{"id":70163,"date":"2008-09-04T13:19:15","date_gmt":"2008-09-04T13:19:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/09\/04\/systeme-bloque\/"},"modified":"2008-09-04T13:19:15","modified_gmt":"2008-09-04T13:19:15","slug":"systeme-bloque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/09\/04\/systeme-bloque\/","title":{"rendered":"Syst\u00e8me bloqu\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Syst\u00e8me bloqu\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t4 septembre 2008  L&rsquo;USAF aura-t-elle jamais son ravitailleur en vol KC-45, syst\u00e8me strat\u00e9gique par excellence dont elle a un besoin urgent? Elle a l&rsquo;argent pour l&rsquo;acheter, elle a les contractants qui proposent leurs mod\u00e8les, elle a le processus de s\u00e9lection, elle a \u00e9videmment l&rsquo;infrastructure et le besoin op\u00e9rationnels, elle a encore plus la n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique et ainsi de suite,  pourtant, la question n&rsquo;est pas absurde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;ailleurs, ce n&rsquo;est pas nous qui la posons, cette question, mais un g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;USAF, le g\u00e9n\u00e9ral Arthur Lichte, commandant de l&rsquo;Air Mobility Command (AMC) qui doit prendre en charge les ravitailleurs. Lichte a rencontr\u00e9 les journalistes \u00e0 Washington et leur a parl\u00e9 de cette affaire. Ses propos sont int\u00e9ressants parce qu&rsquo;ils viennent d&rsquo;un homme qui n&rsquo;est pas directement impliqu\u00e9 dans le processus de s\u00e9lection, donc qui n&rsquo;est pas bureaucratiquement int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 dissimuler les difficult\u00e9s et les obstacles de ce processus. Par cons\u00e9quent, il y a plus de franchise, par d\u00e9faut pourrait-on dire, dans ses d\u00e9clarations, que dans toutes les d\u00e9clarations des officiels divers du Pentagone. (Observons qu&rsquo;il n&rsquo;est pas \u00e9vident que ces d\u00e9clarations fassent plaisir \u00e0 tout le monde au Pentagone.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, Lichte observe que l&rsquo;\u00e9norme enjeu financier, politique et bureaucratique du programme, la pol\u00e9mique qui l&rsquo;accompagne d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, aussi bien intra-am\u00e9ricaniste que transatlantique, l&rsquo;efficacit\u00e9 d\u00e9sormais av\u00e9r\u00e9e des contestations officielles (avec l&rsquo;intervention du GAO le 18 juin dernier, relan\u00e7ant le processus d&rsquo;acquisition),  tout cela peut conduire \u00e0 une paralysie de la d\u00e9cision \u00e0 cause des contestations \u00e0 venir. Pour le plus concret et le plus pr\u00e9cis\u00e9ment dit, Lichte craint que la prochaine d\u00e9cision du Pentagone entraine une nouvelle contestation du perdant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVoici des extraits du texte d&rsquo;AFP publi\u00e9 par <em>Defense News<\/em> ce <a href=\"http:\/\/www.defensenews.com\/story.php?i=3705621&#038;c=EUR\" class=\"gen\">3 septembre<\/a>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>A top Air Force general expressed fears Sept. 3 that a $35 billion competition to build a new air refueling aircraft will face protests by the loser no matter whether Northrop Grumman or rival Boeing wins.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>A final revised request for proposal, or RFP, for the next generation KC-X tanker was expected this week despite a slight delay, a Pentagon spokesman said, as Boeing and Northrop waged a bitter public relations campaign.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>When the RFP comes out I&rsquo;m not sure that one side or the other side doesn&rsquo;t protest again,said Gen. Arthur Lichte, who as head of the Air Mobility Command is responsible for the Air Force&rsquo;s transport and air refueling operations. <\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Speaking to defense reporters, Lichte emphasized the Air Force&rsquo;s interest in a quick resolution to the dispute so that it can begin replacing its aging fleet of KC-135 air refueling tankers. But he expressed concern it will drag on. I mean, this is a lot of money; I understand the business nature of this, he said. But I don&rsquo;t understand how at some point you stop and say, this company wins, and this company loses, or this company is successful and this company is not.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>I don&rsquo;t know how we get through something like that. With the poisonous nature of all the comments that are out there right now, I don&rsquo;t know how we make peace with everybody to say, OK, let&rsquo;s go forward,&rsquo; he said.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe g\u00e9n\u00e9ral Lichte envisage \u00e9galement la possibilit\u00e9 que la commande soit divis\u00e9e entre les deux contractants. Sans \u00e9piloguer sur le fait de savoir si cette d\u00e9marche suffirait \u00e0 d\u00e9courager l&rsquo;un ou l&rsquo;autre contractant de contester la d\u00e9cision, il observe qu&rsquo;elle compliquerait l&rsquo;aspect op\u00e9rationnel et logistique de la flotte de ravitailleurs en vol et, plus encore, du point de vue budg\u00e9taire, ce serait une d\u00e9cision <em>extravagantly wasteful<\/em> selon les termes de l&rsquo;Air Force,. Sur ce dernier point, on comprend ce que cela pourrait signifier selon les habitudes du Pentagone.<\/p>\n<h3>Le syst\u00e8me face \u00e0 la globalisation h\u00e9g\u00e9monique qu&rsquo;il a \u00e9pous\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCes d\u00e9clarations sont pour l&rsquo;instant sp\u00e9culatives mais elles s&rsquo;appuient sur des pr\u00e9c\u00e9dents s\u00e9rieux et tr\u00e8s r\u00e9cents, que tout le monde a \u00e0 l&rsquo;esprit. Il y a eu une plainte de Boeing aupr\u00e8s du GAO, qui a conduit \u00e0 mettre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_gao_maistrien_.html\" class=\"gen\">\u00e0 nouveau<\/a> le programme en comp\u00e9tition. Il y a eu une menace de Boeing de se retirer de la nouvelle comp\u00e9tition et une <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_ultimatum_a_peine_deguise_de_boeing.html\" class=\"gen\">demande<\/a> de ce m\u00eame Boeing d&rsquo;allonger le d\u00e9lai pour lui permettre de s&rsquo;adapter aux nouvelles sp\u00e9cifications de l&rsquo;USAF. Pour l&rsquo;instant, il n&rsquo;y a aucune indication que le Pentagone ait accept\u00e9 la demande de Boeing et l&rsquo;on peut \u00e9videmment tenir pour proche d&rsquo;\u00eatre assur\u00e9 qu&rsquo;en cas de victoire d&rsquo;EADS dans le processus actuel, Boeing d\u00e9poserait une nouvelle r\u00e9clamation. On imagine \u00e9galement le tintamarre politique autour de cette affaire dans le cas de ce type de situation, notamment au Congr\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette affaire \u00e9norme est une formidable d\u00e9monstration <em>in vivo<\/em> de la paralysie qui affecte de plus en plus le syst\u00e8me, sous la combinaison de quatre force convergentes. Ces quatre forces forment  les composants d\u00e9sormais in\u00e9vitables de la dynamique du syst\u00e8me am\u00e9ricaniste depuis qu&rsquo;il est pass\u00e9 \u00e0 la phase h\u00e9g\u00e9monique de la globalisation am\u00e9ricaniste:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La bureaucratie, qui combine l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 budg\u00e9taire, la lenteur des processus de s\u00e9lection avec les innombrables pr\u00e9cautions prises vis-\u00e0-vis des principales forces en pr\u00e9sence mais aussi, et souvent d&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8tement contradictoire, l&rsquo;affirmation intangible de certaines exigences au niveau des sp\u00e9cifications, des processus de production, de la gestion des technologies, des contr\u00f4les de s\u00e9curit\u00e9 et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La communication (c&rsquo;est-\u00e0-dire le processus de circulation de l&rsquo;information et ses effets publicitaires, pol\u00e9miques et autres), qui joue un r\u00f4le \u00e9norme, d\u00e9stabilisant et incontr\u00f4lable, qui allume des controverses d&rsquo;autant plus d\u00e9stabilisantes et incontr\u00f4lables elles-m\u00eames que, dans le cas pr\u00e9sent, une offre non-US est en comp\u00e9tition. La communication alimente la pol\u00e9mique, provoque des prises de position partisanes qui sont plus d\u00e9termin\u00e9es par des int\u00e9r\u00eats politiciens que par les cas impliqu\u00e9s. L&rsquo;information v\u00e9hicul\u00e9e par la communication devient un aliment pour les pol\u00e9miques et les affrontements, c&rsquo;est-\u00e0-dire un facteur amplificateur de la complexit\u00e9 des cas impliqu\u00e9s. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le concept du libre march\u00e9 et de la concurrence, qui pr\u00e9side comme principe \u00e0 cette sorte de comp\u00e9tition. Le plus souvent, jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il servait de feuille de vigne \u00e0 des arrangements d\u00e9cid\u00e9s par le Pentagone pour satisfaire d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9quilibr\u00e9e ses comp\u00e9titeurs nationaux (sa base industrielle). Depuis les scandales du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, o\u00f9 Boeing et l&rsquo;USAF furent impliqu\u00e9s, depuis l&rsquo;exploitation de la communication comme aliment de la pol\u00e9mique, ces principes deviennent plus imp\u00e9ratifs pour \u00e9viter des mises en cause pour favoritisme ou comp\u00e9tition biais\u00e9e; la feuille de vigne est devenue une bombe \u00e0 (tr\u00e8s bref) retardement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le formalisme juridique compl\u00e8te ce nouveau dispositif paralysant. Il devient une arme l\u00e9gale des contractants qui s&rsquo;estiment l\u00e9s\u00e9s pour chasser les imperfections du processus de s\u00e9lection, alors que n&rsquo;existent plus les arrangements implicites qui garantissaient \u00e0 un perdant de r\u00e9cup\u00e9rer avec un autre march\u00e9 ce qu&rsquo;il perdait \u00e0 cette occasion.  La l\u00e9gislation US permet une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;intervention; s&rsquo;il n&rsquo;y a plus de frein volontaire \u00e0 cette pratique, s&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;arrangement implicite ou explicite, la situation peut devenir inextricable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation g\u00e9n\u00e9rale, qui caract\u00e9rise le programme KC-45, pr\u00e9sente le cas du processus de s\u00e9lection et de commande du Pentagone soumis \u00e0 toutes les r\u00e8gles courantes de l&rsquo;\u00e9poque, y compris celles de la globalisation (libre concurrence, pr\u00e9sence d&rsquo;un concurrent \u00e9tranger) nouvellement introduites dans les pratiques de ce m\u00eame Pentagone. Cette nouvelle situation s&rsquo;est install\u00e9e sous l&rsquo;administration Clinton et la privatisation de nombreux services annexes du Pentagone; les ambitions globales int\u00e9grant ces nouvelles proc\u00e9dures de la globalisation au niveau des structures de l&rsquo;industrie d&rsquo;armement, de la technologie et du contr\u00f4le op\u00e9rationnel, ont \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9es par le Pentagone, notamment et principalement, avec le programme arch\u00e9typique du JSF qui tendrait \u00e0 devenir, dans son esprit une sorte de st\u00e9r\u00e9otypes. Mais le programme KC-45, qui est \u00e0 un stade plus avanc\u00e9 que le JSF et qui adopte ces r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales, en montre aussit\u00f4t la fatalit\u00e9 de blocage,  c&rsquo;est-\u00e0-dire le versant n\u00e9gatif d&rsquo;un processus jusqu&rsquo;alors per\u00e7u comme exclusivement avantageux pour le Pentagone. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a dans cette \u00e9volution quelque chose d&rsquo;inconciliable: les exigences du Pentagone restent les m\u00eames, sinon plus fortes que jamais, au niveau de la base industrielle, de la technologie, du contr\u00f4le des processus de s\u00e9lection et autres ; s&rsquo;y ajoutent d\u00e9sormais ces r\u00e8gles de la globalisation, \u00e9galement imp\u00e9ratives et bureaucratiques, qui sont toutes d\u00e9structurantes du syst\u00e8me purement national et autoritaire du Pentagone. Le r\u00e9sultat est la menace d&rsquo;un blocage extraordinaire, l&rsquo;incapacit\u00e9 o\u00f9 serait le Pentagone de passer des commandes en satisfaisant toutes les parties (sa bureaucratie, le corps l\u00e9gislatif tr\u00e8s nationaliste, les contractants qui tendent \u00e0 consid\u00e9rer leurs int\u00e9r\u00eats hors de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale puisque le march\u00e9 est globalis\u00e9, le <em>corpus<\/em> de lois hyper-contraignantes d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;encontre des autorit\u00e9s nationales US, et ainsi de suite).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe choix de satisfaire tous les contractants avec une commande partag\u00e9e, \u00e9voqu\u00e9e plus haut, n&rsquo;assure aucunement qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas \u00e0 nouveau blocage selon ce qu&rsquo;on jugera l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des contractants, par contestation officielle, par pol\u00e9mique politique, etc. D&rsquo;autre part, cette formule rec\u00e8le une catastrophe budg\u00e9taire \u00e0 cause de la mont\u00e9e vertigineuse des co\u00fbts du fait de la duplication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit d&rsquo;une situation qui \u00e9volue rapidement vers la possibilit\u00e9 d&rsquo;une impasse extraordinaire. Pendant ce temps, la logique de la pression allant dans le sens du d\u00e9veloppement catastrophique actuel est \u00e9norme, parce qu&rsquo;elle s&rsquo;appuie sur la dynamique h\u00e9g\u00e9monique du syst\u00e8me bureaucratique et technologique. Pour stopper cela, il faudrait un v\u00e9ritable coup  d&rsquo;Etat, une affirmation arbitraire du pouvoir ex\u00e9cuttif qu&rsquo;on s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 un point donn\u00e9, que le choix sera arbitraire et irr\u00e9versible, que plus aucune contestation n&rsquo;est possible,  ce qui \u00e9tait d&rsquo;ailleurs les r\u00e8gles tacites au moins jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1980. Le pouvoir politique a-t-il encore assez de force pour faire un coup d&rsquo;Etat de cette sorte? Mais comment pourrait-il ne rien faire si le g\u00e9n\u00e9ral Lichte a raison, si le contrat tra\u00eene encore et si les KC-135 se mettent \u00e0 tomber de vieillesse?<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Syst\u00e8me bloqu\u00e9 4 septembre 2008 L&rsquo;USAF aura-t-elle jamais son ravitailleur en vol KC-45, syst\u00e8me strat\u00e9gique par excellence dont elle a un besoin urgent? 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