{"id":70816,"date":"2009-06-08T15:18:20","date_gmt":"2009-06-08T15:18:20","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/06\/08\/la-grande-guerre-americaniste\/"},"modified":"2009-06-08T15:18:20","modified_gmt":"2009-06-08T15:18:20","slug":"la-grande-guerre-americaniste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/06\/08\/la-grande-guerre-americaniste\/","title":{"rendered":"La \u201cGrande Guerre am\u00e9ricaniste\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h3>Extrait de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCi-dessous, on trouve une interpr\u00e9tation de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, d&rsquo;un point de vue am\u00e9ricaniste, et selon le moyen dans ce cas de la communication,  selon un processus qui conduira plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;extension de ce m\u00eame moyen de la communication, au virtualisme. En effet, notre interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale est bien que la communication fut la principale force qui sauva l&rsquo;Am\u00e9rique au bord de l&rsquo;effondrement avec une Grande D\u00e9pression qui ne cessait plus de miner ce pays apr\u00e8s le rel\u00e8vement rat\u00e9e du <em>New Deal<\/em>. Dans cette perspective, la guerre n&rsquo;\u00e9tait pas seulement le moyen d&rsquo;un rel\u00e8vement \u00e9conomique par la militarisation de l&rsquo;\u00e9conomie,  laquelle se poursuivrait apr\u00e8s la guerre; elle \u00e9tait surtout le moyen, par une repr\u00e9sentation massive par le moyen de la communication, de redresser, de rehausser, de sublimer la vision de l&rsquo;Am\u00e9rique par les Am\u00e9ricains. Ainsi la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut-elle d&rsquo;abord, pour les USA, selon une logique m\u00e9canique d&rsquo;un syst\u00e8me effectivement b\u00e2ti d\u00e8s l&rsquo;origine sur la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_defensa_volume_15_n06_du_25_novembre_1999_l_empire_de_l_information_25_11_1999.html\" class=\"gen\">communication<\/a>, l&rsquo;occasion d&rsquo;une entreprise massive de communication pour en faire la Grande Guerre am\u00e9ricaniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe texte est extrait d&rsquo;un ouvrage en cours de r\u00e9daction, par Philippe Grasset, sous le titre de <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. Le propos est de donner une interpr\u00e9tation nouvelle de la modernit\u00e9, de la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle avec la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et la deuxi\u00e8me r\u00e9volution (britannique) du choix de la thermodynamique et du d\u00e9veloppement de la machine ouvrant l&rsquo;\u00e8re industrielle. L&rsquo;appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale tourne autour de la p\u00e9riode 1919-1933, qui fut la p\u00e9riode o\u00f9 l&rsquo;on r\u00e9alisa l&rsquo;ampleur et la puissance de la crise de la modernit\u00e9, dont nous vivons aujourd&rsquo;hui la phase explosive. Le texte  ci-dessous est extrait de la Quatri\u00e8me et derni\u00e8re Partie de l&rsquo;ouvrage. <\/p>\n<h2 class=\"common-article\">La Grande Guerre am\u00e9ricaniste<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDes studios du cin\u00e9matographe, nous passons ais\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 puisque la r\u00e9alit\u00e9 est d\u00e9sormais celle qui sort des studios, et rien d&rsquo;autre ne s&rsquo;y peut comparer en v\u00e9rit\u00e9. Le professeur George H. Roeder Jr., qui est professeur <em>of liberal art<\/em>, dont l&rsquo;image du cin\u00e9matographe fait partie, et nullement historien, nous pr\u00e9sente la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale sous les traits d&rsquo;une guerre censur\u00e9e (1); mais bien au-del\u00e0 de cet aspect somme toute conjoncturel, il nous instruit dans ses remarques introductives de ceci qui r\u00e9sume notre propos \u00e0 merveille : \u00ab<em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut le premier film dans lequel chaque Am\u00e9ricain pouvait avoir un r\u00f4le.<\/em> [&#8230;] <em>La Deuxi\u00e8me Guerre mondiale offrit \u00e0 chaque citoyen<\/em> [am\u00e9ricain] <em>le double r\u00f4le de spectateur et de participant.<\/em>\u00bb George H. Roeder Jr. nous en dit bien plus, dans cette fa\u00e7on d&rsquo;aborder l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, sur l&rsquo;histoire am\u00e9ricaniste ainsi sortie du spectre de la Grande D\u00e9pression, cette \u00e9pouvantable agression de la r\u00e9alit\u00e9, cette scandaleuse provocation en v\u00e9rit\u00e9, que toutes les studieuses et laborieuses, et n\u00e9cessairement conformistes, \u00e9tudes historiographiques enfant\u00e9es par le syst\u00e8me. Il ne s&rsquo;agit pas ici de signaler un \u00e0-c\u00f4t\u00e9, un aspect int\u00e9ressant mais tout de m\u00eame marginal de la perception du grand conflit, notamment chez les Am\u00e9ricains mais \u00e9galement sur les terres ext\u00e9rieures. Au contraire, nous pr\u00e9tendons d\u00e9crire la substance de la chose, telle qu&rsquo;elle fut model\u00e9e par la communication. L&rsquo;appr\u00e9ciation de George H. Roeder Jr., si elle para\u00eet sortir du laboratoire original mais limit\u00e9 du sp\u00e9cialiste, concerne au contraire l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. La politique g\u00e9n\u00e9rale, les appr\u00e9ciations des dirigeants de cette politique, du moins ceux qui sont acquis au syst\u00e8me, montrent une transcription en des concepts s\u00e9rieux de cette fa\u00e7on de percevoir l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPuisque la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale fut un film o\u00f9 les Am\u00e9ricains \u00e9taient acteurs et dont ils \u00e9taient les spectateurs, il importait que ce film fut tourn\u00e9 \u00e0 Hollywood, que les bons y triomphassent sans qu&rsquo;on puisse \u00e9mettre le moindre doute sur leur vertu et leur puissance, que les mauvais y fussent punis \u00e0 mesure, que les acolytes fussent mis \u00e0 leur place et ainsi de suite. Ainsi la Deuxi\u00e8me Guerre devint-elle une guerre am\u00e9ricaniste et, v\u00e9ritablement, l&rsquo;aube claire et radieuse d&rsquo;une \u00e9poque nouvelle et sans pr\u00e9c\u00e9dent. Certains nomm\u00e8rent cela, avec le sens de l&rsquo;\u00e0-propos et du raccourci, <em>The American Century<\/em>. Monsieur Henry Luce, en 1941, \u00e9tait encore modeste, avec l&rsquo;arri\u00e8re-go\u00fbt d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la grande D\u00e9pression et l&rsquo;humeur morose, sinon anxieuse ; il aurait pu \u00e9crire plus justement : <em>The American History as the History of the World<\/em> ou, plus prestement dit, <em>America as the World<\/em>. M\u00eame les non-Am\u00e9ricains qui comptent, les amis, les fid\u00e8les porteurs d&rsquo;eau, accept\u00e8rent, au nom de th\u00e9ories fumeuses et de manuvres qualifi\u00e9es d&rsquo;habiles, le sc\u00e9nario du cin\u00e9matographe. Nul ne doit douter que, derri\u00e8re cette raison, se dissimule \u00e0 peine, je veux dire maquill\u00e9e \u00e0 la va-vite et tr\u00e8s vite d\u00e9couverte, une passion extr\u00eame qui se nourrit des apparences s\u00e9duisantes, des illusions enj\u00f4leuses, des r\u00eaveries entreprenantes, qui est absolument vuln\u00e9rable au charme g\u00e9n\u00e9ral de la communication, qui lui c\u00e8de avec un d\u00e9lice \u00e0 peine dissimul\u00e9e; cette passion d\u00e9vorante, br\u00fblante, irr\u00e9sistible, \u00e9prouv\u00e9e pour l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Am\u00e9rique comme Nouveau Monde et Terre Promise&#8230; <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn novembre 1942, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, qui n&rsquo;est pas de ce troupeau, admonesta s\u00e9v\u00e8rement Winston Churchill, qui, lui, aurait tendance \u00e0 l&rsquo;\u00eatre m\u00eame s&rsquo;il se pare d&rsquo;une crini\u00e8re flamboyante. Cela se passait le 18 novembre 1942, une d\u00e9cade apr\u00e8s le d\u00e9barquement alli\u00e9 en Afrique du Nord, l&rsquo;op\u00e9ration <em>Torch<\/em> dont le g\u00e9n\u00e9ral avait fortement pris ombrage pour n&rsquo;en avoir pas \u00e9t\u00e9 averti. La cause de cet ostracisme, inacceptable pour lui puisque l&rsquo;Afrique du Nord \u00e9tait territoire fran\u00e7ais, lui semblait \u00e9vidente, dans la r\u00e9v\u00e9lation que lui avaient fait les Britanniques en l&rsquo;informant du d\u00e9barquement, de la direction am\u00e9ricaniste de l&rsquo;affaire ; \u00ab<em>Je comprends mal,<\/em> avait-il dit \u00e0 Churchill et \u00e0 Eden, <em>que vous, Anglais, passiez aussi compl\u00e8tement la main dans une entreprise qui int\u00e9resse l&rsquo;Europe au premier chef.<\/em>\u00bb Puis ce fut ses observations pleines de fureur contenue, \u00e0 l&rsquo;intention de Churchill, ce 18 novembre 1942 : \u00ab<em>Quant \u00e0 vous, je ne vous comprends pas. Vous faites la guerre depuis le premier jour. On peut m\u00eame dire que vous \u00eates, personnellement, cette guerre. Votre arm\u00e9e progresse en Lybie. Il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;Am\u00e9ricains en Afrique si, de votre c\u00f4t\u00e9, vous n&rsquo;\u00e9tiez pas en train de battre Rommel. A l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, jamais encore un soldat de Roosevelt n&rsquo;a rencontr\u00e9 un soldat d&rsquo;Hitler tandis que, depuis trois hommes, vos hommes se battent sous toutes les latitudes. D&rsquo;ailleurs, dans l&rsquo;affaire africaine, c&rsquo;est l&rsquo;Europe qui est en cause et l&rsquo;Angleterre appartient \u00e0 l&rsquo;Europe. Cependant, vous laissez l&rsquo;Am\u00e9rique prendre la direction du conflit. Or, c&rsquo;est \u00e0 vous de l&rsquo;exercer, tout au moins dans le domaine moral. Faites-le ! L&rsquo;opinion europ\u00e9enne vous suivra.<\/em>\u00bb (2)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;id\u00e9e offerte par cette intervention est fondamentale, et c&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;elle qu&rsquo;on peut rapidement observer que la Deuxi\u00e8me Guerre fut un film pour d&rsquo;autres que les citoyens am\u00e9ricains, beaucoup d&rsquo;autres, et parmi d&rsquo;autres des dirigeants honorables comme Churchill. La transmutation de la Deuxi\u00e8me Guerre, en Europe, en victoire am\u00e9ricaine et am\u00e9ricaniste est le fait strat\u00e9gique majeur du conflit,  et une victoire, puisque victoire il y a, de la communication. Un simple survol de l&rsquo;histoire militaire doit nous en convaincre, c&rsquo;est-\u00e0-dire nous confirmer ce que nous devrions savoir d\u00e9j\u00e0. L&rsquo;intervention substantielle des forces arm\u00e9es US (disons, autour de 50% du potentiel alli\u00e9) commence avec le d\u00e9barquement de Normandie ; m\u00eame l&rsquo;offensive strat\u00e9gique a\u00e9rienne ne commen\u00e7a \u00e0 sortir ses effets, d&rsquo;ailleurs diff\u00e9rents de ceux qu&rsquo;on attendait, qu&rsquo;\u00e0 partir du printemps 1944. Mais l&rsquo;on sait que le tournant de la guerre se situe en 1943, avec les batailles de Stalingrad et de Koursk, la <em>Wehrmacht<\/em> battue, sur la pente de la destruction. M\u00eame la puissance de l&rsquo;industrie de guerre des USA, si elle joua sans doute un r\u00f4le important et progressivement de plus en plus important, ne joua jamais ce r\u00f4le exclusif d&rsquo;une condition <em>sine qua non<\/em> de la victoire qu&rsquo;on lui attribue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 cela? La Seconde Guerre est entr\u00e9e dans les esprits, et plus encore, dirais-je, dans la psychologie pour devenir un r\u00e9flexe du jugement, comme la guerre am\u00e9ricaine, la Grande Guerre am\u00e9ricaniste, je dirais par substance m\u00eame. Pour compl\u00e9ter l&rsquo;hypoth\u00e8se et ajouter le destin aux manipulations inconscientes, on observerait que par un acte essentiel pos\u00e9 \u00e0 un moment essentiel, Roosevelt joue un r\u00f4le clef dans la poursuite de la guerre et sa transformation d\u00e9cisive, comme s&rsquo;il voulait assurer en la transmutant la sc\u00e8ne grondante et terrible \u00e0 partir de laquelle l&rsquo;Am\u00e9rique installera son empire de la communication sur le monde. Le pr\u00e9sident est l&rsquo;ordonnateur et le grand pr\u00eatre de la transmutation, autant que le magouilleur de ses pr\u00e9misses ; ainsi est-on conduit \u00e0 avancer une interpr\u00e9tation hyperbolique de la conviction de fer, et de l&rsquo;insistance inattaquable qui en r\u00e9sulte, de Roosevelt pour la capitulation sans conditions de l&rsquo;Allemagne (cette exigence sera \u00e9galement \u00e9nonc\u00e9e pour le Japon, mais l&rsquo;ant\u00e9riorit\u00e9 est incontestablement pour l&rsquo;Allemagne, et, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, la m\u00eame politique fut appliqu\u00e9e pour le Japon parce que la logique politique et id\u00e9ologique interdisait de faire autrement). Appr\u00e9ci\u00e9e d&rsquo;un point de vue simplement historique, classique dirions-nous, cette politique est maladroite et stupide. Lorsque Roosevelt l&rsquo;annonce, au d\u00e9but de 1943, le 23 janvier lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse \u00e0 Casablanca, contre l&rsquo;avis quasiment unanime qu&rsquo;on conna\u00eetra ensuite, du monde politique washingtonien, de ses propres chefs militaires, des Britanniques (Churchill en t\u00eate), des Sovi\u00e9tiques eux-m\u00eames, tous les arguments militent contre ce choix. L&rsquo;histoire confirmera tout cela, en ajoutant \u00e0 la maladresse et \u00e0 la stupidit\u00e9 de cette politique, son caract\u00e8re indirectement criminel. Dans son livre <em>The New Dealer&rsquo;s War<\/em>, l&rsquo;historien Thomas Fleming <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-une_vision_inedite_et_edifiante_de_l_amerique_en_guerre_1941-45_the_new_dealers_war_de_thomas_fleming_20_01_2003.html?admin=1\" class=\"gen\">estime<\/a> que l&rsquo;exigence de capitulation sans condition est la cause indirecte de la mort d&rsquo;au moins 8 millions de personnes, dont un nombre appr\u00e9ciables de Juifs dans les camps d&rsquo;extermination. La d\u00e9cision emp\u00eacha une paix de compromis probable autour de 1943-44, avec une opposition d\u00e9mocratique allemande appuy\u00e9e sur certains \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;arm\u00e9e et des service (l&rsquo;amiral Canaris en t\u00eate) ; soutenue par les services de renseignement alli\u00e9s, cette opposition aurait probablement \u00e9limin\u00e9 Hitler, pris le pouvoir et d\u00e9truit le r\u00e9gime nazi, et demand\u00e9 une cessation des combats par une paix de compromis. Au contraire, la politique de Roosevelt conduit \u00e0 la dissolution, voire \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination sauvage de cette opposition par la r\u00e9pression int\u00e9rieure nazie, au durcissement du r\u00e9gime, \u00e0 la radicalisation de la population allemande et ainsi de suite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est apparu difficile de donner une explication \u00e0 l&rsquo;attitude de FDR alors qu&rsquo;il existait une telle unanimit\u00e9 contre sa d\u00e9cision lorsqu&rsquo;elle fut annonc\u00e9e, alors que les graves faiblesses de la politique de la capitulation sans condition \u00e9taient \u00e9videntes d\u00e8s l&rsquo;origine. Plusieurs hypoth\u00e8ses furent avanc\u00e9es. En d\u00e9sespoir de cause, nombre d&rsquo;historiens ont accept\u00e9 l&rsquo;explication sommaire et extraordinaire de FDR, selon laquelle l&rsquo;id\u00e9e de la capitulation inconditionnelle lui \u00e9tait \u00ab<em>venue \u00e0 l&rsquo;esprit<\/em>\u00bb pendant la conf\u00e9rence de presse de janvier 1943, o\u00f9 il annon\u00e7a effectivement cette exigence. Les notes prises par FDR pour cette conf\u00e9rence portaient des indications pr\u00e9cises sur cette politique de capitulation inconditionnelle qu&rsquo;il allait annoncer. Thomas Fleming avance que \u00ab<em>l&rsquo;exigence de capitulation sans conditions \u00e9tait tout ce qu&rsquo;on veut sauf accidentelle et son but \u00e9tait extr\u00eamement s\u00e9rieux et \u00e9labor\u00e9. Elle repr\u00e9sentait une tentative de FDR pour rassurer ses critiques lib\u00e9raux en Am\u00e9rique et donner<\/em> [au pays] <em>un but moral, un cri de ralliement qui avait manqu\u00e9 jusqu&rsquo;alors.<\/em>\u00bb Cette appr\u00e9ciation convient effectivement \u00e0 la situation int\u00e9rieure difficile o\u00f9 se trouvait alors FDR, alors qu&rsquo;aucun r\u00e9sultat encourageant de la guerre n&rsquo;\u00e9tait venu conforter le moral de la population (l&rsquo;insistance de FDR pour l&rsquo;op\u00e9ration <em>Torch<\/em> de novembre 1942 r\u00e9pondait pour une bonne partie \u00e0 son d\u00e9sir de fouetter le moral d\u00e9faillant des Am\u00e9ricains). La situation en Am\u00e9rique en 1941-42, avec une opinion int\u00e9rieure r\u00e9ticente, une remont\u00e9e des r\u00e9publicains (victoire \u00e9lectorale de novembre 1942), des conditions int\u00e9rieures, sociales et raciales, notablement difficiles,  cette situation pouvait appara\u00eetre fort inqui\u00e9tante. Il importait de la redresser sous peine de voir le soutien des Am\u00e9ricains \u00e0 la guerre s&rsquo;\u00e9roder jusqu&rsquo;\u00e0 une situation de crise. Le pr\u00e9sident avait besoin d&rsquo;une cause, d&rsquo;un \u00e9tendard, comme Lincoln en 1862, alors que la Guerre Civile tournait \u00e0 l&rsquo;avantage des rebelles. En 1863, Lincoln choisit la cause des Noirs, avec l&rsquo;Acte d&rsquo;\u00c9mancipation, cette solennelle proclamation de la fin de l&rsquo;esclavage qui \u00e9tait, \u00e0 sa fa\u00e7on, une exigence proche de la reddition sans condition que demandait FDR en 1943. Dans les deux attitudes, la m\u00eame fa\u00e7on de radicaliser la cause, de porter la guerre \u00e0 son paroxysme, qui force \u00e0 la mobilisation populaire et ne laisse plus de choix. Dans les deux cas, c&rsquo;est Cortez qui br\u00fble ses vaisseaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOr, pour l&rsquo;Am\u00e9rique elle-m\u00eame, pour sa situation g\u00e9n\u00e9rale et dans l&rsquo;interpr\u00e9tation qu&rsquo;on donne \u00e0 cette situation, c&rsquo;est aussi l&rsquo;occurrence de Cortez qui br\u00fble ses vaisseaux. Dans son texte fameux de 1941 que nous avons mentionn\u00e9 plus haut, <em>The American Century<\/em>, Henry Luce annonce l&#8217;empire am\u00e9ricain en le pr\u00e9sentant sur les fonds baptismaux d&rsquo;un d\u00e9sarroi profond et d&rsquo;un path\u00e9tisme an\u00e9miant; ces sentiments du d\u00e9sespoir de la Grande D\u00e9pression interrompus pendant une poussi\u00e8re d&rsquo;ann\u00e9es par Roosevelt, ren\u00e9s devant l&rsquo;\u00e9vidence que les conditions \u00e9conomiques de la d\u00e9pression persistante, confort\u00e9s par la r\u00e9alisation que Roosevelt avait sauv\u00e9 la psychologie mais nullement le syst\u00e8me et son \u00e9conomie. C&rsquo;est ainsi que la guerre, celle que Henry Luce au fond de lui appelait de ses vux secrets, apporte un r\u00e9pit \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique, et qu&rsquo;elle apporte peut-\u00eatre plus encore; pour en exploiter toute la latence am\u00e9ricaniste, il faut qu&rsquo;elle devienne la Grande Guerre am\u00e9ricaniste, qu&rsquo;elle soit port\u00e9e \u00e0 son comble et \u00e0 son paroxysme de rupture apocalyptique (reddition sans conditions, l&rsquo;Allemagne \u00e9cras\u00e9e, Hiroshima), que sa repr\u00e9sentation quasiment cin\u00e9matographique fabrique, en exaltant sa vertu \u00e9vidente et sa destin\u00e9e exemplaire, une sorte de l\u00e9gitimit\u00e9 presque surnaturelle \u00e0 la puissance am\u00e9ricaniste, pour \u00e9tablir sur le monde un empire qui ne puisse \u00eatre contest\u00e9 en v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait cela ou bien c&rsquo;\u00e9tait la fin de la Grande R\u00e9publique des P\u00e8res Fondateurs ; ainsi en fut-il du dilemme qui, en v\u00e9rit\u00e9, conduisit \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans la guerre ; ainsi la Seconde Guerre entra-t-elle dans les esprits, et plus encore, dans la psychologie pour devenir un r\u00e9flexe du jugement, comme la Grande Guerre am\u00e9ricaniste&rsquo;. Une nouvelle v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait n\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(1) George H. Roeder, Jr., <em>The War Censored<\/em>, Yale University Press, 1993.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(2) Charles de Gaulle, <em>M\u00e9moires de guerre<\/em>, La Pl\u00e9iade.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire Ci-dessous, on trouve une interpr\u00e9tation de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, d&rsquo;un point de vue am\u00e9ricaniste, et selon le moyen dans ce cas de la communication, selon un processus qui conduira plus tard, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;extension de ce m\u00eame moyen de la communication, au virtualisme. En effet, notre interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[3015,3801,2631,3532,3799,3969,3125,2645,8386,2622,3851,3997,3099,3800,2900,610],"class_list":["post-70816","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-extraits","tag-communication","tag-condition","tag-de","tag-deuxieme","tag-fleming","tag-grace","tag-grasset","tag-guerre","tag-lhistoire","tag-la","tag-mondiale","tag-philippe","tag-psychologie","tag-reddition","tag-sans","tag-virtualisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70816","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=70816"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/70816\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=70816"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=70816"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=70816"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}