{"id":70135,"date":"2008-08-25T09:39:23","date_gmt":"2008-08-25T09:39:23","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/08\/25\/du-sud-au-nord-la-crise-bascule\/"},"modified":"2008-08-25T09:39:23","modified_gmt":"2008-08-25T09:39:23","slug":"du-sud-au-nord-la-crise-bascule","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/08\/25\/du-sud-au-nord-la-crise-bascule\/","title":{"rendered":"Du Sud au Nord, la crise bascule"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Du Sud au Nord, la crise bascule<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t25 ao\u00fbt 2008  D\u00e9cid\u00e9ment, l&rsquo;affaire g\u00e9orgienne appara\u00eet d&rsquo;une importance consid\u00e9rable. Rien ni personne dans le monde des autorit\u00e9s politiques, notamment en Occident, ne semble capable d&rsquo;en prendre la mesure, <em>a fortiori<\/em> d&rsquo;envisager une initiative ou l&rsquo;autre qui puisse relancer la marche des choses vers une mati\u00e8re plus constructive. Effectivement, comme l&rsquo;\u00e9crivait d&rsquo;une plume angoiss\u00e9 le Britannique Michael Binyon du <em>Times<\/em> (le <a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/tol\/news\/world\/europe\/article4543775.ece\" class=\"gen\">16 ao\u00fbt<\/a>), la crise n&rsquo;\u00e9volue nullement comme font d&rsquo;habitude les crises lorsqu&rsquo;on est parvenu \u00e0 les contenir sur le terrain et sa tension reste plus que jamais active et prolif\u00e9rante (\u00ab<em>This conflict threatens to trigger a struggle that, if badly handled, could consume an entire continent<\/em>\u00bb, dit Binyon). Simon Jenkins a publi\u00e9 une remarquable tribune, <a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/tol\/comment\/columnists\/simon_jenkins\/article4597385.ece\" class=\"gen\">hier<\/a> dans le <em>Times<\/em> \u00e9galement, qui se termine par ses observations sur la situation et, pr\u00e9cis\u00e9ment, sur les dirigeants europ\u00e9ens: \u00ab<em>Yet history shows that going to war is never an intention. It is rather the result of weak, shortsighted leaders entrapped by a series of mistakes. For the West&rsquo;s leaders at present, mistake has become second nature.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Ouest, c&rsquo;est-\u00e0-dire les USA principalement puisque les autres ne font que courir derri\u00e8re en se donnant ainsi l&rsquo;impression d&rsquo;exister, n&rsquo;a strictement aucune politique pour cette circonstance extraordinaire qu&rsquo;il a pourtant tout fait, depuis 17 ans, pour susciter. L&rsquo;Ouest a pr\u00e9vu les JO de P\u00e9kin, la visite du Dala\u00ef Lama en France, les d\u00e9bats pompeux sur l&rsquo;adh\u00e9sion de la G\u00e9orgie \u00e0 l&rsquo;OTAN, l&rsquo;installation du BMDE en Pologne et toute cette sorte de choses, mais pas de politique qui prenne en compte la r\u00e9action de la Russie. La Russie est soumise depuis 17 ans \u00e0 un traitement qui aurait d\u00fb sugg\u00e9rer, ou pour le moins faire envisager qu&rsquo;elle r\u00e9agirait un jour ou l&rsquo;autre; rien de cela mais beaucoup de g\u00e9missements et de j\u00e9r\u00e9miades. Dans cet <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2008\/08\/21\/europe\/policy.php\" class=\"gen\">article<\/a> qui devrait devenir fameux de l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em> sur le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-pourquoi_n_ont-ils_pas_ecrit_cet_article_en_2001_ou_bien_en_1991.html\" class=\"gen\">th\u00e8me<\/a> oh l\u00e0 l\u00e0, nous avons beaucoup \u00e0 perdre avec la Russie, un Strobe Talbott, v\u00e9t\u00e9ran des rapports avec la Russie de la fin des ann\u00e9es 1980 et des ann\u00e9es 1990, s&rsquo;insurge contre les r\u00e9actions de Washington qui semblent se r\u00e9duire justement \u00e0 ces g\u00e9missements et \u00e0 ces j\u00e9r\u00e9miades:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Outrage is not a policy, said Strobe Talbott, who was deputy secretary of state under President Bill Clinton and is now president of the Brookings Institution. Worry is not a policy. Indignation is not a policy. Even though outrage, worry and indignation are all appropriate in this situation, they shouldn&rsquo;t be mistaken for policy and they shouldn&rsquo;t be mistaken for strategy, he added.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRien, absolument rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu, pour ce r\u00e9sultat si pr\u00e9visible, pour cette crise dont tous les experts et connaisseurs occidentaux et s\u00fbrs de l&rsquo;\u00eatre, vous disent, l&rsquo;air avantageux et la moue entendue, qu&rsquo;elle \u00e9tait d&rsquo;autant plus pr\u00e9visible que ce sont les Russes qui l&rsquo;ont machin\u00e9e, et qu&rsquo;on les a vus faire depuis longtemps. Tout cela se situe dans un vaste contexte, celui d&rsquo;une crise g\u00e9n\u00e9rale avec la Russie vers laquelle toute la politique US poussait, que la direction US annon\u00e7ait dans toute son ampleur, roulant des m\u00e9caniques et l&rsquo;air d&rsquo;en savoir tellement. Dans une longue et excellente analyse sur le retour de la Guerre froide, dans une version qui serait manifestement plus chaude que l&rsquo;originale, David Bromwich (sur <em>Huffington Post<\/em> le <a href=\"http:\/\/www.huffingtonpost.com\/david-bromwich\/georgia-and-the-push-for_b_120478.html\" class=\"gen\">21 ao\u00fbt<\/a>) rappelle le discours de Dick Cheney du d\u00e9but mai 2006 \u00e0 Vilnius. Cheney ass\u00e9nait \u00e0 la Russie une le\u00e7on qui contenait autant de menaces que de conseils imp\u00e9ratifs, et cela venant d&rsquo;un dirigeant occidental s&rsquo;arrogeant le monopole de la vertu accomplie et le droit inali\u00e9nable de juger de la vertu poussive des autres, au nom d&rsquo;un comportement \u00e9videmment au-dessus de tout soup\u00e7on d\u00e9coulant d&rsquo;une destin\u00e9e manifeste. (Est-il n\u00e9cessaire de rappeler de quoi il s&rsquo;agit, \u00e0 contempler Cheney?)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>America and all of Europe also want to see Russia in the category of healthy, vibrant democracies. Yet in Russia today, opponents of reform are seeking to reverse the gains of the last decade. In many areas of civil society  from religion and the news media, to advocacy groups and political parties  the government has unfairly and improperly restricted the rights of her people. Other actions by the Russian government have been counterproductive, and could begin to affect relations with other countries. No legitimate interest is served when oil and gas become tools of intimidation or blackmail, either by supply manipulation or attempts to monopolize transportation. And no one can justify actions that undermine the territorial integrity of a neighbor, or interfere with democratic movements.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi ce n&rsquo;est une d\u00e9claration de guerre politique, et pire \u00e9ventuellement, annon\u00e7ant des crises \u00e0 venir, annon\u00e7ant aussi bien, parmi d&rsquo;autres, celle de la G\u00e9orgie, comment qualifier ce discours? Et puisqu&rsquo;il l&rsquo;est effectivement, une d\u00e9claration d&rsquo;une guerre plus que froide, pourquoi n&rsquo;ont-ils rien fait pour la crise de G\u00e9orgie, ni pour l&rsquo;orienter \u00e0 leur avantage, ni pour la contr\u00f4ler une fois qu&rsquo;elle a \u00e9clat\u00e9? Pas de r\u00e9ponse. La v\u00e9rit\u00e9 semble bien \u00eatre que Washington, qui agite le spectre de la nouvelle Guerre froide depuis plus de deux ans, n&rsquo;a strictement rien envisag\u00e9 pour vivre dans cette nouvelle Guerre froide, ni rien pr\u00e9par\u00e9 pour s&rsquo;en accommoder. \u00ab<em>Worry is not a policy. Indignation is not a policy<\/em>\u00bb,  pourtant, il ne semble rien y avoir en fait de politique, sinon <em>worry<\/em> et <em>indignation<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes occasions pour l&rsquo;Ouest d&rsquo;\u00e9taler son impuissance n&rsquo;ont certes pas manqu\u00e9. Celle-l\u00e0 est fameuse et r\u00e9sume toutes les autres; elle laisse coi tant elle montre combien la politique occidentale se r\u00e9sume \u00e0 l&rsquo;anath\u00e8me, la suffisance, l&rsquo;accusation, sans rien pr\u00e9voir que la certitude que l&rsquo;autre c\u00e9dera encore et toujours, reculera piteusement sans demander son reste, sous les coups qu&rsquo;on lui ass\u00e8ne sans vergogne ni la moindre pr\u00e9caution. Le d\u00e9sastre actuel est \u00e0 la mesure d&rsquo;une politique qui a d\u00e9ploy\u00e9 toutes les tares possibles de l&rsquo;incons\u00e9quence et de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9. Cette fois, il semble que l&rsquo;article standard de Bernard-Henri Levy et l&rsquo;alignement aux consignes coutumier de la presse officielle ne suffiront pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation d\u00e9solante face aux pr\u00e9tentions civilisatrices de l&rsquo;Ouest et aux le\u00e7ons de morale qui semble \u00eatre le principal argument de son affirmation universelle agit comme un formidable aspirateur pour cr\u00e9er un vide gigantesque et r\u00e9am\u00e9nager la grande sc\u00e8ne de la crise du monde. En effet, ce que nous voulons pr\u00e9senter ici est le grand basculement du centre de la crise qui s&rsquo;est affirm\u00e9 durant cet \u00e9tonnant mois d&rsquo;ao\u00fbt 2008.<\/p>\n<h3>L&rsquo;Afghanistan change d&rsquo;orientation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le m\u00eame fameux article de l&rsquo;IHT cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, on trouve aussi ces remarques: \u00ab<em>Still, although the confrontation over Georgia had been building for years, the outbreak of violence demonstrated just how abruptly the international scene can change. Now Russia is the top focus in Washington&#8230;<\/em>\u00bb En quelques jours, la situation washingtonienne a compl\u00e8tement bascul\u00e9, et l&rsquo;orientation de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des milieux de s\u00e9curit\u00e9 nationale est brutalement pass\u00e9 de la zone du Moyen-Orient (autour de l&rsquo;Irak) \u00e0 l&rsquo;Europe et \u00e0 la Russie,  ou, plut\u00f4t, \u00e0 la Russie, et \u00e0 l&rsquo;Europe avec. Pour autant, les USA ne sont pas plus \u00e0 l&rsquo;aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne remarquable, dans une capitale de cet acabit, dans des milieux de s\u00e9curit\u00e9 nationale qui pr\u00e9tendent avoir la capacit\u00e9 et l&rsquo;habitude de choisir eux-m\u00eames les centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat de leur politique et de leur action. La caract\u00e9ristique de cette crise est qu&rsquo;elle a totalement pris Washington de court. On l&rsquo;a vu avec le flottement de l&rsquo;administration pendant les cinq premiers jours de la crise. M\u00eame la presse officielle US connut ce ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire pour elle d&rsquo;\u00eatre objective,  oui, vous avez bien lu: objective,  pendant cette p\u00e9riode; elle montrait par l\u00e0 le m\u00eame trouble de la compl\u00e8te incertitude et du d\u00e9sarroi qui touchait le syst\u00e8me. Le site <em>WSWS.org<\/em> a bien observ\u00e9 cela, le <a href=\"http:\/\/www.wsws.org\/articles\/2008\/aug2008\/medi-a22.shtml\" class=\"gen\">22 ao\u00fbt<\/a>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>During the first several days of the war between Georgia and Russia, the US media&rsquo;s readers and viewers could find in the nation&rsquo;s newspapers and on its airwaves a degree of ambiguity and even rare moments of objectivity. Though vaguely anti-Russian, a good share of the initial coverage tended not to lay the blame for the war fully at the feet of Moscow and provided some insight into the Georgian military&rsquo;s devastation of the South Ossetian capital, Tskhinvali.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Then, between August 11 and 12, a sharp change occurred in the way the US media presented the war. The initial response to the war gave way to what can only be described as a tidal wave of anti-Russian propaganda. Now there was only one side to the story. What had happened?<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The change in the media line corresponded to a sharpening of the anti-Russian posture of the Bush administration. For the first few days of the conflict, when no clear line had been laid down by the government, the mainstream media was somewhat at sea<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette compl\u00e8te impr\u00e9paration est d&rsquo;autant plus remarquable quand l&rsquo;on conna\u00eet l&rsquo;implication des USA dans la r\u00e9gion, et notamment au c\u00f4t\u00e9 de Saakachvili. Il semble que les USA, tout en machinant un nombre consid\u00e9rable d&rsquo;entreprises de subversion contre la Russie, aient consid\u00e9r\u00e9 ce th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;activit\u00e9 comme consid\u00e9rablement secondaire, si tant est qu&rsquo;ils l&rsquo;aient consid\u00e9r\u00e9 comme un th\u00e9\u00e2tre. Il semble par cons\u00e9quent que les USA n&rsquo;aient pas consid\u00e9r\u00e9 comme une possibilit\u00e9 que la Russie pourrait r\u00e9agir. (Et, par cons\u00e9quent, leur annonce d&rsquo;une nouvelle Guerre froide n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une aimable incitation faite \u00e0 la Russie de capituler une fois de plus.)  Cette attitude vient pour une bonne part du jugement m\u00e9prisant sur la Russie apr\u00e8s que la chute de l&rsquo;URSS ait \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9e et interpr\u00e9t\u00e9e comme une victoire formidable de l&rsquo;Am\u00e9rique, jugement m\u00e9prisant devenu un st\u00e9r\u00e9otype de la pens\u00e9e washingtonienne qui ne fonctionne effectivement que par le moyen du st\u00e9r\u00e9otype accompagnant le conformisme et l&rsquo;enfermement qui la caract\u00e9risent. Pour cette pens\u00e9e, la Russie n&rsquo;est plus quelque chose de s\u00e9rieux depuis l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS qui est effectivement pr\u00e9sent\u00e9 comme une d\u00e9faite irr\u00e9m\u00e9diable, et cette situation donnait le champ libre \u00e0 toutes les machinations subversives possibles, \u00e0 visage d\u00e9couvert, comme s&rsquo;il existait un blanc-seing \u00e0 cet \u00e9gard. Cela explique la politique russe constamment agressive et expansionniste des USA depuis 1990-91. Le r\u00e9veil militaire de la Russie, assorti de l&rsquo;impuissance US, a \u00e9t\u00e9 un choc absolument consid\u00e9rable. Il a mis Washington KO pendant quelques jours (la p\u00e9riode mentionn\u00e9e plus haut). Depuis, ce n&rsquo;est pas tellement mieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour la premi\u00e8re fois sans doute depuis 1989-1990, les USA sont aussi totalement et aussi compl\u00e8tement pris de court. Il y eut en effet une p\u00e9riode, entre la chute du Mur et la guerre du Golfe, o\u00f9 les USA se trouv\u00e8rent compl\u00e8tement d\u00e9sorient\u00e9s par la disparition de l&rsquo;Ennemi, pourtant pr\u00e9visible depuis 1988,  pour les situations \u00e9galement, les st\u00e9r\u00e9otypes ont la vie dure. A cette \u00e9poque, les Am\u00e9ricains envisageaient la possibilit\u00e9 de la dissolution de l&rsquo;OTAN, ce qui est effectivement une marque de grand d\u00e9sarroi. (M\u00eame apr\u00e8s la Guerre du Golfe et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;engagement en Bosnie en 1995, ce d\u00e9sarroi subsista peu ou prou. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 William Pfaff parlait d&rsquo;une <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-quelques_notes_en_1992_sur_la_crise_americaine_post-guerre_froide_qui_n_a_jamais_ete_resolue_et_qui_conduit_a_9_11_par_william_pfaff_23_11_2003.html \" class=\"gen\">crise d&rsquo;identit\u00e9<\/a> aux USA.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa pauvret\u00e9 ou la maladresse des r\u00e9actions des USA dans la crise g\u00e9orgienne depuis qu&rsquo;ils se sont repris, depuis que les inimitables Bush et Rice ont tent\u00e9 de faire sortir la direction du KO initial, marque la persistance de ce d\u00e9sarroi. L&rsquo;accord BMDE avec la Pologne est une r\u00e9action de d\u00e9sarroi et son \u00e9norme importance est justement la cons\u00e9quence de l&rsquo;incompr\u00e9hension de l&rsquo;acte; la situation strat\u00e9gique dangereuse et  incontr\u00f4lable que cr\u00e9e cette d\u00e9cision, y compris et d&rsquo;abord pour les USA, montre que les USA n&rsquo;ont absolument pas mesur\u00e9 la substance et les implications de la crise actuelle. L&rsquo;importance du cas,  \u00e0 cause de la puissance de la Russie, notamment et essentiellement de sa puissance nucl\u00e9aire,  implique que la crise ne sera pas att\u00e9nu\u00e9e ni \u00e9touff\u00e9e, au contraire. Le d\u00e9sarroi US va contribuer \u00e0 son importance grandissante jusqu&rsquo;\u00e0 occuper la place centrale de la crise du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est \u00e0 ce point que l&rsquo;on croit distinguer le grand bouleversement contre lequel les USA ne pourront rien \u00e0 cause de leur d\u00e9sarroi. Ce qui se passe est que le centre explosif de la crise syst\u00e9mique du monde, le point d&#8217;embrasement de la crise du syst\u00e8me, est en train de passer du Moyen-Orient \u00e0 l&rsquo;Europe et ses confins orientaux. Le centre de toutes les pr\u00e9occupations (l&rsquo;Irak) est en train de devenir secondaire, chacun jugeant de la chose selon sa vision, ses int\u00e9r\u00eats ou ses illusions (une victoire pour les USA, un r\u00e9sultat satisfaisant pour l&rsquo;Iran, une situation de d\u00e9sordre contr\u00f4l\u00e9 et de redistribution des pouvoirs pour l&rsquo;Irak lui-m\u00eame). Cette \u00e9volution \u00e9tait certes d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9e (voir notre <em>Analyse<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_l_irak_a_l_afghanistan_29_07_2008.html\" class=\"gen\">27 juillet<\/a>, avec le texte de George Friedman \u00ab<em>From Irak to Afghanistan<\/em>\u00bb) mais pas du tout sous la forme expos\u00e9e. Dans cette analyse, c&rsquo;\u00e9tait la m\u00eame guerre qui se poursuivait, suivant l&rsquo;axe au Sud qui va du Soudan au Pakistan (l&rsquo;arc de crise de Brzezinski) et passant d&rsquo;une zone \u00e0 l&rsquo;autre, de l&rsquo;Irak \u00e0 l&rsquo;Afghanistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Afghanistan est effectivement confirm\u00e9 comme un point de tension fondamental, mais il l&rsquo;est d\u00e9sormais selon un autre axe g\u00e9opolitique. L&rsquo;Afghanistan (avec la r\u00e9gion autour), parce qu&rsquo;il implique l&rsquo;OTAN et les USA, mais aussi indirectement la Russie qui a d\u00e9sormais un r\u00f4le tr\u00e8s essentiel a y jouer (notamment pour cr\u00e9er bien des soucis \u00e0 l&rsquo;OTAN et aux USA), devient le point extr\u00eame d&rsquo;un nouvel arc de crise, au Nord celui-l\u00e0, qui va de l&rsquo;Europe nordique (Pologne et alentour) au Caucase et au sous-continent indien. Aujourd&rsquo;hui, le lien de l&rsquo;Europe et du monde transatlantique avec la crise afghane ne passe plus par le Sud et le Moyen-Orient, mais par le Nord, \u00e0 travers l&rsquo;Europe, la Russie, le Caucase, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Afghanistan. La crise afghane o\u00f9 l&rsquo;Ouest ne cesse de s&#8217;embourber davantage n&rsquo;est plus, comme on le pr\u00e9sentait, le nouvel \u00e9picentre de la crise du Sud, mais le point extr\u00eame de la crise du Nord dont l&rsquo;acteur central est d\u00e9sormais la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObservant avec incr\u00e9dulit\u00e9 et angoisse l&rsquo;inconscience extraordinaire de nos dirigeants, Simon Jenkins remarque: \u00ab<em>Meanwhile, along history&rsquo;s fault line of conflict from Russia&rsquo;s European border to the Caucasus and on to Iran, Afghanistan and Pakistan, diplomats are shifting uneasily in their seats, drums are sounding and harsh words are spoken. The world is now run by a generation of leaders who have never known global war. Has this dulled their senses?<\/em>\u00bb On notera la description g\u00e9ographique, qui lie directement l&rsquo;Europe \u00e0 l&rsquo;Afghanistan, en passant par la Russie. L&rsquo;Europe avec son habituelle pr\u00e9somption, qui se targue, ou se targuait disons, de d\u00e9tenir dans l&rsquo;UE la recette de la bonne gouvernance et de la paix \u00e9ternelle qui va avec, se retrouve au centre de la crise centrale du monde. Cette fois, il y a la possibilit\u00e9 s\u00e9rieuse d&rsquo;un tr\u00e8s grave conflit. La crise g\u00e9orgienne comme matrice de la crise du continent europ\u00e9en poursuivi jusqu&rsquo;\u00e0 ses confins n&rsquo;est pas la crise irakienne. Par d\u00e9finition et par ses caract\u00e9ristiques, elle implique directement l&rsquo;Europe et peut d\u00e9boucher sur un conflit majeur. Il est bien possible que nous ne ferons pas cette fois l&rsquo;\u00e9conomie de la d\u00e9monstration tragique de notre irresponsabilit\u00e9 et, au bout du compte, de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;envisager de prendre des d\u00e9cisions. La parenth\u00e8se indigne de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 confortable est en train de se fermer, elle laisse place \u00e0 la crise de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 tragique. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du Sud au Nord, la crise bascule 25 ao\u00fbt 2008 D\u00e9cid\u00e9ment, l&rsquo;affaire g\u00e9orgienne appara\u00eet d&rsquo;une importance consid\u00e9rable. Rien ni personne dans le monde des autorit\u00e9s politiques, notamment en Occident, ne semble capable d&rsquo;en prendre la mesure, a fortiori d&rsquo;envisager une initiative ou l&rsquo;autre qui puisse relancer la marche des choses vers une mati\u00e8re plus constructive.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[3236,3228,5519,857,4954,3349,584,3300,6277,3248],"class_list":["post-70135","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-afghanistan","tag-crise","tag-georgie","tag-irak","tag-jenkins","tag-nord","tag-otan","tag-sud","tag-systemique","tag-washington"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70135","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70135"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70135\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70135"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70135"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70135"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}