{"id":69918,"date":"2008-05-24T00:00:00","date_gmt":"2008-05-24T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/05\/24\/le-tibet-la-flamme-la-chine-et-notre-systeme\/"},"modified":"2008-05-24T00:00:00","modified_gmt":"2008-05-24T00:00:00","slug":"le-tibet-la-flamme-la-chine-et-notre-systeme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/05\/24\/le-tibet-la-flamme-la-chine-et-notre-systeme\/","title":{"rendered":"<strong><em>Le Tibet, la flamme, la Chine et notre syst\u00e8me<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Le Tibet, la flamme, la Chine et notre syst\u00e8me<\/h3>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t24 mai 2008  Nous n&rsquo;avons gu\u00e8re pr\u00eat\u00e9 d&rsquo;attention, \u00e0 <em>dedefensa.org<\/em>, \u00e0 l&rsquo;affaire du Tibet compliqu\u00e9e du parcours de la flamme olympique. Il y a l\u00e0, de notre part, d&rsquo;abord une reconnaissance de notre savoir limit\u00e9 sur les perspectives historiques et politiques de la question; ensuite une r\u00e9serve instinctive devant l&rsquo;exploitation virtualiste qui en fut faite, avant que puissent \u00eatre tir\u00e9es des conclusions assez substantielles pour nourrir une analyse de quelque int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur le premier point,  les perspectives historiques et politiques de la question,  nous avons le renfort bienvenu de l&rsquo;\u00e9crivain Michel Tibon-Cornillot. Il nous donne un texte (ci-dessous) plus pr\u00e9cis\u00e9ment concentr\u00e9 sur le destin que Tibon-Cornillot qualifie de colonial et, ajouterions-nous pour notre compte, de m\u00e9diatique, du Dala\u00ef-Lama. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour notre part, avec un d\u00e9lai suffisant pour voir se confirmer l&rsquo;esprit de la chose tel que nous le pressentions, nous nous attachons en introduction de la <em> G\u00e9n\u00e9alogie coloniale du Dala\u00ef-Lama<\/em> de Tibon-Cornillot \u00e0 l&rsquo;affaire Tibet-flamme olympique pour ce qu&rsquo;elle dit de notre \u00e9tat d&rsquo;esprit, \u00e0 nous Occidentaux. De fa\u00e7on plus pr\u00e9cise et plus pol\u00e9mique, nous parlons des automatismes et r\u00e9flexes pavloviens de nos \u00e9lites contemporaines. Leur attitude est induite par le syst\u00e8me conformiste o\u00f9 nous vivons, o\u00f9 nous sommes enferm\u00e9s pour y \u00e9voluer selon un sch\u00e9ma comportemental qui est d&rsquo;une surprenante et impeccable redondance, qui trouve sa vertu m\u00eame dans l&rsquo;art de la r\u00e9p\u00e9tition sans fin, sans souci de l&rsquo;exp\u00e9rience, sans souci de l&rsquo;erreur. Le comportement compte par-dessus tout, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;imitation comme consigne, la r\u00e9action presque automatique aux stimuli d\u00e9sormais habituels, ponctu\u00e9e par les slogans \u00e9galement habituels qui ont valeur pavlovienne. La formule de Cic\u00e9ron, qui nous est rappel\u00e9e \u00e0 un autre propos par Tibon-Cornillot, a ici aussi compl\u00e8tement sa place: \u00ab<em>Ruerunt in servitudinem<\/em>\u00bb (Ils se ru\u00e8rent dans la servitude),  comme a sa place la r\u00e9f\u00e9rence habituelle \u00e0 la servilit\u00e9 volontaire de La Bo\u00e9tie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;affaire Tibet-flamme olympique a fourni un \u00e9clairage de plus,  sans doute est-ce la vertu de la flamme olympique,  de la vacuit\u00e9 achev\u00e9e de notre pens\u00e9e politique et de notre emprisonnement des impulsions primaires d&rsquo;un moralisme exclusivement de circonstance, anim\u00e9 et comme justifi\u00e9 par la puissance de la communication (du type: puisqu&rsquo;on en parle, je condamne). Le brouhaha qui en r\u00e9sulte, qui suffit \u00e0 conforter ce qui nous tient lieu de jugement, fournit le cadre rassurant d&rsquo;un univers virtualiste o\u00f9 la bonne conscience \u00e0 vil prix voisine avec la s\u00e9curit\u00e9 qu&rsquo;offre le <em>consensus<\/em> obtenu au quart de tour, et qui a la valeur de cette spontan\u00e9it\u00e9 moutonni\u00e8re. Rien, dans tout cela, que de l&rsquo;apparence et la substance d&rsquo;une bulle en balade erratique avant d&rsquo;\u00e9clater.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, il ne faut pas cacher que ce mouvement r\u00e9v\u00e8le, une fois de plus apr\u00e8s d&rsquo;autres, un malaise profond. L&rsquo;affaire Tibet-flamme olympique a un aspect r\u00e9v\u00e9lateur de notre \u00e9tat d&rsquo;esprit plus que de la situation au Tibet. L&rsquo;engouement brutal pour la cause tib\u00e9taine, y compris de la part d&rsquo;un pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dont la pens\u00e9e politique a la v\u00e9locit\u00e9 d&rsquo;une toupie, pourrait bien avoir servi pour la courte p\u00e9riode o\u00f9 il dura \u00e0 dissimuler ou \u00e0 soulager l&rsquo;angoisse diffuse et puissante, que nous n&rsquo;osons ou ne pouvons identifier, de notre absence de r\u00e9actions devant les crises <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5143\" class=\"gen\">fondamentales<\/a> qui nous pressent et dont nous ne semblons pas capables de dire grand&rsquo;chose au-del\u00e0 de rien. L&rsquo;on ne peut douter des bonnes intentions de nombre (pas tous, loin de l\u00e0) de ceux qui se sont enflamm\u00e9s pour la cause tib\u00e9taine mais l&rsquo;on peut craindre d&rsquo;y voir une variation de plus sur le th\u00e8me de la querelle sur le sexe des anges ou une branche ajout\u00e9e avec emphase \u00e0 l&rsquo;arbuste qui cache la for\u00eat.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn observera par ailleurs que le brouhaha s&rsquo;est vite apais\u00e9 apr\u00e8s l&#8217;embrasement de la conscience universelle des premi\u00e8res semaines de combustion de la flamme. La futilit\u00e9 de nos emportements s&rsquo;est ajout\u00e9e \u00e0 la faiblesse du cas pour faire dispara\u00eetre des pr\u00e9occupations de l&rsquo;actualit\u00e9 ce m\u00eame cas qui parut pourtant, pendant quelques semaines, d&rsquo;une importance \u00e0 secouer la civilisation. On ne doute pas que les officines ad\u00e9quates s&#8217;emploient \u00e0 ranimer la flamme de l&rsquo;indignation, au moins pour \u00eatre en bonne forme pour l&rsquo;ouverture des Jeux et des comp\u00e9titions sportives qui vont avec. Cela mesure, sinon l&rsquo;ampleur de la trag\u00e9die \u00e9voqu\u00e9e et aussi vite rel\u00e9gu\u00e9e dans les pages int\u00e9rieures, du moins le rythme de fonctionnement de l&rsquo;activit\u00e9 de la communication subversive charg\u00e9e de dissimuler l&rsquo;essentiel de nos crises syst\u00e9miques derri\u00e8re l&rsquo;accessoire des montages d&rsquo;occasion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette recherche de dissimulation de l&rsquo;essentiel derri\u00e8re l&rsquo;accessoire grim\u00e9 en trag\u00e9die historique ne cesse de nous interloquer. Le but est subversif, soit, mais dans quel but? Derri\u00e8re, il n&rsquo;y a rien, sinon la dissimulation d&rsquo;une crise syst\u00e9mique existentielle, dont la marche est \u00e9videmment in\u00e9luctable. Une attitude si compl\u00e8tement nihiliste, cette dissimulation joyeuse de la marche vers le n\u00e9ant, constituent un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant \u00e0 observer par le contraste entre la puissance d\u00e9ploy\u00e9e pour le mener \u00e0 bien et la futilit\u00e9 extraordinaire, effectivement jusqu&rsquo;au n\u00e9ant, de l&rsquo;objectif final. C&rsquo;est comme une lutte finale pour une d\u00e9sint\u00e9gration finale (la n\u00f4tre). <\/p>\n<h2 class=\"common-article\">G\u00e9n\u00e9alogie coloniale du Dala\u00ef-Lama<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>par Michel Tibon-Cornillot, \u00e9crivain<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu cours de sa longue histoire, le Tibet fut marqu\u00e9 par la p\u00e9n\u00e9tration d\u00e9finitive du bouddhisme au 11\u00e8me si\u00e8cle. Ce point est essentiel dans la mesure o\u00f9 le bouddhisme tib\u00e9tain eut \u00e0 plusieurs \u00e9poques une forte activit\u00e9 missionnaire renforc\u00e9e par la position strat\u00e9gique du pays au centre du continent asiatique. C&rsquo;est \u00e0 partir des 11\u00e8me et 12\u00e8me si\u00e8cles que furent fond\u00e9s les grands monast\u00e8res auxquels furent attribu\u00e9s des territoires importants, monast\u00e8res qui entr\u00e8rent en concurrence avec de grands propri\u00e9taires terriens. Il faut cependant nuancer cet aspect car la dimension agricole au Tibet concerne des r\u00e9gions pr\u00e9cises o\u00f9 l&rsquo;agriculture est possible, les parties orientales et m\u00e9ridionales; mais d&rsquo;autres r\u00e9gions d\u00e9sertiques, celle du haut Tibet par exemple, \u00e9taient et sont encore parcourues par des populations nomades. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques pr\u00e9cisions suppl\u00e9mentaires ; dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 13\u00e8me si\u00e8cle, les mongols de Gengis-Khan et de ses successeurs qui dominaient toute l&rsquo;Asie et dirigeaient la Chine  (dynastie Yuan) s&rsquo;int\u00e9ress\u00e8rent au Tibet. Pour \u00e9viter une invasion dont ils avaient compris qu&rsquo;elle serait d\u00e9sastreuse, les nobles et abb\u00e9s des grands monast\u00e8res envoy\u00e8rent en \u00e9missaire un homme remarquable Sa-Skya Pandita qui fit reconna\u00eetre le bouddhisme tout en acceptant la suzerainet\u00e9 mongole. Le grand Kubila\u00ef Khan permit le d\u00e9veloppement du bouddhisme parmi les \u00e9lites mongoles et adopta une \u00e9criture inspir\u00e9e par l&rsquo;\u00e9criture tib\u00e9taine. Les liens entre les tib\u00e9tains et les mongols furent et sont donc anciens et \u00e9troits. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais il en est aussi de m\u00eame avec les Hans, les chinois. Lorsqu&rsquo;il devint \u00e9vident que la domination et l&rsquo;influence mongole s&rsquo;amenuisaient, que la dynastie Yuan passait la main, les \u00e9missaires des grands monast\u00e8res entr\u00e8rent en contact avec les  repr\u00e9sentants de la nouvelle dynastie chinoise, celle des Ming, et ce d\u00e8s le 14\u00e8me si\u00e8cle. Ces liens devinrent de plus en plus \u00e9troits. Apr\u00e8s de longues luttes internes entre monast\u00e8res et tendances religieuse, la secte des bonnets jaunes, ainsi qu&rsquo;on appelle la tendance domin\u00e9 par rGyalba Rin-Po-Che, acc\u00e9da \u00e0 la fin du 15\u00e8me si\u00e8cle au pouvoir politique. Ce dernier fut soutenu dans sa lutte par  un prince mongol Altan Khan qui lui d\u00e9cerna que le titre mongol de Dala\u00ef Lama. Ce titre fut transmis ensuite aux r\u00e9incarnations successives. Parmi les r\u00e9incarnations, il faut citer un Dala\u00ef Lama remarquable, celui qu&rsquo;on appelle le grand Cinqui\u00e8me, nomm\u00e9 Pan-Chen Rin-Po-Che, qui partit pour la Chine de 1651 \u00e0 1653 et fut re\u00e7u en grande pompe, avec la plus grande d\u00e9f\u00e9rence, par l&#8217;empereur de Chine lui-m\u00eame. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autonomie politique de plus en plus grande des bonnets jaunes, celle des Dala\u00ef Lamas, n&rsquo;eut pas que des effets b\u00e9n\u00e9fiques : la pr\u00e9valence des Dala\u00ef Lamas entra\u00eena des troubles puis des guerres civiles assez catastrophiques entre monast\u00e8res et factions diverses. Le vainqueur de ces luttes fratricides, Po-lha-nas, (1689-1747),  devint souverain du Tibet pendant vingt ans d&rsquo;un r\u00e8gne calme et tranquille. Il avait le titre chinois de Wang et fut reconnu par l&#8217;empereur de Chine. A sa mort, de nouveaux troubles men\u00e8rent de nouveau le Tibet vers la guerre civile; c&rsquo;est dans ce contexte que vers 1750, sur demande du nouveau Dala\u00ef Lama, une commission imp\u00e9riale envoy\u00e9 par l&#8217;empereur de Chine participa \u00e0 la formation d&rsquo;un conseil de quatre ministres, trois s\u00e9culiers et un moine, commission qui fut charg\u00e9e d&rsquo;aider le Dala\u00ef-Lama ou le R\u00e9gent. Le gouvernement jouissait d&rsquo;une tr\u00e8s large autonomie, les ambans, ces quelques repr\u00e9sentants de l&#8217;empereur n&rsquo;\u00e9tant l\u00e0 que pour surveiller et envoyer des rapports \u00e0 la cour de P\u00e9kin. Ce nouvel \u00e9quilibre s&rsquo;av\u00e9ra solide et perdura jusqu&rsquo;en 1910.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn voit donc que le syst\u00e8me th\u00e9ologico-politique lama\u00efsme li\u00e9 au leadership des monast\u00e8res des bonnets jaunes s&rsquo;est install\u00e9 apr\u00e8s bien des batailles politiques, des guerres, des coups d&rsquo;\u00e9tat, et ne put survivre que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;appui, somme toute, \u00e9clair\u00e9 et tr\u00e8s distanci\u00e9, de l&rsquo;administration du r\u00e9gime imp\u00e9rial chinois. Cette large autonomie s&rsquo;est maintenue en tr\u00e8s bons termes pendant quatre si\u00e8cles environ. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPendant les \u00e9v\u00e9nements lamentables du 7 avril 2008 qui se sont pass\u00e9s \u00e0 Paris au moment du passage de la flamme olympique, les innombrables pro-tib\u00e9tains fran\u00e7ais ont  montr\u00e9 leur tr\u00e8s profonde ignorance des liens entre la Chine et le Tibet, manifestant ainsi le fond de leur \u00e2me, celle de petits-blancs racistes toujours pr\u00eats au lynchage anti-chinois. Si ces imb\u00e9ciles s&rsquo;\u00e9taient inform\u00e9s, ils auraient appris que les liens entre la Chine et la culture tib\u00e9taine sont innombrables et que la religion tib\u00e9taine fut officiellement la religion officielle des empereurs chinois d&rsquo;origine mongol, les Yuan, des empereurs chinois d&rsquo;origine han, dont ceux de la dynastie des Ming, des empereurs chinois d&rsquo;origine Mandchoue, et ce jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;effondrement de la dynastie Qing en 1911? Peut-\u00eatre alors auraient-ils pu r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;incroyable campagne anti-chinoise orchestr\u00e9e par les m\u00e9dias blancs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn tout cas, au niveau politique, le dossier des relations entre la Chine et le Tibet n&rsquo;est vraiment pas \u00e0 l&rsquo;avantage du lama\u00efsme des deux derniers Dala\u00ef Lamas, sans cesse alli\u00e9s depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle aux pires aspects du colonialisme occidentale. Pour comprendre la situation il faut d&rsquo;abord se rappeler l&rsquo;existence des guerres de l&rsquo;opium men\u00e9es par les anglais contre la Chine \u00e0 partir de 1840 pour pouvoir introduire librement en Chine des caisses d&rsquo;opium. Ces guerres ont abouti, comme nous le pr\u00e9sentons plus en d\u00e9tail dans deux \u00e9pisodes de la rubrique Notes de Lectures au d\u00e9mant\u00e8lement de l&#8217;empire chinois et \u00e0 son d\u00e9pe\u00e7age, \u00e9v\u00e9nements qui, de famines en guerres civiles, ont fait au moins 120 millions de morts en un si\u00e8cle, d&rsquo;apr\u00e8s les \u00e9valuations les plus s\u00e9rieuses . <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment permettant de comprendre un peu l&rsquo;histoire politique du Tibet lama\u00efste des bonnets jaunes appara\u00eet clairement si l&rsquo;on se rappelle que sur l&rsquo;autre versant himalayen se trouve l&rsquo;Inde et que l&rsquo;Inde \u00e9tait aussi domin\u00e9 par les coloniaux anglais. Ainsi en 1904, les troupes anglaises venues d&rsquo;Inde entrent \u00e0 Lhassa. Les autorit\u00e9s tib\u00e9taines compradores et les moines bouddhistes occup\u00e9s \u00e0 rechercher le Dieu vivant chez les petits gar\u00e7ons, signent un trait\u00e9 ouvrant les fronti\u00e8res avec l&rsquo;Inde. De facto, les relations avec la Chine sont rompues sachant que par ailleurs les anglais sont aussi en Chine o\u00f9 ils contribuent \u00e0 piller, intoxiquer le peuple chinois et \u00e0 d\u00e9sint\u00e9grer les derniers vestiges de l&rsquo;administration imp\u00e9riale. En 1909, la dynastie chinoise d\u00e9j\u00e0 chancelante d\u00e9cide de r\u00e9agir et envoie des troupes pour r\u00e9tablir son autorit\u00e9. Lhassa est occup\u00e9 en 1910 et le 13\u00e8me Dala\u00ef-Lama se r\u00e9fugie en Inde (d\u00e9j\u00e0) pour se mettre sous la protection des anglais. Avec la fin de la dynastie mandchoue et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la d\u00e9sagr\u00e9gation de la Chine, le 13\u00e8me Dala\u00ef-Lama revient \u00e0 Lhassa en 1912, toujours avec l&rsquo;aide des anglais.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe soutien constant des anglais, les malheurs inou\u00efs du peuple chinois men\u00e8rent les deux derniers Dala\u00ef-Lamas \u00e0 rompre les liens tr\u00e8s puissants et anciens qui reliaient le Tibet \u00e0 la Chine. Pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale les autorit\u00e9s tib\u00e9taines se rapproch\u00e8rent aussi des am\u00e9ricains. Il se trouve que ces orientations se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent d\u00e9sastreuses. Les 13\u00e8me et 14\u00e8me Dala\u00ef Lamas, le 14\u00e8me \u00e9tant le h\u00e9ros de notre histoire, ont jou\u00e9 les cartes du colonialisme alors qu&rsquo;en 1947, les anglais quittaient l&rsquo;Inde et qu&rsquo;en 1949, la r\u00e9publique populaire de Chine \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e. Les nouvelles autorit\u00e9s chinoises reprirent \u00e0 leur compte le fait que les diff\u00e9rents r\u00e9gimes chinois pr\u00e9c\u00e9dents n&rsquo;avaient jamais reconnus l&rsquo;ind\u00e9pendance du Tibet proclam\u00e9e dans un pseudo-accord sans valeur entre le 13\u00e8me Dala\u00ef-Lama et les autorit\u00e9s coloniales anglaises, accord qui ne fut jamais reconnu internationalement. Elles d\u00e9cid\u00e8rent donc de restaurer leur autorit\u00e9 sur cette province. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes rappels n&rsquo;ont d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pour mieux faire comprendre ce que repr\u00e9sente et qui est le 14\u00e8me Dala\u00ef-Lama, le n\u00f4tre. Il est le repr\u00e9sentant de cat\u00e9gories sociales qui ont domin\u00e9 de fa\u00e7on scandaleuse la population rurale tib\u00e9taine pendant la p\u00e9riode de disparition de l&rsquo;autorit\u00e9 r\u00e9gulatrice chinoise en 1895. C&rsquo;est en effet \u00e0 cette date que le 13\u00e8me Dala\u00ef Lama prit le pouvoir et mit le R\u00e9gent, le repr\u00e9sentant de l&rsquo;administration chinoise, en prison o\u00f9 il fut suicid\u00e9 \u00e0 bout portant en 1899. Cette fois, le clerg\u00e9 r\u00e9cup\u00e9rait tous les pouvoirs tout en m\u00e9nageant la position de l&rsquo;aristocratie. Ces moines se pr\u00e9cipit\u00e8rent alors pour se mettre au service des anglais puis des am\u00e9ricains illustrant ainsi l&rsquo;admirable formule de Cic\u00e9ron \u00ab<em>et ruerunt in servitudinem<\/em>\u00bb (et ils se ru\u00e8rent dans la servitude).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa soi-disant ind\u00e9pendance du Tibet fut l&rsquo;un des innombrables fruits empoisonn\u00e9s du colonialisme anglais et s&rsquo;est fond\u00e9e sur le contexte du plus grand g\u00e9nocide de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, celui provoqu\u00e9 par les guerres de l&rsquo;opium en Chine. Il ne s&rsquo;agit pas de justifier la politique chinoise mais de rappeler que la m\u00e9diatisation actuelle du Dala\u00ef-Lama fait partie d&rsquo;une guerre men\u00e9e par les Etats-Unis et leurs alli\u00e9s, blancs europ\u00e9ens, australiens, N\u00e9o-Z\u00e9landais, etc., contre la Chine. Dans ce contexte, l&rsquo;\u00e9norme soutien m\u00e9diatique, la pr\u00e9sentation de cet homme comme un saint gourou est une affaire d\u00e9plaisante. En tout cas, il faut savoir que cette reprise occidentale du bouddhisme tib\u00e9tain est en train de le d\u00e9truire de ses racines asiatiques et de le rapprocher des cat\u00e9gories sociales occidentales les plus ais\u00e9es et les plus d\u00e9plaisantes, publicitaires, cin\u00e9astes, journalistes, financiers, etc. tous ceux qui sont en mal de &quot;significations&quot; capables de leur permettre de supporter leurs affreuses activit\u00e9s de d\u00e9cervelage et d&rsquo;escroqueries. Une rumeur insistante circule partout en Asie o\u00f9 elle contribue \u00e0 isoler compl\u00e8tement les bouddhistes d&rsquo;ob\u00e9dience tib\u00e9taine des autres bouddhistes ; elle touche maintenant les meilleurs sp\u00e9cialistes europ\u00e9ens et am\u00e9ricains de l&rsquo;histoire de la Chine et du Tibet, \u00e0 savoir que le Dala\u00ef-Lama est un agent de la CIA. Qu&rsquo;il soit pay\u00e9 par les am\u00e9ricains, cela est une affaire ancienne et personne n&rsquo;en doute mais son engagement dans tous les trucs publicitaires de l&rsquo;occident industriel implique sa participation active \u00e0 la guerre g\u00e9n\u00e9rale qui se joue en Asie entre les occidentaux et ceux qui refusent leur retour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>A lire<\/strong>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tP. BUTEL, <em>L&rsquo;opium, Histoire d&rsquo;une fascination<\/em>, Paris, Perrin, 1996. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJ. CHESNEAUX ET J. BASTIDE ; <em>Des guerres de l&rsquo;opium \u00e0 la guerre franco-chinoise, 1840-1885<\/em>. Paris, Hatier, 1969<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tM. DAVIS, <em>G\u00e9nocides coloniaux<\/em>, Paris, La d\u00e9couverte, 2003<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Tibet, la flamme, la Chine et notre syst\u00e8me 24 mai 2008 Nous n&rsquo;avons gu\u00e8re pr\u00eat\u00e9 d&rsquo;attention, \u00e0 dedefensa.org, \u00e0 l&rsquo;affaire du Tibet compliqu\u00e9e du parcours de la flamme olympique. Il y a l\u00e0, de notre part, d&rsquo;abord une reconnaissance de notre savoir limit\u00e9 sur les perspectives historiques et politiques de la question; ensuite une&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[3977,3014,7592,7593],"class_list":["post-69918","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-chine","tag-systeme","tag-tibet","tag-tibon-cornillot"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69918","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=69918"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/69918\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=69918"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=69918"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=69918"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}