{"id":70385,"date":"2008-12-06T14:15:18","date_gmt":"2008-12-06T14:15:18","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/12\/06\/portrait-en-demi-teinte-analyse-volume-23-n6-25-novembre-2008\/"},"modified":"2008-12-06T14:15:18","modified_gmt":"2008-12-06T14:15:18","slug":"portrait-en-demi-teinte-analyse-volume-23-n6-25-novembre-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/12\/06\/portrait-en-demi-teinte-analyse-volume-23-n6-25-novembre-2008\/","title":{"rendered":"Portrait en demi-teinte \u2013 Analyse, Volume 23 n\u00b06, 25 novembre 2008"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Portrait en demi-teinte<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<strong>Tentative de portrait du nouveau pr\u00e9sident US. Un homme politique postmoderne, d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration dont les convictions sont r\u00e9duites au conformisme mais f\u00e9ru d&rsquo;action et de communication. Dans le syst\u00e8me en crise, des surprises sont possibles.<\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl a tout pour faire un grand parmi les <em>people<\/em>, un symbole, un politique de haut niveau, un ma\u00eetre supr\u00eame de la communication,  bref, un homme de son temps, ayant pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame l&rsquo;utilisation des opportunit\u00e9s de son temps. Sa carri\u00e8re est \u00e9galement exemplaire \u00e0 bien des \u00e9gards, qui commence \u00e0 \u00eatre connue et archi-connue. Mais on ne peut s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBarack Obama est un peu \u00e0 l&rsquo;image du Fran\u00e7ais Sarkozy, et peut-\u00eatre du Russe Medvedev, comme membre de cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;hommes et de femmes politiques des temps de la postmodernit\u00e9 en crise,  parfaitement postmoderne et compl\u00e8tement en crise \u00e0 parts \u00e9gales, mais successives plut\u00f4t que simultan\u00e9es&#8230; L&rsquo;arch\u00e9type du domaine est un personnage \u00e0 la carri\u00e8re brillante, pleine de brio, exploitant tous les avantages du syst\u00e8me, carri\u00e8re presque parfaite en un sens et sans v\u00e9ritable embarras de conviction ou de dessein \u00e0 long terme, avec toute son \u00e9nergie consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action, et avec une dialectique qui renvoie \u00e0 l&rsquo;action plus qu&rsquo;\u00e0 la pens\u00e9e. Tout juste, pour le dessein, a-t-on conscience d&rsquo;un fort bon plan de carri\u00e8re, sans fausse note, pour aboutir \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon supr\u00eame, disons comme dans un fauteuil; de ce point de vue, qui prend garde de ne pas heurter le conformisme du syst\u00e8me de la modernit\u00e9, les usages, le cat\u00e9chisme des diverses valeurs morales et ainsi de suite. Mais on s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, la plume un peu \u00e9puis\u00e9e, pour aussit\u00f4t se rappeler que l&rsquo;on parla, un peu plus haut, de leur appartenance \u00e0 la modernit\u00e9 en crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230;En effet, l&rsquo;\u00e9chelon supr\u00eame est, pour eux, la sortie du parcours conforme de la postmodernit\u00e9 et l&rsquo;entr\u00e9e dans le syst\u00e8me de la modernit\u00e9 en crise. Aussit\u00f4t la clart\u00e9 un peu ind\u00e9cente du parcours conformiste s&rsquo;assombrit, le myst\u00e8re envahit le personnage. Si l&rsquo;on sait d&rsquo;o\u00f9 il vient et ce qu&rsquo;il fut, l&rsquo;on se demande s&rsquo;il s&rsquo;agit de la mesure de ce qu&rsquo;il deviendra. Cette g\u00e9n\u00e9ration qu&rsquo;on croyait \u00eatre celle de la postmodernit\u00e9 verrouill\u00e9e devient la g\u00e9n\u00e9ration de la postmodernit\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 sa propre crise comme on se d\u00e9couvre en se regardant dans un miroir. <\/p>\n<h3>Caract\u00e9ristiques et exceptionnalit\u00e9 de la carri\u00e8re et du succ\u00e8s d&rsquo;Obama<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe 5 novembre, Tom Engelhardt, \u00e9diteur du c\u00e9l\u00e8bre site <em>TomDispatch.com<\/em>, un homme qui n&rsquo;a pas froid aux yeux et assure sa mission de dissident de l&rsquo;information avec alacrit\u00e9, nous retrace ce souvenir de la convention d\u00e9mocrate de 2004. C&rsquo;est le moment o\u00f9 le candidat d\u00e9sign\u00e9, le s\u00e9nateur John Kerry, introduit devant la foule un peu distraite le <em>keynote speaker<\/em>, un jeune Africain-Am\u00e9ricain, comme l&rsquo;on dit sur un ton respectueux, de l&rsquo;Etat de l&rsquo;Illinois, capitale Chicago. Engelhardt rapporte ce qu&rsquo;il vit et ressentit:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>All I can say is that I&rsquo;ve never been in a crowd so electrified. It was visceral, as if the auditorium itself had suddenly come alive. I felt it as a pure shot of energy coursing through my body. Like others in that vast arena, I simply didn&rsquo;t know what hit me. When it was over  and it took a long time for that surging din to ebb  when I could finally shout into a cell phone, I called my daughter, who, by an odd coincidence, was in the nosebleed section of the same arena with a camera crew. What I said to her (and then repeated to a friend in another call soon after) was: I know this is going to sound ridiculous but I think I just heard a future president of the United States.<\/em>\u00bb Ainsi Barack Obama commen\u00e7a-t-il son destin national, apr\u00e8s une jeunesse studieuse et tactiquement habile dans la pratique de l&rsquo;excellence. (Pour nous rassurer, Engelhardt nous renvoie \u00e0 une de ses chroniques de l&rsquo;\u00e9poque, qui t\u00e9moigne effectivement de cette impression proph\u00e9tique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDeux ans et des poussi\u00e8res plus tard, avec les \u00e9lections l\u00e9gislatives du <MI>mid-term, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le jeune Africain-Am\u00e9ricain, \u00e9lu s\u00e9nateur de l&rsquo;Illinois au terme d&rsquo;une chevauch\u00e9e triomphale, monte d&rsquo;un cran. Nous ne sommes plus tr\u00e8s loin du pinacle ou bien est-ce qu&rsquo;il existe un pinacle particulier pour Barack Obama? Joe Klein \u00e9crit dans <em>Time<\/em>: \u00ab<em>Obama seemed the political equivalent of a rainbow  a sudden preternatural event inspiring awe and ecstasy<\/em>.\u00bb R\u00e9p\u00e9tons-le, il est jeune (42 ans) comme on est novice en politique, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans la moindre exp\u00e9rience. M\u00eame cela para\u00eet une vertu, dans un temps o\u00f9 l&rsquo;on dit la m\u00eame chose de S\u00e9gol\u00e8ne Royal, candidate socialiste \u00e0 la pr\u00e9sidentielle en France. Le <em>Guardian<\/em> d\u00e9finit la chose: \u00ab<em>Crucially, though, lack of experience is an advantage when those with experience are perceived to have got the US into such a mess<\/em>.\u00bb Charles Cook, du <D>National Journal<D>, pr\u00e9cise la chose deux ans plus tard, \u00e0 propos d&rsquo;Obama mais \u00e0 travers l&rsquo;exemple du jeune gouverneur de la Louisiane d&rsquo;origine indienne, Bobby Jindal, \u00e9lu en 2007: \u00ab<em>Louisiana did not elect Jindal to impress the rest of the country or the world with its multiculturalism or to make some symbolic gesture. In the aftermath of Katrina, the state was facing fourth down and long yardage in a losing game. Voters decided to take a risk. It was as if the people of Louisiana said, We are in deep trouble and have tried everything else. This kid seems really smart, seems to know an amazing amount about the issues, and seems so confident and poised. Let&rsquo;s give the ball to the kid and see if he can do something with it.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ces temps o\u00f9 il importe, non seulement de se d\u00e9tacher de lot mais d&rsquo;en d\u00e9tacher son identit\u00e9 m\u00eame, faire partie d&rsquo;une minorit\u00e9 quelconque semble devenu une vertu. L&rsquo;une est femme (S\u00e9gol\u00e8ne), l&rsquo;autre Africain-Am\u00e9ricain. Nous ferons une hypoth\u00e8se dans ce sens pour la victoire d&rsquo;Obama dans les primaires. Une victoire d&rsquo;Hillary Clinton dans ces primaires paraissait assur\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de 2007. Il s&rsquo;agissait bien d&rsquo;une femme mais l&rsquo;\u00e9rosion de sa position commen\u00e7a en m\u00eame temps qu&rsquo;on commen\u00e7ait \u00e0 mettre en avant, de plus en plus nettement, son exp\u00e9rience, son alacrit\u00e9, son poids politique, son assurance, sa position dans l&rsquo;<em>establishment<\/em>,  bref, tout ce qui caract\u00e9risait les hommes politiques \u00e0 l&rsquo;influence la plus affirm\u00e9e; ceux, justement, dont le public ne veut plus (\u00ab&#8230;<em>when those with experience are perceived to have got the US into such a mess<\/em>\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque d\u00e9but\u00e8rent les primaires, l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;image d&rsquo;Hillary Clinton se marqua imm\u00e9diatement par une victoire d&rsquo;Obama sur elle dans l&rsquo;Iowa, le 3 janvier 2008. Le paradoxe est que ce qui fut constamment retenu comme un d\u00e9savantage (sa condition d&rsquo;Africain-Am\u00e9ricain) fut peut-\u00eatre, dans tous les cas en partie, un avantage pour Obama. La diff\u00e9rence qui avait favoris\u00e9 Hillary mais qui s&rsquo;\u00e9tait \u00e9rod\u00e9e avec son renforcement de femme d&rsquo;exp\u00e9rience repr\u00e9sentant l&rsquo;<em>establishment<\/em>, aurait jou\u00e9 d\u00e9sormais pour Obama. Noir, jeune, pr\u00e9tendument sans exp\u00e9rience mais avec assez de qualit\u00e9s exceptionnelles de charisme, de caract\u00e8re et d&rsquo;intelligence pour emporter l&rsquo;adh\u00e9sion,  voil\u00e0 qui faisait l&rsquo;affaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, il faut garder \u00e0 l&rsquo;esprit les conditions de cette victoire, que nous avons d\u00e9j\u00e0 (voir notre rubrique <em>de defensa<\/em> du 10 novembre 2008) r\u00e9sum\u00e9e dans sa substance en utilisant une formule de Cook, et en substituant le nom d&rsquo;Obama \u00e0 celui de Jindal, et celui des USA \u00e0 celui de la Louisiane: \u00ab<em>If<\/em> [USA wasn&rsquo;t] <em>in such bad shape, <\/em>[Obama]<em> almost certainly could not have won.<\/em>\u00bb La victoire d&rsquo;Obama est exceptionnelle mais elle l&rsquo;est d&rsquo;une fa\u00e7on circonstancielle, elle n&rsquo;est rien en elle-m\u00eame parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;une cons\u00e9quence. Elle ne change pas l&rsquo;Histoire, comme on a \u00e9t\u00e9 si prompt \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire, parce que nous c\u00e9dons \u00e0 la croyance dans l&rsquo;ivresse des symboles que nous inventons. C&rsquo;est la situation qui est exceptionnelle et, par cons\u00e9quent, la logique m\u00eame conduit \u00e0 ce que la victoire \u00e9lectorale qui sanctionne cette situation soit elle aussi exceptionnelle, <em>ditto<\/em> celle d&rsquo;Obama.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela nous pose ainsi un probl\u00e8me particuli\u00e8rement important et int\u00e9ressant, qui concerne l&rsquo;identit\u00e9 m\u00eame, la psychologie d&rsquo;Obama. Dans ce tableau, o\u00f9 les extr\u00eames se c\u00f4toient, o\u00f9 un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel (sa victoire) peut \u00eatre aussi appr\u00e9ci\u00e9 comme sans substance sans pourtant qu&rsquo;il soit d\u00e9ni\u00e9 \u00e0 Obama les qualit\u00e9s \u00e9galement exceptionnelles qu&rsquo;il a montr\u00e9es, comment s&rsquo;y retrouver? Comment mettre un peu d&rsquo;ordre dans ce d\u00e9sordre (\u00ab&#8230;<em>into such a mess<\/em>\u00bb)?<\/p>\n<h3>Un parall\u00e8le postmoderne avec Sarkozy  <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe sont sans aucun doute les primaires qui ont permis de mieux appr\u00e9cier la personnalit\u00e9 de Barack Obama. On l&rsquo;a d\u00e9j\u00e0, dit,  sa puissance oratoire, son charisme, une esp\u00e8ce de magn\u00e9tisme, tout cela est apparu \u00e9clatant. Tout cela \u00e9tait d&rsquo;ailleurs \u00e9vident d\u00e8s 2004, comme en t\u00e9moigne Engelhardt (\u00ab<em>All I can say is that I&rsquo;ve never been in a crowd so electrified. It was visceral, as if the auditorium itself had suddenly come alive. ..<\/em>\u00bb). Cette exceptionnalit\u00e9 d&rsquo;Obama,  bien r\u00e9elle cette fois, car compl\u00e8tement autonome de l&rsquo;exceptionnalit\u00e9 de la situation,  apparut si forte, si frappante, qu&rsquo;elle suscita tr\u00e8s vite des commentaires soup\u00e7onneux, qui n&rsquo;ont plus rien \u00e0 voir avec la race ou avec la jeunesse de l&rsquo;homme. La s\u00fbret\u00e9 de soi, ce que certains croient distinguer comme de l&rsquo;arrogance, ajoute encore au tableau. Le 22 f\u00e9vrier, Jonah Goldberg \u00e9crit sur le site de <em>National Journal<\/em>: \u00ab<em>I think one of the things that is decidedly fascistic, or at least just a bad idea, is looking for silver bullets. You know, when Barack Obama campaigns, he&rsquo;s basically saying, I&rsquo;m a silver bullet. I&rsquo;m going to solve all your problems just by electing me.&rsquo; FDR, Hitler, all these guys, they basically said, All your problems can be solved.&rsquo;<\/em>\u00bb Le 24 juillet, l&rsquo;ancien <em>speechwriter<\/em> de Nixon et de Ford fait la m\u00eame comparaison, en ajoutant Mussolini et Evita Peron. Les jugements de cette sorte abondent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe cas est d\u00e9cisivement renforc\u00e9 par la substance du discours d&rsquo;Obama pendant les primaires, ou plut\u00f4t son absence de substance. <em>Yes, we can<\/em> et <em>change<\/em> \u00e9taient les mots-clefs  de ce discours, qui sembla lui-m\u00eame finalement se r\u00e9duire \u00e0 eux seuls. Durant la p\u00e9riode finale (septembre-novembre), le propos changea mais dans des circonstances qui ne sont nullement d\u00e9cisives pour le jugement qu&rsquo;on d\u00e9veloppe ici. Cette p\u00e9riode est celle de la rupture selon un sch\u00e9ma qu&rsquo;on a pr\u00e9sent\u00e9 dans ces colonnes (rubrique <em>de defensa<\/em>, 10 novembre). Depuis le 15 septembre, la crise \u00e9crase tout le reste, imposant ses contraintes et dirigeant les pens\u00e9es. Cela vaut \u00e9videmment pour la campagne \u00e9lectorale; ce n&rsquo;est plus Obama qui parle, c&rsquo;est Obama-conduit-par-les-\u00e9v\u00e9nements. Auparavant, en juin, il s&rsquo;est align\u00e9 sur les grands axes du syst\u00e8me pour verrouiller sa nomination au parti d\u00e9mocrate. La s\u00e9quence la plus r\u00e9v\u00e9latrice est bien celle des primaires.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLoin de nous l&rsquo;id\u00e9e de nous pr\u00eater \u00e0 l&rsquo;habituel proc\u00e8s en sorcellerie (le fascisme). Nous ne sommes plus dans ces temps incantatoires et la situation est autrement s\u00e9rieuse,  elle est eschatologique. Mais pour tenter de comprendre l&rsquo;homme, il faut en passer par ces bagatelles id\u00e9ologiques qui meublent les conversations de salon et les conventions des partis politiques. Il reste que le discours politique g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Obama manque de substance. Il n&rsquo;a pas de programme arr\u00eat\u00e9 durant les primaires, qui sont le moment de la campagne o\u00f9 l&rsquo;on peut juger r\u00e9ellement des intentions d&rsquo;un candidat d&rsquo;un des deux partis officiels dans le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. (Dans la derni\u00e8re phase de septembre-novembre, le candidat est ligot\u00e9 dans les rets de son parti.) Nous ne dirons pas que c&rsquo;est n\u00e9cessairement un mal mais nous voulons nous en tenir ici au constat que c&rsquo;est un fait dans la d\u00e9marche d&rsquo;Obama. La soi disant inexp\u00e9rience du candidat pourrait \u00eatre \u00e9galement un trait de sa nature elle-m\u00eame. (Steve Clemons avait relev\u00e9 en d\u00e9cembre 2007, sur son site <em>The Washington Note<\/em>, qu&rsquo;en une ann\u00e9e pass\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de la sous-commission des affaires europ\u00e9ennes de la commission des affaires ext\u00e9rieures du S\u00e9nat, Obama n&rsquo;avait pas organis\u00e9 une seule audition. En fait d&rsquo;inexp\u00e9rience, on parlerait plut\u00f4t de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour un sujet qui aurait pourtant pu justement lui donner quelque exp\u00e9rience.) <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est \u00e0 ce point que nous vient la tentation d&rsquo;une autre comparaison am\u00e9ricano-fran\u00e7aise. Nous passons de S\u00e9gol\u00e8ne \u00e0 Sarko. C&rsquo;est pour noter quelques traits communs avec le pr\u00e9sident fran\u00e7ais, en campagne aussi bien que dans ses fonctions. On trouve le m\u00eame dynamisme de l&rsquo;action politique sous toutes ses formes, le m\u00eame go\u00fbt pour l&rsquo;acte de communication politique. Les personnalit\u00e9s sont sans aucun doute diff\u00e9rentes, moins de contr\u00f4le de soi chez Sarkozy, moins de tendance \u00e0 saisir une occasion et \u00e0 l&rsquo;exploiter avec une \u00e9nergie extr\u00eame chez Obama. Pour le contenu, par contre, il y a effectivement une certaine similitude. On trouvait d\u00e9j\u00e0 chez Sarkozy une d\u00e9marche similaire au <em>yes we can<\/em> et au <em>change<\/em> d&rsquo;Obama, essentiellement avec le leitmotiv sur la r\u00e9forme n\u00e9cessaire, o\u00f9 l&rsquo;on retrouve le m\u00eame vague, la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ralisation sans orientation ni caract\u00e8re, la m\u00eame promesse que chacun arrange \u00e0 la sauce qui lui convient et qui ne signifie rien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe parcours de Sarkozy est exemplaire de ce point de vue, sans qu&rsquo;on sache encore si l&rsquo;on peut en faire une r\u00e9f\u00e9rence pour Obama. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais est parti de la base qu&rsquo;on a vue (la r\u00e9forme), alternant des discours d&rsquo;un pur conformisme au politiquement correct en vogue et des discours inhabituels, exaltant la sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise, la tradition nationale, l&rsquo;affirmation identitaire fran\u00e7aise bas\u00e9e sur la r\u00e9f\u00e9rence historique nationale et ainsi de suite. Cela renvoie effectivement \u00e0 la dualit\u00e9 d&rsquo;Obama, entre son parcours des primaires \u00e9maill\u00e9es de discours d&rsquo;une incontestable veine populiste et son ralliement au syst\u00e8me de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, suivi de la campagne o\u00f9 l&rsquo;on se trouve suspendu entre une retenue conforme au syst\u00e8me, et des \u00e9lans d&rsquo;appel \u00e0 une mobilisation populaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn a vu le r\u00e9sultat avec Sarkozy, surtout dans ces derniers mois. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 choisir une voie  agressive, ax\u00e9e sur une ferme d\u00e9fense de la sp\u00e9cificit\u00e9 fran\u00e7aise et utilisant ce socle de l\u00e9gitimit\u00e9 pour porter des attaques contre le syst\u00e8me qui sont bien loin de l&rsquo;exaltation de ce syst\u00e8me qu&rsquo;impliquaient ses d\u00e9veloppements en faveur du lib\u00e9ralisme. Mais nous choisissons moins l&rsquo;explication du choix (Sarkozy a choisi son camp) que celle de l&rsquo;opportunit\u00e9 des situations et des pressions de la dynamique historique en cours.<\/p>\n<h3>Interrogations sur le parcours \u00e0 venir d&rsquo;Obama<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis son \u00e9lection, des indications tr\u00e8s nettes sont parvenues de l&rsquo;entourage d&rsquo;Obama. On dit que l&rsquo;\u00e9quipe Obama, avec le pr\u00e9sident lui-m\u00eame, suit avec attention l&rsquo;\u00e9volution politique de Sarkozy. On s&rsquo;int\u00e9resse au personnage, \u00e0 ses actes, au caract\u00e8re peu ordinaire de son action, autant d&rsquo;ailleurs pour tenter de d\u00e9terminer sa politique que pour tenter de comprendre la m\u00e9canique du personnage et de son activit\u00e9 politique. L&rsquo;\u00e9quipe Obama sent qu&rsquo;il y a l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9ressant, aussi bien du point de vue politique que du point de vue de la communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est vrai qu&rsquo;il y a une similitude de g\u00e9n\u00e9ration entre Sarkozy et Obama. On pourrait m\u00eame y ajouter le Russe Medvedev, qui conduit une politique peu conforme \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiquette qu&rsquo;on se plaisait \u00e0 lui accoler avant son arriv\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence (lib\u00e9ral, c&rsquo;est-\u00e0-dire, du point de vue occidental, conforme aux int\u00e9r\u00eats occidentaux, plus pr\u00e9cis\u00e9ment anglo-saxons). Tous ces hommes font partie de la g\u00e9n\u00e9ration postmoderne, celle qui a grandi dans l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement dispens\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus de choix id\u00e9ologique puisque le lib\u00e9ralisme \u00e9tait d\u00e9sormais assur\u00e9 du triomphe et que la pens\u00e9e politique critique \u00e9tait d\u00e9sormais une perte de temps.  La g\u00e9n\u00e9ration de la fin de l&rsquo;Histoire arrive au pouvoir au moment o\u00f9,  exquise ironie de l&rsquo;Histoire,  il est av\u00e9r\u00e9 que l&rsquo;Histoire, non seulement n&rsquo;est pas finie, mais plus encore, ne s&rsquo;est jamais manifest\u00e9e avec autant de force dans la p\u00e9riode moderne. Cela signifie que, pour ces hommes convaincus qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de choix \u00e0 faire puisque le choix est fait, l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 ils sont jet\u00e9s r\u00e9pudie compl\u00e8tement ce choix et tend \u00e0 conduire vers son contraire antagoniste supposant l&rsquo;action avant tout,  non pas d\u00e9j\u00e0 un autre choix, nous n&rsquo;en sommes pas encore l\u00e0, mais une mise en question f\u00e9roce du choix qu&rsquo;on croyait d\u00e9finitif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour Obama, cela a une signification bien sp\u00e9cifique, tr\u00e8s diff\u00e9rente du cas Sarkozy \u00e0 mesure des diff\u00e9rences structurelles entre les USA et la France. Aux USA, ce qu&rsquo;on nomme le syst\u00e8me est en charge de tout et contr\u00f4le tout bien plus qu&rsquo;en France, et d&rsquo;une fa\u00e7on, si l&rsquo;on ose dire, beaucoup plus syst\u00e9matique. Puisqu&rsquo;on se trouve dans une phase caract\u00e9ris\u00e9e par une mise en question du syst\u00e8me, c&rsquo;est particuli\u00e8rement sur ce point des rapports d&rsquo;Obama avec le syst\u00e8me que va se jouer sa pr\u00e9sidence.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit alors de ce qu&rsquo;on nomme l&rsquo;hypoth\u00e8se Gorbatchev, ou d&rsquo;une expression plus audacieuse <em>American<\/em> Gorbatchev. Il s&rsquo;agit d&rsquo;envisager la possibilit\u00e9 de circonstances o\u00f9 Obama pourrait se trouver dans une position analogue de celle que connut Mikha\u00efl Gorbatchev en 1985, lorsqu&rsquo;il parvint au pouvoir supr\u00eame en Union Sovi\u00e9tique. En un sens, il existe certaines similitudes entre les deux hommes, dans leurs deux positions, par rapport aux sp\u00e9cificit\u00e9s des deux syst\u00e8mes. Comme Gorbatchev en 1985, Obama se trouve devant une t\u00e2che de r\u00e9forme du syst\u00e8me, allant d&rsquo;une am\u00e9lioration de la situation \u00e9conomique \u00e0 un possible changement des structures d&rsquo;un syst\u00e8me financier qui est soumis \u00e0 une crise d&rsquo;une puissance sans pr\u00e9c\u00e9dent. Une perspective comme celle de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;industrie automobile, par exemple, implique un cataclysme social pour les USA: si les trois premiers constructeurs (GM, Chrysler et Ford), actuellement menac\u00e9s de faillite, ne sont pas sauv\u00e9s par le gouvernement, c&rsquo;est \u00e0 une perte de 3 millions d&#8217;emploi que les USA seraient confront\u00e9s. L&#8217;empire bureaucratique du Pentagone vaut bien la bureaucratie du complexe militaro-industriel qui prolif\u00e9rait en URSS \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de Gorbatchev. L&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;infrastructure \u00e9conomique US, des voies de transport, chemins de fer, etc., demande une action de sauvegarde urgente dont le co\u00fbt est estim\u00e9 \u00e0 $3.000 milliards. Il y a r\u00e9ellement une similitude de situation entre les deux empires et la r\u00e9f\u00e9rence de Gorbatchev n&rsquo;est pas sollicit\u00e9e dans le cas d&rsquo;Obama.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar ailleurs, on sait que Gorbatchev choisit pour agir des voies extr\u00eamement originales, hors du syst\u00e8me, pour attaquer le syst\u00e8me par l&rsquo;ext\u00e9rieur. Il avait l&rsquo;avantage sur Obama de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 du mal, de comprendre qu&rsquo;il lui faudrait effectivement tourner le syst\u00e8me; surtout, il avait l&rsquo;avantage paradoxal sur Obama d&rsquo;avoir affaire \u00e0 un syst\u00e8me de contrainte et de limitation de la parole publique, ce qui permit, en lib\u00e9rant cette parole (<em>glasnost<\/em>) d&rsquo;obtenir un effet psychologique formidable. On sait ce qu&rsquo;il advint \u00e0 Gorbatchev: il voulait r\u00e9former de fond en comble le syst\u00e8me communiste pour le moderniser et le rendre efficace; en r\u00e9alit\u00e9, il le pulv\u00e9risa et le brisa de l&rsquo;int\u00e9rieur&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObama peut-il r\u00e9ellement se trouver dans de telles conditions et d\u00e9cider, en cas de blocage de son action par les pesanteurs du syst\u00e8me, d&rsquo;agir par l&rsquo;ext\u00e9rieur? On n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans remarquer que le nouveau pr\u00e9sident veut rassembler le fichier \u00e9lectronique de sa campagne, qui comprend des millions d&rsquo;adresses \u00e9lectroniques de donateurs et de soutiens, pour pouvoir communiquer directement avec ses correspondants en cas de besoin. C&rsquo;est un moyen id\u00e9al de mobilisation, dans notre \u00e9poque; et cette initiative tendrait \u00e0 montrer qu&rsquo;il y a, dans l&rsquo;esprit d&rsquo;Obama, certaines hypoth\u00e8ses de n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;actions hors du syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement, il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;hypoth\u00e8ses. Nous sommes loin de nous imaginer qu&rsquo;un syst\u00e8me qui para\u00eet aussi solide que l&rsquo;am\u00e9ricaniste puisse susciter des conditions conduisant un pr\u00e9sident \u00e0 une r\u00e9volte par le haut et par l&rsquo;ext\u00e9rieur,  \u00e0-la-Gorbatchev. Mais il y a un an, nous \u00e9tions loin d&rsquo;imaginer un pr\u00e9sident des USA noir et, il y a deux ans, l&rsquo;\u00e9croulement en deux semaines des piliers du syst\u00e8me bancaire de Wall Street. Le seul fait qui importe est de constater qu&rsquo;Obama pr\u00e9sente certains traits de caract\u00e8re qui pourraient le pousser \u00e0 des actions inattendues, tandis que l&rsquo;\u00e9tat du syst\u00e8me pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques qui pourraient conduire \u00e0 des situations de blocage n\u00e9cessitant des actions inattendues.<\/p>\n<h3>Un personnage postmoderne taill\u00e9 pour une \u00e9poque qui s&rsquo;ach\u00e8ve, et qui pourtant, ou pour cette raison, nous r\u00e9serverait bien des surprises?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCertes, Obama est un homme brillant, taill\u00e9 pour une \u00e9poque qui, paradoxalement, s&rsquo;ach\u00e8ve dans une crise syst\u00e9mique g\u00e9n\u00e9rale. C&rsquo;est un homme politique de l&rsquo;\u00e8re postmoderne qui vient au pouvoir alors que l&rsquo;\u00e8re postmoderne vacille sur ses fondements. Le paradoxe de cette situation est qu&rsquo;ainsi caract\u00e9ris\u00e9, on constate aussit\u00f4t que cet homme postmoderne dispose de qui pourraient le conduire \u00e0 des actions d\u00e9cisives de mise en cause de ce syst\u00e8me en crise profonde. De ce point de vue, Sarkozy est une remarquable r\u00e9f\u00e9rence: homme plein de brio issu du syst\u00e8me, \u00e0 premi\u00e8re vue pour le d\u00e9fendre et le servir, le pr\u00e9sident fran\u00e7ais risque bien de devenir un homme d&rsquo;Etat gr\u00e2ce \u00e0 son action contre le syst\u00e8me.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObama ne d\u00e9pare pas son temps ni son \u00e9poque. Il sera comptable des \u00e9v\u00e9nements plus qu&rsquo;il en sera le machiniste. Il devra se servir de courants historiques plus qu&rsquo;il ne les inspirera. Sa force sera sa capacit\u00e9 d&rsquo;action bien plus qu&rsquo;un dessein ou une vision, du genre g\u00e9n\u00e9ralement affectionn\u00e9 par la classe politique occidentale et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObama appara\u00eet alors que les \u00e9v\u00e9nements du monde sont d\u00e9finitivement hors du contr\u00f4le des dirigeants politiques. Le p\u00e2le GW Bush a tout fait pour que cette nouvelle situation s&rsquo;installe tr\u00e8s vite, en ass\u00e9nant \u00e0 l&#8217;empire am\u00e9ricain des coups d&rsquo;une force extraordinaire, comme jamais aucun ennemi de l&#8217;empire n&rsquo;aurait pu r\u00eaver de pouvoir donner. En quelque sorte, Bush a pr\u00e9par\u00e9 le terrain pour Obama, en installant un champ de ruines conceptuelles, en faisant en sorte qu&rsquo;effectivement le nouvel homme politique postmoderne qui lui succ\u00e8de arrive dans une situation o\u00f9 il pourrait se trouver confront\u00e9 directement \u00e0 un syst\u00e8me d&rsquo;autant plus agit\u00e9 et exigeant qu&rsquo;il se trouve dans une crise profonde. Les  ann\u00e9es qui viennent ne manqueront certainement pas de piquant.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Portrait en demi-teinte Tentative de portrait du nouveau pr\u00e9sident US. Un homme politique postmoderne, d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration dont les convictions sont r\u00e9duites au conformisme mais f\u00e9ru d&rsquo;action et de communication. Dans le syst\u00e8me en crise, des surprises sont possibles. 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