{"id":70699,"date":"2009-04-21T11:15:54","date_gmt":"2009-04-21T11:15:54","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/04\/21\/cia-torture-gorbamatchev\/"},"modified":"2009-04-21T11:15:54","modified_gmt":"2009-04-21T11:15:54","slug":"cia-torture-gorbamatchev","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/04\/21\/cia-torture-gorbamatchev\/","title":{"rendered":"CIA, torture &amp; \u201cGorbamatchev\u201d"},"content":{"rendered":"<p><p>Il y a un grand d\u00e9bat passionn\u00e9, distordu, perverti, qui se voudrait rationnel, apr\u00e8s la diffusion par Obama des m\u00e9mos de la p\u00e9riode GW Bush donnant \u00e0 la CIA les instructions pour la pratique de ce qu&rsquo;officiellement la bureaucratie se refuse \u00e0 nommer torture. Les r\u00e9actions de la communaut\u00e9 du renseignement ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s vives; l&rsquo;argument est que BHO, en l&rsquo;occurrence, met en danger la s\u00e9curit\u00e9 nationale. BHO s&rsquo;est rendu au si\u00e8ge de la CIA pour tenter de panser les plaies de la sensibilit\u00e9 professionnelle de la CIA et de relever le moral des troupes. On croirait parfois que cette bureaucratie, dont les crises sont d&rsquo;abord des emportements de communication, a plut\u00f4t une sensibilit\u00e9 de jeune fille en \u00e2ge de pubert\u00e9 qu&rsquo;une sensibilit\u00e9 professionnelle de vedette du renseignement. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe <em>Times<\/em> de Londres, notamment, rend compte, le <a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/tol\/news\/world\/us_and_americas\/article6135965.ece\" class=\"gen\">21 avril 2009<\/a>, de la visite d&rsquo;Obama \u00e0 Langley et des remous alentour.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>President Obama visited the CIA headquarters yesterday to placate officials dismayed by his decision to release top secret torture memos, a move that has provoked accusations that he is willing to compromise America&rsquo;s safety out of political correctness. Mr Obama&rsquo;s first visit to the CIA, to boost morale there and shore up his own reputation, came as his decision to release the memos detailing brutal interrogation sessions of terror suspects continued to attract criticism.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>There were claims from inside the agency&rsquo;s ranks that the move had undermined its ability to extract vital intelligence from America&rsquo;s enemies, and could even blow the cover of some secret operatives. Michael Hayden, who ran the CIA under President Bush, said before Mr Obama&rsquo;s visit that the release of the memos had compromised the CIA&rsquo;s intelligence gathering work and, in effect, aided America&rsquo;s enemies.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe dossier de cette affaire est bien pr\u00e9sent\u00e9 par George Friedman, directeur de <em>Stratfor.com<\/em>, dans une analyse (acc\u00e8s libre) publi\u00e9 le <a href=\"http:\/\/www.stratfor.com\/weekly\/20090420_torture_and_u_s_intelligence_failure\" class=\"gen\">20 avril 2009<\/a>. L&rsquo;essentiel du texte est consacr\u00e9 au fond de cette affaire, aux pratiques en question, \u00e0 leur aspect op\u00e9rationnel et moral, \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 des services de renseignement US et aux r\u00e9sultats qu&rsquo;ils obtiennent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;analyse ne manque pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Elle rappelle les circonstances qui ont men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;application de la torture (d\u00e9barrassons-nous des guillemets, cela le m\u00e9rite), la pratique de cette torture, la l\u00e9galit\u00e9 ou non de ces pratiques, l&rsquo;aspect moral (immoral) de la torture, etc. Elle met en \u00e9vidence le fait que la torture, dans cette s\u00e9quence pr\u00e9cis\u00e9ment (sans pr\u00e9juger des autres cas qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent), a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par la CIA apr\u00e8s 9\/11 parce que la CIA souffrait d&rsquo;un manque chronique de renseignement, qu&rsquo;elle avait connu de graves \u00e9checs, qu&rsquo;il importait que cela fut redress\u00e9. Notre conviction est que cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 redress\u00e9 et que cela ne le sera pas, en raison de la tendance \u00e0 donner la priorit\u00e9 \u00e0 la technologie pour le renseignement et des faiblesses structurelles fondamentales de l&rsquo;<em>HumInt<\/em> (<em>Human Intelligence<\/em>); c&rsquo;est-\u00e0-dire la tendance bureaucratique d&rsquo;une part, l&rsquo;attitude psychologique des membres de cette bureaucratie et de leur hi\u00e9rarchie d&rsquo;autre part, cette psychologie am\u00e9ricaniste insensible aux autres psychologies et donc entretenant sans fin la faiblesse du domaine du renseignement humain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur la question de la torture elle-m\u00eame, Friedman souligne justement que le v\u00e9ritable probl\u00e8me est que la CIA est une bureaucratie et que l&rsquo;attitude de la bureaucratie tend \u00e0 codifier, \u00e0 l\u00e9galiser selon ses r\u00e8gles, donc \u00e0 banaliser toute pratique. Du coup, et c&rsquo;est le v\u00e9ritable d\u00e9bat sur cette question, la CIA a rendu routini\u00e8re et institutionnalis\u00e9e, donc \u00e0 la fois monstrueusement l\u00e9gale et structurellement inhumaine, une pratique qui ne peut \u00eatre con\u00e7ue que comme exceptionnelle (dans le sens circonstanciel du mot). La question de la torture devient dans ce cas la question de la bureaucratie, qui est implicitement d\u00e9finie ici comme une monstrueuse entit\u00e9 qui institutionnalise tout ce qu&rsquo;elle fait.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>The problem with torture  as with other exceptional measures  is that it is useful, at best, in extraordinary situations. The problem with all such techniques in the hands of bureaucracies is that the extraordinary in due course becomes the routine, and torture as a desperate stopgap measure becomes a routine part of the intelligence interrogator&rsquo;s tool kit.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>At a certain point, the emergency was over. U.S. intelligence had focused itself and had developed an increasingly coherent picture of al Qaeda, with the aid of allied Muslim intelligence agencies, and was able to start taking a toll on al Qaeda. The war had become routinized, and extraordinary measures were no longer essential. But the routinization of the extraordinary is the built-in danger of bureaucracy, and what began as a response to unprecedented dangers became part of the process. Bush had an opportunity to move beyond the emergency. He didn&rsquo;t.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn autre point int\u00e9ressant abord\u00e9 dans sa conclusion par Friedman est l&rsquo;attitude d&rsquo;Obama dans cette affaire, l&rsquo;action qu&rsquo;il a conduite. Friedman juge, justement \u00e9galement \u00e0 notre estime, qu&rsquo;Obama a employ\u00e9 une tactique qu&rsquo;il affectionne: poser un acte d\u00e9stabilisant (publicit\u00e9 des m\u00e9mos), puis retraite relative en allant rassurer et r\u00e9conforter ceux qui \u00e9taient d\u00e9stabilis\u00e9s, en les assurant de son soutien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>U.S. President Barack Obama has handled this issue in the style to which we have become accustomed, and which is as practical a solution as possible. He has published the memos authorizing torture to make this entirely a Bush administration problem while refusing to prosecute anyone associated with torture, keeping the issue from becoming overly divisive. Good politics perhaps, but not something that deals with the fundamental question.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The fundamental question remains unanswered, and may remain unanswered. When a president takes an oath to preserve, protect and defend the Constitution of the United States, what are the limits on his obligation? We take the oath for granted. But it should be considered carefully by anyone entering this debate, particularly for pr\u00e9sidents.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJustement, pour ce cas la question fondamentale ne nous int\u00e9resse pas. C&rsquo;est la m\u00e9thode utilis\u00e9e par Obama qui nous int\u00e9resse, Obama que nous serions alors tent\u00e9 de baptiser pour l&rsquo;occasion Gorbamatchev, en m\u00e9langeant les deux noms fameux, en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e9videmment \u00e0 notre non moins fameuse <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-american_gorbatchev_29_10_2008.html\" class=\"gen\">hypoth\u00e8se<\/a>  de l&rsquo;<em>American<\/em> Gorbatchev. Friedman d\u00e9crit bien cela, en pr\u00e9cisant que c&rsquo;est d\u00e9sormais une m\u00e9thode habituelle d&rsquo;Obama, consistant finalement (c&rsquo;est notre description) \u00e0 d\u00e9noncer une situation, une pratique, une tendance, \u00e0 ne prendre aucune mesure contre les fautifs et \u00e0 rassurer ceux qui sont ainsi impliqu\u00e9s. Freidman juge qu&rsquo;il s&rsquo;agit aussi bien d&rsquo;une approche pragmatique. Nous jugeons qu&rsquo;il s&rsquo;agit aussi, et peut-\u00eatre d&rsquo;abord, d&rsquo;une mesure gorbatch\u00e9vienne, tant l&rsquo;essentiel de l&rsquo;acte est l&rsquo;action d\u00e9stabilisante contre la bureaucratie, ce qui fut le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-au_temps_de_gorbatchev_et_de_la_glasnost__12_05_2008.html\" class=\"gen\">fondement<\/a> de l&rsquo;action de Gorbatchev. L\u00e0 o\u00f9 Friedman juge qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une approche tentant de redresser une situation fautive en tentant ensuite d&#8217;emp\u00eacher que la mesure devienne pol\u00e9mique du point de vue politique, nous jugerions qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une approche tendant \u00e0 d\u00e9stabiliser la bureaucratie en tentant d&rsquo;\u00e9viter toute pol\u00e9mique politique qui risquerait de compromettre l&rsquo;action initiale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question est de savoir ce qu&rsquo;Obama en pense, et s&rsquo;il pense d&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9cise \u00e0 cet \u00e9gard. S&rsquo;il est simplement BHO, Friedman a raison. S&rsquo;il est Gorbamatchev, nous avons raison. Nous ajoutons, en allant beaucoup plus loin par le biais de notre th\u00e8se selon laquelle l&rsquo;Histoire conduit plus les hommes que les hommes ne la conduisent dans une p\u00e9rtiode aussi exceptionnelle et aussi excessive, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire qu&rsquo;Obama soit consciemment Gorbamatchev pour qu&rsquo;il le soit. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de la bureaucratie est tellement fort, comme Friedman le dit d&rsquo;ailleurs implicitement lui-m\u00eame, qu&rsquo;il domine \u00e0 notre avis tout le reste, y compris dans ce cas la question de fond de la torture. La mesure de Gorbamatchev a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;abord, consciemment ou pas qu&rsquo;importe, une op\u00e9ration de d\u00e9stabilisation de la bureaucratie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes questions se bousculent alors: Gorbamatchev va-t-il poursuivre avec d&rsquo;autres bureaucraties, dans d&rsquo;autres domaines? S&rsquo;il n&rsquo;a pas encore encore pleine conscience de son action, va-t-il l acqu\u00e9rir? A partir de quand, de quelle action, de quelle intensit\u00e9 de menace de d\u00e9stabilisation la bureaucratie, le syst\u00e8me vont-ils r\u00e9agir en ne se contentant plus des actes de compensation suivant l&rsquo;attaque d\u00e9stabilisante? A partir de quand, si cela arrive, bureaucratie et syst\u00e8me vont-ils conclure que Gorbamatchev est un danger fondamental pour eux, m\u00eame si Gorbamatchev n&rsquo;est en fait que BHO et n&rsquo;entend pas poser un tel danger?<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 21 avril 2009 \u00e0 11H11<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a un grand d\u00e9bat passionn\u00e9, distordu, perverti, qui se voudrait rationnel, apr\u00e8s la diffusion par Obama des m\u00e9mos de la p\u00e9riode GW Bush donnant \u00e0 la CIA les instructions pour la pratique de ce qu&rsquo;officiellement la bureaucratie se refuse \u00e0 nommer torture. 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