{"id":70250,"date":"2008-10-04T06:17:34","date_gmt":"2008-10-04T06:17:34","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/10\/04\/deux-psychologies-face-a-la-crise\/"},"modified":"2008-10-04T06:17:34","modified_gmt":"2008-10-04T06:17:34","slug":"deux-psychologies-face-a-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/10\/04\/deux-psychologies-face-a-la-crise\/","title":{"rendered":"Deux psychologies face \u00e0 la crise"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Deux psychologies face \u00e0 la crise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>4 octobre 2008 &mdash; Nous avons \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par l&rsquo;attitude psychologique des dirigeants US et de certains commentateurs anglo-saxons vis-\u00e0-vis de la crise en cours. Nous avons \u00e9t\u00e9 notamment frapp\u00e9 par le texte de Gerard Baker que nous signalions dans notre <em>Bloc-Notes<\/em> du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-baker_apocalyptique_apres_paulson_et_la_puissance_publique_ce_sera_le_tour_du_tout_puissant_29_09_2008.html\">29 septembre<\/a>, qui constitue un bon exemple de cette situation; nous signalions notamment ce passage o&ugrave; Baker formule sa phrase d&rsquo;une telle fa\u00e7on qu&rsquo;il semblerait recommander rien de moins que la panique.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>I say this with great reluctance. It is no business of journalists (who, as someone once said, are like harlots, who wield power without responsibility) to go around scaring people. What&rsquo;s more, until a few months ago I&rsquo;ve been a relative optimist, convinced that we would get through this with not much worse than the kind of mild recession we&rsquo;ve seen in the past 20 years. Now I think it might be time to panic.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le terme de \u00ab\u00a0panique\u00a0\u00bb est int\u00e9ressant. M\u00eame s&rsquo;il importe de ne pas le prendre dans toute sa signification presque pathologique, on doit comprendre sans aucun doute la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un choc; il s&rsquo;agit sans aucun doute de quelque chose comme une \u00ab\u00a0vraie tr\u00e8s, tr\u00e8s grande peur\u00a0\u00bb, &ndash; \u00e0 \u00e9prouver de toute urgence. (Par \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb, il s&rsquo;agit bien de ce sentiment, cette \u00e9motion, qui provoque un choc psychologique et, le plus souvent, la paralysie d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre; il ne s&rsquo;agit pas de la perception du danger, qui est affaire de mesure et de lucidit\u00e9, mais de r\u00e9action \u00e9motionnelle ou\/et paralysante \u00e0 la suite de la perception du danger.) Le constat concernant la phrase de Baker reste le m\u00eame: il s&rsquo;agit d&rsquo;une psychologie, sinon \u00e9trange, dans tous les cas qui nous est \u00e9trang\u00e8re. Ce n&rsquo;est pas que nous doutions de l&rsquo;extr\u00eame gravit\u00e9 de la crise; chaque lecteur sait que nous parlons de cela depuis des lustres, bien avant que Baker ait cess\u00e9 de ricaner \u00e0 propos de ceux qui annoncent la crise. Ce qui nous arr\u00eate est cet appel explicite \u00e0 la peur, qui rejoint d&rsquo;ailleurs <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_colere_ou_la_peur_25_09_2008.html\">le discours g\u00e9n\u00e9ral<\/a> de GW Bush et d&rsquo;autres dirigeants US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce penchant a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9 par certains commentateurs, aux USA m\u00eame. Ils le rel\u00e8vent, pour en faire une vigoureuse critique, \u00e9videmment en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 FDR (Roosevelt) et \u00e0 sa tr\u00e8s fameuse phrase de son discours d&rsquo;inauguration du 5 mars 1933. Cas de Michael Winship, de <em>Truthout.org<\/em> ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.truthout.org\/092708Y\">27 septembre<\/a>, pr\u00e9sentant sa th\u00e8se sur un style path\u00e9tique qui recouvre sans aucun doute une trag\u00e9die am\u00e9ricaine, &ndash; le manque manifeste de dirigeants pouvant pr\u00e9tendre \u00e0 la stature n\u00e9cessaire pour affronter la crise (Un autre exemple de ce constat de la pauvret\u00e9 extr\u00eame de la direction am\u00e9ricaniste est donn\u00e9 <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_mepris_desenchante_de_krugman_et_la_question_du_temps_03_10_2008.html\">hier<\/a> par Paul Krugman.):<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>We thirst for leadership, vision, someone who can speak to us in a way that refuses to avert its eyes from the crisis but shines a light of truth upon the problem, then offers hope and possible solutions.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>D\u00e9taillant rapidement la pi\u00e8tre performance de la direction de ce pays en plein d\u00e9sarroi qu&rsquo;a montr\u00e9 GW Bush ces trois derni\u00e8res semaines (sans parler du reste), Winship \u00e9crit:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>&hellip;Contrast what he<\/em> [Bush] <em>had to say with President Franklin Delano Roosevelt when he was sworn into office for the first time, in 1933, during the Great Depression.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Rather than foster anxiety and panic, FDR proclaimed, \u00ab\u00a0The only thing we have to fear is fear itself,\u00a0\u00bb despite the fact that 13 million were unemployed, nine million had lost their savings and a quarter of the banks had closed. Wages had plummeted 60 percent&hellip;.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Une remarque dans ce sens appara&icirc;t \u00e9galement dans un long article paru ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/business\/2008\/oct\/03\/us.economy.bail.out\">3 octobre<\/a> dans le <em>Guardian<\/em>, consacr\u00e9 \u00e0 la grande D\u00e9pression et \u00e0 ses analogies avec notre crise, de Clive Webb, un sp\u00e9cialiste de l&rsquo;histoire US \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Sussex.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>One of the most striking contrasts between the past and present economic crises concerns presidential rhetoric. \u00ab\u00a0The only thing we have to fear,\u00a0\u00bb proclaimed Roosevelt in his inaugural address of January 1932, \u00ab\u00a0is fear itself.\u00a0\u00bb The Great Depression had a profound psychological as well as material impact on Americans, shattering their individual and collective self-confidence. In times of unprecedented trouble, Roosevelt sought to restore public optimism through his regular radio broadcasts, the \u00ab\u00a0fireside chats\u00a0\u00bb in which he presented himself as not only a politician but a personal friend to ordinary Americans.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>In sharp contrast, the address that Bush delivered to rally support for the bail-out plan exploited public fears. \u00ab\u00a0Our entire economy is in danger,\u00a0\u00bb the president warned. \u00ab\u00a0Without immediate action by Congress, America could slip into a financial panic and a distressing scenario would unfold.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>On doit aussit\u00f4t noter que, dans <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.elysee.fr\/documents\/index.php?mode=cview&#038;press_id=1832&#038;cat_id=7=fr\">son discours de Toulon<\/a>, Sarkozy, tout en ne dissimulant rien de la gravit\u00e9 de la situation, bien au contraire, a pris le contre-pied de ce qu&rsquo;on rel\u00e8ve chez les dirigeants US, et chez Baker pour cette occasion, empruntant r\u00e9solument la voie rooseveltienne. Ne nous attardons pas \u00e0 la forme ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9loquence, qui sont loin d&rsquo;\u00eatre du FDR, mais \u00e0 l&rsquo;orientation choisie.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>Comme partout dans le monde, les Fran\u00e7ais ont peur pour leurs \u00e9conomies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d&rsquo;achat.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>La peur est une souffrance. La peur emp\u00eache d&rsquo;entreprendre, de s&rsquo;engager. Quand on a peur, on n&rsquo;a pas de r\u00eave, on ne se projette pas dans l&rsquo;avenir. La peur est la principale menace qui p\u00e8se aujourd&rsquo;hui sur l&rsquo;\u00e9conomie.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Il faut vaincre cette peur. C&rsquo;est la t\u00e2che la plus urgente. On ne la vaincra pas, on ne r\u00e9tablira pas la confiance en mentant mais en disant la v\u00e9rit\u00e9.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Il y a l\u00e0 beaucoup plus qu&rsquo;une \u00ab\u00a0tactique\u00a0\u00bb, beaucoup plus qu&rsquo;un accident circonstanciel. En fait, les diverses remarques ci-dessus prennent tout leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 la lumi\u00e8re de leur confrontation. Ce n&rsquo;est pas une confrontation d&rsquo;humeurs, &ndash; optimistes contre pessimistes, &ndash; mais une confrontation de psychologies diff\u00e9rentes qui assument toutes les deux une vision r\u00e9aliste impos\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements, &ndash; vision d'\u00a0\u00bboptimiste bien inform\u00e9\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de pessimiste, \u00e0 propos d&rsquo;une crise dont l&rsquo;ampleur catastrophique est aujourd&rsquo;hui bien per\u00e7ue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour notre propos qui est celui de la catastrophe de septembre 2008 et la suite, et en laissant la r\u00e9f\u00e9rence FDR-1933 de c\u00f4t\u00e9 qui est trop sp\u00e9cifique \u00e0 une situation psychologique de la direction des USA qui appartient sans aucun doute \u00e0 un autre temps, il s&rsquo;agit de la confrontation d&rsquo;une psychologie du chaos avec une psychologie de la trag\u00e9die; la premi\u00e8re percevant le monde dans son \u00e9tat actuel de bouleversement en termes \u00e9conomistes, la seconde en termes historiques.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Esquisse d&rsquo;un affrontement de psychologies<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La r\u00e9action psychologique du libre-\u00e9changiste Baker est remarquablement similaire \u00e0 celle du pr\u00e9sident des USA ou bien d&rsquo;un Hank Paulson se d\u00e9solant, devant le Congr\u00e8s, que l&rsquo;Am\u00e9ricain moyen soit plus furieux qu&rsquo;effray\u00e9. C&rsquo;est le signe qu&rsquo;il y a une infection id\u00e9ologique des psychologies, notablement diff\u00e9rente par exemple des psychologies des dirigeants sovi\u00e9tiques sur la fin de l'\u00a0\u00bbempire sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;heure o&ugrave; le conformisme id\u00e9ologique recouvrait une profonde incroyance de ces dirigeants. Au contraire, les am\u00e9ricanistes et id\u00e9ologues n\u00e9olib\u00e9raux croient absolument au dogme, pratiquent absolument la religion, et l&rsquo;effondrement en cours ressemble \u00e0 la chute apocalyptique des marques terrestres de cette croyance. Le choc est terrible parce que cette croyance et ces marques terrestres conditionnent absolument la foi animant cette id\u00e9ologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Leur principale peur est alors que les citoyens du syst\u00e8me am\u00e9ricanistes n&rsquo;aient pas peur de ce qui se passe. Leur croyance indique que la catastrophe en cours, si elle se poursuit, ne peut que d\u00e9boucher sur le chaos et il importe d&rsquo;avoir peur du chaos, sinon ce serait une seconde trahison de la foi, par les citoyens am\u00e9ricanistes eux-m\u00eames, ceux qui \u00e9taient cens\u00e9s justement partager cette foi. Pour cette psychologie, une seule chose compte, qui est l&rsquo;objet fondamental de la foi, qui est l&rsquo;\u00e9conomie. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire, sinon des actes de relaps (nationalisation, interventionnisme, etc.) qui repr\u00e9sentent une sorte de calvaire qu&rsquo;on s&rsquo;impose \u00e0 soi-m\u00eame (Paulson \u00e0 propos de son \u00ab\u00a0plan de sauvetage\u00a0\u00bb: &laquo;<em>I don&rsquo;t like the fact that we have to do this. I hate the fact that we have to do this&#8230;<\/em>&raquo;). C&rsquo;est une psychologie fataliste, versant dans le mode affreusement pessimiste puisque l&rsquo;objet de la foi est en crise, comme elle versait dans le mode de l&rsquo;optimisme follement exub\u00e9rant lorsque l&rsquo;\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale triomphait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La peur, elle, la peur devant la catastrophe eschatologique devient dans ce cadre une r\u00e9action naturelle et justifi\u00e9e, une sorte de justification ultime <em>a contrario<\/em> de la foi. Il est possible que l&rsquo;on renouvelle l&rsquo;\u00e9pisode psychologique de 1931-33 mais, cette fois, avec la direction US frapp\u00e9e de cette paralysie, de cette atonie qui avaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque caract\u00e9ris\u00e9 les citoyens US, et dont un seul homme (FDR) avait su les sortir. La grande question qui se pose pour l&rsquo;Am\u00e9rique est de savoir comment vont r\u00e9agir finalement les citoyens, s&rsquo;ils suivront finalement leurs dirigeants dans la peur (la psychologie du chaos) ou s&rsquo;ils persisteront dans la col\u00e8re, par exemple dans la logique de leur opposition au plan Paulson qui a d\u00e9j\u00e0 provoqu\u00e9 les remous qu&rsquo;on sait (manifestations dans plus de 40 Etats, vote de la Chambre du 29 septembre). Dans ce cas, on peut \u00e9voluer vers une situation de d\u00e9stabilisation int\u00e9rieure, \u00e9ventuellement au niveau de l&rsquo;ordre public, marqu\u00e9e par un d\u00e9sarroi du public et une compl\u00e8te rupture avec la direction.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette psychologie du chaos, caract\u00e9risant la vision \u00e9conomiste du monde et la foi \u00e0 mesure, est aujourd&rsquo;hui ce qui diff\u00e9rencie compl\u00e8tement la t\u00eate de l&#8217;empire am\u00e9ricaniste du reste. Dans cette circonstance extr\u00eame, la psychologie europ\u00e9enne, \u00e0 des degr\u00e9s divers, tend \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler diff\u00e9rente. Il s&rsquo;agit, du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, d&rsquo;une psychologie de la trag\u00e9die, dont la r\u00e9f\u00e9rence est historique et non \u00e9conomique. Elle vaut, \u00e0 notre sens, m\u00eame si la pens\u00e9e n&rsquo;a plus la hauteur, et de loin, des pens\u00e9es qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e; nous nous int\u00e9ressons ici \u00e0 la psychologie et non \u00e0 la pens\u00e9e qui l&rsquo;exprime plus ou moins bien, plus ou moins noblement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le discours de Sarko de Toulon, le 25 septembre, a instinctivement retrouv\u00e9 les grandes lignes psychologiques, sous une forme bien amollie qui marque l&rsquo;\u00e9volution des temps, des discours de De Gaulle qu&rsquo;on r\u00e9sumait par la formule sch\u00e9matique: \u00ab\u00a0c&rsquo;est moi ou le chaos\u00a0\u00bb. Peu importe les circonstances, notamment \u00e9lectorales, de ces discours. On avait souvent interpr\u00e9t\u00e9 cette formule d&rsquo;une fa\u00e7on \u00ab\u00a0bourgeoise\u00a0\u00bb, soumettant le grand esprit \u00e0 l&rsquo;examen de la m\u00e9diocrit\u00e9 courante; cela revenait \u00e0 comprendre que le \u00ab\u00a0c&rsquo;est moi\u00a0\u00bb promettait la tranquillit\u00e9, la s\u00e9curit\u00e9, la routine consum\u00e9riste. Notre interpr\u00e9tation serait \u00e9videmment diff\u00e9rente, surtout avec la d\u00e9marche analogique que nous proposons. Conform\u00e9ment \u00e0 la diff\u00e9renciation des psychologies qu&rsquo;on a envisag\u00e9e, la formule revenait \u00e0 dire: \u00ab\u00a0c&rsquo;est la trag\u00e9die historique [moi, de Gaulle] ou le chaos\u00a0\u00bb, avec la pr\u00e9f\u00e9rence qu&rsquo;on imagine. C&rsquo;\u00e9tait une formule volontariste, c&rsquo;est-\u00e0-dire pessimiste et marqu\u00e9e par la volont\u00e9, habit\u00e9e de la certitude que l&rsquo;Histoire est tragique et d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 s&rsquo;en arranger; on pourrait aussi penser qu&rsquo;il y a, secr\u00e8tement, quelque chose du \u00ab\u00a0levez-vous vite, orages d\u00e9sir\u00e9s\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une vision romantique de l&rsquo;Histoire qui ne compromet nullement la hauteur du propos et s&rsquo;av\u00e8re au bout du compte, et d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9tonnante, tr\u00e8s r\u00e9aliste (on compl\u00e9terait la formule de Ch\u00e2teaubriant, et cela vaut encore plus aujourd&rsquo;hui: \u00ab\u00a0levez-vous vite, orages d\u00e9sir\u00e9s, &ndash; puisqu&rsquo;il est \u00e9crit que, de toutes les fa\u00e7ons, vous vous l\u00e8verez\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce cas, la peur doit \u00eatre combattue et chass\u00e9e parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas vraiment de raison d&rsquo;\u00eatre dans une occurrence o&ugrave; l&rsquo;on ne fait que r\u00e9pondre \u00e0 un destin in\u00e9luctable, &ndash; car c&rsquo;est bien ce que pensent nombre d'\u00a0\u00bbantisyst\u00e8mes\u00a0\u00bb et de ceux qui amorcent une critique radicale du syst\u00e8me qu&rsquo;ils servaient jusqu&rsquo;alors, savoir que le capitalisme l\u00e0 o&ugrave; il en est arriv\u00e9 et \u00e0 la fa\u00e7on dont il \u00e9volue ne peut que nous conduire \u00e0 sa crise centrale, qui ne peut \u00eatre que catastrophique. D&rsquo;autre part, bien s&ucirc;r, la peur doit \u00eatre chass\u00e9e parce qu&rsquo;elle est paralysante, qu&rsquo;elle est trompeuse, qu&rsquo;elle pousse \u00e0 chercher des refuges illusoires (le \u00ab\u00a0plan Paulson\u00a0\u00bb qui nous sauvera, qui nous r\u00e9tablira dans la situation d&rsquo;avant, si confortable, &ndash; avec l&rsquo;Irak, la crise climatique et ainsi de suite!). La crise, les bouleversements, etc., sont la forme fondamentale de l&rsquo;Histoire aujourd&rsquo;hui, sa \u00ab\u00a0r\u00e9volte\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut, son expression n\u00e9cessaire face au mouvement entropique qui la menace et nous menace tous, et il n&rsquo;y a donc aucune raison d&rsquo;\u00eatre paralys\u00e9 par cette r\u00e9action de la \u00ab\u00a0nature m\u00eame\u00a0\u00bb. Dans cette psychologie tragique, il y a la perception de la fragilit\u00e9, de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du monde, et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en affronter les cons\u00e9quences.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans certaines circonstances dont les plus pressantes sont les plus probables, on doit retenir comme un facteur essentiel de la crise l&rsquo;hypoth\u00e8se de cette diff\u00e9rence psychologique entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;am\u00e9ricanisme (plut\u00f4t que l&rsquo;Am\u00e9rique, certes, avec l&rsquo;inconnue de ses citoyens), avec de plus en plus les Russes aux c\u00f4t\u00e9s des Europ\u00e9ens. Les signes indubitables de la r\u00e9volte, notamment europ\u00e9enne, qui grandit, jusqu&rsquo;\u00e0 des niveaux officiels, contre l&rsquo;enfermement catastrophique du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, est \u00e9videmment un retour \u00e0 l&rsquo;Histoire, elle aussi \u00ab\u00a0r\u00e9volt\u00e9e\u00a0\u00bb, &ndash; par cons\u00e9quent un retour \u00e0 la trag\u00e9die.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux psychologies face \u00e0 la crise 4 octobre 2008 &mdash; Nous avons \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par l&rsquo;attitude psychologique des dirigeants US et de certains commentateurs anglo-saxons vis-\u00e0-vis de la crise en cours. 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