{"id":69974,"date":"2008-06-17T00:00:00","date_gmt":"2008-06-17T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/06\/17\/sarko-la-tactique-et-la-strategie\/"},"modified":"2008-06-17T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-17T00:00:00","slug":"sarko-la-tactique-et-la-strategie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/06\/17\/sarko-la-tactique-et-la-strategie\/","title":{"rendered":"Sarko, la tactique et la strat\u00e9gie"},"content":{"rendered":"<p><p>On doit continuer \u00e0 \u00eatre confondu par le contraste entre l&rsquo;habilet\u00e9 tactique brillante de Sarkozy et son vide strat\u00e9gique abyssal, presque par refus de la pens\u00e9e strat\u00e9gique. Cela correspond \u00e0 l&rsquo;air du temps, privil\u00e9giant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9radication compl\u00e8te le <em>people<\/em> sur l&rsquo;homme politique et l&rsquo;action sur la pens\u00e9e. Le cas Sarkozy est encore \u00e9clair\u00e9 lors de la visite de GW Bush \u00e0 Paris, vendredi dernier, \u00e0 la lumi\u00e8re notamment d&rsquo;un commentaire du <em>Times<\/em>, du <a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/tol\/news\/world\/europe\/article4133574.ece\" class=\"gen\">14 juin<\/a>. Le commentaire, qui ne manque ni de lucidit\u00e9 ni d&rsquo;une certaine amertume, constate par cons\u00e9quent la perte d&rsquo;influence des Britanniques aupr\u00e8s des USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelques mots du <em>Times<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>President Bush heralded a new era of transatlantic unity when he arrived in France yesterday, with the location of his speech as significant as its content. By choosing Paris for what White House officials described as the centrepiece of his week-long farewell trip to Europe, Mr Bush sought to put the seal on a dramatic transformation in relations with France since President Sarkozy was elected last year.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Britain, which for so long has acted as a sometimes rickety bridge across the Atlantic, no longer has such strategic diplomatic importance. President Bush is spending two nights in Paris, but only one in London tomorrow  when he will have a private dinner with Gordon Brown after seeing the Queen. Much of his trip to Britain will be devoted to the relatively parochial issue of Northern Ireland before he heads home.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>While the Prime Minister has shied away from being seen as too close to the American President  the British Embassy in Washington, for instance, operating under strict orders to maintain a low profile  the French President has quite deliberately donned the mantle once worn by Tony Blair, defiantly  even triumphantly  talking up his love for all things American. Yesterday a US diplomat called Mr Sarkozy the axis on which our relations with Europe will turn, adding that his penchant for action rather than reflection suited Mr Bush&rsquo;s own temperament.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe reste du commentaire est une longue balade admirative sur le brio de Sarkozy, r\u00e9ussissant \u00e0 se placer et \u00e0 s&rsquo;imposer comme meilleur ami de Washington, \u00e9videmment au d\u00e9triment des Britanniques. Tom Baldwin et Charles Bremner, les deux auteurs de l&rsquo;article, vont jusqu&rsquo;\u00e0 mettre en \u00e9vidence l&rsquo;aisance avec laquelle Sarkozy parle avec duret\u00e9 aux Am\u00e9ricains sur certains sujets, sans s&rsquo;attirer la moindre rebuffade: \u00ab<em>Indeed, Mr Sarkozy has told Mr Bush bluntly that he must do more to tackle climate change, as well as being sharply critical of US trade policy and what he sees as Washington&rsquo;s deliberate devaluing of the dollar. The bond between the two leaders is so strong that the White House sees such instances as challenges rather than a source of division.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela d\u00e9crit une tactique remarquablement conduite de la part du pr\u00e9sident fran\u00e7ais, une tactique bas\u00e9e sur des m\u00e9thodes que comprennent les experts am\u00e9ricanistes. Beaucoup d&rsquo;exclamations, d&rsquo;affirmations \u00e9clatantes, concernant des choses simples expos\u00e9es par des appr\u00e9ciations en forme de slogans. Les deux auteurs citent un diplomate US qui leur a confi\u00e9 que Sarkozy va devenir \u00ab<em>the axis on which our relations with Europe will turn<\/em>\u00bb, qui explique que son \u00ab<em>penchant for action rather than reflection<\/em>\u00bb se marie parfaitement avec le caract\u00e8re de monsieur Bush. Certes, et l&rsquo;on peut aussi observer, pendant qu&rsquo;on y est, qu&rsquo;il y a parfois des compliments dont on se passerait bien<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPas Sarkozy, sans nul doute. La description de son entregent et de son habilet\u00e9 dans ses relations avec l&rsquo;actuel pr\u00e9sident US rend compte d&rsquo;un sens tactique aigu et d&rsquo;une grande capacit\u00e9 d&rsquo;exploitation de la technique des communications, de la technique <em>people<\/em> de pr\u00e9f\u00e9rence aux arguments politiques, de l&rsquo;exclamation \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;explication. La nuance ne l&#8217;embarrasse pas. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;exclame, \u00e0 propos de l&rsquo;Afghanistan, qu&rsquo;il faut se battre jusqu&rsquo;\u00e0 la victoire finale car on ne doit pas c\u00e9der aux tortionnaires (\u00ab<em>We cannot give into torturers<\/em>\u00bb), on ne peut qu&rsquo;approuver tout en se demandant de qui il parle,  puisque certaines bonnes \u00e2mes pourraient aussit\u00f4t penser \u00e0 Guantanamo, aux vols de la CIA et \u00e0 quelques prisons fameuses d&rsquo;Afghanistan. Parvenir \u00e0 se faire passer pour le grand meilleur alli\u00e9 de Washington en Afghanistan alors que les Britanniques portent, aux c\u00f4t\u00e9s des forces US, la charge principale de cette guerre d\u00e9sastreuse, a de quoi rendre bien amers les susdits Britanniques.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tReste la question principale: o\u00f9 m\u00e8ne tout ce brio tactique? La politique fran\u00e7aise semble r\u00e9duite \u00e0 des visions strat\u00e9giques compl\u00e8tement enferm\u00e9es dans des soucis tactiques adapt\u00e9s au court terme, aux moyens plut\u00f4t qu&rsquo;aux fins. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de pens\u00e9e, chose encombrante et inutile dans ces temps qui filent vite, donc il n&rsquo;y a pas de strat\u00e9gie originelle. Le retour de la France dans l&rsquo;OTAN qui semble maintenant in\u00e9luctable est un bon exemple d&rsquo;une strat\u00e9gie guid\u00e9e par une tactique et enfant\u00e9e par la tactique (sinon l&rsquo;effet), sans autre substance que l&rsquo;exclamation de la chose en soi pr\u00e9sent\u00e9e comme une id\u00e9e f\u00e9conde. La seule explication de substance est que la d\u00e9cision tactique porte en elle sa vertu strat\u00e9gique, ce qui laisse r\u00eaveur lorsqu&rsquo;on voit l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;OTAN alors que la dialectique fran\u00e7aise pr\u00e9sente l&rsquo;Organisation comme une sorte de Saint-Graal. Annoncer qu&rsquo;on restera en Afghanistan jusqu&rsquo;\u00e0 la victoire finale n&rsquo;explique pas pour autant dans quel but l&rsquo;on s&rsquo;y trouve et comment se fera cette victoire finale. L&rsquo;enfermement dans un maximalisme anti-iranien permet de beaux discours et de belles formules mais fait s&rsquo;interroger sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la chose si,  lorsqu&rsquo;un Obama arrivera \u00e0 la pr\u00e9sidence, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 entamer un dialogue constructif avec T\u00e9h\u00e9ran (le s\u00e9nateur r\u00e9publicain Hagel, qui pourrait tenir une place importante dans l&rsquo;\u00e9quipe Obama, a affich\u00e9 r\u00e9cemment en public et sans crainte d&rsquo;\u00eatre d\u00e9menti sa certitude que \u00ab<em>si Obama est \u00e9lu, c&rsquo;est la voie qu&rsquo;il suivra avec les Iraniens<\/em>\u00bb). Les Europ\u00e9ens, et les Fran\u00e7ais en premier parmi eux, vont se retrouver marginalis\u00e9s dans leur maximalisme, le jeu se d\u00e9roulant alors \u00e0 trois: l&rsquo;Iran, les USA et la Russie qui s&rsquo;imposera comme le partenaire n\u00e9cessaire en raison de son poids aupr\u00e8s de l&rsquo;Iran. (La Russie exactement dans le r\u00f4le qu&rsquo;auraient d\u00fb tenir les Europ\u00e9ens s&rsquo;ils avaient suivi leur politique naturelle.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout est \u00e0 l&rsquo;avenant dans la politique fran\u00e7aise vis-\u00e0-vis des USA, comme dans la politique fran\u00e7aise g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;ailleurs. L&rsquo;absence de nuances renvoie sans doute \u00e0 l&rsquo;humeur indiscutablement pro-am\u00e9ricaniste du pr\u00e9sident fran\u00e7ais, y compris lorsqu&rsquo;il critique la position US (qui aime bien ch\u00e2tie bien). On ne peut tout de m\u00eame \u00e9carter le fait que cette efficacit\u00e9 et ce brio s&rsquo;exercent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un pr\u00e9sident (US) qui n&rsquo;existe plus, et qui ne peut que bondir de joie lorsqu&rsquo;il rencontre enfin, en Europe, un chef d&rsquo;Etat qui le prend encore au s\u00e9rieux; et \u00e0 propos d&rsquo;une politique US qui n&rsquo;est qu&rsquo;un r\u00e9sidu catastrophique des sept ann\u00e9es \u00e9puisantes depuis 9\/11, dont plus personne ne sait que faire. Que Sarkozy prenne ceci et cela tant au s\u00e9rieux est habile pour le (tr\u00e8s) court terme,  mais au-del\u00e0?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFinalement, Sarkozy agit comme s&rsquo;il \u00e9tait son propre Premier ministre,  ce qui est d&rsquo;ailleurs sa marque de fabrique dans toutes les affaires depuis qu&rsquo;il est pr\u00e9sident,  occup\u00e9 \u00e0 traiter avec brio, toujours ce brio de circonstance, des affaires courantes et imm\u00e9diates,  tandis que, derri\u00e8re lui et un peu au-dessus de lui, le vrai pr\u00e9sident penserait aux choses s\u00e9rieuses, notamment pour le cas qui nous occupe, \u00e0 l&rsquo;apr\u00e8s-GW, \u00e0 une \u00e9ventuelle nouvelle grande politique, avec les USA ou pas, et ainsi de suite. La grande question est donc: y a-t-il un pr\u00e9sident qui pense derri\u00e8re et un peu au-dessus du Premier ministre Sarkozy?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette affaire, on le trouvera effectivement lorsque le Premier ministre Sarkozy se tournera pour consulter le Pr\u00e9sident. Cela aura lieu dans six mois, dans un an, cela aura lieu lorsque le partenaire am\u00e9ricaniste, s&rsquo;il n&rsquo;est pas emport\u00e9 dans quelque tourmente et lorsqu&rsquo;il se sera d\u00e9barrass\u00e9 de GW Bush, de ses ors et de ses s\u00e9quelles, se dira qu&rsquo;un meilleur ami du calibre de la France m\u00e9rite qu&rsquo;on lui demande des services pr\u00e9cis, des engagements et toute cette sorte de choses,  comme il avait l&rsquo;habitude de demander aux Britanniques.  <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 17 juin 2008 \u00e0 18H03<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On doit continuer \u00e0 \u00eatre confondu par le contraste entre l&rsquo;habilet\u00e9 tactique brillante de Sarkozy et son vide strat\u00e9gique abyssal, presque par refus de la pens\u00e9e strat\u00e9gique. 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