puissances) et de la rapidit\u00e9 de d\u00e9veloppement des crises, &ndash; ces crises caus\u00e9es justement par la globalisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui est remarquable dans ce parall\u00e8le entre le d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXI\u00e8me si\u00e8cle, c&rsquo;est donc la similitude des perceptions psychologiques diff\u00e9rentes, donc la similitude de l&rsquo;antagonisme des perceptions. En intensit\u00e9, cet antagonisme s&rsquo;est profond\u00e9ment radicalis\u00e9 entre les deux p\u00e9riodes, essentiellement et d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9vidente parce que les conditions g\u00e9n\u00e9rales au XXI\u00e8me si\u00e8cle se sont radicalement agrav\u00e9es. Cela conduit \u00e0 des divergences d&rsquo;analyse consid\u00e9rables, comme on le voit avec celle de Zakaria qui contraste effectivement d&rsquo;une fa\u00e7on radicale avec les perceptions catastrophiques de la situation g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;enseignement de la r\u00e9f\u00e9rence historique du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle selon notre point de vue est \u00e9videmment qu&rsquo;il est difficile, voire faussaire et trompeur, de r\u00e9duire une situation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 ses donn\u00e9es \u00e9conomiques pour ensuite en juger de ses prolongements. Il est vrai qu&rsquo;une grande prosp\u00e9rit\u00e9 et qu&rsquo;une grande activit\u00e9 commerciale existaient avant la Grande Guerre dans le monde civilis\u00e9, au point o&ugrave;, comme le rappelle un des historiens cit\u00e9s (un partisan de la globalisation), nombre de milieux dirigeants \u00e9conomiques \u00e9taient dans &laquo;<em>l&rsquo;attente d'\u00a0\u00bbune \u00e8re de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 qui durerait ind\u00e9finiment\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;. On sait ce que l&rsquo;Histoire a fait de cette attente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voici donc cet extrait qui se place dans une analyse g\u00e9n\u00e9rale des conditions ayant conduit \u00e0 la Grande Guerre, et de la signification fondamentale de cette guerre par rapport \u00e0 ce qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>__________________________________<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">La globalisation, puis la guerre&#8230;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pourquoi la Grande Guerre a-t-elle eu lieu? Il semble d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 manifeste que la r\u00e9ponse classique de l&rsquo;attentat de Sarajevo ne suffira certainement pas. Il existe une \u00e9cole transnationale d&rsquo;historiens, avec dominante anglo-saxonne, pour constater, d&rsquo;abord que personne ne vit venir la catastrophe, qu&rsquo;ensuite on est bien peu capable de donner une explication cat\u00e9gorique \u00e0 cette catastrophe. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit l&rsquo;explosion et la disparition inexplicable d&rsquo;un Boeing 747 de United Airlines le 29 d\u00e9cembre 1997, le professeur David Fromkin, de l&rsquo;universit\u00e9 de Boston, \u00e9crit, dans <em>Le dernier \u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Europe<\/em>, publi\u00e9 en France en octobre 2007 : &laquo;<em>C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne de cet ordre, une turbulence par temps clair, qui se serait produit dans la civilisation europ\u00e9enne, en 1914, au moment o&ugrave; l&rsquo;on passait du XIX\u00e8me au XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/em> [&hellip;] <em>On s&rsquo;attendait \u00e0 ce que s&rsquo;ouvrit une \u00e8re de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 qui durerait ind\u00e9finiment<\/em>.&raquo; Plus loin, tout de m\u00eame, parce qu&rsquo;on n&rsquo;\u00e9crit pas un livre d&rsquo;histoire de qualit\u00e9 en annon\u00e7ant qu&rsquo;on n&rsquo;y trouvera rien de substantiel: &laquo;<em>Les ann\u00e9es 1913 et 1914 furent plus agit\u00e9es que les contemporains n&rsquo;ont bien voulu l&rsquo;admettre. Il y eut, au tout d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, des signes avant-coureurs de la catastrophe qui risquait de s&rsquo;abattre sur le monde : nous le savons aujourd&rsquo;hui.<\/em>&raquo; Suivent quelques consid\u00e9rations embrouill\u00e9es, quelques intrigues complexes, o&ugrave; tourbillonnent les Balkans, les Serbes, La Bosnie-Herz\u00e9govine, les Austro-Hongrois, les Russes, puis d&rsquo;autres dans des cercles concentriques plus larges. Cette description m\u00e8ne \u00e0 diverses hypoth\u00e8ses o&ugrave; des causes annexes sont conduites jusqu&rsquo;\u00e0 des analyses o&ugrave; ces hypoth\u00e8ses apparaissent essentielles et nous rassurent sur le sens du monde. Tout cela ne dissipe rien de l&rsquo;impression de trouble et d&rsquo;incertitude qui caract\u00e9rise l&rsquo;ensemble du tableau. Nous ne savons rien de pr\u00e9cis et nous ne comprenons rien pr\u00e9cis\u00e9ment mais il nous est permis de suivre l&rsquo;enqu\u00eate jusqu&rsquo;\u00e0 rencontrer ces hypoth\u00e8ses qui prendront finalement un tour intellectuellement int\u00e9ressant, suffisamment pour recevoir la consid\u00e9rations des autorit\u00e9s acad\u00e9miques. Ces consid\u00e9rations, qui se trouvent en g\u00e9n\u00e9ral dans l&rsquo; introduction au travail document\u00e9 et argument\u00e9 qui formera l&rsquo;essentiel de l&rsquo;ouvrage, sont, \u00e9galement en g\u00e9n\u00e9ral, suivies d&rsquo;autres consid\u00e9rations s\u00e9v\u00e8res sur l&rsquo;aspect catastrophique de ce conflit, sur le chaos, les souffrances et les cruaut\u00e9s qu&rsquo;il a engendr\u00e9s, qui forment le corps tragique de l&rsquo;entame de ce terrible XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;impression recueillie, qui est conform\u00e9e par le jugement g\u00e9n\u00e9ral selon lequel le XX\u00e8me si\u00e8cle <strong>commence<\/strong> en 1914, est que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la Grande Guerre, passablement incompr\u00e9hensible dans ses pr\u00e9misses, dans ses causes, dans ses encha&icirc;nements incertains, devient lui-m\u00eame d\u00e8s qu&rsquo;il \u00e9clate, quelque chose de tout \u00e0 fait nouveau. Alors commence ce terrible XX\u00e8me si\u00e8cle; alors, l&rsquo;Histoire s&rsquo;\u00e9claire ; d\u00e9sormais, de la Grande Guerre \u00e0 la Deuxi\u00e8me Guerre et ensuite, nous tenons notre logique historique. Il est bien entendu, &ndash; ce qui est \u00e9vident, du reste, &ndash; que l&rsquo;affreuse guerre de l&rsquo;ex-Yougoslavie des ann\u00e9es 1990 n&rsquo;aurait pas eu lieu s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu la Grande Guerre. Toutes ces observations sont incontestables et il ne peut nous venir \u00e0 l&rsquo;esprit de les contester.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne les contestons pas mais, en v\u00e9rit\u00e9, elles ne nous int\u00e9ressent pas. Leur \u00e9troitesse de vision, leur lourdeur laborieuse et poussive ne peuvent s&rsquo;accorder \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dont nous voulons rendre compte. Nous proposons une hypoth\u00e8se diff\u00e9rente, \u00e0 la lumi\u00e8re de laquelle nous suivrons une approche diff\u00e9rente pour pouvoir offrir une explication diff\u00e9rente de la Grande Guerre, qui nous ram\u00e8nera \u00e0 Verdun en respectant l&rsquo;ampleur de la chose et en saluant son incroyable dignit\u00e9. L&rsquo;id\u00e9e centrale de notre hypoth\u00e8se, que nous avons d\u00e9j\u00e0 effleur\u00e9e, est que le XX\u00e8me si\u00e8cle a <strong>commenc\u00e9<\/strong> en 1918. La Grande Guerre est la fin de la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, au lieu d&rsquo;\u00eatre le d\u00e9but de celle qui suit. (Au contraire, bien entendu, la conf\u00e9rence de paix de Versailles de 1919, qui accouche des divers trait\u00e9s qu&rsquo;on sait, doit \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e de la guerre qu&rsquo;elle pr\u00e9tend clore pour \u00eatre rattach\u00e9e au XX\u00e8me si\u00e8cle. Apr\u00e8s tout, la conf\u00e9rence serait bien le d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle et le XX\u00e8me si\u00e8cle <strong>commencerait<\/strong> enfin en 1919.) L&rsquo;essentiel va \u00eatre, naturellement, de d\u00e9terminer, \u00e0 quelles diff\u00e9rences de jugement conduit cette classification chronologique diff\u00e9rente de l&rsquo;Histoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette chronologie, la Grande Guerre n&rsquo;est pas un \u00e9v\u00e9nement politique ou\/et un \u00e9v\u00e9nement militaire mais un \u00e9v\u00e9nement de civilisation. Son annonce dans son ampleur eschatologique, les signes avant-coureurs se trouvent dans la psychologie et ses encha&icirc;nements sociaux et culturels, qui restituent \u00e0 leur fa\u00e7on la vibration fondamentale de l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;esp\u00e8ce. L&rsquo;attitude des historiens que nous avons cit\u00e9s, qui nous repr\u00e9sentent une tranquillit\u00e9, l&rsquo;attente d&rsquo;&laquo;<em>une \u00e8re de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 qui durerait ind\u00e9finiment<\/em>&raquo;, qui s&rsquo;\u00e9tonnent de l&rsquo;explosion, qui cherchent la m\u00e8che de la bombe, qui croient enfin la trouver, tout cela nous restitue une vision de la Grande Guerre absolument influenc\u00e9e par notre vision contemporaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire anglo-saxonne. Un argument flottant, enveloppant, pr\u00e9gnant derri\u00e8re ces analyses, qui justifie l&rsquo;\u00e9tonnement de l&rsquo;explosion et m\u00e9nage le suspens qui conduit \u00e0 son explication technicienne, c&rsquo;est le constat que la \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb, &ndash; ah, le mot sacr\u00e9 qui jaillit enfin sous notre plume, &ndash; triomphe partout. &laquo;<em>C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9poque o&ugrave; les capitaux circulaient librement, comme les personnes et les biens<\/em>, nous dit Fromkin, comme s&rsquo;il red\u00e9couvrait le paradis perdu. <em>Une remarquable \u00e9tude actuellement en cours, sur le monde de l&rsquo;an 2000, nous apprend que la mondialisation<\/em> [c&rsquo;est une faute de traduction : nous dirions \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb] <em>\u00e9tait plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e avant 1914 qu&rsquo;elle ne l&rsquo;est de nos jours<\/em>&raquo; Et plus loin, Fromkin toujours : &laquo;<em>Il \u00e9tait facile de se sentir en s\u00e9curit\u00e9 dans ce monde-l\u00e0.<\/em>&raquo; On embrasse aussit\u00f4t l&rsquo;appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale; la Grande Guerre a \u00e9clat\u00e9 par maladresse ou incons\u00e9quence, voire par inattention, les hommes n&rsquo;ayant pas compris que le bonheur \u00e9tait dans la globalisation comme on dirait \u00ab\u00a0dans le pr\u00e9\u00a0\u00bb. Et commence le XX\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9tourn\u00e9 frauduleusement de son cours harmonieux. Ainsi s&rsquo;agit-il, cela jug\u00e9 avec notre sentiment le plus vif, le plus furieux \u00e0 la pens\u00e9e des \u00e2mes mortes de Verdun, de la Grande Guerre vue du bout de la lorgnette des id\u00e9ologues de l&rsquo;\u00e9volutionnisme progressiste, cette lorgnette color\u00e9e des m\u00eames illusions qui tentent, aujourd&rsquo;hui \u00e0 nouveau, de nous d\u00e9crire le monde tel qu&rsquo;ils l&rsquo;ont cochonn\u00e9 comme l&rsquo;image de notre avenir radieux; ainsi s&rsquo;agit-il de la m\u00eame certitude suffisante d&rsquo;aujourd&rsquo;hui de ces penseurs-l\u00e0, faisant l&rsquo;article pour leur globalisation avec ses atours bigarr\u00e9s, les rythmes joyeux du commerce, des capitaux, de la production et de la sp\u00e9culation qui <em>swinguent<\/em>, et furieux que tout cela ne convainque pas les gens de leur bonheur, cette m\u00eame rancune suffisante contre ces esprits born\u00e9s, qui, hier, choisirent la guerre de pr\u00e9f\u00e9rence au bonheur parfait de la globalisation r\u00e9gnant avant l&rsquo;explosion. Ce champ-l\u00e0 de la vision historique, cultiv\u00e9 aux engrais chimiques, n&rsquo;est pas notre champ de la m\u00e9moire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au contraire, nous autres, explorateurs des psychologies du pass\u00e9 qui animent le moteur des \u00e9v\u00e9nements du monde, nous percevons, dans les dix, vingt, trente ann\u00e9es qui la pr\u00e9c\u00e8dent, la naissance de la Grande Guerre partout, dans <strong>le climat<\/strong>, &ndash; dans la tension \u00e9lectrique qui se d\u00e9veloppe en Europe, dans le rythme des choses et, bient\u00f4t, dans le bruit assourdissant des usines fumantes, des dynamos, des machines. La France est au centre de ce tourbillon infernal, &ndash; n&rsquo;est-ce pas celui de la \u00ab\u00a0globalisation\u00a0\u00bb? &ndash; qui tourne comme un man\u00e8ge, tourne et tourne de plus en plus vite, et cette position nous appara&icirc;t comme une explication suffisante pour rendre compte de son malaise, et elle pr\u00e9cipit\u00e9e bient\u00f4t dans l&rsquo;incertitude, puis le d\u00e9sarroi, puis l&rsquo;angoisse. Au contraire de ce que nous disent nos historiens-techniciens, le climat y est d&rsquo;un pessimisme profond. La \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ration de 1885\u00a0\u00bb s&rsquo;est reconnue dans <em>Les essais de psychologie contemporaine<\/em> de Paul Bourget, qui sert de cimier \u00e0 une pens\u00e9e ab&icirc;m\u00e9e dans la contemplation de ce qu&rsquo;elle juge \u00eatre la d\u00e9cadence des races latines. Le patriotisme? L&rsquo;Alsace-Lorraine? Allons donc. Voici ce qu&rsquo;en dit Remy de Gourmont dans un article (intitul\u00e9 <em>Le Joujou patriotisme<\/em>) d&rsquo;un num\u00e9ro du <em>Mercure de France<\/em> de ces ann\u00e9es-l\u00e0 consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Alsace-Lorraine: &laquo;<em>Personnellement, je ne donnerais pas, en \u00e9change de ces terres lointaines<\/em> [l&rsquo;Alsace-Lorraine]<em>, ni le petit doigt de ma main droite: il me sert \u00e0 soutenir ma main, quand j&rsquo;\u00e9cris; ni le petit doigt de ma main gauche: il me sert \u00e0 secouer la cendre de mes cigarettes.<\/em>&raquo; Jules Renard \u00e9crit, dans le m\u00eame num\u00e9ro : &laquo;<em>J&rsquo;esp\u00e8re que bient\u00f4t la guerre de 1870-71 sera consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement historique de moindre importance que l&rsquo;apparition du \u00ab\u00a0Cid\u00a0\u00bb ou une fable de La Fontaine.<\/em>&raquo; A cette \u00e9poque, L\u00e9on Daudet fulmine contre l&rsquo;universit\u00e9 fran\u00e7aise, fascin\u00e9e par la pens\u00e9e philosophique allemande, et cette fascination expliquant encore mieux le d\u00e9senchantement d&rsquo;un Gourmont ou d&rsquo;un Renard&hellip;Le climat intellectuel de la France oscille entre l&rsquo;esth\u00e9tisme, l&rsquo;humanitarisme, l&rsquo;antimilitarisme. Les querelles int\u00e9rieures pr\u00e9dominent, \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;affaire Dreyfus, qui d\u00e9chire cette France d\u00e9senchant\u00e9e. La France d\u00e9rive, doute, s&rsquo;interroge, craint de ne plus \u00eatre elle-m\u00eame, &ndash; et c&rsquo;est bien ainsi qu&rsquo;elle arrivera aux abords de l&rsquo;affreuse guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>[&hellip;.]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Pour l&rsquo;heure, pour l&rsquo;essentiel qui est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui menace, la temp\u00eate qui l\u00e8ve, pour l&rsquo;heure dis-je, l&rsquo;esprit, en France, dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 et jusqu&rsquo;\u00e0 ces semaines-l\u00e0 qui pr\u00e9c\u00e8dent les trois coups, l&rsquo;esprit sent confus\u00e9ment l&rsquo;approche de la catastrophe. La psychologie l&rsquo;a averti de l&rsquo;in\u00e9luctable. Son premier mouvement est de se recroqueviller, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, fataliste, et d&rsquo;attendre le choc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En 1933, l&rsquo;excellent Jules Isaac (des fameux livres scolaires Isaac et Malet) consacra une \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e aux origines de la guerre. Il \u00e9crivit, parce que l&rsquo;historien \u00e9tait aussi t\u00e9moin, et m\u00eame acteur, et que, retour de la guerre, il devait cela \u00e0 son ami Albert Malet, tomb\u00e9 en Artois en 1915. &laquo;<em>Quand le nuage creva en 1914, quel \u00e9tait le sentiment dominant parmi nous<\/em> [en France]<em> ? La soif de revanche, le d\u00e9sir longtemps contenu de reprendre l&rsquo;Alsace-Lorraine ? Tout simplement, h\u00e9las, l&rsquo;impatience d&rsquo;en finir, l&rsquo;acceptation de la guerre (quelle na\u00efvet\u00e9 et quels remords !) pour avoir la paix. L&rsquo;historien qui \u00e9tudie les origines de la guerre ne peut n\u00e9gliger ce c\u00f4t\u00e9 psychologique du probl\u00e8me. S&rsquo;il l&rsquo;examine de pr\u00e8s, objectivement, il doit reconna&icirc;tre que, depuis 1905 (\u00e0 tort ou \u00e0 raison), on a pu croire en France que le sabre de Guillaume II \u00e9tait une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Ainsi sommes-nous conduit \u00e0 nous tourner vers l&rsquo;Allemagne.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3><strong><em>L&rsquo;\u00e2me de Verdun<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/p>\n<p><p><strong>C&rsquo;est sous ce titre provisoire<\/strong> (<strong><em>L&rsquo;\u00e2me de Verdun<\/em><\/strong>) <strong>que nous d\u00e9signons ce travail collectif auquel nous collaborons, et dont est extrait le texte ci-dessus.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>L&rsquo;extrait renvoie \u00e0 une analyse g\u00e9n\u00e9rale des conditions de d\u00e9clenchement de la Grande Guerre, selon des origines identifi\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la modernit\u00e9. Cette analyse conduit effectivement \u00e0 une appr\u00e9ciation de la bataille de Verdun d\u00e9gag\u00e9e de son contexte op\u00e9rationnel strictement li\u00e9 \u00e0 la Grande Guerre et de son contexte d&rsquo;affrontement de deux nations.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p><strong>Nous vous reparlerons de cette d\u00e9marche, qui devrait rapidement d\u00e9boucher sur des initiatives concr\u00e8tes dans le domaine de l&rsquo;\u00e9dition. Nous vous tiendrons d&rsquo;autant plus au courant que nous comptons offrir sur ce site des formules d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ces initiatives concr\u00e8tes par voie d&rsquo;achat \u00e0 des conditions int\u00e9ressantes.<\/strong><\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La globalisation, un si\u00e8cle plus t\u00f4t 9 mai 2008 &mdash; Nous encha&icirc;nons sur notre \u00ab\u00a0F&#038;C\u00a0\u00bb du 6 mai, d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du texte de Fareed Zakaria, appr\u00e9ci\u00e9 essentiellement comme une ode \u00e0 la gloire, \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 et au bonheur de la globalisation. 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