{"id":70147,"date":"2008-08-29T13:23:05","date_gmt":"2008-08-29T13:23:05","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/08\/29\/desarroi-schizophrenique\/"},"modified":"2008-08-29T13:23:05","modified_gmt":"2008-08-29T13:23:05","slug":"desarroi-schizophrenique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/08\/29\/desarroi-schizophrenique\/","title":{"rendered":"D\u00e9sarroi schizophr\u00e9nique"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">D\u00e9sarroi schizophr\u00e9nique<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t29 ao\u00fbt 2008  L&rsquo;UE se r\u00e9unit lundi, sous la pr\u00e9sidence de la France. Les Fran\u00e7ais, sous la direction de Sarkozy, sont, comme les autres Europ\u00e9ens, embourb\u00e9s dans le marigot de la mont\u00e9e aux extr\u00eames. La France, pr\u00e9sidente de l&rsquo;UE, qui avait entam\u00e9 cette crise dans une certaine improvisation <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_inevitable_french_touch_.html\" class=\"gen\">cr\u00e9atrice<\/a>, en est d\u00e9sormais r\u00e9duite \u00e0 envisager de refuser de prendre des initiatives pour le sommet, dans tous les cas pour ce jour (hier apr\u00e8s-midi \u00e0 Bruxelles, \u00e0 la r\u00e9union minist\u00e9rielle pr\u00e9paratoire du sommet), parce que dans le climat actuel prendre l&rsquo;initiative reviendrait \u00e0 proposer des sanctions contre la Russie. Une fois cela mis en \u00e9vidence, il serait apparu \u00e9vident que l&rsquo;UE ne prendra pas de sanctions. Cet assouplissement de sa position par rapport aux perspectives de sanctions d&rsquo;un instant auparavant (les choses vont vite) n&rsquo;attire aucune reconnaissance, aucune concession de la part des Russes. (Et l&rsquo;on appr\u00e9ciera le chemin parcouru depuis les pr\u00e9visions d&rsquo;une pr\u00e9sidence fran\u00e7aise de l&rsquo;UE qui devait constituer un mod\u00e8le de volontarisme, o\u00f9 la France ne cesserait de bouleverser la v\u00e9n\u00e9rable institution en proposant initiative sur initiative.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa politique europ\u00e9enne se confirme d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9clatante pour ce qu&rsquo;elle est \u00e0 l&rsquo;occasion de cette crise: une affirmation martiale et tonitruante d&rsquo;impuissance. L&rsquo;Europe n&rsquo;en est d&rsquo;ailleurs pas responsable. Pris individuellement, les nations ne font pas mieux. Ce n&rsquo;est plus la question du choix d&rsquo;une politique mais le constat d&rsquo;une forme de comportement politique qui nous est impos\u00e9 par une m\u00e9canique sans visage ni identit\u00e9, qui est le fonctionnement m\u00eame de notre syst\u00e8me, qui implique une mont\u00e9e aux extr\u00eames st\u00e9rile et paralysante. L&rsquo;Europe est aujourd&rsquo;hui touch\u00e9e de plein fouet par ce mal de la mont\u00e9e aux extr\u00eames qui touche l&rsquo;Occident en g\u00e9n\u00e9ral, qui revient pour ce cas \u00e0 d\u00e9noncer hautement et cat\u00e9goriquement l&rsquo;adversaire tout en cherchant un arrangement avec le partenaire; le probl\u00e8me de type schizophr\u00e9nique est que l&rsquo;adversaire et le partenaire sont un seul et m\u00eame pays.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(De leur c\u00f4t\u00e9, les Am\u00e9ricains en sont r\u00e9duits pour l&rsquo;instant \u00e0 une politique de provocation mesur\u00e9e, avec des forces qui poussent \u00e0 cette provocation et d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-en_mer_noire_mullen_a_la_barre.html\" class=\"gen\">autres<\/a> qui la freinent, cela en attendant une future administration dont on ne voit pas ce qu&rsquo;elle apportera sinon une hostilit\u00e9 anti-russe institutionnalis\u00e9e.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa politique europ\u00e9enne, comme chaque politique nationale \u00e9ventuelle, c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;affirmation conjointe de l&rsquo;intransigeante impossibilit\u00e9 du compromis et de la n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative du compromis; ou bien, dira-t-on, de la recherche du compromis imp\u00e9ratif gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;affirmation intransigeante de l&rsquo;impossibilit\u00e9 du compromis? L&rsquo;Europe ne cesse d&rsquo;affirmer un engagement intransigeant r\u00e9duit \u00e0 la rh\u00e9torique (au c\u00f4t\u00e9 de la G\u00e9orgie) tout en recherchant des formules de compromis avec les Russes, sans gu\u00e8re de succ\u00e8s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas est mis en \u00e9vidence d&rsquo;une fa\u00e7on concr\u00e8te entre une Europe qui d\u00e9nonce publiquement la Russie, dans des termes parfois violents qui semblent \u00e9videmment sans retour ni concession possible, et une Europe qui tente de voir comment faire survivre les conversations pour aboutir \u00e0 un cadre de partenariat strat\u00e9gique avec la Russie. Peut-on envisager dans le m\u00eame souffle, \u00e0 la m\u00eame heure, de la part des m\u00eames et en direction des m\u00eames, de mettre en place un partenariat strat\u00e9gique avec une puissance qu&rsquo;on d\u00e9nonce en m\u00eame temps dans des termes absolument intransigeants? Ce dilemme non pas corn\u00e9lien mais virtualiste et schizophr\u00e9nique est joliment, c&rsquo;est-\u00e0-dire inconsciemment pr\u00e9sent\u00e9 par ces quelques paragraphes du <em>Times<\/em> d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/tol\/news\/world\/europe\/article4626430.ece\" class=\"gen\">hier<\/a> o\u00f9 Kouchner annonce peut-\u00eatre des sanctions, mais semble laisser entendre que la France n&rsquo;est pas vraiment partie prenante (pr\u00e9side-t-elle l&rsquo;UE ou pas?), o\u00f9 l&rsquo;UE veut faire savoir qu&rsquo;elle est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s dure avec la Russie, mais que d&rsquo;autre part elle serait d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 un arrangement avec la Russie<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Chancellor Angela Merkel of Germany is unlikely to agree to any sanctions that might cause lasting damage to relations with Moscow and interrupt the flow of gas and oil to Europe.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Despite the obvious difficulties of imposing sanctions, Mr Kouchner made it clear that they were on the agenda for the summit on Monday, although he did not indicate that France itself was proposing such action. Sanctions are being considered and many other means as well&#8230;.Certain countries have asked that sanctions be imposed, he said.<\/em> () <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Mr Kouchner, however, said: We are trying to elaborate a strong text<\/em> [for the EU summit]<em> that will show our determination not to accept<\/em> [what is happening in Georgia].<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The EU, like Nato, does not want to sever relations with Russia and is keen to keep open the lines of communication with Moscow. Meanwhile, the public rhetoric was continuing to undermine the efforts being made behind the scenes to repair the diplomatic damage caused by Russia&rsquo;s military action in Georgia&#8230;<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe passage que nous avons \u00e9limin\u00e9 de cette citation \u00e9tait simplement une r\u00e9action de Lavrov, ins\u00e9r\u00e9e dans cette descriptions des folies de l&rsquo;UE, le ministre russe des affaires \u00e9trang\u00e8res qualifiant ainsi l&rsquo;id\u00e9e de sanctions : \u00ab<em>the product of a sick imagination. I think it is a demonstration of complete confusion.<\/em>\u00bb Il est assez difficile de lui donner compl\u00e8tement tort, dans tous les cas pour la confusion et m\u00eame au nom de la sauvegarde de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;on se rassure  En m\u00eame temps que le texte du <em>Times<\/em>, \u00e9tait mis en ligne,  <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2008\/08\/28\/europe\/union.php<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIHT\u00a0\u00bb class=\u00a0\u00bbgen\u00a0\u00bb>un texte<\/a> de l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em> nous confirmant que rien ne peut \u00eatre confirm\u00e9, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 question de sanctions mais qu&rsquo;il n&rsquo;y en aura pas, que les choses ne peuvent \u00eatre du type <em>business as usual<\/em> mais que pourtant il ne peut \u00eatre question d&rsquo;envisager purement et simplement de ne pas reprendre (le 16 septembre) les discussions sur un partenariat strat\u00e9gique avec une Russie d\u00e9nonc\u00e9e comme une entit\u00e9 immonde et insupportable. L&rsquo;essentiel est bien que nous cherchons une <em>coherent response<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Struggling for a coherent response to the Russian military actions in the Caucasus, senior European Union diplomats Thursday agreed to increase assistance to Georgia but shied away from threats to impose tough sanctions against Moscow.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Four hours of discussion in Brussels ended with an agreement to review relations with Russia, condemn its actions in Georgia and warn that business cannot continue as usual.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>However there was no consensus on whether to postpone discussions a new partnership agreement with Russia, scheduled for Sept. 16. Heads of government will consider, when they meet Monday, whether it is politically possible to proceed, but several countries insisted Thursday that Moscow should not be isolated.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme pour bien nous montrer qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question de la seule Europe comme fautive par ses travers divers d&rsquo;organisation devenue impuissante \u00e0 force d&rsquo;\u00e9largissement, de prudences diverses et de servilit\u00e9s vari\u00e9es, il y a comme en contrepoint les d\u00e9clarations \u00e0 la BBC, ce m\u00eame <a href=\"http:\/\/news.bbc.co.uk\/2\/hi\/uk_news\/politics\/7585527.stm\" class=\"gen\">28 ao\u00fbt<\/a>, du secr\u00e9taire au Foreign Office Milibrand. Il s&rsquo;agit bien, cette fois, d&rsquo;un Anglais, et d&rsquo;une politique nationale. Milibrand est de retour d&rsquo;Ukraine o\u00f9 il est all\u00e9 enflammer la volont\u00e9 de r\u00e9sistance de cet h\u00e9ro\u00efque alli\u00e9 qu&rsquo;est Ioutchenko, en appelant, rien moins, au rassemblement d&rsquo;une coalition internationale la plus large possible contre la Russie. Est-ce une nouvelle guerre d&rsquo;Espagne pour le jeune Milibrand, fils d&rsquo;un ancien militant du parti communiste anglais? Nous n&rsquo;avons rien compris, car le voici, penaud et d\u00e9sol\u00e9  qu&rsquo;on n&rsquo;ait vraiment rien compris, et arrangeant au micro de la BBC:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>David Miliband told the BBC there was no western plot to encircle Russia and said there was no question of launching an all-out war.<\/em>\u00bb Et Milibrand de poursuivre, en phases et phrases altern\u00e9es et qu&rsquo;on imagines haletantes : \u00ab<em>I thought it was very important, at this stage, to say to friendly countries like the Ukraine that we were determined to support their democratic choices.<\/em> [] <em> The point I want to underline, above all others, is that what&rsquo;s happened since the collapse of the Soviet Union is not a Western plot. It&rsquo;s a series of decisions by independent sovereign democracies about the course that they want to take: not a course of confrontation with Russia, but a course of engagement with the West, which I think is wholly within their rights, and is something we&rsquo;ve been right to support.<\/em>\u00bb Puis Milibrand confirme, r\u00e9affirme et proclame qu&rsquo;il est pour l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;Ukraine dans l&rsquo;OTAN (on allait \u00e9crire : pour l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;OTAN dans l&rsquo;Ukraine), pour aussit\u00f4t pr\u00e9ciser cette \u00e9vidence que toute appr\u00e9ciation r\u00e9aliste du meilleur des mondes a \u00e0 l&rsquo;esprit : \u00ab<em>We don&rsquo;t accept that&#8230; the choice for Ukraine is that either you are an enemy of Russia or you are a vassal of Russia. You can be a partner of the West. You can be a partner of Russia.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa performance rh\u00e9torique du jeune Milibrand lui vaut, <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/commentisfree\/2008\/aug\/29\/russia.georgia\" class=\"gen\">ce matin<\/a>, ce commentaire du <em>Gardian<\/em>, un journal pourtant ami: \u00ab<em>To claim, as David Miliband did yesterday, that Nato did not have a sphere of influence and that the eastern expansion of the military alliance was merely an expression of individual democracies exercising their new-found sovereignty, was breathtakingly disingenuous.<\/em>\u00bb (Disons que <em>breathtakingly disingenuous<\/em> pourrait vouloir dire : d\u00e9loyal \u00e0 vous laisser sans voix. Son voyage en Ukraine ressemble alors \u00e0 l&rsquo;incendiaire qui vient de faire sa besogne \u00e0 Kiev et revient en vous disant que le seul r\u00e9sultat de son voyage est bien qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus aucun incendie, qu&rsquo;annoncer qu&rsquo;il faut monter une coalition avec l&rsquo;Ukraine contre la Russie revient \u00e0 dire \u00e0 l&rsquo;Ukraine qu&rsquo;elle peut \u00eatre en m\u00eame temps ceci et cela: Vous pouvez \u00eatre partenaire avec l&rsquo;Ouest. Vous pouvez \u00eatre partenaire avec la Russie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue dire de plus \u00e0 ce point pour documenter le cas d\u00e9montr\u00e9 ici de la position intellectuelle extravagante de l&rsquo;Europe, rassembl\u00e9e comme jamais elle ne fut en une cacophonie antagoniste dans tous les sens et de tous les c\u00f4t\u00e9s. Cela pourrait nous valoir d&rsquo;ici quelques temps quelques d\u00e9missions de ministres, nullement par d\u00e9saccord d&rsquo;une politique que nul ne peut identifier, mais par \u00e9puisement de l&rsquo;esprit. Il ne reste donc plus qu&rsquo;\u00e0 tenter de commenter cette salade.<\/p>\n<h3>Plus la crise s&rsquo;aggrave, plus la coop\u00e9ration s&rsquo;impose<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque nous d\u00e9crivions, dans notre <em>F&#038;C<\/em> d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-qui_est_isole_et_comment.html \" class=\"gen\">hier<\/a>, l&rsquo;isolement de l&rsquo;Ouest dans sa <em>narrative<\/em> moralisante de la crise g\u00e9orgienne, nous ajoutions cette restriction: <em>Ce qu&rsquo;on d\u00e9crit de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de l&rsquo;Ouest n&rsquo;est \u00e9videmment que partiel, et en confrontation permanente avec des constats de bon sens que font \u00e9galement les Occidentaux, avec les r\u00e9sultats catastrophiques de la politique et ainsi de suite. (Cette confrontation entre la narrative et le r\u00e9el nourrit le d\u00e9sarroi visible, la d\u00e9sorientation palpable de la politique occidentale dans cette crise.)<\/em>\u00bb La phase d\u00e9crite dans ce commentaire est celle de la confrontation entre la <em>narrative<\/em>, soudain plac\u00e9e face aux exigences du bon sens, avec comme r\u00e9sultat le d\u00e9sarroi visible, la d\u00e9sorientation palpable de la politique occidentale,  quoique nous pourrions remplacer le dernier mot par europ\u00e9enne, certes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Ouest, l&rsquo;Europe en l&rsquo;occurrence, est au point terminus de son emprisonnement de l&rsquo;esprit. On n&rsquo;oserait dire tout le monde descend, car on ne s&rsquo;\u00e9chappe pas d&rsquo;une prison aussi bien verrouill\u00e9e. On nous \u00e9pargnera les consid\u00e9rations sur la servilit\u00e9 de l&rsquo;Europe (vis-\u00e0-vis des USA), sur la trahison permanente et r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e de certains pays, \u00e0 l&rsquo;Est notamment, en faveur des USA, sur les divers complots en cours. M\u00eame si tout cela existe, comme chacun sait, nous sommes au-dessus ou au-del\u00e0. Nous sommes dans l&rsquo;exploration du cauchemar de la schizophr\u00e9nie absolue lorsqu&rsquo;elle atteint le stade de l&rsquo;expression hyst\u00e9rique, celui o\u00f9 l&rsquo;on p\u00e8se le poids r\u00e9el du virtualisme contre la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette succession de contradictions empil\u00e9es les unes apr\u00e8s les autres, dans les minutes qui se suivent, constitue un spectacle effrayant ou fascinant c&rsquo;est selon. Cette succession d&rsquo;affirmation qu&rsquo;il faut condamner s\u00e9v\u00e8rement la Russie, jusqu&rsquo;\u00e0 envisager des sanctions, et, aussit\u00f4t apr\u00e8s, qu&rsquo;il faut songer \u00e0 pr\u00e9server les liens avec la Russie, et notamment, envisager, d\u00e8s le 16 septembre, de reprendre les discussions pour un partenariat strat\u00e9gique, est v\u00e9ritablement angoissante dans ce qu&rsquo;elle montre d&#8217;emprisonnement. Le plus effrayant ou le plus fascinant est effectivement la proximit\u00e9, voire le lien presque direct des propositions antagonistes. Lorsqu&rsquo;une contradiction est perdue dans le temps et dans l&rsquo;\u00e9loignement des domaines, elle peut encore \u00eatre contenue; lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;exprime si ouvertement et si directement, elle confronte l&rsquo;esprit \u00e0 un obstacle infranchissable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore, cette situation aggrave les conditions m\u00eames de la contradiction. Venant apr\u00e8s la phase de durcissement anti-russe de l&rsquo;UE, qui a suivi, assez logiquement, la reconnaissance des s\u00e9cessionnistes de G\u00e9orgie par la Russie, les contorsions extraordinaires de l&rsquo;UE mettent un \u00e9vidence un paradoxe. On peut avancer que l&rsquo;accord de partenariat strat\u00e9gique avec la Russie, si grossi\u00e8rement contradictoire de la rh\u00e9torique anti-russe, est aujourd&rsquo;hui jug\u00e9 plus n\u00e9cessaire que jamais par nombre de pays de l&rsquo;UE, plus n\u00e9cessaire qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait avant la crise. (Il faut rappeler que cet accord est bloqu\u00e9 depuis plus d&rsquo;un an, ce qui implique qu&rsquo;il existait une crise UE-Russie s\u00e9rieuse avant la crise.) Il est plus n\u00e9cessaire, justement pour rattraper et compenser cette rh\u00e9torique, et verrouiller quelques \u00e9l\u00e9ments forts de relations avec la Russie. Chaque d\u00e9cision prise semble activer la n\u00e9cessit\u00e9 de faire progresser son contraire exactement dans l&rsquo;instant, aussit\u00f4t. On dirait que plus la crise s&rsquo;aggrave dans l&rsquo;instant, plus la coop\u00e9ration est imp\u00e9rative dans le m\u00eame instant, plus elle est n\u00e9cessaire aussit\u00f4t. Cette proposition n&rsquo;est pas d\u00e9raisonnable en soi mais elle devient schizophr\u00e9nique lorsque celui qui aggrave la crise est en m\u00eame temps celui qui juge que la coop\u00e9ration est par cons\u00e9quent encore plus imp\u00e9rative.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa mont\u00e9e aux extr\u00eames de la rh\u00e9torique conduit par logique antinomique \u00e0 rendre imp\u00e9ratif un rapprochement de coop\u00e9ration avec la Russie, et tr\u00e8s vite avant que les relations de fond ne se d\u00e9t\u00e9riorent d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s irr\u00e9versible. La mont\u00e9e aux extr\u00eames s&rsquo;effectue dans les deux sens: radicalisation du besoin d&rsquo;accord contre radicalisation de la critique. C&rsquo;est que le virtualisme n&rsquo;a pas raison de tout et il reste une constante qui, au bout du compte, impose son <em>diktat<\/em> au d\u00e9chainement de la rh\u00e9torique extr\u00e9miste: la g\u00e9ographie. Si l&rsquo;UE ne rencontre pas les exigences de la g\u00e9ographie, sa coh\u00e9sion, voire pire, est en cause. Situation singuli\u00e8re: \u00e0 l&rsquo;exigence d&rsquo;extr\u00e9misme rh\u00e9torique anti-russe pour maintenir la coh\u00e9sion de l&rsquo;UE qui \u00e9tait jusqu&rsquo;ici un fond de commerce de la politique europ\u00e9enne, s&rsquo;ajoute d\u00e9sormais l&rsquo;exigence d&rsquo;arrangement avec la Russie pour maintenir la coh\u00e9sion de l&rsquo;UE. C&rsquo;est sur ce territoire d\u00e9vast\u00e9 comme par le passage des Huns que les excellences europ\u00e9ennes se rencontreront lundi, \u00e0 Bruxelles, pour un sommet \u00e9videmment exceptionnel..<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9sarroi schizophr\u00e9nique 29 ao\u00fbt 2008 L&rsquo;UE se r\u00e9unit lundi, sous la pr\u00e9sidence de la France. Les Fran\u00e7ais, sous la direction de Sarkozy, sont, comme les autres Europ\u00e9ens, embourb\u00e9s dans le marigot de la mont\u00e9e aux extr\u00eames. 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