{"id":70307,"date":"2008-10-29T15:01:18","date_gmt":"2008-10-29T15:01:18","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/10\/29\/a-marche-forcee-rubrique-de-defensa-volume-23-n10-du-10-fevrier-2008\/"},"modified":"2008-10-29T15:01:18","modified_gmt":"2008-10-29T15:01:18","slug":"a-marche-forcee-rubrique-de-defensa-volume-23-n10-du-10-fevrier-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/10\/29\/a-marche-forcee-rubrique-de-defensa-volume-23-n10-du-10-fevrier-2008\/","title":{"rendered":"A march\u00e9 forc\u00e9e \u2013 Rubrique <em>de defensa<\/em>, Volume 23 n\u00b010 du 10 f\u00e9vrier 2008"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Les faux-frais de la civilisation<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLes r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements ont mis \u00e0 jour la fabrique d&rsquo;une \u00e9trange \u00e9volution \u00e9conomique. Il ne s&rsquo;agit m\u00eame plus de la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le buf mais de celle de ces oiseaux escortant parfois les \u00e9l\u00e9phants, nichant presque sur eux et picorant les parasites install\u00e9s dans les plis de la peau de l&rsquo;\u00e9norme et majestueux animal, qui pr\u00e9tendraient se faire plus gros que leur h\u00f4te temporaire. Encore ces oiseaux, selon l&rsquo;immense sagesse de ce que les Am\u00e9ricains nomment <em>Mother Nature<\/em>, ont-ils un r\u00f4le fondamentalement utile puisqu&rsquo;ils s&rsquo;occupent des parasites de l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant. Dans notre \u00e9conomie, les parasites eux-m\u00eames pr\u00e9tendent se faire plus gros que l&rsquo;\u00e9l\u00e9phant, et ils ne sont plus loin de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est un \u00e9trange avatar de la structure de notre civilisation, dont on sait qu&rsquo;elle est fond\u00e9e sur l&rsquo;affirmation enfi\u00e9vr\u00e9e, presque religieuse, du primat de l&rsquo;\u00e9conomie. Il y a plusieurs exemples importants et respectables pour nous convaincre que ce processus s&rsquo;av\u00e8re en fin de compte, lorsqu&rsquo;il se d\u00e9veloppe et qu&rsquo;il peut \u00eatre observ\u00e9 \u00e0 loisir, comme une v\u00e9ritable transmutation bien plus qu&rsquo;une \u00e9volution. Si nous voulions th\u00e9oriser le ph\u00e9nom\u00e8ne, nous dirions qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une transmutation qui transforme l&rsquo;accident (le parasite, la chose marginale, accessoire) en substance. Ou, de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise, en nous rapprochant des cas importants que nous allons citer, nous dirions qu&rsquo;il s&rsquo;agit du cas o\u00f9 les cons\u00e9quences secondaires ou tertiaires d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne, qui n&rsquo;ont presque plus de rapport avec la substance de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, remplacent la substance de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Bien \u00e9videmment, on comprendra au travers d&rsquo;un tel exemple que le cas nous en dit long sur la qualit\u00e9 et la puissance de cette substance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes deux cas principaux que nous envisageons sont cit\u00e9s ici pour \u00e9clairer notre propos th\u00e9orique, avant de d\u00e9velopper plus pr\u00e9cis\u00e9ment la situation qu&rsquo;ils \u00e9clairent. (Il y a bien d&rsquo;autres cas dans d&rsquo;autres domaines, de m\u00eame nature, de m\u00eame ampleur et dans le m\u00eame rapport.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le cas de l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me des banques am\u00e9ricanistes, o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit que les primes, bonus et autres <em>golden parachutes<\/em> pour dirigeants cong\u00e9di\u00e9s pour erreurs de gestion ($39 milliards l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re), tiennent une place importante dans le volume de la d\u00e9route financi\u00e8re. L&rsquo;extraordinaire affaire de la fraude aux d\u00e9pens de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale doit \u00eatre imp\u00e9rativement plac\u00e9e dans ce m\u00eame domaine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le cas du Pentagone, o\u00f9 les fraudes, gaspillages, commission et actes de corruption, sont estim\u00e9s officiellement (les estimations officieuses vont bien plus loin) \u00e0 $20-$50 milliards pour le seul budget annuel des R&#038;D du d\u00e9partement (soit 12%-29% de ce budget).<\/p>\n<h3>Mont\u00e9e aux marges extr\u00eames<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit de ph\u00e9nom\u00e8nes significatifs. Ils illustrent et confirment une \u00e9volution radicale et tr\u00e8s rapide de notre syst\u00e8me financier et \u00e9conomique, donc de notre syst\u00e8me de civilisation puisque notre civilisation est orient\u00e9e comme l&rsquo;on sait. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;accidents en tant que tels, signalant des \u00e9v\u00e9nements accidentels gravissimes, mais de manifestations accidentelles d&rsquo;un changement de substance. L&rsquo;horreur et la monstruosit\u00e9 des accidents signalent la formidable puissance de la modification de la substance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous d\u00e9signons ce ph\u00e9nom\u00e8ne sous l&rsquo;expression de mont\u00e9e aux marges exactement dans le m\u00eame sens que la mont\u00e9e aux extr\u00eames. Nous avons beaucoup parl\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cemment, d&rsquo;une part avec la radicalisation publicitaire de la vie politicienne am\u00e9ricaniste, d&rsquo;autre part, \u00e0 l&rsquo;occasion de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Ren\u00e9 Girard, dont la th\u00e8se centrale est que nous assistons \u00e0 une mont\u00e9e aux extr\u00eames de la violence (la guerre). Nous nous r\u00e9f\u00e9rons moins aux circonstances et aux cat\u00e9gories dans ce cas, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9volution fondamentale de substance qu&rsquo;implique ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le cas du monde financier et \u00e9conomique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un d\u00e9placement d\u00e9cisif du centre moteur de ses activit\u00e9s, et donc de la cause de ses accidents, vers des domaines marginaux. Ce changement de substance est donc \u00e9galement, selon l&rsquo;expression de Nietzsche employ\u00e9e en sens inverse (catastrophique au lieu du b\u00e9n\u00e9fique qu&rsquo;il en attendait), une transmutation des valeurs. Selon d&rsquo;autres expressions \u00e9galement cit\u00e9es, l&rsquo;accessoire devient essentiel et l&rsquo;accident devient substance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette \u00e9volution est parfaitement logique en ce qu&rsquo;elle nous offre un reflet exact de notre civilisation, de l&rsquo;\u00e9volution de notre civilisation, de la crise de notre civilisation. Dans tous les domaines et \u00e0 tous les \u00e9chelons, on assiste \u00e0 ce m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne qui peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par une double \u00e9volution:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;une part, cette mont\u00e9e aux extr\u00eames, qui est une radicalisation de la pens\u00e9e,  politique et autre puisque c&rsquo;est le processus qui importe ici,  sous la pression du syst\u00e8me de la promotion, de la publicit\u00e9, de tous les artefacts accessoires engendr\u00e9es par la promotion et la publicit\u00e9, qui sont le gaspillage, la corruption, la fraude, etc. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Effectivement, cette mont\u00e9e aux extr\u00eame est une mont\u00e9e aux marges (ou une descente aux marges?!) en ce sens que l&rsquo;essentiel du motif de l&rsquo;action, effectivement d\u00e9crit ou constat\u00e9 comme essentiel, se trouve dans des domaines accessoires, accidentels, et surtout parasitaires des choses anciennement essentielles: le gaspillage, la corruption, la fraude; mais aussi l&rsquo;Irak d\u00e9crit (en 2002-2003) comme l&rsquo;\u00e9quivalent de la puissance mal\u00e9fique de l&rsquo;Allemagne nazie et de l&rsquo;URSS r\u00e9unies, le terrorisme institu\u00e9 comme une v\u00e9ritable menace m\u00e9taphysique, des pr\u00e9sentateurs-TV ou des sportifs dop\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9s comme les h\u00e9ros intellectuels et tragiques de notre temps. Etcaetera&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Notre civilisation se d\u00e9bat contre son absence de sens en donnant un sens aux extr\u00e9mit\u00e9s insens\u00e9es de son action<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit de tenter de proposer une explication fondamentale, autre que par de simples m\u00e9canismes \u00e9conomiques (ou de perversion \u00e9conomique puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9mergence comme facteurs fondamentaux de m\u00e9canismes intrins\u00e8quement pervers). Comme on le sugg\u00e8re pr\u00e9c\u00e9demment par l&rsquo;extension des exemples donn\u00e9s pour appuyer l&rsquo;appr\u00e9ciation du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9conomique, on ne peut restreindre l&rsquo;explication \u00e0 la sph\u00e8re \u00e9conomique. S&rsquo;en tenir \u00e0 l&rsquo;explication, actuellement favoris\u00e9e, de la perversion du syst\u00e8me bancaire, c&rsquo;est, comme \u00e0 l&rsquo;habitude, r\u00e9duire l&rsquo;examen du probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;un de ses composants selon les lumi\u00e8res de l&rsquo;actualit\u00e9, c&rsquo;est cloisonner avec minutie la crise pour ne pas avoir \u00e0 consid\u00e9rer le tableau g\u00e9n\u00e9ral. Si la crise bancaire est qualifi\u00e9e \u00e9videmment de syst\u00e9mique, il est manifeste qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;un composant d&rsquo;une crise syst\u00e9mique g\u00e9n\u00e9rale qui, par d\u00e9finition, affecte l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette crise telle que nous la d\u00e9crivons dans cette structure de mont\u00e9e aux marges sous la forme d&rsquo;une mont\u00e9e aux extr\u00eames n&rsquo;est pas une crise active. Elle ne se fait pas \u00e0 cause de la puissance irr\u00e9sistible des marges prenant le centre de la sc\u00e8ne, d&rsquo;autorit\u00e9 si l&rsquo;on veut. C&rsquo;est au contraire une crise du vide. Les marges devenues les extr\u00eames vers lesquels le syst\u00e8me tend \u00e0 \u00e9voluer et que le syst\u00e8me tend \u00e0 placer au centre de la sc\u00e8ne ne se sont pas impos\u00e9es avec volontarisme, avec un projet d&rsquo;investissement et d&rsquo;affirmation. Les marges ont pris de l&rsquo;importance subrepticement, comme on augmente r\u00e9guli\u00e8rement les bonus, comme s&rsquo;\u00e9tendent souterrainement le gaspillage et la fraude. Ce sont par nature des accidents, c&rsquo;est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement des \u00e9v\u00e9nements insens\u00e9s (d\u00e9pourvus de sens) qui ne portent avec eux aucune coh\u00e9rence, aucune force structur\u00e9e d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie. S&rsquo;ils ont pris la place qu&rsquo;ils ont prise, c&rsquo;est parce que cette place \u00e9tait inoccup\u00e9e, vide en un sens. Cette crise est une crise du vide, la plus grave qu&rsquo;on puisse imaginer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe m\u00eame pour la crise de civilisation qu&rsquo;elle illustre. Notre crise g\u00e9n\u00e9rale, notre crise de civilisation est une crise du vide par l&rsquo;\u00e9vidence d&rsquo;une situation marqu\u00e9e par l&rsquo;absence du sens. La chose vaut pour l&rsquo;\u00e9conomie et la finance, elle vaut aussi pour les murs, la culture et la politique (sans parler du sacr\u00e9, dont l&rsquo;absence de sens est la d\u00e9finition m\u00eame,  absence de sens \u00e9quivalent \u00e0 absence de sacr\u00e9). La politique des relations internationales n&rsquo;a, depuis 9\/11, qui est pour nous un \u00e9v\u00e9nement en r\u00e9alit\u00e9 priv\u00e9 de sens (voir ci-apr\u00e8s), plus aucun sens. On s&rsquo;acharne \u00e0 lui en trouver un en inventant des causes extravagantes (le terrorisme comme menace universelle et m\u00e9taphysique, la guerre sans fin, etc.), et l&rsquo;exc\u00e8s m\u00eame d\u00e9bouchant sur la contradiction t\u00e9moigne de cette crise du sens et de notre incapacit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9soudre. Comme dans le cas de l&rsquo;\u00e9conomie (mont\u00e9e aux marges\/mont\u00e9e aux extr\u00eames), ce sont des choses insens\u00e9es qui sont mises en place, au centre de la sc\u00e8ne, pour occuper une place affect\u00e9e par la crise du sens. Le r\u00e9sultat est in\u00e9vitable. C&rsquo;est de l&rsquo;huile qui est jet\u00e9e sur le feu o\u00f9 br\u00fble notre civilisation, ce feu de la crise du sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, pla\u00e7ons bien cette crise \u00e9conomique et financi\u00e8re dans son contexte: la crise de la civilisation.<\/p>\n<h3>9\/11 marginalement extr\u00eame<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous nous arr\u00eatons un instant sur la situation politique bien qu&rsquo;elle ne soit pas ici au coeur de la crise pour montrer que cette radicalisation des marges, cette mont\u00e9e aux extr\u00eames ont embrass\u00e9 tous les aspects du syst\u00e8me de notre civilisation. La sanctification de 9\/11 comme acte fondamental de notre temps historique est la matrice de cette \u00e9volution. Quoi qu&rsquo;il en soit de 9\/11, de ses conditions douteuses qui ont mis en lambeaux la th\u00e8se officielle, de la r\u00e9alit\u00e9 ou non des diverses th\u00e8ses complotistes, il reste que 9\/11 est l&rsquo;in\u00e9luctable aboutissement d&rsquo;une activit\u00e9 effr\u00e9n\u00e9e de l&rsquo;appareil de s\u00e9curit\u00e9 nationale am\u00e9ricaniste et occidental depuis les ann\u00e9es 1970. Peter Dale Scott l&rsquo;a excellemment montr\u00e9 dans son <em>Road to 9\/11<\/em> o\u00f9 il d\u00e9crit par le menu l&rsquo;extraordinaire activisme, essentiellement des USA mais avec des aides non n\u00e9gligeables (les Britanniques, les Saoudiens, les Pakistanais, des individualit\u00e9s comme le Fran\u00e7ais Alexandre de Marenches, lorsqu&rsquo;il conduisait le SDECE et m\u00eame apr\u00e8s), pour renforcer et activer et entra\u00eener les divers mouvements radicaux, islamistes et associ\u00e9s dans des entreprises de d\u00e9stabilisation majeure. L&rsquo;intervention du secteur priv\u00e9 am\u00e9ricaniste comme soutien de cette entreprise est \u00e9galement fondamental. Ainsi a \u00e9t\u00e9 activ\u00e9 \u00e0 grands feux une mixture bouillonnante d&rsquo;activit\u00e9s parall\u00e8les, de propagande, de terrorisme, de d\u00e9stabilisation, avec de multiples volte-faces, intrigues et autres, dont l&rsquo;attaque 9\/11 est la cons\u00e9quence \u00e9vidente et in\u00e9vitable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA partir de l\u00e0, \u00e0 partir du choc psychologique r\u00e9el du 9\/11 sur les \u00e9lites am\u00e9ricanistes, l&rsquo;activit\u00e9 marginale du terrorisme a \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement hauss\u00e9e \u00e0 un niveau m\u00e9taphysique. Il a \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t question du sort de la civilisation, pour un domaine qui est rest\u00e9 pourtant, dans son activit\u00e9 directe, absolument marginal. Mais la marginalit\u00e9 est devenue extr\u00eame dans notre pens\u00e9e strat\u00e9gique, et l&rsquo;extr\u00eame a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 en un sommet m\u00e9taphysique de la violence. La psychologie boulevers\u00e9e a suivi, avec une direction am\u00e9ricaniste qui a institu\u00e9 une doctrine exactement inverse \u00e0 celle de FDR en 1933, transformant la consigne fameuse de FDR en son exact contraire, comme nous le signalions d\u00e9j\u00e0 dans notre pr\u00e9c\u00e9dente chronique du 10 janvier 2008: la seule chose dont il ne faut pas avoir peur, c&rsquo;est la peur elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce sens (!) \u00e9galement s&rsquo;est install\u00e9e une politique vide de sens, une politique insens\u00e9e toujours au sens litt\u00e9ral du mot auquel on peut ais\u00e9ment ajouter le sens figur\u00e9. Mais la politique est une mati\u00e8re bien plus haute que l&rsquo;\u00e9conomie. Elle r\u00e8gle les facteurs fondamentaux de la civilisation. La politique install\u00e9e apr\u00e8s 9\/11, \u00e9videmment d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9e par l&rsquo;absence de sens, a d\u00e9truit la l\u00e9gitimit\u00e9 des directions politiques occidentales,  celle des Etats-Unis en premier puisqu&rsquo;elle est la matrice de l&rsquo;entreprise, les autres dans une moindre mesure, selon ce qu&rsquo;\u00e9tait leur propre l\u00e9gitimit\u00e9 (tr\u00e8s faible dans le cas de nombre de pays europ\u00e9ens align\u00e9s sur les USA) et selon leur ferveur \u00e0 embrasser la voie marginale choisie par le centre. <\/p>\n<h3>Mise au point<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;on constate que ce ph\u00e9nom\u00e8ne de mont\u00e9e aux extr\u00eames, et au centre de la crise, des marges des secteurs en crise n&rsquo;est pas nouveau, il a pu \u00eatre remarquablement identifi\u00e9e avec la crise financi\u00e8re. En cela, la crise financi\u00e8re est d&rsquo;un apport pr\u00e9cieux pour comprendre la situation o\u00f9 nous nous trouvons. Elle nous a donn\u00e9 des rep\u00e8res quantitatifs particuli\u00e8rement accablants, permettant effectivement de comprendre la substance de la crise g\u00e9n\u00e9rale. Cette puissance extraordinaire des \u00e9l\u00e9ments marginaux prenant le centre de la sc\u00e8ne pour pr\u00e9cipiter ce qui est per\u00e7u comme une crise syst\u00e9mique mondiale,  c&rsquo;est-\u00e0-dire une crise du syst\u00e8me mondial de notre civilisation, rien de moins,  nous donne une sorte de raccourci de l&rsquo;arch\u00e9type de la crise (l&rsquo;arch\u00e9type restant toujours le mod\u00e8le-1929).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa symbolique de cette situation nous a \u00e9t\u00e9 fournie par l&rsquo;aventure du <em>rogue trader<\/em> de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, J\u00e9r\u00f4me Kerviel. Ce personnage psychologiquement \u00e0 l&rsquo;inverse des <em>traders<\/em> arrogants de Wall Street (tel que l&rsquo;incarne Michael Douglas dans le <em>Wall Street<\/em> d&rsquo;Oliver Stone, sur les ann\u00e9es 1980) a enflamm\u00e9 tout un pays pour sa cause. Kerviel, pourtant personnage typique de la marge de la crise, s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sans y avoir song\u00e9 une seconde comme son d\u00e9nonciateur. Il a \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t transform\u00e9 en  capitaine Dreyfus postmoderne par l&rsquo;interpr\u00e9tation m\u00e9diatique (image aussit\u00f4t trouv\u00e9e par le quotidien <em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>), consid\u00e9r\u00e9 par le bon sens populaire autant que par les journalistes soup\u00e7onneux des explications de la direction de la banque, comme le bouc-\u00e9missaire d&rsquo;un syst\u00e8me enivr\u00e9 et pris au pi\u00e8ge de sa propre folie financi\u00e8re. Sa popularit\u00e9 instantan\u00e9e, aliment\u00e9e par son caract\u00e8re sombre et taiseux, sa psychologie fragile, a fait de lui l&rsquo;accusateur symbolique des outrances du syst\u00e8me, de la monstruosit\u00e9 de la puissance de ses marges, qu&rsquo;il a mises en \u00e9vidence par l&rsquo;absurde. Kerviel a mis le syst\u00e8me en accusation. Il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;impr\u00e9cateur sorti des entrailles sombres de la banque pour en afficher publiquement les outrances.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cheminement m\u00eame de cette affaire, la cohabitation d&rsquo;aspects compl\u00e8tement d\u00e9risoires au niveau d&rsquo;un personnage qui semblerait banal et anonyme, et d&rsquo;aspects monstrueux comme l&rsquo;onde de choc de cette affaire secouant Davos et un syst\u00e8me financier d\u00e9j\u00e0 en folie,  voil\u00e0 bien une illustration symbolique de cette situation o\u00f9 les marges d\u00e9clenchent des <em>tsunamis<\/em>.  L&rsquo;affaire Kerviel n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9pisode dans une crise d\u00e9j\u00e0 bien en cours et qui nous r\u00e9serve bien des surprises et d&rsquo;autres chocs encore. Mais c&rsquo;est une affaire tellement r\u00e9v\u00e9latrice qu&rsquo;elle m\u00e9riterait d&rsquo;\u00eatre le symbole de la crise. Qui comprend le personnage J\u00e9r\u00f4me Kerviel et la m\u00e9canique de son action, et l&rsquo;utilisation faite de son action, et l&rsquo;\u00e9cho qu&rsquo;a recueilli son action, celui-l\u00e0 comprend les aspects monstrueusement dissym\u00e9triques de la crise. Comme les guerres que nous voyons aujourd&rsquo;hui, nous vivons une crise syst\u00e9mique de type G4G (Guerre de la 4\u00e8me G\u00e9n\u00e9ration), marqu\u00e9e par une dissym\u00e9trie au-del\u00e0 de toute description, mettant \u00e0 jour la pathologie du syst\u00e8me.   <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Apr\u00e8s un 1929 de plus et en attendant d&rsquo;autres, nous sommes bien en 1933,  mais avec une question: que faire?<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn quelques jours, dans la folle semaine du 21 janvier 2008, nous avons eu un fantastique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;arch\u00e9type de la Grande Crise. Nous avons eu \u00e0 la fois, l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un krach de l&rsquo;ampleur de celui d&rsquo;octobre 1929 en fait d&rsquo;effet, d&rsquo;\u00e9cho, de puissance de choc pour la psychologie, et m\u00eame largement plus puissant de ce point de vue par ce qu&rsquo;on devine des mati\u00e8res explosives dissimul\u00e9es et pr\u00eates \u00e0 exploser,  et nous avons eu 1933, c&rsquo;est-\u00e0-dire le syst\u00e8me plac\u00e9 devant son propre vide creus\u00e9 par le choc, c&rsquo;est-\u00e0-dire plac\u00e9 devant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;agir au niveau de ses autorit\u00e9s, comme le fut FDR le 4 mars 1933. Nous n&rsquo;avons pas eu besoin, pour atteindre 1933, des images de millions de ch\u00f4meurs, de la mis\u00e8re, des files d&rsquo;\u00e9pargnants venant chercher leur d\u00e9p\u00f4ts bancaires, des agriculteurs d\u00e9pouill\u00e9s de leurs outils de travail \u00e0 cause de leurs traites impay\u00e9s, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Nous parlons bien d&rsquo;images, parce que toutes ces choses existent, mais d&rsquo;une fa\u00e7on diff\u00e9rente, dissimul\u00e9e, parce que le syst\u00e8me a su habiller de la normalit\u00e9 institu\u00e9e ces faits de la crise sociale end\u00e9mique pour en r\u00e9duire compl\u00e8tement l&rsquo;aspect dramatique qui fut la marque de la crise de 1929-1933. Cette normalit\u00e9 institu\u00e9e peut \u00eatre aussi bien l&rsquo;acceptation fataliste des cons\u00e9quences d&rsquo;un syst\u00e8me qu&rsquo;il n&rsquo;est pas question de remettre en cause parce qu&rsquo;il est id\u00e9ologiquement intouchable, comme aux USA; soit des mesures de d\u00e9fense sociale institu\u00e9es et institutionnalis\u00e9es par la puissance publique, comme en France o\u00f9 l&rsquo;on accepte le syst\u00e8me tout en le soup\u00e7onnant de tares monstrueuses et cach\u00e9es.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais nous avons 1933 en fait de moment de d\u00e9cision, pas 1933 une fois la d\u00e9cision prise. Nous sommes plac\u00e9s devant la n\u00e9cessit\u00e9 du moment de d\u00e9cision (<em>dito<\/em>, le pouvoir politique reprenant le pouvoir \u00e0 la puissance financi\u00e8re discr\u00e9dit\u00e9e par sa puissance de plus en plus exprim\u00e9e par ses marges) et nous d\u00e9couvrons l&rsquo;incroyable difficult\u00e9, peut-\u00eatre l&rsquo;impossibilit\u00e9 de la d\u00e9cision. A Davos, Malcolm Knight, le directeur de la BIS (Bank for International Settlements), a \u00e9clair\u00e9 d&rsquo;une lumi\u00e8re crue ce probl\u00e8me de la d\u00e9cision, de ce que devrait \u00eatre la (re)prise du pouvoir par le pouvoir politique. Knight dit que \u00ab<em>the major challenge for regulators is the Balkanisation of regulation  fragmented across market segments, across national jurisdictions and yet we want to have a global financial system<\/em>\u00bb. Dans cette phrase, c&rsquo;est le mot <em>yet<\/em> qui dit tout,  pourtant: \u00ab&#8230;<em>et pourtant, nous voulons un syst\u00e8me financier global<\/em>.\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t &#8230;Car il n&rsquo;est pas question de remettre en cause quoi que ce soit des fondements du syst\u00e8me, des fondamentaux comme ils disent. Cela ne vient \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de personne, d&rsquo;ailleurs selon un cheminement inconscient de la pens\u00e9e bien compr\u00e9hensible. Mettre en cause le syst\u00e8me, c&rsquo;est ouvrir la bo\u00eete de Pandore et d\u00e9couvrir la profondeur abyssale du vide,  hors de question. Et pourtant (<em>yet<\/em>)&#8230; Le fait est qu&rsquo;il est l\u00e0, devant nous, le vide, et que nous en devinons la profondeur abyssale, le fait est que la bo\u00eete de Pandore est ouverte (elle s&rsquo;est ouverte toute seule). <em>And yet<\/em> dit Malcolm Knight: \u00ab&#8230;<em>et pourtant, nous voulons un syst\u00e8me financier global<\/em>\u00bb. Nous nous trouvons donc au centre de la vertigineuse quadrature du cercle.<\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Apr\u00e8s la pluie, le beau temps?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLe langage vous r\u00e9v\u00e8le,  il nous r\u00e9v\u00e8le tous&#8230; Nous parlons tous selon une chronologie du futur. D\u00e9sormais, plus personne ne nie qu&rsquo;il y a une crise. Il y a de moins en moins d&rsquo;observateurs pour croire que la crise est derri\u00e8re nous. Nous nous installons par cons\u00e9quent dans l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale que la crise, ou disons le plus gros de la crise est encore \u00e0 subir. Notre langage s&rsquo;adapte \u00e0 cette perspective. On pense en termes et expressions tels que: la crise sera longue, ou la crise sera dure, ou tel ou tel pays est mieux arm\u00e9 pour affronter la crise, etc. Dans toutes ces expressions, il y a, implicite mais d&rsquo;une puissance confondante, l&rsquo;id\u00e9e de la finitude de la crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chose est normale, parce que notre raison, notre psychologie, notre langage lui-m\u00eame sont structur\u00e9s pour concevoir une fin de la crise&#8230; Le mot lui-m\u00eame, par la d\u00e9finition que nous lui avons donn\u00e9e dans la vie publique, appelle une fin. (Crise \u00e9conomique: \u00ab<em>Phase grave dans une evolution<\/em>\u00bb; et, pour compl\u00e9ter, le mot \u00e9volution: \u00ab<em>Mouvements r\u00e9gl\u00e9s<\/em>\u00bb et \u00ab<em>Suite de transformations dans un m\u00eame sens<\/em>\u00bb.) Ces d\u00e9finitions impr\u00e8gnent notre psychologie et notre psychologie nous conduit \u00e0 former des jugements comme s&rsquo;ils \u00e9taient de nous-m\u00eames, produits de notre perception et de notre intelligence, alors qu&rsquo;ils sont fortement influenc\u00e9s au d\u00e9part par ces d\u00e9finitions. Les d\u00e9finitions que nous avons rappel\u00e9es conduisent effectivement \u00e0 consid\u00e9rer la crise comme un accident malheureux et d\u00e9plorable dans un processus, une \u00e9volution, dont on a accept\u00e9 comme une pr\u00e9misse intangible le caract\u00e8re vertueux. Par cons\u00e9quent, nous attendons la fin de la chose pour que l&rsquo;\u00e9volution reprenne son rythme vertueux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe plus remarquable dans les r\u00e9actions autour des derniers \u00e9v\u00e9nements est que, si notre langage et notre jugement automatique,  on pourrait le qualifier de pavlovien,   conduisent effectivement \u00e0 attendre les \u00e9v\u00e9nements dans ce sens, il r\u00e8gne une sourde angoisse et un d\u00e9sarroi presque palpable dans la fa\u00e7on de ressentir l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. C&rsquo;est-\u00e0-dire que nous ne sommes pas vierges dans cette affaire. La crise,  gardons le terme \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;autre chose, avec toutes les r\u00e9serves implicites que nous \u00e9voquons,  dont nous avons subi les \u00e9v\u00e9nements extraordinaires depuis le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e, est un encha\u00eenement sur d&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques (chute du dollar de l&rsquo;automne 2007, crise financi\u00e8re d&rsquo;ao\u00fbt 2007 avec le cas britannique de la banque Northern Rock). Elle est un encha\u00eenement sur une situation g\u00e9n\u00e9rale chaotique caract\u00e9ris\u00e9e par des tensions incessantes, par d&rsquo;autres crises si l&rsquo;on veut, ces \u00e9v\u00e9nements s&rsquo;encha\u00eenant et se chevauchant, se nourrisant entre eux, s&rsquo;entretenant les uns les autres. Enfin, il y a le d\u00e9calage \u00e9norme entre le langage officiel, l&rsquo;optimisme officiel, et la r\u00e9alit\u00e9, qui exerce \u00e9galement une pression incessante sur la psychologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Quel futur apr\u00e8s la crise alors que partout se pressent les perspectives d&rsquo;autres crises syst\u00e9miques in\u00e9luctables?<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce cas, notre psychologie n&rsquo;est pas angoiss\u00e9e ni d\u00e9sorient\u00e9e sans raison, et son angoisse et son d\u00e9sarroi ne sont pas le produit d&rsquo;une pathologie. Elle d\u00e9tecte la tromperie du langage, car c&rsquo;est bien une tromperie aujourd&rsquo;hui de parler implicitement de la crise comme d&rsquo;un accident dans une \u00ab<em>suite de transformations dans un m\u00eame sens<\/em>\u00bb. Notre psychologie devine la r\u00e9alit\u00e9 effrayante: cette crise colossale qui semble r\u00e9duire le syst\u00e8me financier et bancaire mondial \u00e0 un \u00e9cran de fum\u00e9e, \u00e0 une apparition magique qui s&rsquo;effacerait au vent d&rsquo;une temp\u00eate, n&rsquo;est pas un accident, aussi \u00e9pouvantable soit-il. C&rsquo;est bien une \u00e9tape de plus dans un encha\u00eenement catastrophique,  et alors, oui, l&rsquo;on peut parler d&rsquo;une \u00ab<em>suite de transformations dans un m\u00eame sens<\/em>\u00bb,  ces transformations n&rsquo;\u00e9tant que l&rsquo;autre nom donn\u00e9 aux crises successives qui, d&rsquo;accidentelles qu&rsquo;on les croyait \u00eatre, deviennent ainsi structurelles. L&rsquo;\u00e9volution ainsi observ\u00e9e est alors d\u00e9crite comme catastrophique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFaisant ces r\u00e9flexions, ce n&rsquo;est pas verser dans le catastrophisme m\u00eame si l&rsquo;on conclut dans le sens qu&rsquo;on a vu. C&rsquo;est simplement faire preuve de r\u00e9alisme et simplement utiliser sa m\u00e9moire rapproch\u00e9e. Il suffit de se rappeler qu&rsquo;il y a un an, nos esprits \u00e9taient compl\u00e8tement occup\u00e9s par la crise de l&rsquo;environnement (crise climatique); il y a deux ans, \u00e0 la suite de la rupture d&rsquo;alimentation de l&rsquo;Ukraine en gaz russe, c&rsquo;\u00e9tait la crise de l&rsquo;\u00e9nergie; il y a trois ans, c&rsquo;\u00e9tait la crise iranienne, qualifi\u00e9e depuis (en ao\u00fbt 2007) de plus grave crise de notre \u00e9poque par le pr\u00e9sident Sarkozy&#8230; (Et encore prend-on la succession de m\u00eames p\u00e9riodes; le reste des ann\u00e9es \u00e9voqu\u00e9es est aussi fourni.) L&rsquo;on sait que chacune de ces crises existe toujours, persiste, irr\u00e9solue, et que les perspectives in\u00e9luctables de certaines d&rsquo;entre elles ont une dimension catastrophique \u00e9vidente pour notre avenir (crise climatique, crise de l&rsquo;\u00e9nergie).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi se d\u00e9fait-on des cha\u00eenes d&rsquo;un langage trompeur, forg\u00e9 par l&rsquo;habitude, les coutumes et les murs, dans un syst\u00e8me o\u00f9 nous avons obligatoirement v\u00e9cu et qui est entr\u00e9 dans sa phase catastrophique. Il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;apr\u00e8s \u00e0 cette crise, dans tous les cas pas d&rsquo;apr\u00e8s con\u00e7u selon la rationalit\u00e9 \u00e9conomique (curieux oxymore) qui formate notre langage courant. Il serait plus avis\u00e9, plus sage, d&rsquo;admettre que la crise en cours n&rsquo;est qu&rsquo;un encha\u00eenement d&rsquo;autres crises, et que tous ces accidents structurels modifient d&rsquo;autant la structure dont elles manifestent les spasmes, et orientent (ou d\u00e9sorientent) \u00e0 mesure l&rsquo;\u00e9volution dans laquelle nous sommes emport\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit sans aucun doute d&rsquo;une \u00e9poque d\u00e9cha\u00een\u00e9e, une de ces \u00e9poques o\u00f9 tous les \u00e9v\u00e9nements, au lieu de s&rsquo;\u00e9quilibrer, additionnent leurs effets pour conduire leur oeuvre de d\u00e9structuration. Sans doute peut-on la comparer \u00e0 cette p\u00e9riode de la Grande Peur, si bien d\u00e9crite par Guglielmo Ferrero (voir notre rubrique Analyse des 25 novembre et 10 d\u00e9cembre 2007), qui va de 1789 \u00e0 1815; \u00e9poque maistrienne, sans aucun doute, o\u00f9 les hommes, particuli\u00e8rement les ma\u00eetres du monde, ne sont plus que les jouets de leurs illusions et des \u00e9v\u00e9nements; cela, \u00e0 l&rsquo;image de ce que fut Davos-2008, \u00e9cras\u00e9, avec l&rsquo;ahurissement de tous, par l&rsquo;ampleur et la sauvagerie du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<h3>Retourner sa pens\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl faut accepter l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence effective de ce que nous nommons virtualisme, ce processus id\u00e9ologique de transformation artificielle de l&rsquo;interpr\u00e9tation du monde; cette fausse propagande puisque, au contraire de la propagande, ceux qui manipulent ce processus \u00e0 l&rsquo;aide des moyens de la communication sont les premiers \u00e0 croire \u00e0 l&rsquo;effet artificiel du produit de cette manipulation. Acceptant cette hypoth\u00e8se, on peut alors consid\u00e9rer avec moins de pessimisme le d\u00e9fi psychologique majeur de notre temps historique. Il s&rsquo;agit de retourner sa pens\u00e9e comme l&rsquo;on fait d&rsquo;un gant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAvec ces crises successives, nous arrivons \u00e0 une situation insupportable pour la psychologie, au travers des jugements que le virtualisme exige de nous. Il est impossible, sans d&rsquo;immenses d\u00e9g\u00e2ts pour l&rsquo;\u00e9quilibre de notre psychologie, de continuer \u00e0 affirmer que le ciel est bleu et le soleil \u00e9clatant alors que la temp\u00eate d\u00e9verse sur nous ses trombes d&rsquo;eau illumin\u00e9es d&rsquo;\u00e9clairs sombres (autre oxymore n\u00e9cessaire).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Le virtualisme vient de loin, comme l&rsquo;on sait, avec cette coloration m\u00e9t\u00e9orologique. En 1928, lors de sa campagne \u00e9lectorale pour la pr\u00e9sidence, le candidat d\u00e9mocrate Al Smith disait, un an avant 1929, que l&rsquo;Am\u00e9rique avait d\u00e9cid\u00e9 de ne plus fabriquer de parapluies parce qu&rsquo;elle vivrait continuellement sous le soleil \u00e9clatant de la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique. L&rsquo;attitude de l&rsquo;administration Hoover entre le krach d&rsquo;octobre 1929 et le d\u00e9but effectif de la Grande D\u00e9pression \u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1930 fut d\u00e9crite \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme <em>the prosperity propaganda<\/em>,  \u00e0 part qu&rsquo;il s&rsquo;agissait effectivement plus de virtualisme que de propagande: ceux qui annon\u00e7aient le retour de la prosp\u00e9rit\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;accident d&rsquo;octobre 1929, ou plut\u00f4t la poursuite de la prosp\u00e9rirt\u00e9 en d\u00e9pit de l&rsquo;accident, croyaient \u00e9videmment \u00e0 ce qu&rsquo;ils affirmaient.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9fi qui s&rsquo;impose est assez classique et n&rsquo;a rien de vraiment nouveau. Il s&rsquo;agit, selon une formule \u00e9galement classique, de penser la crise, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;accepter la r\u00e9alit\u00e9 et les \u00e9v\u00e9nements dont elle est marqu\u00e9e. Mais cette consigne classique devient effectivement un d\u00e9fi colossal au regard de la construction virtualiste que nous nous sommes impos\u00e9e \u00e0 la place de la r\u00e9alit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 il y avait simplement une adaptation de la pens\u00e9e (penser la crise), il y a un effort intellectuel consid\u00e9rable. Il s&rsquo;agit v\u00e9ritablement de retourner la pens\u00e9e pour pouvoir penser la r\u00e9alit\u00e9,  ce qui revient \u00e0 penser la crise, ou les crises, puisque c&rsquo;est l\u00e0 la d\u00e9finition de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente. C&rsquo;est un paradoxe bien remarquable de nous trouver \u00e0 ce point qui est si important \u00e0 cause de l&rsquo;aspect quantitatif de nos propres dissimulations. Ce simple retour au r\u00e9el pourrait paradoxalement prendre l&rsquo;aspect r\u00e9volutionnaire d&rsquo;une transmutation des valeurs, selon l&rsquo;expression nietzsch\u00e9enne, tant cet exercice conduirait \u00e0 des bouleversements des conceptions. Nietzsche voulait une transmutation des valeurs pour changer la r\u00e9alit\u00e9; dans notre cas, un simple retour \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 impliquerait cette transmutation des valeurs. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Un exemple du retournement de la pens\u00e9e: justement, FDR en 1933, ou le rejet de la prosperity propaganda<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour mieux expliciter le cas en l&rsquo;accolant \u00e0 une occurrence qui nous est famili\u00e8re en ce moment, on citera le pr\u00e9c\u00e9dent de Roosevelt, toujours autour de cette fameuse date de 1933 (son entr\u00e9e en fonction). Nous mettons \u00e0 part toutes les pond\u00e9rations qu&rsquo;impliquerait un jugement uniquement politique ou \u00e9conomique, notamment sur les ambigu\u00eft\u00e9s et les limites de la politique de FDR. Nous choisissons de consid\u00e9rer le cas d&rsquo;un point de vue symbolique et psychologique, par rapport \u00e0 la situation intellectuelle, \u00e0 la tendance du conformisme d&rsquo;alors aux USA (assez proche de celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui). Le discours de sa prestation de serment, les d\u00e9cisions aussit\u00f4t prises, le choc intellectuel que tout cela produisit,  voil\u00e0 un exemple de retournement de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est que quelques mois plus tard, quelques ann\u00e9es plus tard, bref \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;Histoire, que l&rsquo;on consid\u00e9ra que l&rsquo;acte de FDR \u00e9tait n\u00e9cessit\u00e9 par la pression des \u00e9v\u00e9nements. Cette pression \u00e9tait beaucoup moins fortement ressentie dans la vie politique (politicienne) quotidienne aux USA qu&rsquo;elle n&rsquo;est mesur\u00e9e dans l&rsquo;Histoire. C&rsquo;est l&rsquo;acte de FDR, le choc du retournement de la pens\u00e9e qui mit en lumi\u00e8re cette pression des \u00e9v\u00e9nements et c&rsquo;est bien ce retournement de la pens\u00e9e qui constitue, de ce point de vue, un moteur r\u00e9volutionnaire. En quelques heures, tous les stigmates et les cha\u00eenes de la <em>prosperity propaganda<\/em> qui poursuivait son action malgr\u00e9 la crise furent dispers\u00e9s. En quelques heures, et peut-\u00eatre pour quelques semaines ou quelques mois avant qu&rsquo;on ne mesure les limites de la politique de FDR, \u00e9tait apparue la possibilit\u00e9 d&rsquo;une rupture syst\u00e9mique,  et non id\u00e9ologique, domaine de l&rsquo;illusion,  de la situation en place.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes adversaires de FDR eurent t\u00f4t fait de contre-attaquer et de bloquer l&rsquo;\u00e9volution en cours en faisant de FDR un socialiste plut\u00f4t qu&rsquo;un dynamiteur du syst\u00e8me. A cette nouvelle lumi\u00e8re, il apparut bien s\u00fbr que FDR, reconduit dans la sph\u00e8re id\u00e9ologique, n&rsquo;\u00e9tait pas un socialiste mais tout juste un r\u00e9formiste capitaliste. Lui-m\u00eame avait \u00e9videmment c\u00e9d\u00e9 aux contraintes du syst\u00e8me o\u00f9 il \u00e9voluait et se trouva tr\u00e8s vite politiquement en retraite. Mais l&rsquo;aspect politique n&rsquo;est pas du tout l&rsquo;essentiel dans cet exemple; on comprend que ce qu&rsquo;il nous importe d&rsquo;\u00e9clairer est l&rsquo;aspect psychologique de l&rsquo;imposition d&rsquo;une rupture dans le courant de la pens\u00e9e. On sait que l&rsquo;effet psychologique fut cathartique dans toute la population am\u00e9ricaine, comme si un sentiment collectif s&rsquo;\u00e9tait cr\u00e9\u00e9 par le biais d&rsquo;une psychologie collective. L&rsquo;exemple rappelle effectivement que les interventions inspir\u00e9es de dirigeants politiques se placent toujours dans le registre apocalyptique rompant le discours du conformisme syst\u00e9mique, de l&rsquo;optimisme de syst\u00e8me. De Gaulle n&rsquo;\u00e9tait jamais meilleur dans sa conqu\u00eate de l&rsquo;esprit public que lorsqu&rsquo;il annon\u00e7ait le chaos (moi ou le chaos).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi l&rsquo;exemple est \u00e9vident, si la voie appara\u00eet \u00e9clatante, on ne voit pas une seconde pour autant un dirigeant politique du calibre contemporain capable d&rsquo;une telle audace. Le renversement de la pens\u00e9e semble effectivement une voie interdite dans les conditions politiques courantes du syst\u00e8me.<\/p>\n<h3>Penser l&rsquo;apocalypse<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe d\u00e9fi qui nous est lanc\u00e9 concerne effectivement cette ouverture de l&rsquo;esprit, ce d\u00e9chirement du conformisme optimiste, du virtualisme de l&rsquo;optimisme. Il faut alors r\u00e9apprendre l&rsquo;exercice simple d&rsquo;accepter de soumettre notre pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des \u00e9v\u00e9nements du dehors, au lieu d&rsquo;imposer \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements l&rsquo;interpr\u00e9tation que nous donnons d&rsquo;eux. Il n&rsquo;y a rien de bien nouveau dans cette exigence mais il faut, dans les conditions actuelles de pressions de la communication, une singuli\u00e8re puissance psychologique pour la rencontrer.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit de penser l&rsquo;apocalypse, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;accepter une accumulation d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 potentiel catastrophique, m\u00e9lange d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements naturels et d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements artificiels (cr\u00e9\u00e9s par les humains). Cette n\u00e9cessit\u00e9 est d&rsquo;autant plus pressante que nous poss\u00e9dons le redoutable privil\u00e8ge,  c&rsquo;est une id\u00e9e centrale que nous r\u00e9p\u00e9tons souvent,  de vivre une \u00e9poque apocalyptique et, en m\u00eame temps, de mesurer parfaitement l&rsquo;aspect apocalyptique de cette \u00e9poque,  et encore plus, en m\u00eame temps de pouvoir nous regarder en train de vivre cette \u00e9poque apocalyptique. La lucidit\u00e9 face \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes ce paye effectivement d&rsquo;un retournement de la pens\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn nous fixant comme but de penser l&rsquo;apocalypse nous ne d\u00e9signons pas un r\u00f4le de t\u00e9moin, de spectateur ardent. Nous devons aller plus loin et admettre que cette apocalypse est le produit indubitable de notre civilisation. Cela signifie que l&rsquo;acte intellectuel audacieux de penser l&rsquo;apocalypse signifie \u00e9galement, pour notre compte, penser notre d\u00e9cadence,  et, dans ce cas, une d\u00e9cadence qui ne cesse d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer, comme si le poids m\u00eame de ses capitulations et de ses perversions en augmentait le rythme et la vitesse.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est dire qu&rsquo;il faudra au bout du compte \u00e9carter l&rsquo;esprit partisan, l&rsquo;engagement qu&rsquo;on jugeait \u00eatre, d&rsquo;ailleurs avec bien des arguments, politique et moral. La chute est tellement abrupte que nul n&rsquo;est \u00e9pargn\u00e9. Certes, l&rsquo;Am\u00e9rique peut \u00eatre d\u00e9sign\u00e9e par certains comme la fautive, mais ce n&rsquo;est que la fautive principale et nous sommes tous \u00e0 la fois entrain\u00e9s par elle et complices d&rsquo;elle. La France elle-m\u00eame, qui s&rsquo;est distingu\u00e9e si souvent par ses diff\u00e9rences, a aujourd&rsquo;hui des caract\u00e8res et des comportements qui ne d\u00e9parent en aucune fa\u00e7on le ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral de d\u00e9cadence. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, le d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de la puissance US met en \u00e9vidence combien le mal g\u00e9n\u00e9ral que l&rsquo;on mesure, la crise syst\u00e9mique qui se concr\u00e9tise par autant de crises syst\u00e9miques sectorielles, est le mal d&rsquo;une civilisation dans son ensemble et non le mal d&rsquo;une influence et d&rsquo;une puissance,  m\u00eame si l&rsquo;on juge que cette influence et cette puissance sont la matrice de la chose. Nous sommes tous, \u00e0 la fois complices et victimes, et historiquement solidaires d&rsquo;un d\u00e9veloppement que nous avons tous, peu ou prou, avec plus ou moins de r\u00e9ticence, favoris\u00e9 depuis plusieurs si\u00e8cles. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une civilisation qui est en cause, et du temps qui en a le mieux caract\u00e9ris\u00e9 l&rsquo;ach\u00e8vement, ce temps que nous nommons modernit\u00e9.<\/p>\n<h3>L&rsquo;invincibilit\u00e9 impuissante<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le sens de l&rsquo;\u00e9vidence, il appara\u00eet que l&rsquo;Ouest est invincible. Sa puissance, le contr\u00f4le qu&rsquo;il exerce sur tous les attributs et toutes les sources de la puissance, sont des faits qu&rsquo;il importe peu de discuter. La chose est d&rsquo;autant plus acquise qu&rsquo;elle est \u00e9tablie depuis plusieurs si\u00e8cles, qu&rsquo;elle s&rsquo;est impos\u00e9e dans une derni\u00e8re r\u00e9affirmation tendant \u00e0 la totalit\u00e9, de fa\u00e7on \u00e9crasante et en toute impunit\u00e9 apr\u00e8s la guerre de 1939-45. (D\u00e8s cette \u00e9poque, certains se penchaient sur les probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ou dissimul\u00e9s par cette domination. Ce fut notamment le cas de Toynbee.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa domination de l&rsquo;Ouest est aujourd&rsquo;hui de type totalitaire, n&rsquo;\u00e9pargnant aucun domaine; encore plus qu&rsquo;une h\u00e9g\u00e9monie, il s&rsquo;agit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne osmotique qui ne se ferait que dans un sens. L&rsquo;Ouest ne peut \u00eatre vaincu selon la d\u00e9finition courante du terme d\u00e9faite dans la mesure o\u00f9, pour chaque candidat \u00e0 une victoire sur l&rsquo;Ouest et en admettant qu&rsquo;une telle victoire f\u00fbt possible, cette d\u00e9faite de l&rsquo;Ouest serait \u00e9galement une sorte de d\u00e9faite pour lui-m\u00eame. La d\u00e9monstration en a \u00e9t\u00e9 faite d&rsquo;une fa\u00e7on paradoxale depuis le 11 septembre 2001. Le paradoxe est en ceci que les \u00e9v\u00e9nements tragiques depuis 9\/11 n&rsquo;ont finalement d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une chose: notre seul Ennemi, notre vrai Ennemi est en-dedans de nous-m\u00eames. De toutes les crises qui frappent l&rsquo;Occident depuis 9\/11, aucune (sauf la crise du terrorisme \u00e9videmment, dont la r\u00e9alit\u00e9 est bien contestable) n&rsquo;est le produit du terrorisme. Les crises du syst\u00e8me financier, de l&rsquo;\u00e9nergie, de l&rsquo;environnement, etc., voire des crises plus diffuses encore comme celles des bureaucraties, des structures militaires, ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9es par 9\/11 mais n&rsquo;en sont certainement pas l&rsquo;effet direct. L&rsquo;attaque du 11 septembre n&rsquo;a eu d&rsquo;importance qu&rsquo;\u00e0 cause des effets indirects, secondaires mais colossaux, qu&rsquo;elle a d\u00e9clench\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn quelques ann\u00e9es a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 jour le vice fondamental de notre syst\u00e8me,  une sorte de mont\u00e9e aux deux extr\u00eames contraires si l&rsquo;on veut. Ce vice fondamental tient en un paradoxe, qui est celui que la mont\u00e9e automatique de la puissance de la civilisation occidentale augmente proportionnellement sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 interne. Certains percevaient d\u00e9j\u00e0, souvent par intuition, ce d\u00e9s\u00e9quilibre, qu&rsquo;ils exprimaient d&rsquo;une autre fa\u00e7on: la civilisation occidentale augmentant irr\u00e9sistiblement sa puissance montre corr\u00e9lativement et proportionnellement une absence de sens qui devient de plus en plus d\u00e9stabilisante. L&rsquo;attaque du 11 septembre, elle-m\u00eame \u00f4 combien d\u00e9stabilisante, a traduit cette intuition en une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te. Nous voyons aujourd&rsquo;hui cette r\u00e9alit\u00e9 se marquer dans des \u00e9v\u00e9nements bien identifiables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a pas de domaine o\u00f9 ce paradoxe se marque plus fortement que dans l&rsquo;activit\u00e9 militaire, qui est devenu  ces derni\u00e8res ann\u00e9es une des manifestations principales de la puissance occidentale (am\u00e9ricaniste, certes, mais \u00e9galement d&rsquo;autres puissances, notamment europ\u00e9ennes). Il s&rsquo;agit du paradoxe de l&rsquo;invincibilit\u00e9 impuissante.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Les guerres lanc\u00e9es depuis le 11 septembre 2001 sont des miroirs de notre civilisation: invincibilit\u00e9 et impuissance<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est effectivement dans les conflits lanc\u00e9s depuis le 11 septembre 2001 que s&rsquo;est impos\u00e9e l&rsquo;image de notre crise de civilisation. Nous l&rsquo;avons voulu sp\u00e9cifiquement,  nous puisque, d\u00e9cid\u00e9ment, tout ce qui est am\u00e9ricaniste nous guide et nous \u00e9claire.  Nous avons \u00e9cart\u00e9 toute autre d\u00e9finition du terrorisme que guerri\u00e8re. Nous avons impos\u00e9 l&rsquo;enjeu au niveau de la guerre, et puisque la lutte contre le terrorisme fut aussit\u00f4t per\u00e7ue comme un enjeu de civilisation c&rsquo;est qu&rsquo;effectivement la guerre lanc\u00e9e portait cette signification.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Nous savons bien que tout le monde ne partageait pas cette perception et ce jugement. Nous savons bien que les Europ\u00e9ens rechign\u00e8rent et rechignent encore. Nous savons bien que les Europ\u00e9ens ont un sens bien plus aigu de la crise de civilisation que nous vivons, que ne l&rsquo;ont les dirigeants washingtoniens. Ils ont manqu\u00e9 \u00e0 leur devoir le plus sacr\u00e9 de n&rsquo;en rien dire et de ne pas tirer les cons\u00e9quences de ces convictions. Tant pis pour nous, il faut boire la coupe jusqu&rsquo;\u00e0 la lie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAutant le conflit irakien d&rsquo;une fa\u00e7on presque provocante jusqu&rsquo;en 2007, que le conflit afghan depuis 2005 et, d\u00e9sormais d&rsquo;une fa\u00e7on spectaculaire depuis quelques mois,  ces deux conflits proposent avec une puissance confondante l&rsquo;\u00e9trange bin\u00f4me en forme d&rsquo;oxymore de l&rsquo;invincibilit\u00e9 enfantant l&rsquo;impuissance. Il y a toutes les apparences de la puissance irr\u00e9sistible dans ces arm\u00e9es hyper-modernes, hyper-sophistiqu\u00e9es, hyper-m\u00e9canis\u00e9es et -informatis\u00e9es, hyper-tout en un mot,  qui surviennent, s&#8217;emparent du terrain et de la bataille et portent un coup d\u00e9cisif. Tout est dit et les trompettes de la renomm\u00e9e victorieuse peuvent sonner. C&rsquo;est alors que tout commence. La puissance impos\u00e9e, qui pr\u00e9tend installer son propre monde, prend ses aises et commence \u00e0 \u00e9taler ses travers: rigidit\u00e9, bureaucratie, r\u00e9glementation, inadaptabilit\u00e9. Son calvaire commence alors que commence la G4G. Bient\u00f4t elle est aussi impuissante qu&rsquo;un colosse assailli par un essaim de gu\u00eapes, parce qu&rsquo;elle s&rsquo;est fig\u00e9e dans son invincibilit\u00e9 affirm\u00e9e qui lui donne une telle certitude qu&rsquo;elle n&rsquo;imagine pas une seconde qu&rsquo;elle doive changer, qu&rsquo;elle doive s&rsquo;adapter \u00e0 quelque chose qui lui est si manifestement inf\u00e9rieur. L&rsquo;invincibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e8re l&rsquo;impuissance comme une infection irr\u00e9sistible. La bataille initiale gagn\u00e9e, la guerre commence \u00e0 \u00eatre perdue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais ces mots sont inappropri\u00e9s. Il n&rsquo;est question ni de victoire ni de d\u00e9faite puisque les deux adversaires \u00e9voluent dans deux mondes qui ne se rencontrent jamais. Au bout du compte, l&rsquo;invincibilit\u00e9 sera conduite \u00e0 acheter le silence et une certaine neutralit\u00e9 temporaire des essaims de gu\u00eapes, en \u00e9change de concessions diverses, pour \u00e9viter que la dialectique insupportable victoire-d\u00e9faite puisse \u00eatre utilis\u00e9e. Puisque les moyens de l&rsquo;invincibilit\u00e9 sont immenses et que l&rsquo;adversaire peut y trouver son compte, l&rsquo;affaire est faite, comme en Irak. Cela durera ce que cela durera car il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;acheter du temps pour sauvegarder ce qu&rsquo;il reste d&rsquo;une r\u00e9putation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe dernier acte de l&rsquo;invincibilit\u00e9 a donc \u00e9t\u00e9 d&rsquo;acheter le silence de l&rsquo;adversaire pour qu&rsquo;il ne proclame pas l&rsquo;impuissance \u00e0 la face du monde. Mais c&rsquo;est un march\u00e9 de dupes.<\/p>\n<h3>Le trou noir afghan<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn apparence, l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la crise des <em>subprimes<\/em> magnifi\u00e9e par l&rsquo;aventure de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale. En r\u00e9alit\u00e9, une crise succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;autre, dans cet encha\u00eenement qui lui-m\u00eame para\u00eet syst\u00e9mique de crises qui peuvent toutes justifier ce qualificatif pour elles-m\u00eames. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une suite ininterrompue de paroxysmes successifs de crises ininterrompues, end\u00e9miques, l&rsquo;une prenant le relais de l&rsquo;autre. Un week-end, nous assistons aux pr\u00e9misses d&rsquo;un krach boursier, le week-end d&rsquo;apr\u00e8s c&rsquo;est l&rsquo;annonce du rejet de la nomination de Lord Ashdow comme repr\u00e9sentant de l&rsquo;ONU par le pr\u00e9sident afghan Karza\u00ef,  \u00e0 Davos, justement, o\u00f9 l&rsquo;on ne parlait que du krach. Ainsi le lien est-il fait. Londres et Washington avaient oubli\u00e9 de consulter Karza\u00ef. Le pr\u00e9sident afghan est une marionnette accessoire mais c&rsquo;est aussi un Afghan ombrageux. Il s&rsquo;est invit\u00e9 dans le jeu, pour en troubler la donne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi commen\u00e7a une semaine difficile pour la crise afghane, avec un \u00e9change entre le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense Robert Gates et les Allemands d&rsquo;une intensit\u00e9 jamais vue dans ces relations transatlantiques-l\u00e0. Selon les mots de sources officielles allemandes qui ne furent pas avares de confidences, la lettre de Gates fut qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00ab<em>outrageante<\/em>\u00bb et d&rsquo;\u00ab<em>impertinente<\/em>\u00bb, elle t\u00e9moignait d&rsquo;\u00ab<em>une incroyable impudence<\/em>\u00bb, elle pouvait \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e comme une tentative d&rsquo;\u00ab<em>infliger une torture psychologique<\/em>\u00bb aux Allemands. Diantre. La chose (la lettre de Gates) en a surpris plus d&rsquo;un, venant du successeur de Rumsfeld dont l&rsquo;affabilit\u00e9 et le calme apaisant avaient constitu\u00e9 \u00ab<em>une divine surprise<\/em>\u00bb pour Javier Solana, lorsqu&rsquo;il l&rsquo;avait rencontr\u00e9 en priv\u00e9 \u00e0 Washington, en mars dernier.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAussi est-on conduit \u00e0 poursuivre le parall\u00e8le propos\u00e9 plus haut, \u00e0 propos de cet encha\u00eenement de crises. De m\u00eame que le pr\u00e9sident de la <em>Fed<\/em> Bernanke perdit son sang-froid le week-end pr\u00e9c\u00e9dent devant la mont\u00e9e de la crise et d\u00e9cida la r\u00e9duction massive du taux directeur, de m\u00eame Gates perdit-il le sien avec une lettre qui ressemblait \u00e0 un ultimatum \u00e9crit dans des termes \u00ab<em>unusually harsh<\/em>\u00bb. La confirmation que les Canadiens retireraient leurs forces d&rsquo;Afghanistan (de la terrible zone Sud) si certains autres pays de l&rsquo;Alliance ne s&rsquo;engageaient pas, notamment en fournissant un soutien \u00e0 ces forces (2.500 hommes), transforme la perspective afghane en cauchemar. La d\u00e9cision de Karza\u00ef contre Ashdow est l&rsquo;am\u00e8re cerise sur le g\u00e2teau. L\u00e0-dessus, l&rsquo;ent\u00eatement des Fran\u00e7ais \u00e0 ne pas s&rsquo;engager plus avant en Afghanistan conduisit le <em>Guardian<\/em> du 2 f\u00e9vrier \u00e0 faire cette remarque,  on la qualifiera d&rsquo;extraordinaire et d&rsquo;ironique c&rsquo;est selon, lorsqu&rsquo;on a \u00e0 l&rsquo;esprit quelle rupture pro-am\u00e9ricaniste repr\u00e9sent\u00e8rent pour les esprits \u00e0 Washington, religion prestement faite \u00e0 cet \u00e9gard, l&rsquo;arriv\u00e9e successive au pouvoir de Merkel et de Sarkozy: \u00ab<em>The mood in Paris and Berlin threatens a damaging replay of the transatlantic spats in the run up to the Iraq war five years ago<\/em>.\u00bb Etrange, \u00e9trange: Chirac-Schr\u00f6der et Merkel-Sarkozy, m\u00eame combat?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>L&rsquo;Afghanistan devient le front central: de quoi? De notre bataille universelle ou de notre crise syst\u00e9mique?<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est caract\u00e9ristique de notre sentiment, et de la force des choses nous semble-t-il, que l&rsquo;on aborde la description succincte de cet \u00e9pisode afghan par la description des m\u00e9sententes occidentales plus que par une description de la situation sur le terrain. Cela mesure la r\u00e9alit\u00e9 profonde de la crise, selon notre sentiment. Il n&rsquo;y a certainement pas d&rsquo;exemple historique d&rsquo;une soi-disant guerre men\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on aussi spectaculaire et fracassante, d&rsquo;abord sur le front int\u00e9rieur d&rsquo;un des adversaires, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la coalition-alliance qu&rsquo;il entend repr\u00e9senter, comme si le terrain lui-m\u00eame o\u00f9 se poursuivent les combats repr\u00e9sentaient un \u00e0-c\u00f4t\u00e9, quelque chose d&rsquo;accessoire qui ne semble l\u00e0 que pour mettre en \u00e9vidence les chaos du front int\u00e9rieur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tApr\u00e8s l&rsquo;Irak, annoncent \u00e0 grand fracas les strat\u00e8ges washingtoniens, l&rsquo;Afghanistan est devenu le front central. De quoi? Mais de la <em>Long War<\/em> que conduit l&rsquo;Occident, est-on tent\u00e9 de r\u00e9pondre ing\u00e9nument. On proposera \u00e9videmment l&rsquo;autre interpr\u00e9tation, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment, cette fois \u00e0 la lumi\u00e8re de cette id\u00e9e d&rsquo;encha\u00eenement des crises comme autant de signes spasmodiques s&rsquo;encha\u00eenant en paroysmes successifs. La longue cha\u00eene de l&rsquo;impuissance de notre invincibilit\u00e9 se marque de tel \u00e0 tel \u00e9v\u00e9nement, s&rsquo;encha\u00eenant d&rsquo;une semaine l&rsquo;autre. La crise financi\u00e8re et boursi\u00e8re, illustrant un mal end\u00e9mique d&rsquo;une explosion provoqu\u00e9e par les seuls exc\u00e8s de ce syst\u00e8me universel et invincible; la crise afghane, atteignant un nouveau paroxysme au travers des m\u00e9sententes entre les puissances du syst\u00e8me, expos\u00e9es au travers d&rsquo;\u00e9changes hargneux et hostiles. Tout cela fait partie d&rsquo;une m\u00eame famille.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Afghanistan devient-il le front central? Il y a dans ce jugement une sorte de tentative d&rsquo;exorcisme du langage, comme si l&rsquo;on poursuivait la <em>narrative<\/em> somme toute rassurante d&rsquo;une guerre qui se poursuit. Apr\u00e8s tout, l&rsquo;expression m\u00eame (front central) pourrait vouloir signifier que les autres fronts sont d\u00e9sormais apais\u00e9s. Est-ce le cas de l&rsquo;Irak? On se permettra d&rsquo;observer, un tantinet sceptique: on verra, car tout est loin d&rsquo;\u00eatre vu \u00e0 cet \u00e9gard. Mais on comprend bien que ces simples remarques nous \u00e9loignent des r\u00e9alit\u00e9s op\u00e9rationnelles o\u00f9 les montages jouent un r\u00f4le si grand qu&rsquo;il est proche d&rsquo;\u00eatre exclusif. Ce qui compte est bien cette cha\u00eene sans fin des acrimonies, des improvisations entre alli\u00e9s sur la d\u00e9fensive entre eux ou entre pouvoirs concurrents du m\u00eame syst\u00e8me; ce qui compte est ce balancement d&rsquo;une crise \u00e0 l&rsquo;autre, comme un pompier court d&rsquo;un foyer \u00e0 l&rsquo;autre selon l&rsquo;intensit\u00e9 du feu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes critiques de la fa\u00e7on dont est men\u00e9e, par l&rsquo;Ouest, la guerre en Afghanistan,  le dernier acte en date est un rapport de l&rsquo;Atlantic Council dont l&rsquo;un des auteurs est l&rsquo;ancien SACEUR, le g\u00e9n\u00e9ral des Marines James Jones,  en reviennent sempiternellement au constat de l&rsquo;absence d&rsquo;une strat\u00e9gie. Le constat est bien entendu justifi\u00e9 tant il tombe sous le sens (sous le bon sens, devrait-on dire). Mais ce constat a un aspect universel. L&rsquo;absence de strat\u00e9gie caract\u00e9rise toutes les crises syst\u00e9miques en cours, comme cause centrale. Elle n&rsquo;est que le reflet d&rsquo;une crise g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;absence de strat\u00e9gie ne fait alors qu&rsquo;\u00e9noncer pour un cas sp\u00e9cifique notre absence g\u00e9n\u00e9rale de sens.  <\/p>\n<h3>La psychologie contrainte<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tToutes ces explosions suivies d&rsquo;apaisements, de la crise financi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Afghanistan en attendant la suite, nous donnent l&rsquo;illusion d&rsquo;avoir vaincu une crise avant d&rsquo;affronter la suivante. Mais ne voit-on pas qu&rsquo;il s&rsquo;agit de manifestations diff\u00e9rentes d&rsquo;une m\u00eame crise?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cet encha\u00eenement, l&rsquo;Afghanistan,  puisque nous terminons sur ce cas,  ne d\u00e9pare pas le propos initial. L\u00e0 aussi, l&rsquo;accessoire, le marginal est pris pour l&rsquo;essentiel. L\u00e0 aussi, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement  central,  la guerre, apr\u00e8s tout,  n&rsquo;est m\u00eame plus possible selon les normes courantes de cet \u00e9v\u00e9nement. Se quereller entre alli\u00e9s imm\u00e9moriaux jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;insulte mortelle \u00e0 propos du d\u00e9ploiement de 2.000 hommes, voire de 250 dans le cas allemand pour un premier pas, alors qu&rsquo;on fait une guerre affirm\u00e9e comme universelle contre un ennemi d\u00e9crit comme mena\u00e7ant la civilisation du monde, c&rsquo;est laisser la bride sur le cou aux marges, pour qu&rsquo;elles nous conduisent aux extr\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette mont\u00e9e aux marges, qui nous aveugle sur l&rsquo;essentiel de la crise, indique notre \u00e9puisement psychologique marqu\u00e9 par ce travers de prendre l&rsquo;accessoire pour l&rsquo;essentiel. Parall\u00e8lement et selon une logique d&rsquo;auto-destruction qui semble in\u00e9luctable, se d\u00e9veloppe et s&rsquo;affirme cet \u00e9trange ph\u00e9nom\u00e8ne qui fait se correspondre, comme un double presque parfait, notre impuissance \u00e0 notre invincibilit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question du retournement de la pens\u00e9e est aujourd&rsquo;hui pos\u00e9e, haute et claire. C&rsquo;est d\u00e9sormais le seul d\u00e9fi essentiel, celui qui surmonte tous les autres. Retourner sa pens\u00e9e pour lib\u00e9rer l&rsquo;esprit du syst\u00e8me o\u00f9 il s&rsquo;est enferm\u00e9 lui-m\u00eame, d&rsquo;o\u00f9 il assiste sans rien voir, invincible et impuissant, au d\u00e9ferlement des crises; l&rsquo;esprit cherche sans espoir les causes de cet immense \u00e9branlement dans des hypoth\u00e8ses de fortune, toutes faites pour conforter le monde fabriqu\u00e9 par le m\u00eame syst\u00e8me qui l&rsquo;enferme; il \u00e9volue dans ce monde ferm\u00e9 o\u00f9 il s&rsquo;interdit, par des entraves qu&rsquo;il s&rsquo;impose \u00e0 lui-m\u00eame d&rsquo;observer la r\u00e9alit\u00e9 profonde des causes de ces crises. L&rsquo;enfermement est achev\u00e9 dans cette logique de cercle vicieux, cet aliment pervers du  malaise psychologique qui est l&rsquo;\u00e9cho intime et la cons\u00e9quence pathologique de notre crise de civilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais il est difficile de penser que l&rsquo;esprit, ainsi enferm\u00e9, puisse trouver en lui la force de se lib\u00e9rer. Les crises, dans toutes leurs sp\u00e9cificit\u00e9s souvent \u00e9tranges et qui sont n\u00e9cessairement incompr\u00e9hensibles \u00e0 notre esprit, tiennent cette fonction in\u00e9dite d&rsquo;exercer sur lui une pression continue pour tenter de le forcer vers cette lib\u00e9ration. La crise centrale de notre civilisation est en train de passer du caract\u00e8re classique de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nementiel \u00e0 la situation in\u00e9dite d&rsquo;une bataille de la r\u00e9alit\u00e9, qu&rsquo;elle repr\u00e9sente, contre l&rsquo;enfermement de l&rsquo;esprit. L&rsquo;enjeu central est de savoir jusqu&rsquo;o\u00f9 notre psychologie r\u00e9sistera \u00e0 cette pression avant que l&rsquo;esprit accepte cette lib\u00e9ration, ou bien si elle sombrera avant cette issue.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les faux-frais de la civilisation Les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements ont mis \u00e0 jour la fabrique d&rsquo;une \u00e9trange \u00e9volution \u00e9conomique. Il ne s&rsquo;agit m\u00eame plus de la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le buf mais de celle de ces oiseaux escortant parfois les \u00e9l\u00e9phants, nichant presque sur eux et picorant les&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[3236,3423,7395,6277],"class_list":["post-70307","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-defensa","tag-afghanistan","tag-civilisation","tag-kerviel","tag-systemique"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70307"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70307\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70307"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70307"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}