{"id":70577,"date":"2009-03-03T06:27:11","date_gmt":"2009-03-03T06:27:11","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/03\/03\/parlez-sire-parlez-et-voici-ce-quil-faut-dire\/"},"modified":"2009-03-03T06:27:11","modified_gmt":"2009-03-03T06:27:11","slug":"parlez-sire-parlez-et-voici-ce-quil-faut-dire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/03\/03\/parlez-sire-parlez-et-voici-ce-quil-faut-dire\/","title":{"rendered":"Parlez, Sire, parlez (et voici ce qu&rsquo;il faut dire)"},"content":{"rendered":"<p><p>La r\u00e9union du G20 de Londres du 2 avril commence \u00e0 faire sentir toute sa pression.  Les Britanniques sont au premier rang dans l&rsquo;agitation qui grandit, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;ils sont les organisateurs du sommet, ensuite parce qu&rsquo;ils se pensent comme les inspirateurs du syst\u00e8me mondial en grand danger de s&rsquo;effondrer, en m\u00eame temps que leur pays est parmi les plus touch\u00e9s des grands pays par la crise puissante en cours de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a un ton de solennit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale dans la presse et les commentaires britanniques en cours. Ce ton accompagne la visite de Gordon Brown \u00e0 Washington aujourd&rsquo;hui et demain, qui a le caract\u00e8re inhabituel d&rsquo;une requ\u00eate pressante adress\u00e9e au pr\u00e9sident des USA pour qu&rsquo;il s&rsquo;implique dans la conf\u00e9rence et qu&rsquo;il lui insuffle le souffle n\u00e9cessaire \u00e0 sa r\u00e9ussite. C&rsquo;est donc comme un commentaire \u00e9galement pressant de cette visite qu&rsquo;il faut lire et ressentir le texte solennel de Martin Wolf, le commentateur le plus institutionnalis\u00e9 du <em>Financial Times<\/em>, publi\u00e9 \u00e9galement, en fran\u00e7ais, dans <em>Le Monde<\/em> en date du <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/web\/imprimer_element\/0,40-0@2-3232,50-1161962,0.html\" class=\"gen\">3 mars<\/a>,  titre effectivement significatif: \u00ab<em>Obama doit parler!<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCi-dessous, nous reproduisons l&rsquo;introduction et la conclusion de ce texte, qui en marque effectivement la solennit\u00e9 et la gravit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>En 1933, le sommet de Londres marqua l&rsquo;instant o\u00f9 s&rsquo;effondr\u00e8rent les efforts de coop\u00e9ration visant \u00e0 juguler la Grande D\u00e9pression. Le sommet des 20 pays les plus industrialis\u00e9s, pr\u00e9vu le 2 avril dans la m\u00eame ville, doit \u00e0 tout prix conna\u00eetre une autre issue. Qu&rsquo;il se termine sur un banal communiqu\u00e9 serait une catastrophe.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Car le monde a besoin d&rsquo;un changement auquel il peut croire. Seul le pr\u00e9sident am\u00e9ricain, Barack Obama, est en mesure d&rsquo;assumer le leadership n\u00e9cessaire : il a les mains propres ; il est populaire ; il dirige le pays qui, pour le meilleur ou pour le pire, demeure la cl\u00e9 de vo\u00fbte de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale. D\u00e9j\u00e0, les sherpas du G20 pr\u00e9parent la premi\u00e8re mouture du texte qu&rsquo;il doit prononcer devant ses homologues. Ce serait parfait si, \u00e0 l&rsquo;occasion de ce sommet, il pouvait leur dire ceci:<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t[]<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Concentrons donc nos efforts \u00e0 r\u00e9soudre la crise que nous traversons. Pour reprendre les mots d&rsquo;Abraham Lincoln, laissons-nous toucher par les meilleurs anges de notre nature. L&rsquo;objectif est de renforcer un ordre \u00e9conomique pacifique et coop\u00e9ratif. Le d\u00e9fi est devant nous; nous devons d\u00e9cider de le relever ensemble.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes mesures pr\u00f4n\u00e9es par Wolf sont classiques. Elles visent \u00e0 restaurer le syst\u00e8me, en grand danger ou en cours d&rsquo;effondrement c&rsquo;est selon, par des mesures classiques et, surtout, en insufflant \u00e0 la communaut\u00e9 internationale un esprit de coop\u00e9ration sous la direction restaur\u00e9e du monde anglo-saxon; bien entendu, avec le pr\u00e9sident Obama au-dessus de tout, dont on comprend selon Martin Wolf qu&rsquo;il a la vertu de la nouveaut\u00e9, bref la vertu de n&rsquo;avoir pas encore servi. Bon prince qui mesure ses commentaires, Wolf n&rsquo;oublie pas de sugg\u00e9rer quelques actes de contrition, y compris des USA eux-m\u00eames (\u00ab<em>oui, les Etats-Unis se sont fourvoy\u00e9s. Nous pensions tout conna\u00eetre des arcanes de la finance moderne. Nous avions tort.<\/em>\u00bb); c&rsquo;est une fa\u00e7on de donner \u00e0 sa proposition g\u00e9n\u00e9rale une allure convenable d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 et d&rsquo;\u00e9quilibre. Ainsi r\u00e9compensera-t-on le syst\u00e8me qui a failli de l&rsquo;aveu m\u00eame de ses promoteurs par un nouveau contrat de confiance, comme on dit dans la publicit\u00e9; comme si l&rsquo;\u00e9chec d\u00e9montr\u00e9 et l&rsquo;erreur accept\u00e9e \u00e9taient, apr\u00e8s tout, des arguments suffisants pour redonner une nouvelle autorit\u00e9 \u00e0 celui qui a failli et qui s&rsquo;est tromp\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe texte est int\u00e9ressant surtout par ce qu&rsquo;il nous dit de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit du centre, c&rsquo;est-\u00e0-dire des cercles dirigeants du syst\u00e8me menac\u00e9 d&rsquo;effondrement, dont le FT est un pilier institutionnel, et Martin Wolf un commentateur de grande influence en son sein. Il marque l&rsquo;inqui\u00e9tude extr\u00eame de ces cercles, en prenant n\u00e9cessairement un peu de recul, en se d\u00e9tachant des avatars quotidiens avec ses brusques \u00e9carts de confiance et d&rsquo;abattement (l&rsquo;abattement, surtout). Il n&rsquo;est nullement question de projections \u00e9conomiques, de chiffres, de pr\u00e9cisions, etc., c&rsquo;est-\u00e0-dire de sp\u00e9culations sur la gravit\u00e9 de la crise et, surtout, sur la sortie de la crise. Cette inqui\u00e9tude concerne le domaine psychologique encore plus que le domaine de la technique financi\u00e8re et \u00e9conomique, voire m\u00eame le domaine politique. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un appel \u00e0 la restauration de la foi, qui passe effectivement par le mot sacr\u00e9 de confiance, effectivement du domaine de la psychologie. Il s&rsquo;agit de savoir si l&rsquo;on croit encore dans ce syst\u00e8me et il s&rsquo;agit de comprendre que sa sauvegarde passe effectivement par la restauration de cette confiance. (La chose est dite lorsque Wolf fait dire \u00e0 Obama: \u00ab<em>Or, aujourd&rsquo;hui, la grande priorit\u00e9, et c&rsquo;est mon deuxi\u00e8me point, est d&rsquo;enrayer la chute de la demande<\/em>\u00bb; qui dit demande dit confiance, effectivement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a deux restaurations propos\u00e9es ici: celle de la foi et celle de la confiance. Ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose mais, dans leur syst\u00e8me, l&rsquo;une ne va pas sans l&rsquo;autre puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un syst\u00e8me bas\u00e9 sur des convictions relevant effectivement de la foi (la main invisible). Ainsi l&rsquo;ont-ils voulu. La confiance ne peut venir que d&rsquo;une foi intacte ou d&rsquo;une foi restaur\u00e9e,  si cela se peut, restaurer une foi. L&rsquo;appel de Martin Wolf, tout rationnel et raisonnable qu&rsquo;il se veut, est d&rsquo;abord l&rsquo;appel d&rsquo;un croyant aux fid\u00e8les qui semblent fourvoy\u00e9s, \u00e0 ceux qui semblent ne plus croire, \u00e0 ceux qui semblent avoir l&rsquo;\u00e2me ailleurs. C&rsquo;est surtout un appel au premier d&rsquo;entre eux, le pr\u00e9sident des Etats-Unis,  avec cette question angoissante implicite, puisqu&rsquo;Obama est un homme neuf qu&rsquo;on conna\u00eet peu,  au fait, le nouveau pr\u00e9sident des Etats-Unis est-il croyant lui-m\u00eame? (C&rsquo;est pourquoi, dans cette incertitude, Wolf prend la pr\u00e9caution d&rsquo;indiquer au pr\u00e9sident ce qu&rsquo;il devra dire au G-20. C&rsquo;est plus s\u00fbr.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCeci est de plus en plus \u00e9vident: l&rsquo;\u00e9glise du libre-\u00e9change voit le sommet du G-20 comme une sorte de concile d&rsquo;urgence pour sauver le syst\u00e8me, une r\u00e9union de la derni\u00e8re chance, etc. Cela mesure l&rsquo;inqui\u00e9tude extr\u00eame, r\u00e9elle, profonde o\u00f9 elle se trouve de l&rsquo;avenir de la chose, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des commentaires quotidiens sur le temps qu&rsquo;il faudra pour sortir de la crise. Cela mesure combien on ne croit plus compl\u00e8tement \u00e0 l&rsquo;automatisme de la sortie de crise, quel que soit le d\u00e9lai, parce qu&rsquo;on admet qu&rsquo;il existe un risque que cette crise soit celle de la fin du syst\u00e8me. Cet appel \u00e0 la raison de Martin Wolf ressemble bien \u00e0 un appel au secours; cela n&rsquo;est certainement pas d\u00e9plac\u00e9 en la circonstance.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 3 mars 2009 \u00e0 06H28<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9union du G20 de Londres du 2 avril commence \u00e0 faire sentir toute sa pression. 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