{"id":70208,"date":"2008-09-20T09:04:02","date_gmt":"2008-09-20T09:04:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/09\/20\/la-crise-a-tue-le-diktat\/"},"modified":"2008-09-20T09:04:02","modified_gmt":"2008-09-20T09:04:02","slug":"la-crise-a-tue-le-diktat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/09\/20\/la-crise-a-tue-le-diktat\/","title":{"rendered":"La crise a tu\u00e9 le <em>diktat<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">La crise a tu\u00e9 le <em>diktat<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t20 septembre 2008  Six jours qui \u00e9branl\u00e8rent le monde, pour paraphraser le titre fameux; \u00ab<em>A week that shook the system to its core<\/em>\u00bb, a choisi <a href=\"http:\/\/www.ft.com\/cms\/s\/0\/094ea40e-8677-11dd-959e-0000779fd18c,dwp_uuid=11f94e6e-7e94-11dd-b1af-000077b07658.html\" class=\"gen\">aujourd&rsquo;hui<\/a> le <em>Financial Times<\/em>. Et puis, sans aucun doute, aussit\u00f4t, la sensation que les choses pourraient \u00eatre,  en v\u00e9rit\u00e9, qu&rsquo;elles sont comme si rien n&rsquo;\u00e9tait fini<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>As markets rallied on Friday morning, there was fresh support from the US Treasury with a $50bn temporary insurance scheme for money market funds. Even so, not everyone is convinced the crisis has hit rock bottom yet.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The crisis is far from over, the government action will buy banks some time but they will have to act decisively otherwise they will find themselves in an even worse situation in a few months&rsquo; time, said a top Wall Street banker.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn long <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2008\/09\/19\/business\/crisis.php<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00a0\u00bb class=\u00a0\u00bbgen\u00a0\u00bb>article<\/a> de l&rsquo;International <em>Herald Tribune<\/em> analyse la complexit\u00e9 de la crise, ou, plut\u00f4t, la complexit\u00e9 du syst\u00e8me qui a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 tout contr\u00f4le pendant cette semaine folle,  et qui, on le sent bien, reste incontr\u00f4lable. L&rsquo;explication est aussi complexe que le syst\u00e8me lui-m\u00eame. La conclusion de l&rsquo;article est in\u00e9vitable: nous pensions que la raison pr\u00e9vaudrait et permettrait la ma\u00eetrise de la chose; les \u00e9v\u00e9nements de cette semaine montrent que ce n&rsquo;est pas le cas, ainsi nous trouvons-nous devant quelque chose de tout \u00e0 fait nouveau, un nouveau paradigme,  c&rsquo;est-\u00e0-dire devant l&rsquo;inconnu<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>The result, said Mayer of Deutsche Bank, is that products were developed for markets that everyone assumed would be like they were then, only more so, with capital freely flowing, rational minds prevailing and fear largely in check.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>A generation grew up that has been very well trained in this new finance theory, very well educated to apply it on a broad scale with the necessary computing power, and off we went, Mayer said.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Recent events, he said, have shown that the basic assumptions that have held sway for a generation or two no longer hold. This will leave us with a different paradigm, he added. If I could give it to you, I&rsquo;d win the Nobel Prize.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes r\u00e9actions fran\u00e7aises sont caract\u00e9ristiques. Elles montrent une soudaine et brutale inqui\u00e9tude pour la situation fran\u00e7aise \u00e0 venir, et, dans le cercle ext\u00e9rieur, pour la situation europ\u00e9enne. La France va tr\u00e8s vite (en octobre sans doute) proposer \u00e0 ses partenaires europ\u00e9ens des mesures draconiennes de d\u00e9fense qui, toutes, vont \u00e9videmment sacrifier sans la moindre h\u00e9sitation au nouveau mode de gouvernement: intervention, protection, la puissance publique devenue la r\u00e9f\u00e9rence et la bou\u00e9e de sauvetage comme si le <em>diktat<\/em> de la politique lib\u00e9rale n&rsquo;existait plus.  C&rsquo;est le cas d&rsquo;ailleurs et c&rsquo;est le choc essentiel de l&rsquo;historique mois de septembre 2008. Le deuxi\u00e8me sentiment fran\u00e7ais, peut-\u00eatre inconscient mais que nous ressentons de cette fa\u00e7on, est une sorte de col\u00e8re fran\u00e7aise, comme si la France se r\u00e9veillait, effectivement furieuse, d&rsquo;avoir proclam\u00e9 depuis un ou deux ans, ou d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e de proclamer qu&rsquo;il lui fallait s&rsquo;adapter \u00e0 un syst\u00e8me dont on d\u00e9couvre (?) aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il est pourri, faussaire, et qu&rsquo;il nous conduit \u00e0 l&rsquo;apocalypse. Peut-\u00eatre ont-ils cette pens\u00e9e que les conceptions fran\u00e7aises d&rsquo;interventionnisme, qu&rsquo;il \u00e9tait de bon ton de vouer aux g\u00e9monies il y a une semaine encore, sont celles qui triomphent aujourd&rsquo;hui. Pourquoi les avoir abandonn\u00e9es pour se retrouver au cur de cette temp\u00eate, sans doute pour en payer le prix fort dans les prochains mois?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;article de Steven Erlanger, du <a href=\"http:\/\/www.iht.com\/articles\/2008\/09\/19\/business\/euro.php\" class=\"gen\">19 septembre<\/a>, restitue ce sentiment dans un passage de quelques paragraphes qui concentrent les r\u00e9actions \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>A respected economist and editor, Eric Le Boucher, said Thursday that it&rsquo;s frustrating for Europeans to think they are paying for the excesses of the American financial system, Mistral noted. If someone as calm as that is saying it, I think many others are thinking it.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Prime Minister Fran\u00e7ois Fillon, calling on Washington to act, said Thursday that we&rsquo;re not going to accept to pay for the broken dishes of a failed r\u00e9gulation and a corruption of capitalism.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Elie Cohen, director of research at the Center for Political Research at the Paris Institute of Political Studies and a member of the government&rsquo;s Council of Economic Advisers, was more blunt. There&rsquo;s certainly an idea that the American financial system has gone crazy, he said in an interview. This has dealt a mortal blow to the timid admiration we had of the American system. But not even the most conservative French person is capable of defending it anymore.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Une crise subie et observ\u00e9e en m\u00eame temps<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJamais, sans le moindre doute, une crise n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 autant observ\u00e9e, diss\u00e9qu\u00e9e, comment\u00e9e, mesur\u00e9e, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 sa mesure monstrueuse, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle se faisait. (Et cette observation g\u00e9n\u00e9rale vaut autant pour les acteurs de cette crise que pour les autres, ceux qui y sont ext\u00e9rieurs, les observateurs lat\u00e9raux et collat\u00e9raux. La crise n&rsquo;est pas enferm\u00e9e.) Cette connaissance imm\u00e9diate, c&rsquo;est le privil\u00e8ge \u00e9trange de notre syst\u00e8me de communication g\u00e9n\u00e9ral et global, autre face du monstre que nous avons cr\u00e9\u00e9. Aussi est-il caract\u00e9ristique que le rebond presque hyst\u00e9rique de vendredi fut \u00e9galement observ\u00e9, diss\u00e9qu\u00e9, comment\u00e9, mesur\u00e9, r\u00e9alis\u00e9 en m\u00eame temps qu&rsquo;il se faisait, comme un r\u00e9pit temporaire, presque faussaire, et rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn aura bien du mal \u00e0 mesurer l&rsquo;effet r\u00e9el de ce ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9crire et de mesurer une crise en m\u00eame temps qu&rsquo;on la subit,  justement, l&rsquo;effet sur l&rsquo;ampleur et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de cette crise. Le fait de voir et de savoir que cette crise a lieu dans tous ses d\u00e9tails et avec tous les commentaires possibles en m\u00eame temps qu&rsquo;elle a lieu n&rsquo;est-il pas en soi un facteur d&rsquo;amplification et d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de cette crise? Poser la question, n&rsquo;est-ce pas, c&rsquo;est y r\u00e9pondre. Il existe un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;auto alimentation qui nourrit une spirale d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration: nous vivons la crise, en m\u00eame temps nous la faisons vivre parce que nous la vivons. La psychologie est une chose importante; mais en installant la communication au cur de son fonctionnement, le syst\u00e8me a fait que la psychologie est devenue la chose essentielle; le syst\u00e8me a ouvert la porte \u00e0 l&rsquo;installation de la psychologie au cur des affaires du monde, d\u00e9sormais \u00e0 la fois mesure et moteur du fonctionnement des affaires du monde, par ses r\u00e9actions, par les perceptions imm\u00e9diates et plus longues, par ses interf\u00e9rences sans nombre. Nous sommes autant prisonniers du syst\u00e8me et de sa crise que de notre perception de la crise du syst\u00e8me; ce double emprisonnement qui se r\u00e9v\u00e8le soudain antagoniste nous r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement, par annihilation r\u00e9ciproque, certaines vertus lib\u00e9ratrices.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToutes les barri\u00e8res du syst\u00e8me, notamment le conformisme, la langue de bois, le virtualisme et ainsi de suite, ont saut\u00e9 subrepticement durant ces quelques jours o\u00f9 l&rsquo;angoisse et la panique, sans parler de la perception imm\u00e9diate de leur propre impuissance, furent sensibles chez les dirigeants eux-m\u00eames. La tension nerveuse qui r\u00e9sulte de cette connaissance imm\u00e9diate de la crise est un fait majeur de la crise. Elle explique la puissance du soupir de soulagement entendu vendredi, mais qui ne peut en aucun cas \u00eatre qualifi\u00e9 d&rsquo;euphorie,  ou bien, alors, devra-t-on parler d&rsquo;euphorie nerveuse, comme on dit d&rsquo;un rire nerveux; effectivement, le soulagement fut aussit\u00f4t identifi\u00e9 \u00e0 un r\u00e9pit de la crise bien plus qu&rsquo;\u00e0 cette chose utopique qu&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e de la fin de la crise. Puis l&rsquo;esprit confirme la psychologie. La puissance de ces r\u00e9actions, \u00e0 mesure de la puissance des soubresauts de la crise, fait bien comprendre \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un r\u00e9pit; il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;un syst\u00e8me de cette complexit\u00e9, au caract\u00e8re incontr\u00f4lable si puissamment d\u00e9montr\u00e9 ces derniers jours, accepte d&rsquo;\u00eatre dompt\u00e9 en un tournemain, simplement parce que nos nerfs ont besoin d&rsquo;un repos temporaire. Il est d&rsquo;ailleurs d\u00e9sormais n\u00e9cessaire de se demander s&rsquo;il pourra \u00eatre jamais dompt\u00e9; et poser la question, n&rsquo;est-ce pas<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est par cons\u00e9quent assur\u00e9 que la crise se poursuit; tout juste dira-t-on que nous sommes entr\u00e9s dans son cur bouillonnant en r\u00e9alisant son existence, sa puissance et son caract\u00e8re incontr\u00f4lable. La r\u00e9action fran\u00e7aise a un curieux aspect, une sorte de col\u00e8re suivant une contrainte fataliste mais non d\u00e9pourvue d&rsquo;une humeur aigre o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tait mis d&rsquo;accepter un syst\u00e8me sans \u00eatre convaincu de ses vertus. Il y a comme une exclamation rentr\u00e9e des uns et des autres : Nous vous l&rsquo;avions bien dit!<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCar ceci est un autre produit de cette pr\u00e9sence extraordinaire de la communication, de cette affection imm\u00e9diate de la psychologie: l&rsquo;absorption tr\u00e8s rapide, l&rsquo;ingestion forc\u00e9e de la mise en cause mortelle (comme dit Cohen) du <em>diktat<\/em> n\u00e9o-lib\u00e9ral, am\u00e9ricaniste, etc., de l&rsquo;id\u00e9ologie qui nous emprisonnait. Les services de surveillance du langage et de la pens\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bord\u00e9s, eux-m\u00eames emport\u00e9s par le m\u00eame courant des \u00e9v\u00e9nements et de leurs effets sur la psychologie, avec comme r\u00e9f\u00e9rence constante, y compris pour eux-m\u00eames, la d\u00e9couverte de la r\u00e9alit\u00e9 mise \u00e0 nu par la crise. Cette mise en cause est-elle d\u00e9finitive? A notre sens, elle l&rsquo;est, d\u00e8s lors qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e et accept\u00e9e comme elle le fut, comme si elle venait de l&rsquo;int\u00e9rieur de nous-m\u00eames, comme si nous faisions nous-m\u00eames notre jugement, justement \u00e0 cause du r\u00f4le central de la psychologie qui fournit effectivement cette impression pour chacun d&rsquo;\u00e9mettre un jugement original. Tout s&rsquo;est pass\u00e9 comme si ce verdict ne semblait pas nous \u00eatre impos\u00e9, comme s&rsquo;il venait de nous-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dessus, on peut s&rsquo;interroger: et alors? Si la crise continue, et puisqu&rsquo;elle va continuer jusqu&rsquo;\u00e0 des abysses apocalyptiques, \u00e0 quoi cela servira-t-il de savoir pourquoi cette crise a lieu? Cela ne la rendra ni plus douce ni plus indulgente, ni ne l&rsquo;arr\u00eatera,  encore moins. Sans doute et peut-\u00eatre, mais nous ne sommes certainement pas en position de pr\u00e9voir notre destin, fut-il fatal et d\u00e9finitif, ni o\u00f9 nous conduit cette crise d\u00e9cid\u00e9ment in\u00e9vitable et in\u00e9vitablement <strong>n\u00e9cessaire<\/strong>. La r\u00e9volution psychologique en cours devrait aussi nous convaincre de ceci, qu&rsquo;avec la fin du <em>diktat<\/em> lib\u00e9ral vient la fin des certitudes,  excellente chose, puisque certitudes d\u00e9sormais av\u00e9r\u00e9es comme faussaires et trompeuses. Pour le reste, continuons d&rsquo;observer, comme d&rsquo;autres disaient, \u00e0 un autre propos et dans un temps qui nous semble si lointain aujourd&rsquo;hui, continuons le combat.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise a tu\u00e9 le diktat 20 septembre 2008 Six jours qui \u00e9branl\u00e8rent le monde, pour paraphraser le titre fameux; \u00abA week that shook the system to its core\u00bb, a choisi aujourd&rsquo;hui le Financial Times. 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