{"id":70150,"date":"2008-08-30T13:12:51","date_gmt":"2008-08-30T13:12:51","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/08\/30\/lenigme-suite-fortissimo\/"},"modified":"2008-08-30T13:12:51","modified_gmt":"2008-08-30T13:12:51","slug":"lenigme-suite-fortissimo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/08\/30\/lenigme-suite-fortissimo\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9nigme, suite <em>fortissimo<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;\u00e9nigme, suite <strong><em>fortissimo<\/em><\/strong><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t30 ao\u00fbt 2008  Pourquoi la Russie a-t-elle reconnu l&rsquo;Abkhazie et l&rsquo;Oss\u00e9tie du Sud? La d\u00e9cision a surpris consid\u00e9rablement les autres acteurs de la crise et n&rsquo;a pas eu encore d&rsquo;explication compl\u00e8te et satisfaisante, tant s&rsquo;en faut. Les hypoth\u00e8ses s&rsquo;\u00e9changent donc avec vivacit\u00e9. Ce ne sont pas elles pr\u00e9cis\u00e9ment qui nous int\u00e9ressent, mais le prolongement de la r\u00e9flexion qui les accompagneraient \u00e9ventuellement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas, nous demandons \u00e0 nos lecteurs de placer cette r\u00e9flexion intuitive, ou post-intuitive dans la logique, ou dans le prolongement de notre texte du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_enigme_russe.html\" class=\"gen\">26 ao\u00fbt<\/a>. Ce texte mentionnait la reconnaissance de l&rsquo;Abkhazie et de l&rsquo;Oss\u00e9tie du Sud, mais sans la distinguer outre-mesure, au milieu d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements. (Nous avons rajout\u00e9 <em>in extremis<\/em> dans notre texte la d\u00e9cision de Medvedev alors qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait fait mention, au d\u00e9but de sa r\u00e9daction, que du vote du Parlement. C&rsquo;est dire que nous n&rsquo;\u00e9tions pas \u00e9mu pr\u00e9cis\u00e9ment par cette d\u00e9cision. Il faut le temps de l&rsquo;appr\u00e9ciation pour r\u00e9aliser quelle r\u00e9flexion elle alimente.) Ce texte pr\u00e9sentait plus une appr\u00e9ciation intuitive qu&rsquo;une analyse rationnelle classique, et si celui qui lui succ\u00e8de, que nous \u00e9crivons actuellement, se pr\u00e9tend \u00e9ventuellement plus analytique, il reste marqu\u00e9 par l&rsquo;intuition; pour sacrifier \u00e0 la tendance dialectique postmoderne, nous l&rsquo;avons affubl\u00e9 du qualificatif de post-intuitif<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tHier, un lecteur nous signalait un <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/world\/20080829\/116373473.html\" class=\"gen\">texte<\/a> de Fedor Loukianov, r\u00e9dacteur en chef de la revue <em>Rossi\u00efa v globalno\u00ef politike<\/em>, qui donnait une analyse aux tr\u00e8s larges perspectives de la reconnaissances des s\u00e9cessionnistes de G\u00e9orgie. Nous y ajoutons un autre texte, sur le m\u00eame sujet, de Nebojsa Malic, sur <em>Antiwar.com<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.antiwar.com\/malic\/?articleid=13370\" class=\"gen\">28 ao\u00fbt<\/a>, sur le m\u00eame sujet, \u00e9galement avec une large perspective d\u00e9passant la seule d\u00e9cision de reconnaissance pour poser une interrogation plus large. Dans ces deux cas, le th\u00e8me concernerait plut\u00f4t, comme celui de notre texte initial d&rsquo;une fa\u00e7on affirm\u00e9e, l&rsquo;id\u00e9e que nous ne sommes pas dans une <em>crisis as usual<\/em>, comme nous en avons l&rsquo;habitude ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais dans une crise beaucoup plus large, dans une crise fondamentale. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous \u00e9crivions pour notre compte:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>L&rsquo;addition de ces divers \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;hypoth\u00e8se sugg\u00e9r\u00e9e (l&rsquo;hypoth\u00e8se que les Russes sont arriv\u00e9s \u00e0 une appr\u00e9ciation de la crise plus fondamentale, plus radicale, et n\u00e9cessitant plus qu&rsquo;une tactique habile), conduit \u00e0 envisager que la Russie pourrait \u00eatre, ou serait en train d&rsquo;entrer dans une phase compl\u00e8tement nouvelle, qui concerne certes les int\u00e9r\u00eats russes et l&rsquo;affirmation de la puissance russe, mais plus, beaucoup plus encore,  qui concerne la situation internationale dans son ensemble et le cas extraordinaire de d\u00e9stabilisation et de d\u00e9structuration que constituent les USA et leur politique,  selon le jugement russe mais aussi selon le jugement dans divers autres pays et dans diverses cat\u00e9gories d&rsquo;analystes.<\/em> ()<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Les Russes ont-ils conclu que le syst\u00e8me international ne peut plus continuer d&rsquo;une fa\u00e7on coh\u00e9rente avec les USA dans leur position d&rsquo;influence actuelle et ont-ils commenc\u00e9 \u00e0 agir pour tenter de briser sa structuration actuelle dans le chef du syst\u00e8me am\u00e9ricaniste? L&rsquo;hypoth\u00e8se est \u00e0 retenir pour suivre la crise telle qu&rsquo;elle va se d\u00e9velopper.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Dans le premier des deux textes cit\u00e9s, il y a l&rsquo;intervention de Fedor Loukianov. Certes, il y a d&rsquo;abord la r\u00e9action de l&rsquo;analyste pris en flagrant d&rsquo;erreur, qui tend \u00e0 expliquer son erreur par une circonstance extraordinaire. (Le <em>Guardian<\/em>, que nous citons dans notre texte du 26 ao\u00fbt expliquait, commentant la situation entre le vote du Parlement russe et la d\u00e9cision de Medvedev: \u00ab<em>One analyst said it was unlikely that the Kremlin would unilaterally recognise South Ossetian and Abkhazian independence. This would be more troublesome and problematic for Russia, said Fyodor Lukyanov, the editor-in-chief of the journal Russia in Global Affairs.<\/em> []<em> My guess is that this vote is a means to achieve better conditions for international negotiations, he added.<\/em>\u00bb) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLoukianov explique ainsi sa th\u00e8se, selon l&rsquo;interpr\u00e9tation de Novosti,  une th\u00e8se qu&rsquo;on pourrait d\u00e9finir selon les analogies fameuses d&rsquo;un C\u00e9sar franchissant le Rubicon ou d&rsquo;un Cortez faisant br\u00fbler ses vaisseaux:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Il ne s&rsquo;agit d\u00e9j\u00e0 plus de la G\u00e9orgie et de son leader. Les enjeux ont consid\u00e9rablement augment\u00e9. Il semble que Moscou ait d\u00e9cid\u00e9 de jouer son va-tout et d&rsquo;assumer le r\u00f4le de fossoyeur du syst\u00e8me des relations internationales, \u00e9trange et d\u00e9natur\u00e9 \u00e0 bien des \u00e9gards, qui s&rsquo;est instaur\u00e9 dans le monde \u00e0 la fin de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie apr\u00e8s l&rsquo;ach\u00e8vement de la guerre froide.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Les dirigeants russes, de m\u00eame que la majorit\u00e9 \u00e9crasante de la soci\u00e9t\u00e9, sont sinc\u00e8rement surpris par l&rsquo;ampleur et l&rsquo;unanimit\u00e9 du soutien apport\u00e9 en Occident \u00e0 Mikha\u00efl Saakachvili. Moscou ne comprend pas comment l&rsquo;Europe et les Etats-Unis ont pu se ranger unanimement au c\u00f4t\u00e9 de cet homme coupable de crimes de guerre qui a bafou\u00e9 tous les principes que le \u00ab\u00a0monde civilis\u00e9\u00a0\u00bb ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter. Le foss\u00e9 entre les perceptions n&rsquo;a probablement jamais \u00e9t\u00e9 aussi grave. Dans la position de l&rsquo;Occident, la Russie ne voit m\u00eame plus seulement des doubles standards, mais un cynisme non dissimul\u00e9 d\u00e9passant le cadre de la pratique politique normale.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Cette atmosph\u00e8re \u00e9motionnelle, associ\u00e9e au sentiment qu&rsquo;il est inutile de discuter avec les capitales occidentales, ont certainement rendu la position de Moscou plus radicale<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour Loukianov, la Russie a pris un risque radical,  si l&rsquo;on veut, elle joue le tout pour le tout: \u00ab<em>La Russie a brusquement chang\u00e9 de cours, en renon\u00e7ant \u00e0 toute tentative de recevoir une l\u00e9gitimation ext\u00e9rieure de ses actions et, en fait, en renon\u00e7ant \u00e0 agir dans le cadre du droit. Elle ne mise que sur ses propres forces (il n&rsquo;y a personne sur qui elle puisse compter)<\/em>\u00bb Bien entendu, il va de soi, dans cette logique radicale, qu&rsquo;un \u00e9chec signifierait une d\u00e9route totale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Malic s&rsquo;attache \u00e9galement \u00e0 la d\u00e9cision de Moscou, qu&rsquo;il juge inattendue, surprenante, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation d&rsquo;une erreur. Cette d\u00e9cision prive Moscou d&rsquo;une position morale (conforme au droit) puisque le m\u00eame acte qui est reproch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Occident (le Kosovo) est pos\u00e9 par Moscou. Malic d\u00e9veloppe une longue explication qui a \u00e0 voir avec l&rsquo;\u00e9volution de la Serbie depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance du Kosovo. Moscou ayant d\u00e9termin\u00e9 que la nouvelle \u00e9quipe au pouvoir en Serbie est totalement pro-am\u00e9ricaniste \u00ab<em>It is entirely plausible that Medvedev and Putin may have decided that ongoing support for Serbia made no sense if the authorities in Belgrade insisted on becoming American clients. Why should Russia care about Kosovo, if Serbia does not?<\/em>\u00bb Dans ce cas, pourquoi s&rsquo;attacher \u00e0 une politique pr\u00e9servant le pr\u00e9c\u00e9dent du Kosovo, pour pouvoir mieux le d\u00e9noncer \u00e0 partir d&rsquo;une position impeccable vis-\u00e0-vis des s\u00e9cessionnistes de la G\u00e9orgie? D&rsquo;o\u00f9 la d\u00e9cision de reconna\u00eetre l&rsquo;ind\u00e9pendance des s\u00e9cessionnistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du texte de Malic se trouve, \u00e0 notre sens, beaucoup plus dans les deux courtes parties de conclusion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<strong><em>Failure to Communicate<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Furthermore, the pragmatic Russians must have realized that their arguments concerning Kosovo weren&rsquo;t going to change the situation there, mostly because the Empire showed no intention of listening. It created reality by force, claimed everything was legal because it said so, and simply brushed Russian objections aside  for what could they do, invade? Moscow&rsquo;s response was to engage in its own reality-shaping by force, in a region where Russia had the guns and NATO was the one with nothing but words.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>If Medvedev and Putin thought this would teach the Empire a lesson, however, they were mistaken; firmly in the grip of solipsistic pseudo-logic, Washington is utterly incapable of seeing itself through the eyes of others. Even the misguided comparison of Ossetia with Kosovo fell on deaf ears, because indignant voices quickly cried out that Kosovo (being an American intervention) was right, while Ossetia (being Russian) was wrong!<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<strong><em>Bizarro World<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>It is difficult, perhaps even impossible, to communicate with someone so obsessed with managing the perceptions of reality that they&rsquo;ve become incapable of recognizing reality altogether. In the Bizarro World of the Atlantic Empire, the bombing of Serbia was humanitarian, the invasion of Iraq was defensive, the occupation of Afghanistan was democratic, and the separation of Kosovo was legal  while the Russian intervention to neutralize the Georgian army and save the Ossetians from ethnic cleansing was agression befitting Hitler or Stalin.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Medvedev and Putin are not angels  but they never claimed to be. That claim is the sole purview of American Emperors, a sign of madness that Bush\/Cheney, Obama\/Biden and McCain\/Whoever all have in common. To them, it doesn&rsquo;t actually matter what Russia does  whatever anyone but America (and its allies) does is by definition evil.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>One wonders if they quite understand this in Moscow. And what will happen once they do.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Rien \u00e0 voir avec la Guerre froide<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous commencerons notre commentaire par deux points concernant ces deux textes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Loukianov parle d&rsquo;un grand risque que prend Moscou, avec une situation catastrophique s&rsquo;il y a \u00e9chec. Mais la question qui se pose est de savoir si, dans l&rsquo;hypoth\u00e8se \u00e9voqu\u00e9e, il peut y avoir \u00e9chec au sens classique. De m\u00eame, Loukianov utilise une r\u00e9f\u00e9rence classique qui n&rsquo;est peut-\u00eatre plus de mise dans la situation cr\u00e9\u00e9e lorsqu&rsquo;il \u00e9crit: \u00ab<em>On a l&rsquo;impression que la d\u00e9cision de reconna\u00eetre les r\u00e9publiques caucasiennes a \u00e9t\u00e9 prise en vue d&rsquo;exclure tout recul de Moscou et de rendre ainsi la situation concernant l&rsquo;Abkhazie et l&rsquo;Oss\u00e9tie du Sud irr\u00e9versible. Cela n&rsquo;est pas un signe de confiance en soi, mais refl\u00e8te plut\u00f4t une disposition \u00e0 prendre un grand risque.<\/em>\u00bb La r\u00e9f\u00e9rence de la confiance en soi peut \u00eatre aussi bien retourn\u00e9e, et consid\u00e9r\u00e9e dans le cadre de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un acte de rupture avec l&rsquo;ordre existant, comme une audace n\u00e9cessaire et nullement un manque de confiance en soi. (Nous observions dans notre texte d\u00e9j\u00e0 r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 du 26 ao\u00fbt \u00ab<em>que l&rsquo;absence de nuance et une certaine brutalit\u00e9 peuvent dans certains cas constituer la poursuite de l&rsquo;habilet\u00e9 politique par d&rsquo;autres moyens<\/em>\u00bb.) Dans ce cas, la notion de grand risque est \u00e9vidente et n&rsquo;a aucune signification en soi. Une rupture implique par essence un grand risque, qui n&rsquo;en est plus un alors selon le sens commun. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Malic d\u00e9crit une situation tr\u00e8s plausible, o\u00f9 l&rsquo;absence de communication avec lOuest (les USA principalement) implique le constat de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9voluer conjointement dans le m\u00eame ordre international. La derni\u00e8re remarque de Malic est peut-\u00eatre mal \u00e0 propos et pourrait passer de sa position d&rsquo;\u00e9ventuelle cons\u00e9quence \u00e0 la position de cause. D\u00e9rivant l&rsquo;esp\u00e8ce de folie, disons l&rsquo;autisme des dirigeants US enferm\u00e9s dans un virtualisme d\u00e9crivant un monde o\u00f9 les seuls actes des USA constituent la seule r\u00e9f\u00e9rence possible, et non des r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales accept\u00e9es par tous, Malic  \u00e9crit : \u00ab<em>One wonders if they quite understand this in Moscow. And what will happen once they do.<\/em>\u00bb (On peut se demander s&rsquo;ils comprennent exactement, \u00e0 Moscou [cette situation de l&rsquo;autisme des dirigeants US]. Et ce qu&rsquo;il arrivera une fois qu&rsquo;ils l&rsquo;auront compris.) La proposition deviendrait alors que c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils ont compris, \u00e0 Moscou, cette situation qu&rsquo;ils ont agi comme ils l&rsquo;ont fait (reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance des s\u00e9cessionnistes g\u00e9orgiens). La chose \u00e9tait d&rsquo;ailleurs proche d&rsquo;\u00eatre \u00e9vidente avec <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-_lectures_de_poutine.html\" class=\"gen\">le discours<\/a> de Poutine \u00e0 Munich en 2007.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe nud de la r\u00e9flexion se noue autour de l&rsquo;interpr\u00e9tation de la reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance des s\u00e9cessionnistes. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un acte politique classique, \u00e0 consid\u00e9rer d&rsquo;un point de vue r\u00e9gional, dans le cadre de l&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 la G\u00e9orgie, d&rsquo;une affirmation de s\u00e9curit\u00e9 et de puissance, voire d&rsquo;une tendance h\u00e9g\u00e9monique r\u00e9gionale? Dans ce cas, effectivement, la d\u00e9marche russe est peu compr\u00e9hensible puisqu&rsquo;elle n&rsquo;implique aucune rupture fondamentale et place la Russie en contravention avec des r\u00e8gles de droit dont elle r\u00e9clamait le respect pour le Kosovo, tout cela pour un avantage des plus restreints et contestables. Ou bien, s&rsquo;agit-il de l&rsquo;acte de rupture dont il est question, c&rsquo;est-\u00e0-dire un acte mettant en cause toute une structure et le droit qui la soutient? Dans ce cas, bien entendu, l&rsquo;acte doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Il ne prendra toute sa signification qu&rsquo;en fonction de ce qui suivra; \u00e0 lui seul, il ne suffit pas pour affirmer cette rupture et il devrait \u00eatre suivi d&rsquo;autres actes allant dans le m\u00eame sens de la rupture.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe texte de Malic, surtout, met en \u00e9vidence l&rsquo;aspect principal de l&rsquo;hypoth\u00e8se, de ce que serait une politique de rupture de la Russie. Il ne s&rsquo;agit pas seulement de chercher une autre formule pour les relations internationales mais d&rsquo;abord d&rsquo;observer qu&rsquo;il n&rsquo;est plus possible d&rsquo;avoir des relations normales avec le pouvoir US,  plus encore, ou pire, avec la psychologie am\u00e9ricanistes,  et c&rsquo;est bien cela que Malic implique: \u00ab<em>the Empire showed no intention of listening. It created reality by force, claimed everything was legal because it said so.<\/em> []<em> It is difficult, perhaps even impossible, to communicate with someone so obsessed with managing the perceptions of reality that they&rsquo;ve become incapable of recognizing reality altogether.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCes observations rejoignent l&rsquo;id\u00e9e que nous poursuivons depuis longtemps, que la bataille n&rsquo;est pas id\u00e9ologique, encore moins politique, mais bien psychologique, et que nous sommes dans <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">l&rsquo;\u00e8re psychopolitique<\/a>. Tout le reste en d\u00e9pend, y compris la g\u00e9opolitique, parce que tout est fond\u00e9 sur la diff\u00e9rence irr\u00e9conciliable de perception qui fait interpr\u00e9ter le m\u00eame acte d&rsquo;une fa\u00e7on absolument irr\u00e9conciliable, qui fait prendre des d\u00e9cisions sortant d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence rationnelle commune. Ainsi, si Saakachvili a attaqu\u00e9 avec le soutien, voire l&rsquo;aide directe des USA (ce qui est la th\u00e8se de <a href=\"http:\/\/edition.cnn.com\/2008\/WORLD\/europe\/08\/29\/putin.transcript\/\" class=\"gen\">Poutine<\/a> mais aussi des services de renseignement fran\u00e7ais), les dirigeants US n&rsquo;en consid\u00e8rent pas moins que tout se passe comme si Saakachvili avait agi principalement, voire exclusivement, selon la justesse de sa cause et selon son bon droit, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on selon l&rsquo;aide de personne sinon cette justesse de sa cause. Les seules choses \u00e9videmment inacceptables, autant qu&rsquo;inattendues, sont que l&rsquo;Oss\u00e9tie du Sud n&rsquo;a pas capitul\u00e9 aussit\u00f4t et que les Russes sont intervenus. Dans ce cas, on comprend que Saakachvili, intoxiqu\u00e9 par cet \u00e9tat d&rsquo;esprit US, ait attaqu\u00e9 malgr\u00e9 la folie de l&rsquo;entreprise, puisqu&rsquo;il ne devait pas y avoir de riposte russe. M\u00eame si des renseignements (\u00e9ventuellement US) ont \u00e9ventuellement dit le contraire, on ne les a pas crus, comme on n&rsquo;a pas cru le renseignement disant que Saddam n&rsquo;avait pas d&rsquo;ADM.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi les Russes ont compris et admis tout cela, si leur reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance des s\u00e9cessionnistes se place dans ce cadre d&rsquo;analyse, cette mesure est la premi\u00e8re avant d&rsquo;autres du m\u00eame acabit car la rupture se fera au rythme de l&rsquo;accumulation de mesures de cet ordre. Il n&rsquo;est pas question de confiance en soi ou de grand risque, il est question d&rsquo;un mouvement qui, s&rsquo;il est vraiment lanc\u00e9, emporte et d\u00e9passe tout le monde, qui impose et imposera des mesures de rupture. Aucune conciliation, aucune r\u00e9conciliation n&rsquo;est possible. Cela ne signifier pas un affrontement de type classique mais des actions \u00e9voluant dans des mondes diff\u00e9rents, qui ne communiquent pas entre eux, et o\u00f9 la perception et la psychologie sont les principaux enjeux. Est-ce ce qui se passe?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas, l&rsquo;Europe est dans une position nouvelle. Elle ne peut s&rsquo;en laver les mains, comme dans le cas irakien, parce que tout se passe chez elle. Or l&rsquo;Europe est dans une situation ambigu\u00eb voire contradictoire, d&rsquo;ailleurs avec une palette tr\u00e8s large de nuances entre les pays. D&rsquo;une part, elle partage plus ou moins compl\u00e8tement la d\u00e9marche US pour diverses raisons,  int\u00e9r\u00eats, couardise, servilit\u00e9, facilit\u00e9, et aussi foi dans la m\u00eame construction de virtualisme moral; elle la partage mais il n&rsquo;est pas assur\u00e9 du tout que le m\u00eame autisme psychologique dont elle est affect\u00e9e ne rencontre pas de puissants obstacles qui le feront vaciller gravement, sinon pire. En effet, devant une situation qui l&rsquo;affecte directement elle a des doutes, des craintes, elle retrouve \u00e9ventuellement un vieux fond d&rsquo;exp\u00e9rience qui la rend mal \u00e0 l&rsquo;aise devant ce qui est per\u00e7u par instants comme une folie US. Cette ambivalence conduit dans les cas extr\u00eames \u00e0 une <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-desarroi_schizophrenique.html\" class=\"gen\">schizophr\u00e9nie<\/a> qui n&rsquo;est gu\u00e8re supportable longtemps. La remarque est d&rsquo;autant plus acceptable que, insistons sur ce fait central, la crise en Europe et la pression sur l&rsquo;Europe vont \u00eatre d\u00e9sormais constantes. De ce point de vue, nous en sommes revenus \u00e0 la tension extr\u00eame de la crise des <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-vont-ils_ressusciter_la_crise_des_euromissileset_8747.html?\" class=\"gen\">euromissiles<\/a>, quoique dans des conditions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est possible, probable m\u00eame que la Russie n&rsquo;a pas compl\u00e8tement choisi cette \u00e9ventuelle politique de rupture qu&rsquo;on d\u00e9crit d&rsquo;une fa\u00e7on hypoth\u00e9tique; il se pourrait qu&rsquo;elle y soit d\u00e9sormais engag\u00e9e, m\u00eame en partie contre son gr\u00e9, ou en partie sans la r\u00e9aliser pleinement; mais si cette dynamique de rupture existe effectivement, elle va tr\u00e8s vite impr\u00e9gner la crise, donc la politique russe et aussi les autres acteurs, simplement parce que l&rsquo;alternative est une capitulation totale que, notamment, les Russes ne peuvent envisager. (Loukianov explique justement que l&rsquo;opinion publique russe est tr\u00e8s engag\u00e9e dans cette crise et n&rsquo;accepterait pas une capitulation\u00ab<em>Dans l&rsquo;atmosph\u00e8re qui s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9e autour de cette guerre dans la soci\u00e9t\u00e9, il \u00e9tait difficile de faire des compromis diplomatiques et de les expliquer \u00e0 la population, m\u00eame dans les conditions d&rsquo;un contr\u00f4le des m\u00e9dias t\u00e9l\u00e9visuels. Bref, la sensation qu&rsquo;on pourrait de nouveau enlever \u00e0 la Russie une victoire consid\u00e9r\u00e9e comme telle \u00e0 juste titre sur le plan moral, militaire et politique, l&rsquo;a oblig\u00e9e \u00e0 virer brusquement de bord.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOutre les Russes, les autres acteurs devraient suivre une crise qui deviendrait, si elle ne l&rsquo;est d\u00e9j\u00e0, une crise de rupture, parce que nous sommes en Europe au cur du monde et de la crise, et que la crise qui  acquiert dans ces conditions une dynamique propre bouleverse directement l&rsquo;Europe. Le facteur qui compte alors, dans les tensions grandissantes, n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9conomie de la Russie et combien de temps elle pourrait tenir sans l&rsquo;Ouest (selon l&rsquo;analyse de ceux qui disent que la crise va isoler la Russie) mais plut\u00f4t que la Russie a 7 000 t\u00eates nucl\u00e9aires et qu&rsquo;on ne peut pas vraiment isoler une puissance destructrice pareille, qu&rsquo;on ne peut ignorer une crise qui implique une telle puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes USA maintiennent depuis la fin de la Guerre froide et surtout depuis 9\/11 une pr\u00e9pond\u00e9rance qui est inexplicable sinon par les facteurs psychologiques \u00e9nonc\u00e9s, caract\u00e9ris\u00e9s par le virtualisme notamment. Du point de vue de la puissance classique, g\u00e9opolitique, militaire, etc.,  cette pr\u00e9pond\u00e9rance n&rsquo;est plus justifi\u00e9e et elle devient de plus en plus insupportable. Cette crise devient alors d\u00e9cisive s&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re effectivement que c&rsquo;est le facteur psychologique qui est en cause, qu&rsquo;il y a bien une intention ou une dynamique de rupture (et alors, on comprend qu&rsquo;elle attaque bien la psychologie, non pas le droit fondamentalement comme dans l&rsquo;affaire de la reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance des s\u00e9cessionnistes g\u00e9orgiens; la question du droit n&rsquo;est dans ce cas qu&rsquo;une cons\u00e9quence de cette distorsion psychologique).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;hypoth\u00e8se de la rupture est la bonne, cette crise est sur le point d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 ceux qui l&rsquo;ont d\u00e9clench\u00e9e et \u00e0 ceux qui y figurent, \u00e0 tous, y compris les Russes. Un facteur compl\u00e9mentaire, surtout pour la position europ\u00e9enne, est l&rsquo;absence des USA en termes d&rsquo;absence de pouvoir. Le seul \u00e9cho que l&rsquo;Europe a des USA se r\u00e9sume \u00e0 des mesures de provocation primaires (navires en Mer Noire, r\u00e9armement de la G\u00e9orgie) et une propagande grossi\u00e8re et sans nuances qui accentue le malaise psychologique fondamental, entre tentations de suivre cette propagande par habitude de servilit\u00e9 et aussi croyance dans le mythe am\u00e9ricaniste, et  rappel constant et pressant des r\u00e9alit\u00e9s. Il n&rsquo;y a pas impulsion des USA, il y a l&rsquo;expos\u00e9 sans nuance d&rsquo;une m\u00e9canique \u00e0 faire de la propagande et de la provocation. Il est tr\u00e8s difficile dans ces conditions de maintenir dans la tension une unit\u00e9 <strong>psychologique<\/strong> de l&rsquo;Ouest, ce qui est l&rsquo;essentiel en l&rsquo;occurrence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne sommes nullement, absolument pas, dans une nouvelle Guerre froide; nous sommes dans une bataille psychologique pour la perception du monde. La Guerre froide \u00e9tait par d\u00e9finition stabilit\u00e9, long terme, arrangement antagoniste; la crise actuelle est instabilit\u00e9, court sinon tr\u00e8s court terme par sa volatilit\u00e9, antagonismes variables et impossibles \u00e0 arranger dans un statut stable. La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une nouvelle Guerre froide, syst\u00e9matique du c\u00f4t\u00e9 anglo-saxon, n&rsquo;est nullement une peur qu&rsquo;on se fait \u00e0 soi-m\u00eame ou une technique de mobilisation mais une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;esprits archa\u00efques tentant d&rsquo;agripper un temps d\u00e9pass\u00e9 o\u00f9 Ouest et Est s&rsquo;opposait dans le confort, avec du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Ouest, l&rsquo;assurance faite \u00e0 soi-m\u00eame de repr\u00e9senter le mythique monde libre Une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e du r\u00eave anglo-saxon de concilier une pulsion h\u00e9g\u00e9monique irr\u00e9pressible et une bonne conscience morale qui assure le sommeil paisible. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9nigme, suite fortissimo 30 ao\u00fbt 2008 Pourquoi la Russie a-t-elle reconnu l&rsquo;Abkhazie et l&rsquo;Oss\u00e9tie du Sud? La d\u00e9cision a surpris consid\u00e9rablement les autres acteurs de la crise et n&rsquo;a pas eu encore d&rsquo;explication compl\u00e8te et satisfaisante, tant s&rsquo;en faut. Les hypoth\u00e8ses s&rsquo;\u00e9changent donc avec vivacit\u00e9. 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