{"id":70395,"date":"2008-12-10T17:07:37","date_gmt":"2008-12-10T17:07:37","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/12\/10\/le-point-omega-de-la-crise\/"},"modified":"2008-12-10T17:07:37","modified_gmt":"2008-12-10T17:07:37","slug":"le-point-omega-de-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2008\/12\/10\/le-point-omega-de-la-crise\/","title":{"rendered":"Le point Om\u00e9ga de la crise"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Le point Om\u00e9ga de la crise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>10 d\u00e9cembre 2008 &mdash; Il est temps d&rsquo;observer qu&rsquo;il existe un r\u00e9el courant pour demander une r\u00e9forme du Pentagone, ce courant nourri de plus en plus fortement par la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique. Le rapport entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre est \u00e9vident: l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 des d\u00e9penses militaires est de plus en plus difficile \u00e0 justifier face aux ravages de la crise, &ndash; ou plut\u00f4t, nuan\u00e7ons: cette \u00e9normit\u00e9 serait de plus en plus difficile \u00e0 justifier s&rsquo;il y avait d\u00e9bat l\u00e0-dessus. Aujourd&rsquo;hui, ce d\u00e9bat n&rsquo;existe pas, ou bien faut-il dire: \u00ab\u00a0n&rsquo;existe pas encore\u00a0\u00bb? Ou bien, encore, faut-il observer que ce d\u00e9bat prend forme et s&rsquo;impose sans que nul ne l&rsquo;ait voulu ou n&rsquo;ait cru r\u00e9ussir \u00e0 l&rsquo;imposer? Nous voulons dire par l\u00e0 que le d\u00e9bat semble plut\u00f4t se mettre en place <strong>de lui-m\u00eame<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le fait est que la pression de la crise est si forte qu&rsquo;une telle neutralit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des d\u00e9penses de d\u00e9fense, ou une telle ignorance de ces d\u00e9penses sera, ou serait difficile \u00e0 maintenir longtemps. Cela le sera d&rsquo;autant plus que ces \u00e9normes d\u00e9penses donnent des r\u00e9sultats extraordinairement catastrophiques. Comme on le lit dans le rapport CNP, dont nous parlons par ailleurs <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_option_de_la_pause_strategique__10_12_2008.html\">aujourd&rsquo;hui<\/a>: &laquo;<em>U.S. defense spending grew 86 percent over the past eight years, with unclear results.<\/em>&raquo; Le \u00ab\u00a0<em>unclear<\/em>\u00a0\u00bb est encore plus attachant que le \u00ab\u00a086%\u00a0\u00bb&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;on observe pour alimenter cette id\u00e9e de la mise en place spontan\u00e9e d&rsquo;un d\u00e9bat, c&rsquo;est que nombre de ceux qui participeraient \u00e0 ce d\u00e9bat et qui veulent l&#8217;emp\u00eacher, essentiellement les d\u00e9fenseurs des d\u00e9penses du Pentagone, sont conduits \u00e0 argumenter pr\u00e9ventivement contre un tel d\u00e9bat dans une forme qui finit paradoxalement par favoriser la perspective d&rsquo;un d\u00e9bat. C&rsquo;est le cas d&rsquo;une campagne lanc\u00e9e par l&rsquo;AIA (Aerospace Industries of America), dont le th\u00e8me est de montrer que cette industrie a\u00e9rospatiale, principale fournisseuse de ce qu&rsquo;on nomme \u00ab\u00a0les armements\u00a0\u00bb, participe \u00e0 sa fa\u00e7on \u00e0 la lutte contre la crise. Cette campagne a \u00e9t\u00e9 notamment marqu\u00e9e par le passage d&rsquo;une page de publicit\u00e9 pr\u00e9sentant les arguments de l&rsquo;AIA, dans le Washington <em>Post<\/em> du 2 d\u00e9cembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Un relais bien connu des int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale US, Loren B. Thompson, a imm\u00e9diatement mis en ligne un commentaire destin\u00e9 \u00e0 appuyer cette publication, voire \u00e0 la renforcer, sur le site de son Institut Lexington, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/lexingtoninstitute.org\/printer_1351.shtml\">3 d\u00e9cembre<\/a>. Il l&rsquo;assortit aussit\u00f4t d&rsquo;une remarque qui situe l&rsquo;enjeu, en le pla\u00e7ant r\u00e9solument dans le cadre de la crise \u00e9conomique et, pour son compte, de la survie de l&rsquo;industrie a\u00e9ronautique; en d&rsquo;autres termes et par rapport \u00e0 la question que nous \u00e9voquons, Thompson implique que si les commandes du Pentagone devaient \u00eatre r\u00e9duites de fa\u00e7on cons\u00e9quente, le sort m\u00eame de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale serait en jeu&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>The aerospace industry has begun a campaign to convince the next administration that support of its programs will help bolster the ailing economy. The industry&rsquo;s trade association paid for a full-page advertisement in the December 2 Washington Post stating that two million middle-class jobs are generated by the aerospace sector, that it is the nation&rsquo;s leading exporter of manufactured goods, and that its products are essential to national security. Argued against the backdrop of a rapidly deteriorating economy, the pitch looks pretty persuasive.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>However, aerospace is not like other industries. It gets a lot more money from taxpayers in a typical year than the auto industry is going to get from any federal bailout, and much of the aerospace sector would cease to exist in the absence of government support&hellip;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Suivent des arguments qui peuvent nous sembler classiques mais qui sont exceptionnels dans le cas d&rsquo;une industrie qui a toujours pr\u00e9tendu fonctionner selon les lois du march\u00e9 plus que selon les lois du secteur public, ou \u00ab\u00a0nationalis\u00e9\u00a0\u00bb:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; L&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale US est la premi\u00e8re du monde, ce qui est essentiel pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale et pour les rentr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;exportation. Ce qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un subside permanent du tr\u00e9sor public doit \u00eatre \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme un investissement productif de l&rsquo;argent du contribuable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Si cette \u00ab\u00a0aide\u00a0\u00bb publique disparaissait, l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale p\u00e9ricliterait jusqu&rsquo;\u00e0 dispara&icirc;tre parce que la tendance des lois du march\u00e9 est aujourd&rsquo;hui de favoriser les activit\u00e9s de service aux d\u00e9pens des activit\u00e9s industrielles, parce que ces activit\u00e9s demandent de gros investissements en R&#038;D \u00e0 tr\u00e8s long terme, donc non productifs pendant une longue p\u00e9riode, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Quoi qu&rsquo;il en soit, cette argumentation est remarquablement d\u00e9fensive. Elle repr\u00e9sente une remarquable \u00ab\u00a0mont\u00e9e aux extr\u00eames\u00a0\u00bb pr\u00e9ventive, puisque c&rsquo;est aussit\u00f4t le sort de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale qui est mis dans la balance, avec le sacrifice, en passant, de tous les artifices de propagande am\u00e9ricanistes sur le libre march\u00e9, la libre concurrence, le caract\u00e8re priv\u00e9 de cette industrie, etc. Thompson met les points sur les i, sans prendre de gants, pr\u00e9sentant l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale comme subventionn\u00e9e, nationalis\u00e9e <em>de facto<\/em>, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ces observations marquent combien la composante industrielle du complexe militaro-industriel se trouve peu \u00e0 son aise dans un d\u00e9bat qui n&rsquo;est pourtant pas ouvert, et que la majorit\u00e9 des commentateurs jugent improbable tant la p\u00e9rennit\u00e9 des d\u00e9penses militaires leur semble acquise. Mais est-ce bien le cas? Il semble que la pression de la crise soit en train de construire le cas de la contestation des d\u00e9penses de d\u00e9fense, et les acteurs et protagonistes de la chose y sont sensibles. Pour l&rsquo;AIA, placer l&rsquo;avantage de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale au niveau de l&#8217;emploi, c&rsquo;est effectivement placer cette industrie dans la logique de la crise, l\u00e0 o&ugrave; les d\u00e9penses militaires ne sont plus consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab\u00a0\u00e0 part\u00a0\u00bb, comme \u00ab\u00a0<em>a sacred cow<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autre part, cette m\u00eame argumentation qui consiste, d&rsquo;un m\u00eame mouvement, \u00e0 faire de cette industrie une industrie subventionn\u00e9e, apr\u00e8s tout comme l&rsquo;est ou sur le point de l&rsquo;\u00eatre le secteur bancaire ou le secteur automobile, alors que les pressions augmentent pour que ces secteurs en voie de \u00ab\u00a0nationalisation\u00a0\u00bb <em>de facto<\/em> rendent des comptes aux pouvoirs publics, ouvre une bo&icirc;te de Pandore. L&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale ne peut plus s&rsquo;abriter derri\u00e8re les arguments \u00e9conomiques classiques du secteur priv\u00e9 pour \u00e9carter des incursions, voir un contr\u00f4le direct <em>de facto<\/em> des autorit\u00e9s, si la pression du public y poussait. Le cas devient alors d\u00e9licat car ce qui est mis en cause par les critiques du Pentagone est, au d\u00e9part et en g\u00e9n\u00e9ral, moins le principe des d\u00e9penses de d\u00e9fense que la validit\u00e9, la bonne gestion, la rentabilit\u00e9 de ces d\u00e9penses. Le d\u00e9bat pourrait alors s&rsquo;orienter, du sort de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatial o&ugrave; cette industrie est \u00e0 l&rsquo;aise pour plaider un soutien pour qu&rsquo;elle ne p\u00e9riclite pas, \u00e0 la rentabilit\u00e9 de cette industrie o&ugrave; elle est beaucoup moins, infiniment moins \u00e0 l&rsquo;aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De ce m\u00eame point de vue, dans le cas de cette m\u00eame orientation, les propositions de \u00ab\u00a0pause strat\u00e9gique\u00a0\u00bb prennent tout leur sens. Puisque l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale se constitue elle-m\u00eame comme une industrie \u00ab\u00a0nationalis\u00e9e\u00a0\u00bb <em>de facto<\/em>, il devient naturel que les pouvoirs publics lui demandent des comptes sur sa gestion, et une \u00ab\u00a0pause strat\u00e9gique\u00a0\u00bb pour consid\u00e9rer tous les aspects de la production d&rsquo;armement prend tout son sens. Ce qui constitue l&rsquo;avantage fondamental de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale US, c&rsquo;est qu&rsquo;elle a tous les avantages d&rsquo;une industrie nationalis\u00e9e et aucun des inconv\u00e9nients; les subsides, sous forme des commandes publiques, avec prise en charge des R&#038;D, l&rsquo;aide syst\u00e9matique \u00e0 l&rsquo;exportation, avec des achats de mat\u00e9riels US par le biais de l&rsquo;aide aux pays \u00e9trangers, etc.; mais aucun contr\u00f4le, une compl\u00e8te libert\u00e9 des choix strat\u00e9gique, des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires, etc. L&rsquo;action conjugu\u00e9e de la crise g\u00e9n\u00e9rale et de la crise du Pentagone d\u00e9veloppe une dynamique qui met l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale sur la d\u00e9fensive, en position difficile pour continuer \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de ce statut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le principe d&rsquo;une \u00ab\u00a0pause strat\u00e9gique\u00a0\u00bb, qui serait tr\u00e8s difficile \u00e0 repousser si l&rsquo;administration Obama voulait effectivement l&rsquo;imposer dans les conditions qui se dessinent, et avec la pression universelle de la crise pour la soutenir, implique une dynamique dangereuse pour l&rsquo;industrie. Ce qui fait aujourd&rsquo;hui sa puissance, c&rsquo;est la force d&rsquo;inertie bureaucratique; c&rsquo;est-\u00e0-dire, d&rsquo;une fa\u00e7on concr\u00e8te, l&rsquo;encha&icirc;nement et l&#8217;empilement automatiques des programmes et des commandes, sans r\u00e9elle finalit\u00e9 ni n\u00e9cessit\u00e9. Une rupture de cette dynamique, m\u00eame au nom de principes qu&rsquo;on pr\u00e9senterait selon un int\u00e9r\u00eat commun, y compris celui de la rentabilit\u00e9 pour l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale, risque au contraire d&rsquo;\u00e9tablir le redoutable pr\u00e9c\u00e9dent de l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame; \u00e0 savoir, justement, que cette dynamique peut \u00eatre interrompue, le contr\u00f4le de la programmation r\u00e9tablie, avec des choix possibles, &ndash; bref, la fin du temps des vaches grasses, qui a atteint avec la pr\u00e9sidence Bush des sommets dans l&rsquo;art de la perte de contr\u00f4le.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Entre deux mondes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette question des d\u00e9penses militaires et de l&rsquo;orientation prise dans un d\u00e9bat qui n&rsquo;a pas lieu, ou pas encore, et qui pourrait bien avoir lieu, est qu&rsquo;elle expose directement et clairement le dilemme de la politique g\u00e9n\u00e9rale des USA. La question des d\u00e9penses militaires, et de tous les d\u00e9bats qui lui sont li\u00e9es, comme le sort et le statut de l&rsquo;industrie a\u00e9rospatiale, est une question \u00e0 la jointure de \u00ab\u00a0deux mondes\u00a0\u00bb: le monde int\u00e9rieur, &ndash; la situation int\u00e9rieure des USA, avec la crise, avec les dimensions qu&rsquo;on sait; le monde ext\u00e9rieur, avec la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale, la projection des forces, les ambitions h\u00e9g\u00e9moniques, l&rsquo;influence, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jusqu&rsquo;ici, il \u00e9tait coutumier d&rsquo;appr\u00e9cier que l&rsquo;un ne pouvait aller sans l&rsquo;autre, sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire de confronter l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. C&rsquo;est peut-\u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 centrale de l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;apr\u00e8s la Grande D\u00e9pression: sauv\u00e9e de l&rsquo;affaiblissement ou de l&rsquo;effondrement, bref de la d\u00e9structuration, par l&rsquo;engagement ext\u00e9rieur, pourrait-elle survivre aujourd&rsquo;hui en se passant d&rsquo;engagement ext\u00e9rieur? D&rsquo;autre part et <em>a contrario<\/em>, l&rsquo;\u00e9norme appareil du complexe militaro-industriel n&rsquo;est-il pas devenu un trop lourd fardeau pour une Am\u00e9rique en crise, qui retrouve la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique\u00a0\u00bb, qui voit sa puissance ramen\u00e9e \u00e0 ses moyens v\u00e9ritables, et ses moyens trop limit\u00e9s pour ses ambitions et ses engagements?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pire encore, ces diverses questions sont oblit\u00e9r\u00e9es, tordues, fauss\u00e9es, par l&rsquo;inefficacit\u00e9, la mis\u00e9rable rentabilit\u00e9, l&rsquo;improductivit\u00e9 du CMI. Dans ce cas, la crainte est que, si la voie normale est suivie, avec la poursuite des d\u00e9penses militaires, le fardeau port\u00e9 ne ferait qu&rsquo;entretenir une sorte d&rsquo;\u00e9norme tonneau des Dana\u00efdes, et le secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense tenant le r\u00f4le malheureux d&rsquo;un Sisyphe \u00e9gar\u00e9 sur un \u00e9norme <em>Moby Dick<\/em> postmoderne, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que tout cela se r\u00e8gle par un immense raz de mar\u00e9e ressemblant \u00e0 une banqueroute, <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_coming_crash_du_pentagone_un_calendrier_31_10_2008.html\">c&rsquo;est-\u00e0-dire<\/a> le \u00ab\u00a0<em>coming crash<\/em>\u00a0\u00bb du Pentagone..<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tous ces param\u00e8tres, toutes ces contradictions, tous ces dilemmes sont connus. Durant ces sept derni\u00e8res ann\u00e9es o&ugrave; le probl\u00e8me s&rsquo;est profond\u00e9ment aggrav\u00e9, ils ont \u00e9t\u00e9 support\u00e9s sans m\u00eame \u00eatre mis en question, selon l&rsquo;argument quasiment terroriste de la guerre contre la Terreur. L&rsquo;on en arrive alors \u00e0 un pas suppl\u00e9mentaire dans l&rsquo;argument, en cherchant \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer un peu dans le d\u00e9tail des impossibilit\u00e9s qui sont identifi\u00e9es. C&rsquo;est le cas lorsque Scott Bates, l&rsquo;auteur du rapport du CNP mentionn\u00e9 ici, observe, pour justifier sa proposition de \u00ab\u00a0pause strat\u00e9gique\u00a0\u00bb:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Bates said it was a good time for a strategic halt in weapons spending, given the start of a new administration, plans to wind down the U.S. war in Iraq, fresh faces in Congress, mounting public frustration with business as usual in Washington and the worsening global financial crisis. \u00ab\u00a0We&rsquo;ve been operating in emergency mode for the past seven years and it&rsquo;s time to collectively catch our breath and develop the force structure we need for the future,\u00a0\u00bb Bates said.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qu&rsquo;implique Bates, c&rsquo;est que la \u00ab\u00a0pause strat\u00e9gique\u00a0\u00bb qu&rsquo;il propose revient \u00e0 abandonner le rythme aveugle du fonctionnement de guerre du Pentagone, tel qu&rsquo;il est, sans aucune structure, sans aucun encadrement ni v\u00e9ritable contr\u00f4le. Proposer cela revient, d&rsquo;une fa\u00e7on plus ou moins indirecte, \u00e0 proposer le freinage radical de la guerre contre la terreur, ce qui revient encore \u00e0 une perspective politico-militaire qui renvoie \u00e0 la perspective bureaucratico-industrielle vue plus haut: si vous brisez le rythme de cette guerre-fant\u00f4me qui n&rsquo;a comme effet que celui de maintenir artificiellement le rythme de guerre du Pentagone, vous ouvrez la m\u00eame bo&icirc;te de Pandore; vous brisez un rythme qui ne recouvre rien, qui ne vit que par lui-m\u00eame, dont l&rsquo;arr\u00eat risquerait de r\u00e9duire \u00e0 rien la notion m\u00eame de guerre contre la terreur, sans r\u00e9elle difficult\u00e9 d&rsquo;ailleurs. Le rythme serait impossible \u00e0 r\u00e9tablir, sans un super-9\/11 de convenance. L\u00e0 aussi, l&rsquo;enjeu est consid\u00e9rable, bien au-del\u00e0 de l&rsquo;apparence de la proposition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il nous semble manifeste que tout le monde devine plus ou moins ces enjeux, sans pouvoir les pr\u00e9ciser \u00e0 cause de leur complexit\u00e9 et de leurs ramifications, sans pouvoir les mesurer \u00e0 cause de l&rsquo;accumulation de conformisme qui emp\u00eache de d\u00e9signer les situations pour ce qu&rsquo;elles sont. Ainsi la r\u00e9forme du Pentagone c&rsquo;est bien plus que la r\u00e9forme. C&rsquo;est une bombe \u00e0 retardement qui, en cherchant \u00e0 r\u00e9tablir le contr\u00f4le sur les processus d&rsquo;acquisition et sur l&rsquo;extension de la guerre contre la terreur, risque de d\u00e9clencher divers processus impr\u00e9vus et incontr\u00f4lables \u00e0 leur tour, et de porter une terrible attaque d\u00e9structurante contre l&rsquo;architecture virtualiste construite autour de la politique de s\u00e9curit\u00e9 nationale du temps de la guerre contre la terreur. D&rsquo;autre part,&ndash; rengaine du cercle vicieux, &ndash; avec la pression montante de la crise, il devient de plus en plus difficile de ne rien faire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous nous situons finalement, avec cette question du Pentagone et de sa crise de gestion et des acquisitions, au point Omega de la crise am\u00e9ricaniste, un rassemblement de toutes les dynamiques et de toutes les tensions, un point de passage entre les tensions int\u00e9rieures et les tensions ext\u00e9rieures. La d\u00e9licate architecture mise en place apr\u00e8s la Grande D\u00e9pression, et justement pour permettre la sortie de cette Grande D\u00e9pression, impliquait un puissant domaine ext\u00e9rieur (la s\u00e9curit\u00e9 nationale) d&rsquo;influence et d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie, mis en place au cours de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, et s\u00e9par\u00e9 des al\u00e9as du domaine int\u00e9rieur qui devait profiter de cette puissance g\u00e9n\u00e9rale ainsi install\u00e9e; aujourd&rsquo;hui, alors qu&rsquo;on retrouve une occurrence ressemblant \u00e0 la <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-fatalite_de_la_grande_depression_09_12_2008.html\">Grande D\u00e9pression<\/a>, le parcours inverse pourrait sembler entam\u00e9 par, juste retour de la chose monstrueuse, l&rsquo;interm\u00e9diaire de la crise du Pentagone.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le point Om\u00e9ga de la crise 10 d\u00e9cembre 2008 &mdash; Il est temps d&rsquo;observer qu&rsquo;il existe un r\u00e9el courant pour demander une r\u00e9forme du Pentagone, ce courant nourri de plus en plus fortement par la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique. Le rapport entre l&rsquo;un et l&rsquo;autre est \u00e9vident: l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 des d\u00e9penses militaires est de plus en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[10],"tags":[7955,3109,7869,5118,3228,5386,3473,7954,3194,3068,3474],"class_list":["post-70395","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-faits-et-commentaires","tag-aerospatiale","tag-b","tag-coming","tag-crash","tag-crise","tag-industrie","tag-loren","tag-pause","tag-pentagone","tag-strategique","tag-thompson"],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70395","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70395"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70395\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70395"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70395"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70395"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}