{"id":70316,"date":"2008-11-01T13:23:34","date_gmt":"2008-11-01T13:23:34","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/11\/01\/le-4-novembre-et-les-raisons-de-la-raison\/"},"modified":"2008-11-01T13:23:34","modified_gmt":"2008-11-01T13:23:34","slug":"le-4-novembre-et-les-raisons-de-la-raison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/11\/01\/le-4-novembre-et-les-raisons-de-la-raison\/","title":{"rendered":"Le 4 novembre et les raisons de la Raison"},"content":{"rendered":"<p><p>Pourquoi Obama sera-t-il \u00e9lu, s&rsquo;il est \u00e9lu? Rude probl\u00e8me, si l&rsquo;on tient compte de tout ce qui accompagnera cette \u00e9lection en fait de perception,  \u00e9lection d&rsquo;un Africain-Am\u00e9ricain (en v\u00e9rit\u00e9 demi-<em>black<\/em>), \u00e9lection d&rsquo;un d\u00e9mocrate, \u00e9lection d&rsquo;un tr\u00e8s jeune s\u00e9nateur pratiquement inconnu, etc. L&rsquo;enjeu est important pour la raison moderniste: il s&rsquo;agit de garder ce qui peut l&rsquo;\u00eatre dans la <strong>repr\u00e9sentation<\/strong> de la chose (modernit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique, multiculturalisme, triomphe de l&rsquo;anti-racisme, etc.) et d&rsquo;expliquer le reste par des arguments qui rassurent la Raison avec un R majestueusement majuscule.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous reposons donc notre question : Pourquoi Obama, etc? Voici l&rsquo;explication de Philippe G\u00e9lie, du <em>Figaro<\/em>, \u00e0 Washington pour son journal, \u00e9crivant l\u00e0-bas le <a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/elections-americaines-2008\/2008\/11\/01\/01017-20081101ARTFIG00019-barack-obama-parie-sur-la-nouvelle-amerique-.php\" class=\"gen\">31 octobre<\/a>. Il y a d&rsquo;abord diverses explications pour nous pr\u00e9senter le cas d&rsquo;une extr\u00eame probabilit\u00e9 de la victoire d&rsquo;Obama; tout cela est encombr\u00e9 de chiffres, de statistiques et de pourcentages divers Nous en arrivons \u00e0 notre question : Pourquoi, etc&#8230; ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Dans la d\u00e9bauche d&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e par les deux rivaux \u00e0 l&rsquo;approche du scrutin, McCain est oblig\u00e9 de d\u00e9fendre ses positions l\u00e0 o\u00f9 Bush avait \u00e0 peine besoin de se montrer en 2004, tandis qu&rsquo;Obama est \u00e0 l&rsquo;offensive dans des circonscriptions qui semblaient perdues \u00e0 jamais pour son camp. Jeudi, il tenait meeting \u00e0 Sarasota (Floride), qui n&rsquo;a pas vot\u00e9 d\u00e9mocrate depuis Franklin Roosevelt et avait donn\u00e9 huit points d&rsquo;avance \u00e0 Bush il y a quatre ans. Le d\u00e9sarroi de l&rsquo;opinion devant la crise \u00e9conomique ne suffit pas \u00e0 expliquer ce d\u00e9s\u00e9quilibre. Depuis le d\u00e9but, le d\u00e9mocrate a mis\u00e9 sur une nouvelle donne d\u00e9mographique, notamment une augmentation des jeunes \u00e9lecteurs et des minorit\u00e9s. Il affiche un avantage de deux contre un chez les 18-29 ans et les Hispaniques, de neuf contre un chez les Afro-Am\u00e9ricains. Son calcul repose sur l&rsquo;augmentation de leur poids respectif dans l&rsquo;\u00e9lectorat total : de 17 % \u00e0 20 % pour les jeunes, de 6,5 % \u00e0 9 % pour les Latinos, de 12 % \u00e0 14 % pour les Noirs. Cela suffirait \u00e0 faire basculer des \u00c9tats comme le Nevada, le Colorado, la Virginie, peut-\u00eatre l&rsquo;Arizona ou la G\u00e9orgie.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Si Barack Obama est \u00e9lu mardi, l&rsquo;analyse du scrutin r\u00e9v\u00e9lera sans doute une nouvelle photographie d&rsquo;un pays en constante mutation. Si c&rsquo;est McCain, cela donnera raison \u00e0 ceux pour qui le candidat afro-am\u00e9ricain \u00e9tait en avance sur l&rsquo;histoire.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi en est-il de notre raison et de son d\u00e9sarroi,  car le mot a aussi sa place \u00e0 ce point,  devant les \u00e9v\u00e9nements qui semblent lui \u00e9chapper, surtout lorsque cette raison pr\u00e9f\u00e8re se replier sur les domaines \u00e9triqu\u00e9s de l&rsquo;argument scientifique. Tout ce trouve dans cette phrase, avec l&rsquo;affirmation n\u00e9gative que nous soulignons en gras, qui repr\u00e9sente une n\u00e9gation <em>ex abrupto<\/em>, pos\u00e9e p\u00e9remptoirement, exp\u00e9di\u00e9e sans proc\u00e8s ni le moindre argument, \u00e9cart\u00e9e comme une poussi\u00e8re aga\u00e7ante, non prouv\u00e9e par rien qui vaille (alors que le reste pr\u00e9tend l&rsquo;\u00eatre, prouv\u00e9, quasi exp\u00e9rimentalement, comme dans une science exacte qui nous r\u00e9v\u00e9lerait les secrets du comportement humain): <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Le d\u00e9sarroi de l&rsquo;opinion devant la crise \u00e9conomique<\/em> <strong><em>ne suffit pas<\/em><\/strong> <em>\u00e0 expliquer ce d\u00e9s\u00e9quilibre.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourquoi le d\u00e9sarroi ne suffirait-il pas pour expliquer le comportement de millions d&rsquo;\u00e9lecteurs, si ce d\u00e9sarroi s&rsquo;est r\u00e9pandu comme une train\u00e9e de poudre, s&rsquo;il a pris la forme dramatique, voire apocalyptique de la crise du 15 septembre, s&rsquo;il a cette puissance collective qu&rsquo;on lui voit chaque jour? Pourquoi cela ne suffirait-il pas, alors que tout a bascul\u00e9 pour Obama, selon les m\u00eames rapports scientifiques des diverses enqu\u00eates et sondages mais aussi selon l&rsquo;atmosph\u00e8re de la campagne, \u00e0 cette m\u00eame p\u00e9riode des 15-25 septembre? Plut\u00f4t que de comptabiliser les avantages des d\u00e9mocrates dans des cat\u00e9gories pauvres, marginalis\u00e9es, cat\u00e9gories des minorit\u00e9s, etc., en plus de l&rsquo;\u00e9lectorat normal, et de faire de cet avantage un argument en soi sans en expliquer la cause et en \u00e9cartant le d\u00e9sarroi de la crise, pourquoi ne pas avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se puissante et irr\u00e9sistible que ce sont la crise et son d\u00e9sarroi qui ont pouss\u00e9 ces divers groupes vers le vote qu&rsquo;on leur pr\u00eate, et que cela ne peut \u00eatre que pour Obama?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn v\u00e9rit\u00e9, il y a une certaine r\u00e9pugnance de nos commentateurs, surtout chez les Fran\u00e7ais dont l&rsquo;intelligence doit toujours trouver \u00e0 s&#8217;employer, \u00e0 accepter les explications simples, qui ne sont pas explicit\u00e9es soigneusement et de cette mani\u00e8re compliqu\u00e9e qui fait croire \u00e0 l&rsquo;objectivit\u00e9 scientifique. La puissance de la simplicit\u00e9 d&rsquo;un sentiment comme le d\u00e9sarroi d\u00e9sarme l&rsquo;intelligence de la raison, lorsque la raison s&rsquo;est \u00e9rig\u00e9e en norme centrale de l&rsquo;intelligence, dans ce cas o\u00f9 la raison n&rsquo;\u00e9tant plus un instrument est devenue une id\u00e9ologie. Il importe que nous comprenions la victoire \u00e9ventuelle d&rsquo;Obama selon des normes rationnelles, alors que la raison nous disait, il y a un an encore, qu&rsquo;une telle victoire \u00e9tait impossible (cela, au grand dam de la morale, l&rsquo;acolyte de la raison, toujours pr\u00eate \u00e0 condamner l&rsquo;irrationalit\u00e9 des comportements pour pouvoir mieux d\u00e9plorer que nous ne soumettions pas \u00e0 l&#8217;empire moral de la Raison). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPourtant la chose est simple, mais elle complique horriblement le labeur de la raison alors ramen\u00e9e au rang d&rsquo;outil, et surtout elle met sa vanit\u00e9 \u00e0 rude \u00e9preuve. Il nous para\u00eet \u00eatre de l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame du bon sens de constater que le d\u00e9sarroi, l&rsquo;angoisse, la col\u00e8re contre les \u00e9lites identifi\u00e9es (faussement ou pas, autre d\u00e9bat) avec les r\u00e9publicains constituent le principal moteur de l&rsquo;\u00e9ventuelle victoire d&rsquo;Obama. La r\u00e9alit\u00e9 est que cette victoire, si elle a lieu, constituera un \u00e9v\u00e9nement inattendu et extraordinaire par rapport aux normes, m\u00eame si les sondages la pr\u00e9voient largement. La r\u00e9alit\u00e9 est que le sentiment, l&rsquo;\u00e9motion, le jugement intuitif tiennent une grande place dans cet \u00e9v\u00e9nement, et sans rapport, ni avec la couleur de la peau d&rsquo;Obama, ni avec les classes ethniques qui votent. La raison est effectivement le d\u00e9sarroi d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9couvre la situation instable, la situation de crise o\u00f9 se trouve ce pays o\u00f9 l&rsquo;on vote. (Au reste, l&rsquo;on sait que ses dirigeants se sont employ\u00e9s \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_colere_ou_la_peur_25_09_2008.html\" class=\"gen\">aiguiser<\/a> encore plus ce d\u00e9sarroi, pourtant <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-_les_gens_sont_vraiment_terrifies__22_10_2008.html\" class=\"gen\">solidement<\/a> install\u00e9.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa crise, certes, a chang\u00e9 toutes les normes, jusqu&rsquo;au point o\u00f9 une victoire de McCain serait une victoire-surprise, quelque chose d&rsquo;incongru qui bouleverserait autant les USA qu&rsquo;une victoire d&rsquo;Obama tant elle interviendrait \u00e0 contretemps, comme un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9sordre suppl\u00e9mentaire par rapport \u00e0 ce que le d\u00e9sarroi devrait conduire \u00e0 voter. (Curieuse situation: une victoire de McCain, r\u00e9alis\u00e9e pour des raisons obscures, allant par exemple d&rsquo;un r\u00e9flexe raciste cach\u00e9 \u00e0 une manipulation des machines \u00e0 voter, etc., apparaissant comme une usurpation de la situation que les quelques semaines depuis la crise ont install\u00e9e. Pour cela, certes, loin d&rsquo;\u00e9tablir une situation de retour <em>in extremis<\/em> au conservatisme, elle accentuerait le d\u00e9sordre.) <\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 1er novembre 2008 \u00e0 13H22<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi Obama sera-t-il \u00e9lu, s&rsquo;il est \u00e9lu? 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