{"id":70159,"date":"2008-09-02T15:00:27","date_gmt":"2008-09-02T15:00:27","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/09\/02\/la-politique-anglaise-dans-la-crise-georgienne-jugee-par-tocqueville\/"},"modified":"2008-09-02T15:00:27","modified_gmt":"2008-09-02T15:00:27","slug":"la-politique-anglaise-dans-la-crise-georgienne-jugee-par-tocqueville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/09\/02\/la-politique-anglaise-dans-la-crise-georgienne-jugee-par-tocqueville\/","title":{"rendered":"La politique anglaise dans la crise g\u00e9orgienne, jug\u00e9e par Tocqueville"},"content":{"rendered":"<p><h3 class=\"titrebloc\">La politique anglaise dans la crise g\u00e9orgienne, jug\u00e9e par Tocqueville<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Britanniques ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement absents dans la premi\u00e8re phase de la crise g\u00e9orgienne. (Pour le rappel des phases, voir notre <em>F&#038;C<\/em> de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-crise_troisieme_phase_02_09_2008.html\" class=\"gen\">ce jour<\/a>). Puis, lorsque nous f\u00eemes notre entr\u00e9e dans la phase, deuxi\u00e8me de la s\u00e9rie, que nous d\u00e9signons comme celle du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-desarroi_schizophrenique.html\" class=\"gen\">d\u00e9sarroi schizophr\u00e9nique<\/a>, o\u00f9 l&rsquo;anath\u00e8me \u00e0 partir d&rsquo;Evere prit le pas sur la n\u00e9gociation \u00e0 Moscou et \u00e0 Tbilissi, les Britanniques intervinrent. Alors, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de jeter de l&rsquo;huile sur le feu en paroles, de promettre appui moral et le\u00e7on de bonne justice internationale, de proclamer les grands principes, sans autre intention d&rsquo;intervenir avec on ne sait quoi, ils s&rsquo;impos\u00e8rent bien plus que les autres. L&rsquo;on vit et entendit Milibrand \u00e0 Kiev comme s&rsquo;il \u00e9tait encore \u00e0 Evere et l&rsquo;on lut des articles du Premier ministre Gordon Brown comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de Winston Churchill. La courbe d&rsquo;absence et de pr\u00e9sence du Royaume-Uni suit parfaitement les consignes assur\u00e9es de l&rsquo;irresponsabilit\u00e9. Cela \u00e9veille, chez nous, des souvenirs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais passons la plume \u00e0 Tocqueville<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn septembre 1849, une crise \u00e9clata entre l&rsquo;Autriche et le Pi\u00e9mont, la premi\u00e8re mena\u00e7ant \u00e0 nouveau d&rsquo;envahir le second. La France intervint et s&rsquo;entremit, avertissant par ailleurs l&rsquo;Autriche qui avait une forte responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;affaire qu&rsquo;elle, la France, n&rsquo;accepterait pas un conflit qui secouerait \u00e0 nouveau l&rsquo;Europe d\u00e9j\u00e0 mise \u00e0 mal par les remous de 1848. La France r\u00e9ussit \u00e0 imposer un compromis. Dans l&rsquo;entre temps, elle avait sollicit\u00e9 l&rsquo;aide de l&rsquo;Angleterre pour imposer la n\u00e9gociation. Sur instruction de Tocqueville, alors ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, l&rsquo;ambassadeur Drouyn de Lhyus alla voir lord Palmerston et lui exposa l&rsquo;affaire. L&rsquo;ambassadeur rapporta \u00e0 Tocqueville que Palmerston l&rsquo;avait \u00e9cout\u00e9 \u00ab<em>avec les signes les plus vifs d&rsquo;assentiment<\/em>\u00bb,  mais, lorsqu&rsquo;il en vint \u00e0 la demande d&rsquo;aide dans la n\u00e9gociation et au cas o\u00f9 la France devrait s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;Autriche, il s&rsquo;entendit r\u00e9pondre : \u00ab<em>Le gouvernement britannique, dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat dans cette affaire n&rsquo;est pas \u00e9gal au v\u00f4tre, ne pr\u00eatera au gouvernement pi\u00e9montais qu&rsquo;une assistance diplomatique et un appui moral.<\/em>\u00bb. Et Tocqueville de commenter (toutes ces citations extraites des <em>Souvenirs<\/em> du ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res du pr\u00e9sident Louis Napol\u00e9on Bonaparte, et auteur par ailleurs de <em>La d\u00e9mocratie en Am\u00e9rique<\/em>):<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>L&rsquo;Angleterre, \u00e0 l&rsquo;abri de la maladie r\u00e9volutionnaire des peuples par la sagesse de ses lois et la force de ses anciennes meurs, de la col\u00e8re des princes par sa puissance et son isolement au milieu de nous, joue volontiers, dans les affaires int\u00e9rieures du continent, le r\u00f4le d&rsquo;avocat de la libert\u00e9 et de la justice. Elle aime \u00e0 censurer et m\u00eame \u00e0 insulter les forts, \u00e0 justifier et \u00e0 encourager les faibles, mais il semble qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pour elle que de prendre un bon air et de discuter une th\u00e9orie honn\u00eate. Ses prot\u00e9g\u00e9s viennent-ils \u00e0 avoir besoin d&rsquo;elle, elle leur offre son appui moral.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout en laissant percer son agacement d&rsquo;une telle attitude, Tocqueville n&rsquo;en reconna\u00eet pas moins ses avantages (\u00ab<em>J&rsquo;ajoute, pour terminer sur ce chapitre, que cela lui r\u00e9ussit fort bien<\/em>\u00bb). Mais ce dernier constat date de 1849, \u00e9poque o\u00f9, comme chacun sait, et notamment les admirateurs inconditionnels de cette nation, l&rsquo;Angleterre poss\u00e9dait un vaste empire outre-mer qui suffisait largement \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats et \u00e0 sa gloire. Le fait est que ce n&rsquo;est plus le cas aujourd&rsquo;hui, tant s&rsquo;en faut, et que c&rsquo;est m\u00eame le contraire puisque, lorsqu&rsquo;il lui vient une pouss\u00e9e de nostalgie d&#8217;empire, l&rsquo;Angleterre se laisse entra\u00eener dans de catastrophiques aventures qui se nomment Irak et Afghanistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, ce qui pouvait appara\u00eetre hier comme une habilet\u00e9 fort aga\u00e7ante mais n\u00e9anmoins avantageuse, devient aujourd&rsquo;hui un r\u00e9flexe archa\u00efque marqu\u00e9 par l&rsquo;absence d&rsquo;imagination, l&rsquo;aveuglement et une fausse et vaniteuse illusion d&rsquo;habilet\u00e9. La politique que d\u00e9crit Tocqueville est celle de l&rsquo;isolationnisme britannique (par rapport \u00e0 l&rsquo;Europe), une politique bien plus constante qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet dans l&rsquo;histoire et qui fut souvent camoufl\u00e9e sous des appr\u00e9ciations admiratives sur les capacit\u00e9s britanniques \u00e0 manipuler la situation en Europe sans s&rsquo;y engager. Cette politique fut en partie responsable de la s\u00e9rie des catastrophes europ\u00e9ennes commen\u00e7ant en 1870, lorsque l&rsquo;Angleterre se d\u00e9sint\u00e9ressa du conflit franco-prussien qui menait in\u00e9vitablement \u00e0 un bouleversement des \u00e9quilibres continentaux. Encore pouvait-on comprendre un tel choix en 1870, toujours en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Empire. Aujourd&rsquo;hui, la politique de Gordon Brown est effectivement isolationniste, beaucoup plus m\u00eame que celle de Tony Blair, qui balan\u00e7ait l&rsquo;alignement sur les USA par un engagement europ\u00e9en notable, particuli\u00e8rement avant 9\/11. Il est probable que Blair aurait fait beaucoup mieux que Brown aujourd&rsquo;hui, notamment avec son go\u00fbt des coups diplomatiques qui l&rsquo;aurait pouss\u00e9 \u00e0 rechercher une perc\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la Russie, au c\u00f4t\u00e9 de Sarkozy, pour d\u00e9bloquer la crise. Avec Brown, nous avons une position arr\u00eat\u00e9e, ent\u00eat\u00e9e, sur une position dialectiquement maximaliste et moralisatrice sans r\u00e9elle influence ni le moindre aspect constructif, appuy\u00e9e sur une force militaire diss\u00e9min\u00e9e ailleurs dans le monde, dans ce qui n&rsquo;est plus l&rsquo;Empire, ou fracass\u00e9e par les aventures qu&rsquo;on sait. <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 2 septembre 2008 \u00e0 15H06<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La politique anglaise dans la crise g\u00e9orgienne, jug\u00e9e par Tocqueville Les Britanniques ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement absents dans la premi\u00e8re phase de la crise g\u00e9orgienne. (Pour le rappel des phases, voir notre F&#038;C de ce jour). 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