{"id":69965,"date":"2008-06-13T00:00:00","date_gmt":"2008-06-13T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/06\/13\/larmement-ethique-et-les-guerres-de-survivance\/"},"modified":"2008-06-13T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-13T00:00:00","slug":"larmement-ethique-et-les-guerres-de-survivance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/06\/13\/larmement-ethique-et-les-guerres-de-survivance\/","title":{"rendered":"<strong><em>L&rsquo;\u201carmement \u00e9thique\u201d et les \u201cguerres de survivance\u201d<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h3>Armement \u00e9thique,  guerres de survivance et ainsi de suite<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVous trouverez ci-dessous le texte de l&rsquo;intervention de Philippe Grasset \u00e0 la conf\u00e9rence S\u00e9curit\u00e9 Collective et Environnement, organis\u00e9e le 12 juin 2008 au Parlement europ\u00e9en, \u00e0 Bruxelles. Diverses pr\u00e9cisions sur cette conf\u00e9rence vous avaient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es dans un <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5186\" class=\"gen\">pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> <em>Bloc-Notes<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe th\u00e8me concernait les questions de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense dans le cadre des crises qui na\u00eetraient de la crise syst\u00e9mique de l&rsquo;environnement. C&rsquo;est un sujet qui est aujourd&rsquo;hui au centre de nombre de r\u00e9flexions, avec la naissance de concepts concomitants,  notamment, pour le cas qui nous concerne, celui d&rsquo;armements \u00e9thiques (signifiant sans doute,  nous h\u00e9sitons un peu,  des armements con\u00e7us pour causer le moins de d\u00e9g\u00e2ts possibles \u00e0 l&rsquo;environnement,  \u00e0 d\u00e9faut de ne pas tuer, ce qu&rsquo;ils font sans doute excellemment). Cette notion d&rsquo;armement \u00e9thique est effectivement une notion ambigu ou grotesque, c&rsquo;est selon, qui soul\u00e8ve des d\u00e9bats et des pol\u00e9miques qu&rsquo;on connut d\u00e9j\u00e0 au temps de la bombe \u00e0 neutrons, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoi qu&rsquo;il en soit, le sujet est abord\u00e9 ici du point de vue le plus large possible, qui est celui de la guerre elle-m\u00eame, qui se d\u00e9velopperait dans cet environnement de crise syst\u00e9mique.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">L&rsquo;armement \u00e9thique et les guerres de survivance<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Par Philippe GRASSET, conf\u00e9rence S\u00e9curit\u00e9 Collective et Environnement, 12 juin 2008<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t1). Plut\u00f4t que nous attacher \u00e0 la question des armements et pour mettre cette question en situation g\u00e9n\u00e9rale, nous nous attachons \u00e0 la d\u00e9finition du cadre plus large \u00e0 venir o\u00f9 vont \u00e9voluer les armements: la question de la guerre. Dans la perspective des crises de l&rsquo;environnement qui se pr\u00e9sentent comme des crises eschatologiques, nous serons confront\u00e9s \u00e0 ce que nous nommons guerres de survivance. L&rsquo;id\u00e9e de guerre de survivance commence \u00e0 appara\u00eetre dans le commentaire courant. Lorsque Martin Wolf, du <em>Financial Times<\/em>, \u00e9crit le 13 mai \u00e0 propos de la crise du p\u00e9trole : \u00ab&#8230;<em>In other words, the global oil market needs to remain integrated. Nobody should use military muscle to secure a privileged position within it<\/em>\u00bb, l&rsquo;expression <em>military muscle<\/em> implique l&rsquo;id\u00e9e de guerre de survivance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t2). Une guerre de survivance est un conflit suscit\u00e9 par une n\u00e9cessit\u00e9 (protection, appropriation, etc.) li\u00e9e \u00e0 un enjeu hors de notre contr\u00f4le: l&rsquo;instabilit\u00e9, la raret\u00e9 ou l&rsquo;extinction d&rsquo;une ressource essentielle \u00e0 notre syst\u00e8me de civilisation et m\u00eame \u00e0 notre survie, et qu&rsquo;il faut prot\u00e9ger ou m\u00eame s&rsquo;approprier, le plus souvent en intervenant dans des r\u00e9gions ou des pays politiquement ou militairement faibles. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t3). Le concept g\u00e9n\u00e9ral de guerre, o\u00f9 va s&rsquo;inscrire la guerre de survivance,  a dramatiquement \u00e9volu\u00e9 depuis la fin de la Guerre froide. Cette \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 successivement marqu\u00e9e par de grandes \u00e9tapes: premi\u00e8re Guerre du Golfe en 1990-91, guerre du Kosovo en 199, guerre d&rsquo;Irak depuis 2003. La guerre du Golfe impliquait une dimension morale affirm\u00e9e (la vertu morale du nouvel ordre mondial); la guerre du Kosovo a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme presque exclusivement morale mais elle fut une guerre inachev\u00e9e, sans confrontation terrestre. La guerre en Irak est, elle, le mod\u00e8le achev\u00e9 de cette nouvelle forme de guerre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t4). L&rsquo;\u00e9volution s&rsquo;est faite rapidement  d&rsquo;un concept relatif, ou ce qu&rsquo;il en restait (guerre d\u00e9finie par de multiples r\u00e9f\u00e9rences o\u00f9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment politique tenait une place importante, o\u00f9 la morale avait \u00e9galement sa place),  \u00e0 un concept absolu : la guerre d\u00e9finie par la seule morale. <strong>Ainsi ne disons-nous pas qu&rsquo;il y a eu moralisation de la guerre mais transformation de la guerre en un outil de la morale en m\u00eame temps qu&rsquo;en une expression de la morale<\/strong>. (Morale occidentale, cela va de soi.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t5). La guerre a acquis en th\u00e9orie une l\u00e9gitimit\u00e9 que nous qualifierions de binaire, qui est une caract\u00e9risation math\u00e9matique du tout ou rien. Ou la guerre correspond \u00e0 son inspirateur et manipulateur moral et elle est absolument l\u00e9gitime ou elle ne lui correspond pas et sa l\u00e9gitimit\u00e9 tend vers z\u00e9ro. Ce type de guerre met en cause et d\u00e9truit tous les attributs classiques, essentiellement politiques, de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de l&rsquo;ordre (telle la souverainet\u00e9). Si elle ne les remplace pas par une morale conforme aux faits, donc l\u00e9gitime et stabilisatrice, elle d\u00e9bouche sur le d\u00e9sordre et l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 absolus.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t6). Bien s\u00fbr, on parle ici de la <strong>repr\u00e9sentation<\/strong> de la chose. Les arri\u00e8re-pens\u00e9es, les calculs, les desseins secrets et les manuvres subsistent, mais la pr\u00e9sentation a chang\u00e9 compl\u00e8tement. La puissance extraordinaire de la communication fait de cette pr\u00e9sentation effectivement quelque chose qui pourrait \u00eatre <strong>per\u00e7ue<\/strong> comme une nouvelle substance de la guerre. La pr\u00e9sentation de l&rsquo;apparence devient une repr\u00e9sentation absolue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t7). On a vu cette \u00e9volution entre les trois guerres qu&rsquo;on a cit\u00e9es. L&rsquo;Irak est pour l&rsquo;instant le mod\u00e8le achev\u00e9. Apr\u00e8s des tentatives d&rsquo;explications ponctuelles assez maladroites, sinon grotesques (la farce des armes de destruction massive), la pr\u00e9sentation est devenue la repr\u00e9sentation absolue d&rsquo;une guerre pour une morale absolue. La chute d&rsquo;un dictateur, l&rsquo;installation de la d\u00e9mocratie universelle, des droits de l&rsquo;homme, etc., en sont les expressions concr\u00e8tes. L&rsquo;\u00e9vidence de la r\u00e9alit\u00e9, elle-m\u00eame fortement r\u00e9percut\u00e9e par les communications, a d\u00e9montr\u00e9 <strong>absolument<\/strong> le contraire de cette repr\u00e9sentation. L&rsquo;Irak a \u00e9t\u00e9 et est le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;arbitraire, de la violence insens\u00e9e (sans moindre sens politique), du d\u00e9sordre, de l&rsquo;imposture, de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, et cela d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9vidente avec comme cause premi\u00e8re l&rsquo;action occidentale (am\u00e9ricaniste). Rien ne soutient l&rsquo;id\u00e9e morale de cette guerre. Sa l\u00e9gitimit\u00e9 est <strong>proche de z\u00e9ro<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t8). Les guerres de survivance, ce sera pire encore  L&rsquo;Occident se trouvera face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 insupportable : des conflits pour la survivance, alors que la modernit\u00e9 que l&rsquo;Occident pr\u00e9tend repr\u00e9senter est un \u00e9tat de civilisation avanc\u00e9 qui a r\u00e9solu par d\u00e9finition ontologique la question de la survivance. L&rsquo;Occident nie implicitement que la question de la survivance puisse exister encore selon les normes de la modernit\u00e9 parce que cela serait une contradiction interne insupportable. Pire encore : ces guerres seront faites par un syst\u00e8me (le n\u00f4tre), pour des mati\u00e8res en extinction dont l&rsquo;extinction est caus\u00e9e par les exc\u00e8s ontologiques de notre syst\u00e8me; ces guerres seraient faites pour se saisir de mati\u00e8res en diminution dont la consommation effr\u00e9n\u00e9e s&rsquo;apparente \u00e0 une d\u00e9marche suicidaire si l&rsquo;on en consid\u00e8re les cons\u00e9quences. <strong>Nous saisirons et prot\u00e9gerons des r\u00e9serves en extinction, pour en acc\u00e9l\u00e9rer encore l&rsquo;extinction<\/strong>. Divorce radical entre la vocation morale de la guerre et sa r\u00e9alit\u00e9, les guerres devenant \u00e0 la fois des guerres nihilistes et absurdes, par cons\u00e9quent des guerres de d\u00e9sordre entropique et non pas des guerres pour r\u00e9tablir l&rsquo;ordre moral. Leur l\u00e9gitimit\u00e9 est effectivement <strong>au niveau z\u00e9ro<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9). Quelles seront les cons\u00e9quences pour nous, qui entreprendrions ces guerres? Essentiellement, beaucoup plus psychologiques que militaires parce que sans v\u00e9ritable effet militaire, parce que notre puissance interdit notre d\u00e9faite et que nos m\u00e9thodes et nos conceptions interdisent notre victoire Nous nous en tenons au cas am\u00e9ricaniste, qui est l&rsquo;arch\u00e9type de notre propos. L&rsquo;exemple de l&rsquo;Irak et de l&rsquo;Afghanistan est effrayant au niveau de la psychologie. Les suicides chez les v\u00e9t\u00e9rans rentr\u00e9s de la guerre (autour de 6.000 suicides en moyenne annuelle en 2006 et 2007, en accroissement par rapport aux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes) sont tr\u00e8s largement sup\u00e9rieurs aux pertes au feu, ce qui est un cas sans pr\u00e9c\u00e9dent (ces guerres causent plus de pertes, indirectement par leurs effets individuels psychologiques hors de la guerre, que par l&rsquo;action du feu de l&rsquo;ennemi). La RAND Corporation vient de montrer que 300.000 v\u00e9t\u00e9rans souffrent de troubles psychologiques graves (PTSD ou <em>Post Traumatic Stress Disorder<\/em>), et  320.000 autres de troubles psychologique cons\u00e9cutifs \u00e0 des blessures. Cela fait 40% du nombre de v\u00e9t\u00e9rans (1,6 million) et l&rsquo;on ne parle que des cas recens\u00e9s. Au feu, les suicides sont en constante augmentation (115 en 2007) et plus de 20.000 soldats prennent officiellement des drogues anti-d\u00e9pressives, simplement pour tenir psychologiquement. Plus qu&rsquo;un probl\u00e8me militaire grave, c&rsquo;est une catastrophe sociale qui menace essentiellement les soci\u00e9t\u00e9s des pays qui lancent ces guerres. (Cette menace concerne aussi bien le tissu social des pays ayant lanc\u00e9 la guerre que la stabilit\u00e9 de leurs r\u00e9gimes.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t10). La cause de cette catastrophe psychologique est l&rsquo;isolement total o\u00f9 sont tenues ces forces par rapport \u00e0 l&rsquo;environnement culturel et humain des pays o\u00f9 elles op\u00e8rent. Litt\u00e9ralement, ces troupes sont victimes de la cruaut\u00e9 dont elles sont elles m\u00eames les instigatrices et les actrices, parce qu&rsquo;elles la subissent mais surtout parce qu&rsquo;elles la provoquent et la propagent. Leur isolement ajout\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 de la guerre, transforment leur psychologie et les chargent d&rsquo;une culpabilit\u00e9 insupportable. La puissance des communications, qui est le facteur essentiel de la puissance aujourd&rsquo;hui (nous sommes pass\u00e9s de l&rsquo;\u00e8re g\u00e9opolitique&rsquo; \u00e0 l&rsquo;\u00e8re psychopolitique&rsquo;) et qui agit dans tous les sens, y compris ceux qui sont d\u00e9favorables aux politiques officielles, joue un r\u00f4le de chambre d&rsquo;\u00e9cho qui aggrave et multiplie le ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t11). Pourquoi cet isolement qui implique une <em>d\u00e9shumanisation<\/em> de la guerre? D&rsquo;abord, la doctrine de protection des forces, qui passe par une protection excessive et de plus en plus grotesque qui est par d\u00e9finition un isolement, visible m\u00eame dans l&rsquo;\u00e9quipement et le comportement individuel des forces, qui implique un premier isolement op\u00e9rationnel. Il existe aussi un isolement moral&rsquo; sous forme d&rsquo;un <em>apartheid<\/em> moral. La guerre \u00e9tant per\u00e7ue malgr\u00e9 tout comme exclusivement morale, l&rsquo;adversaire \u00e9tant diabolis\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on absolue depuis l&rsquo;attaque terroriste 9\/11 (id\u00e9e du terrorisme comme repr\u00e9sentation du Mal), il convient d&rsquo;isoler les troupes d&rsquo;un adversaire dont la diabolisation est \u00e9tendue \u00e0 tout l&rsquo;environnement culturel et humain. L&rsquo;un des fondements d&rsquo;une guerre l\u00e9gitime, qui est aussi d&rsquo;entretenir une certaine estime pour l&rsquo;adversaire ou du moins de reconna\u00eetre son existence, pour m\u00e9nager plus tard l&rsquo;\u00e9tablissement de la paix, est totalement supprim\u00e9. <strong>L&rsquo;isolement des forces renforce et compl\u00e8te l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 de la guerre qui devient ainsi ontologique<\/strong>. Le r\u00e9sultat est une guerre sans fin, o\u00f9 les notions de victoire et de d\u00e9faite deviennent absurdes; l&rsquo;adversaire, diabolis\u00e9 et quasiment impossible \u00e0 identifier puisqu&rsquo;il comprend son environnement civil, culturel et humain, ne pourrait \u00eatre vaincu que par la disparition compl\u00e8te de l&rsquo;espace g\u00e9ographique, culturel et humain o\u00f9 il op\u00e8re. Dans ces conditions, les responsables de la guerre (nous), subissant la dramatique contradiction entre guerre morale et r\u00e9alit\u00e9, deviennent psychologiquement malades.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t12). Il y a toutes les chances pour que ce cas se multiplie et s&rsquo;aggrave avec la guerre de survivance et menace ce qui reste d&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 notre civilisation. La raison se trouve, avec l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 absolue de ces guerres, dans la contradiction \u00e9galement absolue entre leur caract\u00e8re de survivance et la repr\u00e9sentation morale qui en sera faite. Le d\u00e9sordre int\u00e9rieur (chez nous en plus du pays envahi) et l&rsquo;effondrement psychologique en seront les principales cons\u00e9quences.<\/p>\n<h3>Appendice : les armements et la question des technologies <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t13). Comment lutter contre cette situation au niveau des arm\u00e9es et des armements? En suivant deux orientations qui sont, plus que militaires, des orientations politiques et psychologiques des armements, en luttant contre le d\u00e9sordre que nos m\u00e9thodes actuelles impliquent. <strong>Le caract\u00e8re \u00e9thique d&rsquo;un armement doit se mesurer \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire le d\u00e9sordre. Les technologies de l&rsquo;armement doivent \u00eatre jug\u00e9es en technologies de d\u00e9sordre (d\u00e9structurantes) et technologies d&rsquo;ordre (structurantes)<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t14). La premi\u00e8re voie consiste \u00e0 modifier de fond en comble l&rsquo;approche op\u00e9rationnelle de ces guerres. Cela suppose l&rsquo;abandon ou l&rsquo;att\u00e9nuation de technologies ou d&rsquo;\u00e9quipements favorisant la l&rsquo;isolement de nos forces, c&rsquo;est-\u00e0-dire la d\u00e9shumanisation de nos forces. Les technologies utilis\u00e9es \u00e0 cet \u00e9gard sont des <strong>technologies d\u00e9structurantes (de d\u00e9sordre)<\/strong>, parce qu&rsquo;elles contribuent objectivement \u00e0 la d\u00e9shumanisation de ces guerres de survivance. Il faut ramener nos forces \u00e0 des buts d&rsquo;int\u00e9gration dans la culture et l&rsquo;environnement des conflits. Il s&rsquo;agit moins de conqu\u00e9rir les curs et les esprits, en g\u00e9n\u00e9ral apr\u00e8s les avoir am\u00e9ricanis\u00e9s, que de les comprendre et de les respecter sans se dissimuler \u00e0 eux. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t16). D&rsquo;autre part, et c&rsquo;est la deuxi\u00e8me voie, il faudrait chercher \u00e0 accentuer les missions qu&rsquo;on devrait qualifier de missions de souverainet\u00e9&rsquo;, qui renforcent le facteur d&rsquo;ordre qu&rsquo;est la souverainet\u00e9 des entit\u00e9s nationales. Ces missions concernent des donn\u00e9es constantes de l&rsquo;existence des structures souveraines: le contr\u00f4le de l&rsquo;espace national, la protection des voies de communication, etc. Ces missions, peu agressives, concourent \u00e0 une structuration de l&rsquo;ordre international, contre le d\u00e9sordre des guerres de survivance. Dans ce cas, l&rsquo;appel \u00e0 des technologies avanc\u00e9es est justifi\u00e9 parce que ces technologies deviennent des technologies de souverainet\u00e9, <strong>des technologies structurantes (d&rsquo;ordre)<\/strong> par d\u00e9finition.<\/p>\n<h3>Conclusion<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t17). Tout cela ne r\u00e9sout certes pas le probl\u00e8me ontologique de notre civilisation qui s&rsquo;est plac\u00e9e elle-m\u00eame devant la perspective de devoir d\u00e9fendre des moyens et des ressources qu&rsquo;elle juge \u00eatre en r\u00e9duction acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ou en situation d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et qui le sont \u00e9ventuellement \u00e0 cause de l&rsquo;activit\u00e9 m\u00eame de cette civilisation. Il s&rsquo;agit bien s\u00fbr d&rsquo;un autre sujet, une autre crise, d&rsquo;une bien plus vaste crise,  c&rsquo;est la crise syst\u00e9mique fondamentale de notre civilisation,  la crise centrale de notre civilisation priv\u00e9e de sens et qui cherche \u00e0 survivre en affirmant une morale que toute la r\u00e9alit\u00e9 met en question comme inappropri\u00e9e, voire faussaire. Le conflit supr\u00eame est entre l&rsquo;affirmation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de notre civilisation et la r\u00e9alit\u00e9 du monde,  y compris pour nous-m\u00eames, premiers complices et premi\u00e8res victimes de cette contradiction.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Armement \u00e9thique, guerres de survivance et ainsi de suite Vous trouverez ci-dessous le texte de l&rsquo;intervention de Philippe Grasset \u00e0 la conf\u00e9rence S\u00e9curit\u00e9 Collective et Environnement, organis\u00e9e le 12 juin 2008 au Parlement europ\u00e9en, \u00e0 Bruxelles. 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