{"id":70930,"date":"2009-07-22T06:30:59","date_gmt":"2009-07-22T06:30:59","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/07\/22\/taedium-vitae-usa\/"},"modified":"2009-07-22T06:30:59","modified_gmt":"2009-07-22T06:30:59","slug":"taedium-vitae-usa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/07\/22\/taedium-vitae-usa\/","title":{"rendered":"<em>Taedium vitae<\/em>, USA"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\"><em>Taedium vitae<\/em>, USA<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>22 juillet 2009 &mdash; Qui ne conna&icirc;t l&rsquo;expression latine qui d\u00e9signa, dans les temps de basses eaux de l&rsquo;Empire, le \u00ab\u00a0d\u00e9go&ucirc;t de la vie\u00a0\u00bb qui s&#8217;empara de la plus grande ambition politique et culturelle que la terre ait port\u00e9e jusqu&rsquo;alors? Le <em>t&aelig;dium vitae<\/em>, identifi\u00e9 par S\u00e9n\u00e8que sous cette forme qui semble brutalement m\u00e9langer le destin politique contrari\u00e9e et l&rsquo;\u00e9quilibre de la psychologie menac\u00e9e pour former une pathologie historique, n&rsquo;est-ce pas ce qui s&rsquo;est empar\u00e9 de l&rsquo;Occident au sommet de la puissance d&rsquo;une civilisation qui n&rsquo;a plus de sens? (D&rsquo;ailleurs, comment imaginer qu&rsquo;une psychologie collective puisse r\u00e9sister bien longtemps \u00e0 cet amalgame insupportable d&rsquo;exc\u00e8s de puissance et d&rsquo;absence de sens?) Pire encore, notre <em>t&aelig;dium vitae<\/em> semble se manifester sous une forme si pernicieuse, o&ugrave; la conscience elle-m\u00eame ne mesure plus le d\u00e9go&ucirc;t de la vie o&ugrave; elle est plong\u00e9e, continuant \u00e0 le dissimuler sous les artifices que sa puissance technologique lui permet de disposer, comme d&rsquo;une drogue m\u00e9canique \u00e0 la mesure d&rsquo;un univers.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien s&ucirc;r, parce que les USA sont en avance sur tout, et parce qu&rsquo;ils sont par essence le pays de la volont\u00e9 de modernit\u00e9 et peut-\u00eatre (c&rsquo;est notre conviction) d&rsquo;une essence diff\u00e9rente \u00e0 cet \u00e9gard, c&rsquo;est chez eux que se manifeste le plus vivement, le plus mortellement, cette pathologie v\u00e9cue inconsciemment. (L&rsquo;Europe, qui g\u00e9mit sur son sort et sur sa d\u00e9cadence, et la France premi\u00e8re en cela, a au moins cette paradoxale vertu que ses g\u00e9missements signalent, sinon identifient une certaine conscience de la chose. C&rsquo;est en cela qu&rsquo;elle diff\u00e8re des USA.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Cette longue introduction parce que le texte de Neal Gabler, dans le Boston <em>Globe<\/em>, repris le m\u00eame jour (<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.commondreams.org\/view\/2009\/07\/21-2\">21 juillet 2009<\/a>) sur <em>CommonDreams.org<\/em>, sugg\u00e8re un tel d\u00e9sespoir fait d&rsquo;abord du vide d&rsquo;esp\u00e9rance n\u00e9 de l&rsquo;absence de sens. Il m\u00e9rite effectivement quelques observations. Son titre lui-m\u00eame, assez \u00e9trange finalement, qui nous parle d&rsquo;une sorte de \u00ab\u00a0d\u00e9sespoir par obstruction\u00a0\u00bb (&laquo;<em>Hope, Caught Up in a Sea of Obstruction<\/em>&raquo;), qui nous sugg\u00e8re effectivement la situation d&rsquo;une humanit\u00e9, d&rsquo;une civilisation enferm\u00e9e dans une machine, &ndash; dans un syst\u00e8me, pardi, &ndash; qui la paralyse peu \u00e0 peu, c&rsquo;est-\u00e0-dire de plus en plus vite aujourd&rsquo;hui, lui inoculant une sorte de poison de la volont\u00e9, pour qu&rsquo;elle finisse par mourir compl\u00e8tement paralys\u00e9e. Effectivement, dans cette situation absolument terrifiante, le <em>t&aelig;dium vitae<\/em> effectivement ressenti comme tel, s&rsquo;il l&rsquo;\u00e9tait, deviendrait presque un moindre mal parce qu&rsquo;il s&rsquo;agirait au moins d&rsquo;une manifestation de la conscience.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais revenons sur terre, <em>made in USA<\/em>, l\u00e0 o&ugrave; r\u00e8gne l&rsquo;absence de conscience, &ndash; Washington, D.C.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>Here&rsquo;s the situation: President Obama maneuvered a stimulus package through Congress that, after being reduced to attract additional senators, has proven insufficient to stimulate the economy. Now, given the political calculus, it would be nearly impossible for him to introduce an additional boost. He also proposed a regulatory scheme for Wall Street that was so riddled with compromises and concessions that it was unlikely to prevent another economic meltdown. And he has pushed a national healthcare plan that is almost certain to be eviscerated, and that even in its disemboweled form may not pass Congress.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Obviously, we face daunting problems, but we nevertheless continue to operate with a kind of hopefulness that we will meet the challenges and triumph. Historically, we have reason to feel this way. In the last 70 years , this country faced down the Great Depression, Nazism, and Jim Crow. The system, however balky and tardy it may have been, has always worked.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>But today, beneath the optimistic rhetoric, lurks another possibility that no politician and few pundits want to admit: that the system is no longer up to the task and that the factors that once brought relief are no longer operable. There is the real possibility that this time we will not win but rather founder the way Japan has done since its economic catastrophe. There is the possibility that this time it is hopeless.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>La description que fait Gabler de l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui marque l&rsquo;agonie d&rsquo;un syst\u00e8me et explique effectivement combien il est logique que le <em>t&aelig;dium vitae<\/em> de notre civilisation frappe d&rsquo;abord l&rsquo;inconscient de l&rsquo;Am\u00e9rique. Ce syst\u00e8me fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 son origine comme une sorte de quasi-perfection retrouvant la sagesse antique. &laquo;<em>Si vous parvenez \u00e0 d\u00e9truire l&rsquo;esclavage dans le Midi, il y aurait au moins dans le monde un gouvernement aussi parfait que la raison humaine peut le concevoir<\/em>&raquo;, \u00e9crivait en 1816 Germaine de Sta\u00ebl \u00e0 Jefferson. Ils sont parvenus \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9truire l&rsquo;esclavage\u00a0\u00bb dans leur Midi et voyez ce qu&rsquo;il leur reste. Gabler d\u00e9crit la situation de Washington D.C., compl\u00e8tement bloqu\u00e9 au c&oelig;ur de la crise la plus grave, mang\u00e9 par la corruption du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-_poids_et_philosophie_du_lobby_15_07_2009.html\">lobbying<\/a> dont le m\u00eame Jefferson \u00e9crivait d\u00e8s 1791 \u00e0 Washington (George) qu&rsquo;elle gangrenait le c&oelig;ur du syst\u00e8me, paralys\u00e9 par le jeu de ce mal terrible, ce <em>t&aelig;dium vitae<\/em> transcrit en termes politiques, &ndash; l&rsquo;obstructionnisme, comme Gabler le nomme, qui semble en voie de devenir le parti unique le plus en vogue \u00e0 Washington, D.C.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Gabler cite le com\u00e9dien Bill Maher, qui semble avoir trouv\u00e9 apr\u00e8s tout la d\u00e9finition politique qui pourrait faire l&rsquo;affaire: \u00ab\u00a0Les d\u00e9mocrates sont pass\u00e9s \u00e0 droite et la droite est pass\u00e9e dans un h\u00f4pital psychiatrique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>What those Fathers could not have anticipated was a political party dedicated to total obstructionism &ndash; dedicated to making certain that the government would fiddle while the nation burned. For this we have the Republicans to blame for their actions and the Democrats to blame for their inaction. As comedian Bill Maher recently put it, \u00ab\u00a0The Democrats have moved to the right, and the right has moved into a mental hospital.\u00a0\u00bb<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p><a class=\"gen\" href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Neal_Gabler\">Neil Gabler<\/a> est un universitaire et un auteur c\u00e9l\u00e9br\u00e9, sp\u00e9cialiste de la culture cin\u00e9matographique et hollywoodienne; sp\u00e9cialiste de la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb hollywoodienne pr\u00e9cis\u00e9ment, de ce qu&rsquo;il nomme lui-m\u00eame l'\u00a0\u00bbhollywoodisme\u00a0\u00bb, qui est la branche en cellulo\u00efd de l&rsquo;id\u00e9ologie de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, de la cr\u00e9ation de l&rsquo;illusion paradisiaque \u00e0 cinq sous de l&rsquo;usine \u00e0 r\u00eaves qu&rsquo;est Hollywood; sp\u00e9cialiste et hagiographe de ce syst\u00e8me (notamment <em>Life the Movie: How Entertainment Conquered Reality<\/em> en 1998, et <em>Walt Disney: The Triumph of the American Imagination<\/em> en 2006), qui a particip\u00e9 si puissamment \u00e0 la situation que Gabler contemple aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un regard d\u00e9sol\u00e9. Nous ne pouvons avoir qu&rsquo;une immense compassion pour son d\u00e9sespoir; nous ne pouvons nous emp\u00eacher de nous demander, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela, s&rsquo;il a conscience d&rsquo;avoir d\u00e9peint en le magnifiant, en Hollywood, l&rsquo;un des virus les plus puissants de ce <em>t&aelig;dium vitae<\/em> dont il mesure aujourd&rsquo;hui les effets terrifiants.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Les temps \u00ab\u00a0b\u00e9nis\u00a0\u00bb de la Grande D\u00e9pression<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Voil\u00e0 qui les ferait s&rsquo;interroger, tous ces veilleurs attentifs des manigances am\u00e9ricanistes, des entreprises de subversion, des manifestations insens\u00e9es d&rsquo;une puissance sans retenue, sans consid\u00e9ration, des arrangements de subversion, de complot, des attaques agressives et sans respect d&rsquo;aucune r\u00e8gle&hellip; Voil\u00e0 qui nous fait nous interroger, de lire ce digne professeur et auteur c\u00e9l\u00e9br\u00e9, Neil Gabler, leur parler et nous parler de la \u00ab\u00a0timidit\u00e9\u00a0\u00bb am\u00e9ricaniste, de la petitesse de ses r\u00eaves et de ses ambitions, de l&rsquo;esp\u00e8ce de paralysie de la volont\u00e9 et de l&rsquo;impuissance d&rsquo;agir qui en d\u00e9coulent&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>And so we are now a nation with great professions of faith that we will succeed but little real confidence that we will, a nation that focuses more on what can go wrong than on what can go right, a nation that can&rsquo;t seem to get action. We are a timid nation with small dreams and even smaller plans &ndash; a nation that seems to have lost its capacity to do big things.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&hellip;Et tout cela se terminant par ce d\u00e9ni de toute esp\u00e9rance, &ndash; nous savons <strong>tous<\/strong> que nous sommes bris\u00e9s, mais il semble bien que nous n&rsquo;ayons plus la volont\u00e9 ni les moyens de nous gu\u00e9rir. &laquo;<em>We all know the nation is broken, but we may no longer have the will or the institutions to fix it.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, quand toutes les analyses ont \u00e9t\u00e9 faites, quand toutes les explications ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es, il ne reste plus que le constat de l&rsquo;\u00e9chec et la mesure de leur <em>t&aelig;dium vitae<\/em> post-moderniste. Gabler, qui ne peut manquer, comme par r\u00e9flexe, pour exprimer son propre d\u00e9go&ucirc;t, de se tourner vers la contre-r\u00e9f\u00e9rence universelle de l&rsquo;am\u00e9ricanisme qu&rsquo;est la France (&laquo;<em>On healthcare, for example, the press has yet to ask one simple and critical question: Why can France have vastly superior care at half the cost per person of ours?<\/em>&raquo;), Gabler en vient \u00e0 regretter les temps qu&rsquo;on dirait presque \u00ab\u00a0b\u00e9nis\u00a0\u00bb de la Grande D\u00e9pression. Les citoyens, au moins, avaient conscience de leur souffrance et de leurs maux, et l&rsquo;on pouvait ainsi esp\u00e9rer les \u00e9veiller de leur sommeil de mort, leur <em>t&aelig;dium vitae<\/em>, pour ressusciter le go&ucirc;t de la volont\u00e9 de vivre.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>&hellip;Rahm Emanuel, the president&rsquo;s chief of staff, has said that crisis creates opportunity, but he is only partly right. Crisis creates pain. It is the pain that creates the opportunity.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>The New Deal, that great spasm of political initiative, arose out of a national agony: 25 percent of Americans were unemployed, and with absolutely no safety net to catch them. There is plenty of agony now, but it is not as deep nor as wide, in part because of the programs of the New Deal, including unemployment insurance. President Roosevelt had the advantage of an angry citizenry who wanted him to do anything to rescue them. Obama has the disadvantage of a passive citizenry that, frankly, may never hurt enough to demand what might finally cure what ails them.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>Le <em>t&aelig;dium vitae<\/em> post-moderniste, c&rsquo;est la perte du sens sacr\u00e9 de la trag\u00e9die, r\u00e9sumant ainsi en lui restituant sa substance la question de l&rsquo;absence de sens qui est bien entendu le point central de notre crise de civilisation, ou de la fin de notre civilisation. Il y a longtemps qu&rsquo;existe ce sentiment de l&rsquo;absence de sens en Occident, tant d&rsquo;artistes et d&rsquo;\u00e9crivains, tant d&rsquo;historiens et de moralistes l&rsquo;ont exprim\u00e9 durant les deux derniers si\u00e8cles. Aujourd&rsquo;hui, nous l&rsquo;exp\u00e9rimentons <em>in vivo<\/em>, nous exp\u00e9rimentons la trag\u00e9die de l&rsquo;absence de sens fich\u00e9e dans le c&oelig;ur m\u00eame de notre psychologie. La plainte de Neal Gabler, qui a lui-m\u00eame contribu\u00e9 au montage g\u00e9n\u00e9ral en c\u00e9l\u00e9brant ce qu&rsquo;il nomme l'\u00a0\u00bbhollywoodisme\u00a0\u00bb, concerne l&rsquo;absence compl\u00e8te de conscience de la trag\u00e9die que nous vivons, qui caract\u00e9rise aujourd&rsquo;hui le citoyen d\u00e9mocratique de l&rsquo;occidentalisme, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment certes, de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Taedium vitae, USA 22 juillet 2009 &mdash; Qui ne conna&icirc;t l&rsquo;expression latine qui d\u00e9signa, dans les temps de basses eaux de l&rsquo;Empire, le \u00ab\u00a0d\u00e9go&ucirc;t de la vie\u00a0\u00bb qui s&#8217;empara de la plus grande ambition politique et culturelle que la terre ait port\u00e9e jusqu&rsquo;alors? 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