{"id":69972,"date":"2008-06-16T00:00:00","date_gmt":"2008-06-16T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/06\/16\/considerations-ii-autour-dun-incident-de-parcours\/"},"modified":"2008-06-16T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-16T00:00:00","slug":"considerations-ii-autour-dun-incident-de-parcours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/06\/16\/considerations-ii-autour-dun-incident-de-parcours\/","title":{"rendered":"<strong><em>Consid\u00e9rations (II) autour d&rsquo;un \u201cincident de parcours\u201d<\/em><\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Consid\u00e9rations (II) autour d&rsquo;un incident de parcours<\/h2>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\t16 juin 2008  <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5199\" class=\"gen\">Poursuivons<\/a> notre r\u00e9flexion sur l&rsquo;Europe \u00e0 l&rsquo;heure irlandaise par des appr\u00e9ciations plus g\u00e9n\u00e9rales et plus intemporelles. Le nihilisme occidental est aujourd&rsquo;hui en grande vitesse de croisi\u00e8re, en g\u00e9n\u00e9ral sans aucun \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me ou plut\u00f4t avec l&rsquo;\u00e2me ferm\u00e9e, ou bien \u00e9ventuellement sans \u00e2me du tout. Cette vitesse de croisi\u00e8re est essentiellement machin\u00e9e par ceux qui constituent l&rsquo;\u00e9lite occidentale, qui se trouve dans une dynamique de fuite en avant tr\u00e8s caract\u00e9ristique de cette situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne explication psychologique, selon notre approche favorite, peut \u00eatre avanc\u00e9e, avec l&rsquo;option de la pathologie sans aucun doute. Cette approche retrouve un texte en ligne <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=1141\" class=\"gen\">par ailleurs<\/a> sur ce site, qui pr\u00e9sente notamment une analyse de l&rsquo;identification de la neurasth\u00e9nie par un psychiatre US, le docteur Beard, en 1879,  neurasth\u00e9nie qu&rsquo;il surnomme de l&rsquo;expression suffisamment signifiante de mal am\u00e9ricain (il aurait pu dire : mal am\u00e9ricaniste). Beard lie ce mal \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et \u00e0 la modernit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRappelons quelques passages clef.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>La civilisation, constamment entendue comme la marche progressiste de l&rsquo;histoire, et non comme l&rsquo;uvre d&rsquo;Eros, sollicite les ressources nerveuses jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement. Dans un second temps, Beard radicalise une id\u00e9e qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9sente dans son premier livre : la neurasth\u00e9nie est une sorte de sp\u00e9cialit\u00e9 am\u00e9ricaine.<\/em>[] <em>La nervosit\u00e9 am\u00e9ricaine est le produit de la civilisation am\u00e9ricaine&#8230;<\/em> [] <em>Si la civilisation est la cause d\u00e9clenchante, l&rsquo;am\u00e9ricanit\u00e9 est une cause aggravante. Beard tire la morale de l&rsquo;histoire. La Fronti\u00e8re de la nervosit\u00e9 requiert les \u00e9nergies: Notre immunit\u00e9 contre la nervosit\u00e9 et les maladies nerveuses, nous l&rsquo;avons sacrifi\u00e9e \u00e0 la civilisation. En effet, nous ne pouvons pas avoir la civilisation et tout le reste ; dans notre marche en avant, nous perdons de vue, et perdons en effet, la r\u00e9gion que nous avons travers\u00e9e (Beard, 1881, 191).<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis, le mal am\u00e9ricain est devenu universel dans les \u00e9lites de la civilisation, compl\u00e9tant l&rsquo;am\u00e9ricanisation du monde par l&rsquo;essentiel du ph\u00e9nom\u00e8ne, qui est la pathologie. Le mal am\u00e9ricaniste devient le mal de la modernit\u00e9, ou la pathologie de la modernit\u00e9. En perdant de vue la r\u00e9gion que nous avons travers\u00e9e, en perdant de vue nos r\u00e9f\u00e9rences, nous adoptons de plus en plus rapidement l&rsquo;allure de la fuite en avant. Inconsciemment n&rsquo;est-ce pas esp\u00e9rer aller, de plus en plus rapidement, vers d&rsquo;hypoth\u00e9tiques nouvelles r\u00e9f\u00e9rences que nous retrouverions, donc vers notre gu\u00e9rison? Mais il n&rsquo;y a plus de r\u00e9f\u00e9rences puisqu&rsquo;en fuyant en avant nous nous \u00e9loignons des seules r\u00e9f\u00e9rences possibles, celles de l&rsquo;histoire, de la tradition, de l&rsquo;enracinement. Cherchant de nouvelles racines \u00e0 la place des racines perdues, nous nous d\u00e9racinons toujours plus (d\u00e9structuration de notre civilisation).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes comportements de nos \u00e9lites dans l&rsquo;affaire irlandaise, qui voudraient relever du volontarisme au nom de la modernit\u00e9, refl\u00e8tent en fait une variante de cette pathologie identifi\u00e9e par Beard; le r\u00e9sultat est qu&rsquo;elles foulent au pied tous les principes de la modernit\u00e9 (d\u00e9mocratie notamment) pour tenter de retrouver des r\u00e9f\u00e9rences d&rsquo;enracinement qui ne s&rsquo;av\u00e8rent qu&rsquo;illusoires. Continuant \u00e0 affirmer les principes de la modernit\u00e9 (d\u00e9mocratie \u00e9videmment), on se trouve dans une contradiction existentielle qui se transforme en pathologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoil\u00e0 le cas des \u00e9lites occidentales aujourd&rsquo;hui. Leur fuite en avant a cette signification. L&rsquo;id\u00e9ologie <strong>est<\/strong> d\u00e9sormais une pathologie. Le mal am\u00e9ricaniste est devenu mal moderniste. L&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;affection, sa remarquable coh\u00e9rence, sa structuration impeccable par la repr\u00e9sentation intellectuelle, justifie une hypoth\u00e8se de psychologie collective pour ces \u00e9lites. Cela constituerait un ph\u00e9nom\u00e8ne remarquable pour un ensemble humain a priori tr\u00e8s disparate et d\u00e9pendant d&rsquo;int\u00e9r\u00eats (nationaux, corporatistes, etc.) divergents. Cela explique la possibilit\u00e9 et la puissance de ph\u00e9nom\u00e8nes tels que le conformisme et le virtualisme. La th\u00e9rapie instinctive et faussaire de cette affection est la pr\u00e9sentation de sa cause (l&rsquo;id\u00e9ologie) comme une V\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9, quasiment de nature religieuse, dans une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;en faire une r\u00e9f\u00e9rence o\u00f9 s&rsquo;enraciner; l&rsquo;attachement par cons\u00e9quent aux seuls moyens (<strong>comment<\/strong> faire progresser cette id\u00e9ologie) en m\u00eame temps que l&rsquo;abandon de toute approche critique du sens (<strong>pourquoi<\/strong> cette id\u00e9ologie). De m\u00eame, le d\u00e9bat suivant le vote irlandais qui met en cause le sens du trait\u00e9 est-il fix\u00e9 autour de l&rsquo;id\u00e9e: comment continuer \u00e0 faire avancer l&rsquo;application du trait\u00e9? (Rien sur le sens: le trait\u00e9 est-il bon? O\u00f9 nous m\u00e8ne-t-il?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;effet sur les populations d\u00e9pendant de ces \u00e9lites est de type r\u00e9actif et vital. Il transf\u00e8re le jugement, fond\u00e9 \u00e9videmment \u00e0 son \u00e9poque, de Burke dans ses  <em>R\u00e9flexions sur le r\u00e9volution de France<\/em> de 1790 : \u00ab<em>Le gouvernement est une invention de la sagesse humaine pour pourvoir aux<\/em> <strong><em>besoins<\/em><\/strong> <em> de l&rsquo;homme. Les hommes sont en droit d&rsquo;obtenir de cette sagesse qu&rsquo;elle r\u00e9ponde \u00e0 leurs besoins. Parmi ces besoins il faut compter celui d&rsquo;exercer sur les passions humaines une contrainte suffisante,  cette contrainte qui fait d\u00e9faut hors de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/em>\u00bb Burke identifie alors cette passion humaine, qui est individuelle mais qui peut prendre une dimension collective, qui devient une \u00ab<em>passion de masse<\/em>\u00bb, et la situe dans le peuple. Il s&rsquo;agit de faire en sorte de remplacer l&rsquo;exc\u00e8s de la passion par la mesure de la raison, et c&rsquo;est la t\u00e2che du gouvernement (des \u00e9lites). Aujourd&rsquo;hui, la situation est renvers\u00e9e. Ce sont les \u00e9lites qui sont victimes des exc\u00e8s de la passion, apr\u00e8s l&rsquo;abandon de la mesure de la raison, avec la ruse diabolique que cet exc\u00e8s de la passion a pris le d\u00e9guisement de la mesure de la raison (conformisme, virtualisme par la communication). Par r\u00e9action vitale, ce sont de plus en plus les peuples qui font \u00e9voluer leur critique, instinctive et\/ou consciente, en d\u00e9non\u00e7ant les exc\u00e8s de la passion au nom de la mesure de la raison. Bien entendu, certaines sp\u00e9cificit\u00e9s perverses de la modernit\u00e9 (perverses du point de vue de la modernit\u00e9) fournissent l&rsquo;aliment et le moyen d&rsquo;expression de cette critique. (Notamment les technologies de la communication qui permettent de se passer de la puissance \u00e9conomique pour diffuser l&rsquo;information,  cas d&rsquo;Internet.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe est que ce sont les \u00e9lites qui ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9es par le virus de la modernit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la d\u00e9mocratie transform\u00e9e en id\u00e9ologie totalitaire, alors que les peuples s&rsquo;en distancient. Mais la technique de la d\u00e9mocratie, rompant ainsi elle-m\u00eame radicalement avec son expression id\u00e9ologique et totalitaire, s&rsquo;y opposant m\u00eame, est le moyen pour les peuples d&rsquo;exprimer cette critique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9action au vote irlandais illustre une fois de plus ce ph\u00e9nom\u00e8ne, et l&rsquo;accentue.<\/p>\n<h3>Fuite en avant et bon sens <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe premier r\u00e9flexe est que le non irlandais est simplement ni\u00e9 en tant que tel; parall\u00e8lement, le processus d\u00e9mocratique est vivement condamn\u00e9, au nom de la d\u00e9mocratie, au motif que la compr\u00e9hension du motif et la logique de la d\u00e9cision sont le privil\u00e8ge des seules \u00e9lites. Le point remarquable du cas irlandais est l&rsquo;absence de la moindre retenue dans l&rsquo;affirmation de ce sophisme; la petite taille du pays, son importance secondaire dans le processus europ\u00e9en en sont la cause,  ce qui conduit \u00e0 un deuxi\u00e8me constat sur l&rsquo;\u00e9tat du projet europ\u00e9en. Ces constats dessinent une belle illustration de l&rsquo;\u00e9chec ontologique du projet europ\u00e9en.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation europ\u00e9enne, \u00e9lue ou non \u00e9lue, nationale ou supranationale. La d\u00e9mocratie au niveau du citoyen est non seulement ni\u00e9e, elle est mise en position d&rsquo;accus\u00e9e, ce qui repr\u00e9sente une contradiction insupportable, une imposture. Lorsqu&rsquo;un Alain Duhamel \u00e9crit un article qu&rsquo;il intitule \u00ab<em>le despotisme irlandais<\/em>\u00bb, il nous offre un sophisme en forme d&rsquo;oxymore, ou de nature orwellienne, puisqu&rsquo;il qualifie un processus d\u00e9mocratique de despotisme. C&rsquo;est au contraire de Tocqueville, lorsqu&rsquo;il parle de dictature de la majorit\u00e9; Tocqueville met en cause le processus d\u00e9mocratique lui-m\u00eame, il met en proc\u00e8s la d\u00e9mocratie en la nommant sans discussion, ce qui est une d\u00e9marche logique qui n&rsquo;implique aucune hypocrisie orwellienne. Duhamel qualifie de despotisme un processus d\u00e9mocratique en tant que tel, et il fait cette accusation au nom de la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie: pure hypocrisie sophistique, bien dans la couleur de l&rsquo;imposture moderniste, avec son absence de responsabilit\u00e9 logique. Si le r\u00e9f\u00e9rendum irlandais est consid\u00e9r\u00e9 comme n\u00e9faste, alors c&rsquo;est le processus d\u00e9mocratique qu&rsquo;il faut condamner (Tocqueville) et non le qualifier de despotisme au nom de la d\u00e9mocratie. (Le r\u00e9sultat pratique ne nous importe pas pour le jugement de fond : il y aurait effectivement \u00e0 dire sur un syst\u00e8me qui, dans sa logique, soumet 500 millions d&rsquo;individus au vote de 4 millions. Mais c&rsquo;est le syst\u00e8me, la d\u00e9mocratie, qui doit \u00eatre mis en cause <strong>dans son ensemble<\/strong>, pas les 4 millions qui l&rsquo;ont appliqu\u00e9 impeccablement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le peu de cas qui est fait de l&rsquo;Irlande alors que le non fran\u00e7ais, dans des circonstances similaires, provoqua un tremblement de terre, met en \u00e9vidence l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 de traitement des Etats-membres. Peu nous importe la justification (par ailleurs \u00e9vidente) de cette situation, qui rel\u00e8ve de la simple r\u00e9alit\u00e9 (il est \u00e0 la fois r\u00e9aliste et justifi\u00e9 de juger que la France p\u00e8se infiniment plus lourd que l&rsquo;Irlande,  mais est-ce d\u00e9mocratique dans le cadre europ\u00e9en tel qu&rsquo;il fut trac\u00e9?); ce qui nous importe est que cette justification d\u00e9nonce cette autre hypocrisie de l&rsquo;affirmation de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des membres, et que l&rsquo;UE fasse une vertu pour elle-m\u00eame de ce principe. L\u00e0 aussi, la tromperie est compl\u00e8te, et l&rsquo;hypocrisie \u00e0 mesure.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le fait, qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9, que la <strong>seule<\/strong> consultation populaire sur le trait\u00e9 soit implicitement rejet\u00e9e ou minoris\u00e9e et qu&rsquo;on cherche \u00e0 la contourner parce qu&rsquo;elle est n\u00e9gative est particuli\u00e8rement malvenue. Il n&rsquo;\u00e9tait pas question de rejeter la consultation irlandaise avant qu&rsquo;elle ait lieu, parce que tout le monde \u00e9tait convaincu et se convainquait qu&rsquo;elle serait positive. (L&rsquo;imposture et l&rsquo;arrogance infectent le jugement.) La consultation populaire irlandaise aurait \u00e9t\u00e9 applaudie si elle avait \u00e9t\u00e9 positive et aurait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une l\u00e9gitimation populaire du trait\u00e9. Qu&rsquo;elle soit \u00e9cart\u00e9e, marginalis\u00e9e, priv\u00e9e de toute fonction ontologique (l\u00e9gitimation ou pas) parce qu&rsquo;elle est n\u00e9gative repr\u00e9sente une imposture qui affaiblira encore plus les fondements de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;UE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9volution des dirigeants europ\u00e9ens en pleine ill\u00e9gitimit\u00e9 se renforcerait, avec le cas irlandais, d&rsquo;une l\u00e9galit\u00e9 plus que douteuse. L&rsquo;ignorance de ce cas ferait surgir nombre de jurisprudences qui risquent de poser des probl\u00e8mes difficiles, et de faire surgir des menaces de paralysie dans les grands d\u00e9bats ou les grandes initiatives. L&rsquo;on observera que ce serait une sorte d&rsquo;accident auto-r\u00e9parateur puisqu&rsquo;ainsi serait frein\u00e9 un processus dont on peut mesurer l&rsquo;ill\u00e9gitimit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et l&rsquo;effet d\u00e9structurant en r\u00e9ponse \u00e0 la recherche d&rsquo;un ordre l\u00e9gitime des peuples d&rsquo;Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a des \u00e9v\u00e9nements qui portent t\u00e9moignage de la charge explosive qu&rsquo;ils r\u00e9servent, notamment par les appr\u00e9ciations paradoxale qu&rsquo;on porte sur eux. On peut ainsi comparer le jugement \u00ab<em>c&rsquo;est un incident de parcours<\/em>\u00bb de Sarkozy sur le vote irlandais, au m\u00eame jugement (\u00ab<em>un incident de parcours<\/em>\u00bb) que Michel Debr\u00e9, alors ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, porta sur l&rsquo;invasion de la Tch\u00e9coslovaquie en ao\u00fbt 1968. Les deux propos vont dans le m\u00eame sens: ils tentent de banaliser un \u00e9v\u00e9nement dont l&rsquo;\u00e9vidence montre au contraire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas banal et qu&rsquo;il illustre au contraire une tendance d\u00e9stabilisante profonde. (La comparaison s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0: la France ne fait pas partie du Pacte de Varsovie coupable du forfait en 1968, tandis que Sarko, qui fait partie des \u00e9lites europ\u00e9ennes que rejettent les Irlandais, est au cur de la chose en 2008. Debr\u00e9 cherchait \u00e0 \u00e9carter un effet ext\u00e9rieur pour pouvoir poursuivre une politique qui avait sa logique propre et nullement d\u00e9valoris\u00e9e dans son fondement par le propos. Sarko veut \u00e9carter un \u00e9v\u00e9nement central \u00e0 sa propre politique,  \u00e0 la politique o\u00f9 les \u00e9lites europ\u00e9ennes sont engag\u00e9es compl\u00e8tement. Dans le cas de Debr\u00e9, c&rsquo;est du r\u00e9alisme cynique, dans le cas de Sarko, du volontarisme utopique, sinon virtualiste. On fera son choix entre les deux attitudes.) Ce qui appara\u00eet effectivement comme \u00ab<em>un incident de parcours<\/em>\u00bb au moment o\u00f9 le propos est dit se r\u00e9v\u00e8le souvent porteur de potentialit\u00e9s explosive; l&rsquo;invasion de la Tch\u00e9coslovaquie le fut pour l&rsquo;URSS et le Pacte, le non irlandais pourrait l&rsquo;\u00eatre pour la politique europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe paradoxe est que nous ne signifions nullement, pour autant, que l&rsquo;esprit r\u00e9aliste, voire le bon sens, ont abandonn\u00e9 l&rsquo;esprit de tous au sein de ces \u00e9lites. Revenons sur ce cas : il faut entendre un Barnier, ministre fran\u00e7ais de l&rsquo;agriculture et de la p\u00eache, plaider (hier au <em>Grand D\u00e9bat<\/em> de TV5-Monde, de 18H00 \u00e0 19H00) en faveur d&rsquo;une agriculture et d&rsquo;une p\u00eache diversifi\u00e9es, de la d\u00e9fense des gestes et des actes traditionnels, notamment et \u00e9videmment en France,  avec quelle passion, contre les sp\u00e9culateurs autant que contre les eurocrates de la Commission, autant que contre l&rsquo;entropie nihiliste de la globalisation,  pour appr\u00e9cier qu&rsquo;il n&rsquo;est pas difficile de retrouver l&rsquo;\u00e9vidence. (Nous en parlons dans notre autre <em>F&#038;C<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article.php?art_id=5199\" class=\"gen\">jour<\/a> ; Barnier nous a frapp\u00e9s, tant cet hommes est d&rsquo;habitude si retenu dans son conformisme ; tant il s&rsquo;est d\u00e9cha\u00een\u00e9 avec mesure, \u00e0 sa fa\u00e7on, d&rsquo;une fa\u00e7on si palpable que les journalistes n&rsquo;ont pu masquer leur \u00e9tonnement.) Sortis de ces cat\u00e9gories effectivement \u00e9videntes de bon sens pour retrouver le courant id\u00e9ologique g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;esprit semblerait \u00e9trangement perdre le fil et retrouver sa pathologie pour soutenir un processus dont l&rsquo;effet g\u00e9n\u00e9ral est effectivement de se dresser contre ces \u00e9vidences de bon sens. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette sorte de bon sens est aujourd&rsquo;hui laiss\u00e9 comme argument politique g\u00e9n\u00e9ral aux oppositions (aux dirigeants politiques dans l&rsquo;oppositions), qui argumentent moins en fonction de ce bon sens \u00e0 retrouver qu&rsquo;en fonction d&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9es politiques et de la n\u00e9cessit\u00e9 pour l&rsquo;opposition de s&rsquo;afficher en opposition \u00e0 la politique officielle. Ce que dit le chef de l&rsquo;opposition britannique (conservatrice) David Cameron, <a href=\"\/:\/\/news.scotsman.com\/latestnews\/Leaders-urged-to-abandon-EU.4186813.jp\" class=\"gen\">hier<\/a> selon le <em>Scotsman<\/em>, r\u00e9sume la chose:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Cameron said it was time to accept that the reform plan was over.  It would be the height of arrogance for Gordon Brown to continue the ratification process in Britain.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>By all rights now it should be declared dead, he said. The French said no to it, the Dutch said no to it, then it was brought back and the only people who have been given a chance to pass judgment on it, the Irish, have now said no to it.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The elites in Brussels have got to listen to people in Europe who do not want endless powers being passed from nation states to Brussels. They do not want these endless constitutions and treaties.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi se trouve-t-on sur ce territoire o\u00f9 la fuite avant reste la forme nihiliste du gouvernement, dans un cas o\u00f9 il est ais\u00e9 pour le bon sens, qu&rsquo;il soit par inadvertance, par calcul ou par conviction, de s&rsquo;exprimer avec clart\u00e9. Cette appr\u00e9ciation critique semblerait rester marginale, et per\u00e7ue comme un am\u00e9nagement tactique ou parcellaire (concernant tel ou tel domaine sp\u00e9cifique,  p\u00eache et agriculture pour le cas \u00e9voqu\u00e9). Le fond des choses reste la question du comment? sauver la marche en avant, aux d\u00e9pens du pourquoi? qui est la question du sens. Pour autant, cet am\u00e9nagement, \u00e0 l&rsquo;heure de la grande crise syst\u00e9mique, d\u00e9couvre une extr\u00eame fragilit\u00e9, tant les pressions de l&rsquo;ext\u00e9rieur et les exigences du bon sens m\u00eame au cur du syst\u00e8me se renforcent. La circonstance (le non irlandais) est effectivement une occasion pour le bon sens de s&rsquo;exprimer avec une vivacit\u00e9 d&rsquo;autant plus grande qu&rsquo;il lui est interdit de le faire en temps normal. (Mais y a-t-il encore des temps normaux? Bonne question.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes dans une situation \u00e9volutive et dynamique. A chaque fois que se pr\u00e9sente une occasion comme le non irlandais et que le bon sens rejaillit  l\u00e0 o\u00f9 on ne peut le contenir, c&rsquo;est toute la pathologie moderniste qui est mise en cause en m\u00eame temps qu&rsquo;elle est mise \u00e0 nu. A force, elle va prendre un s\u00e9rieux coup de froid. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consid\u00e9rations (II) autour d&rsquo;un incident de parcours 16 juin 2008 Poursuivons notre r\u00e9flexion sur l&rsquo;Europe \u00e0 l&rsquo;heure irlandaise par des appr\u00e9ciations plus g\u00e9n\u00e9rales et plus intemporelles. Le nihilisme occidental est aujourd&rsquo;hui en grande vitesse de croisi\u00e8re, en g\u00e9n\u00e9ral sans aucun \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me ou plut\u00f4t avec l&rsquo;\u00e2me ferm\u00e9e, ou bien \u00e9ventuellement sans \u00e2me du tout. 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