{"id":70954,"date":"2009-08-01T11:32:05","date_gmt":"2009-08-01T11:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/08\/01\/de-defensa-vous-salue-bien\/"},"modified":"2009-08-01T11:32:05","modified_gmt":"2009-08-01T11:32:05","slug":"de-defensa-vous-salue-bien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/08\/01\/de-defensa-vous-salue-bien\/","title":{"rendered":"<em>de defensa<\/em> vous salue bien"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Au revoir, bonjour<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>de defensa<\/em> vous salue bien? (Titre de premi\u00e8re page et ci-dessous)Nous parlons naturellement de la Lettre d&rsquo;Analyse, <em>de defensa<\/em> (titre complet : <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em>, ou <em>dd&#038;e<\/em>), dont le premier num\u00e9ro fut publi\u00e9 le 10 septembre 1985 et dont le dernier num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 10 juillet 2009. Nos lecteurs, sur ce site <em>dedefensa.org<\/em>, avaient \u00e9t\u00e9 avertis de l&rsquo;\u00e9volution, dans un <em>Message<\/em> le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-journal_de_bord_de_dedefensaorg_090415_a_tout_lecteur_tout_honneur_15_04_2009.html\" class=\"gen\">15 avril 2009<\/a>, de la fin de <em>dd&#038;e<\/em> (Lettre d&rsquo;Analyse, publication papier) mais aussi de son remplacement par <em>dde.crisis<\/em> qui sera accessible en ligne, sur ce m\u00eame site, \u00e0 partir du 10 septembre 2009, en m\u00eame temps qu&rsquo;aura lieu une refonte g\u00e9n\u00e9rale des conditions d&rsquo;acc\u00e8s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons pens\u00e9 qu&rsquo;il serait int\u00e9ressant de mettre en ligne la rubrique compl\u00e8te <em>de defensa<\/em> du num\u00e9ro du 10 juillet 2009, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9flexion sur le quart de si\u00e8cle,  \u00e0 quelques mois pr\u00e8s,  d&rsquo;\u00e9dition de <em>dd&#038;e<\/em>, r\u00e9flexions crois\u00e9es autant sur notre \u00e9volution que sur les \u00e9v\u00e9nements que nous e\u00fbmes \u00e0 commenter, avec la connexion entre ceci et cela. Nous croyons que les abonn\u00e9s de <em>dd&#038;e<\/em> nous pardonnerons cette mise \u00e0 le disposition gratuite d&rsquo;une partie importante de ce dernier num\u00e9ro publi\u00e9 de la Lettre. L&rsquo;aspect symbolique de cette d\u00e9marche ne leur \u00e9chappera pas. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien entendu, nous vous reparlerons souvent de cette \u00e9volution du mois de septembre, au long du mois d&rsquo;ao\u00fbt et, surtout, d\u00e8s les premiers jours de septembre.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">Pour saluer <em>de defensa<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tCela commence comme la tristesse d&rsquo;une aventure men\u00e9e \u00e0 son terme. A la veille de notre quart de si\u00e8cle d&rsquo;existence, <em>de defensa<\/em> dispara\u00eet. Mais vous vous doutez que c&rsquo;est un ph\u00e9nix. Cette r\u00e9flexion \u00e0 la fois nostalgique et ren\u00e9e sera aussi l&rsquo;occasion d&rsquo;exposer plus avant nos conceptions,  ce que fut <em>de defensa<\/em> et ce que sera <em>dde.crisis<\/em>,  et tout cela, sous l&rsquo;aile affectueuse de notre site, <em>dedefensa.org<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa lettre d&rsquo;information <em>de defensa<\/em>, plus tard devenue <em>de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie<\/em> (<em>dd&#038;e<\/em> ou <em>dde<\/em>) publia son num\u00e9ro z\u00e9ro le 10 juillet 1985 et son premier num\u00e9ro effectif le 10 septembre 1985. Plus tard, la lettre d&rsquo;information fut plut\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9e comme Lettre d&rsquo;Analyse (notez les majuscules), \u00e0 mesure de l&rsquo;\u00e9volution de la formule et, aussi et p\u00e9remptoirement, de l&rsquo;\u00e9volution des \u00e9v\u00e9nements n\u00e9cessitant de plus en plus un travail d&rsquo;analyse. A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1985, la situation \u00e9tait encore assez simple, quoique sur le point d&rsquo;entrer dans une phase r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQui est ce Gorbatchev?,  voil\u00e0 la question qui commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre chaudement d\u00e9battue, \u00e0 l&rsquo;automne 1985, surtout apr\u00e8s le sommet de Gen\u00e8ve (Gorbatchev-Reagan) o\u00f9 le r\u00e9formisme du Premier secr\u00e9taire du PC de l&rsquo;URSS commen\u00e7a \u00e0 appara\u00eetre en pleine lumi\u00e8re. Il y avait d\u00e9j\u00e0 des th\u00e9ories sur Gorbatchev, agent du KGB mis en place pour tromper l&rsquo;Ouest dans une fausse impression de s\u00e9curit\u00e9. (La chose perdure et la th\u00e8se continue \u00e0 \u00eatre entretenue dans les milieux qui vont bien, ex-transfuges sovi\u00e9tiques recycl\u00e9s neocons, anticommunistes recycl\u00e9s en anti-russes et anti-islamistes, etc.) C&rsquo;est peut-\u00eatre de ce temps-l\u00e0, si compl\u00e8tement gorbatch\u00e9vien, qu&rsquo;il faut dater le d\u00e9but du d\u00e9sarroi de l&rsquo;Ouest, avec le commencement de la fin de la bipolarit\u00e9 objective (vous \u00eates avec nous ou contre nous), celle qui ne souffrait gu\u00e8re de discussion ni d&rsquo;h\u00e9sitation. Amalric n&rsquo;avait donc pas eu tort, \u00e0 un an pr\u00e8s (Le Russe Andre\u00ef Amalric, auteur en 1971 d&rsquo;un fameux pamphlet: <em>L&rsquo;URSS survivra-t-elle jusqu&rsquo;en 1984?<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQui est ce Gorbatchev? Il est vrai que le Vieux, comme certains l&rsquo;appellent, mi-affection, mi-d\u00e9rision, nous a peut-\u00eatre r\u00e9pondu avec simplicit\u00e9, \u00e0 pr\u00e8s d&rsquo;un quart de si\u00e8cle de l\u00e0, le 7 juin 2009 dans le Washington <em>Post<\/em>,  un peu comme s&rsquo;il saluait <em>de defensa<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire le but et la mission que s&rsquo;est peu \u00e0 peu assign\u00e9s <em>de defensa<\/em>: \u00ab<em>It is true that the need for change in the Soviet Union in the mid-1980s was urgent. The country was stifled by a lack of freedom, and the people  particularly the educated class  wanted to break the stranglehold of a system that had been built under Stalin. Millions of people were saying: We can no longer live like this.<\/em>\u00bb &#8230; Il est vrai que ces mots ont plus que jamais leur place, aujourd&rsquo;hui, pour nous-m\u00eames: Nous ne pouvons plus continuer \u00e0 vivre comme \u00e7a.<\/p>\n<h3>&#8230; En attendant <em>dde.crisis<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230; Par cons\u00e9quent, <em>de defensa<\/em> est plus que jamais n\u00e9cessaire, et s&rsquo;il devient <em>dde.crisis<\/em>, quoi de plus naturel? Consid\u00e9r\u00e9e du point de vue de l&rsquo;\u00e9volution des affaires du monde, effectivement cette \u00e9volution dans l&rsquo;identification est logique, elle pourrait m\u00eame appara\u00eetre imp\u00e9rative \u00e0 la r\u00e9flexion. Cette r\u00e9flexion peut s&rsquo;amorcer en s&rsquo;attachant au langage,  d&rsquo;abord, tr\u00e8s simplement, \u00e0 partir de ce constat du passage du mot <em>defensa<\/em> au mot <em>crisis<\/em>, qui sont les mots latins pour d\u00e9fense et crise. Il n&rsquo;y avait pas, au d\u00e9part, dans ce changement que nous avons d\u00e9cid\u00e9, toute la r\u00e9flexion que nous allons d\u00e9velopper; nous sommes effectivement dans ce domaine de la magie du langage, o\u00f9 les mots eux-m\u00eames, avec leurs sens propres qui semblent pr\u00e9c\u00e9der et inspirer notre esprit, rendent compte de significations profondes et sollicitent d&rsquo;eux-m\u00eames la r\u00e9flexion. La langue fran\u00e7aise, comme son anc\u00eatre la langue latine, ont, pour cela, un g\u00e9nie particulier, ce qu&rsquo;on nomme le g\u00e9nie de la langue. Elles sont \u00e9videmment bien plus que des instruments de communication; elles sont inspiratrices de l&rsquo;esprit et, plus que d&rsquo;autres dans l&rsquo;entendement atrophi\u00e9 du monde moderne, portent le myst\u00e8re de l&rsquo;origine du langage par le fait m\u00eame qu&rsquo;elles portent une substance de la pens\u00e9e qui leur semble sp\u00e9cifique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe titre <em>dde.crisis<\/em> nous est apparu s&rsquo;imposer, une fois qu&rsquo;il nous f\u00fbt venu \u00e0 l&rsquo;esprit, effectivement comme si sa substance s&rsquo;imposait \u00e0 nous apr\u00e8s un choix qui semblait hasardeux au d\u00e9part, en m\u00eame temps qu&rsquo;il nous apparaissait n\u00e9cessaire de modifier notre approche langagi\u00e8re de la situation. Depuis le 11 septembre 2001, le mot de crise est devenu d&rsquo;un emploi universel pour d\u00e9signer d&rsquo;abord le fait lui-m\u00eame de l&rsquo;attaque; puis l&rsquo;esp\u00e8ce de strat\u00e9gie incantatoire, nettement de nature pathologique, qui en fut d\u00e9duite, de grande guerre contre la terreur (GWOT); puis, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les \u00e9v\u00e9nements qui se succ\u00e9d\u00e8rent durant les ann\u00e9es de la pr\u00e9sidence Bush. Le mot crise est devenu universel, structurel, fondamental, comme d\u00e9finition m\u00eame de notre situation, avec la crise financi\u00e8re \u00e9clatant le 15 septembre 2008, 9\/15 comme une r\u00e9plique de 9\/11 sept ans plus tard,  l&rsquo;Histoire a le sens des symboles. 9\/15 nous signifiait d\u00e9finitivement que 9\/11 n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 un accident ni un accident \u00e0-propos permettant l&rsquo;ouverture d&rsquo;une p\u00e9riode nouvelle \u00e0 nouveau ma\u00eetris\u00e9e par les USA (sorte de deuxi\u00e8me <em>American Century<\/em>, commenc\u00e9 par le biais d&rsquo;une attaque donnant l&rsquo;occasion d&rsquo;une riposte d\u00e9cisive pour la confirmation d\u00e9cisive de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie am\u00e9ricaniste sur le monde).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDe 9\/11 \u00e0 9\/15 s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e une structure nouvelle du monde, dont on mesure d\u00e9sormais que la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente, depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Gorbatchev au pouvoir, en pr\u00e9parait l&rsquo;encha\u00eenement avec une logique historique implacable. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il nous vint \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il fallait installer le mot crise dans une situation ferme, durable, en un mot une situation structurelle. Nous f\u00eemes appel \u00e0 la psychiatrie et chois\u00eemes l&rsquo;expression de structure crisique. Elle ne nous quittera plus.<\/p>\n<h3>Notre avant-guerre<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tSans doute, dans notre souvenir, le moment le plus exaltant, plus encore que la chute du Mur qui prit le monde dans la poigne d&rsquo;une surprise extraordinaire, fut-il la chute de Ceaucescu, en d\u00e9cembre 1989. Certes, cette r\u00e9volution est un amoncellement de d\u00e9sinformations, de montages et de faux-semblants; qu&rsquo;importe, elle se constitua comme un acte d\u00e9cisif, presque cathartique, avec la brutalit\u00e9 in\u00e9vitable qui sanctionnait un demi-si\u00e8cle de Guerre froide, qui pr\u00e9senta la chute de ce qu&rsquo;on appelait dans le langage cod\u00e9 du <em>politically correct<\/em> la B\u00eate immonde,  apr\u00e8s tout, mi-communiste, mi fasciste-parano, comme \u00e9tait le couple Ceaucescu. A partir de l\u00e0, l&rsquo;Ouest se prit \u00e0 croire \u00e0 la chose. L&rsquo;on commen\u00e7a \u00e0 citer, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 commenter, l&rsquo;article qu&rsquo;un fonctionnaire du d\u00e9partement d&rsquo;Etat, Francis Fukuyama, venait de publier apr\u00e8s une conf\u00e9rence donn\u00e9e en avril 1989, qui deviendrait un livre, dont le titre allait d\u00e9sormais rythmer nos esp\u00e9rances devenues certitudes: <em>The End of History<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a pas d&rsquo;histoire mieux \u00e9crite avant d&rsquo;exister que notre destin depuis 1985-1989, y compris la tromperie de croire que tout commence \u00e0 partir de ce que nous jugeons \u00eatre notre triomphe historique en 1989 (le Mur, les Ceaucescu), alors que tout s&rsquo;amorce d\u00e9cisivement en 1985, avec l&rsquo;avertissement que constitue pour nous-m\u00eames l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Mikha\u00efl Sergue\u00efevitch Gorbatchev. En effet, 1985-1989 ressemble finalement \u00e0 une sorte de pr\u00e9-synth\u00e8se en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de notre destin\u00e9e psychologique, telle qu&rsquo;elle va suivre, cette esp\u00e8ce de voyage au bout d&rsquo;une illusion, ou de voyage d&rsquo;une illusion \u00e0 une autre jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;illusion supr\u00eame&#8230; L\u00e0 aussi, l&rsquo;Histoire a le g\u00e9nie des similitudes de p\u00e9riodes, des s\u00e9quences si l&rsquo;on veut, puisqu&rsquo;elle nous offre, 19 ans plus tard, la r\u00e9plique comme dans un miroir de l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9 de la m\u00e8re de toutes les illusions (notre triomphe de l&rsquo;automne 1989), avec l&rsquo;effondrement terrible de cette illusion (le terrifiant automne de l&rsquo;ann\u00e9e 2008). D&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;il affirme lui-m\u00eame, Gorbatchev fut effray\u00e9 du sentiment qu&rsquo;il d\u00e9couvrit dans ces ann\u00e9es-l\u00e0, lorsque la perte de l&rsquo;URSS et l&rsquo;\u00e9vaporation du communisme furent consomm\u00e9es. Il l&rsquo;\u00e9crit encore aujourd&rsquo;hui, et nous dirions bien entendu: aujourd&rsquo;hui plus que jamais,  cela va de soi. Ainsi relie-t-il les deux p\u00e9riodes, dans le m\u00eame article d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Years ago, as the Cold War was coming to an end, I said to my fellow leaders around the globe: The world is on the cusp of great events, and in the face of new challenges all of us will have to change, you as well as we. For the most part, the reaction was polite but skeptical silence.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>In recent years, however, during speaking tours in the United States before university audiences and business groups, I have often told listeners that I feel Americans need their own change  a perestroika, not like the one in my country, but an American perestroika  and the reaction has been markedly different. Halls filled with thousands of people have responded with applause.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h4>La Guerre froide comme enjeu final de notre destin<\/h4>\n<p>Nous privil\u00e9gions toujours l&rsquo;\u00e9volution psychologique parce qu&rsquo;elle seule est capable de rendre compte de l&rsquo;amoncellement des perceptions les plus crues, les plus primaires, celles qui pr\u00e9c\u00e8dent le filtre de la raison et de l&rsquo;intuition; et les psychologies, ensuite, nous restituent ces acquis, blanchis comme l&rsquo;on dit du blanchiement de l&rsquo;argent, comme s&rsquo;ils venaient de nous-m\u00eames&#8230; Ce fut le cas pendant la Guerre froide. Sans aucun doute, l&rsquo;existence de l&rsquo;\u00e9quilibre de la Terreur (nucl\u00e9aire), avec son double apocalyptique de la destruction de l&rsquo;esp\u00e8ce en cas d&rsquo;affrontement nucl\u00e9aire, pesa-t-elle de tout son poids pour faire accepter \u00e0 nos consciences cet apport faussaire de nos psychologies infect\u00e9es par la rh\u00e9torique g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoi qu&rsquo;il en soit des arguments, des fondements et des tromperies de cette dialectique, il reste que la Guerre froide fut per\u00e7ue comme la domestication experte d&rsquo;une situation potentielle de fin de l&rsquo;esp\u00e8ce,  dans un premier volet; qu&rsquo;elle fut per\u00e7ue comme l&rsquo;exacerbation morale d&rsquo;une situation bien r\u00e9elle de menace des valeurs de la civilisation,  c&rsquo;est le second volet. De ce m\u00e9lange de tous les extr\u00eames possibles naquit la conviction latente que cet \u00e9trange conflit contenait de toutes les fa\u00e7ons tous les facteurs conduisant \u00e0 la fin de l&rsquo;Histoire, catastrophique peut-\u00eatre, eschatologique \u00e9ventuellement,  et contre ceci et cela, si les obstacles \u00e9taient surmont\u00e9s, ce serait la fin de l&rsquo;Histoire \u00e0 l&rsquo;inverse, conform\u00e9ment \u00e0 nos convictions, nos croyances, notre puissance. A aucun moment, du c\u00f4t\u00e9 occidental,  car c&rsquo;est bien de ce c\u00f4t\u00e9 que nous parlons,  nous ne v\u00eemes les structures syst\u00e9miques, bureaucratiques et technologiques en jeu, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre, autrement que comme des outils. Les Sovi\u00e9tiques, eux, comprirent peu \u00e0 peu, \u00e0 partir de la chute de Khrouchtchev, que le ph\u00e9nom\u00e8ne syst\u00e9mique \u00e9tait d\u00e9structurant et qu&rsquo;il constituait le v\u00e9ritable enjeu de la Guerre froide, comme il en \u00e9tait le ma\u00eetre et l&rsquo;inspirateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLorsque l&rsquo;URSS s&rsquo;\u00e9vapora, nous concl\u00fbmes au triomphe de notre conception du monde et \u00e0 la fin de l&rsquo;Histoire, donc au triomphe et \u00e0 la sanctification de notre syst\u00e8me. Gorbatchev, lui, savait qu&rsquo;avec la fin de l&rsquo;URSS, la moiti\u00e9 d&rsquo;une lourde t\u00e2che, et une toute petite moiti\u00e9 encore si l&rsquo;on mesure la vanit\u00e9 occidentale, \u00e9tait accomplie. Restait l&rsquo;autre, la plus importante. Il a fallu dix-neuf ans pour que nous comprenions que Gorbatchev avait raison. Ses actes parlaient pour lui. Ils nous disaient que la menace qui pesait sur le monde n&rsquo;avait rien, et n&rsquo;avait rien eu depuis que le syst\u00e8me avait commenc\u00e9 \u00e0 se former, \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, d&rsquo;id\u00e9ologique; que la d\u00e9finition de la menace syst\u00e9mique \u00e9tait r\u00e9sum\u00e9e par le mot d\u00e9structuration; qu&rsquo;elle \u00e9tait le fait du bureaucratisme, du technologisme, avec en flanc-garde, comme un vernis protecteur des consciences, ou un anesth\u00e9siant c&rsquo;est selon, le moralisme (droits de l&rsquo;homme, d\u00e9mocratie) qui, aujourd&rsquo;hui, a r\u00e9duit le g\u00e9nie de la politique \u00e9trang\u00e8re de l&rsquo;ancien r\u00e9gime \u00e0 une bouillie pour les chats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi commen\u00e7a et eut lieu notre avant-guerre, comme si c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, et m\u00eame l&rsquo;apr\u00e8s-derni\u00e8re guerre, la der des ders. Apr\u00e8s la Guerre froide fut proclam\u00e9e la fin de l&rsquo;Histoire. Tout commen\u00e7ait. <\/p>\n<h3>Le diable hors de sa bouteille<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, c&rsquo;est ce que nous nommons la communication,  m\u00e9lange de technologies, de techniques dialectiques, d&rsquo;information et de diffusion de l&rsquo;information,  qui a eu la peau du communisme. Gorbatchev comprit tr\u00e8s bien l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la chose puisque le premier fondement de sa r\u00e9forme concerne la communication,  sa fameuse <em>glasnost<\/em>. Auparavant, lors des Jeux Olympiques de Moscou de 1984 (un an avant l&rsquo;arriv\u00e9e de Gorbatchev), le KGB, affol\u00e9, avait mobilis\u00e9 toutes ses forces pour tenter de contenir le plus qu&rsquo;il \u00e9tait possible les premiers instruments de communication individuelle de technologies avanc\u00e9es et hors du contr\u00f4le des grands r\u00e9seaux officiels. (Les fax \u00e9taient alors les premiers syst\u00e8mes de duplication et de diffusion qu&rsquo;on commen\u00e7ait \u00e0 acqu\u00e9rir individuellement. Le KGB \u00e9tait terroris\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;usage que la dissidence pouvait en faire, avec la concentration de journalistes \u00e0 Moscou pour les JO. Ce fut donc une razzia sur les fax, dont l&rsquo;efficacit\u00e9 resta al\u00e9atoire. Les JO de Moscou furent la v\u00e9ritable ouverture de l&rsquo;\u00e8re gorbatch\u00e9vienne pour l&rsquo;aspect de la communication.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe ph\u00e9nom\u00e8ne de la communication est un Janus \u00e0 multiples visages. C&rsquo;est lui qui a sans doute port\u00e9 le coup le plus rude \u00e0 l&rsquo;URSS, entre les tendances mises en \u00e9vidence aux JO et, surtout, et l\u00e0 de fa\u00e7on involontairement volontaire si vous voulez (Gorbatchev esp\u00e9rant un autre r\u00e9sultat de cette publicit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9), avec la <em>glasnost<\/em>. Les Occidentaux s&rsquo;y tromp\u00e8rent compl\u00e8tement, eux qui crurent, selon les fables des reaganiens et des n\u00e9o-conservateurs d\u00e9j\u00e0 au travail, que c&rsquo;\u00e9tait la course aux armements impos\u00e9e par les USA dans les ann\u00e9es 1980 qui avait achev\u00e9 l&rsquo;URSS. (Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;interpr\u00e9tation plus sotte que celle-l\u00e0, pourtant colport\u00e9e par tous nos experts; et aussi, juste retour des choses, plus trompeuse pour les Occidentaux eux-m\u00eames qui s&rsquo;enfonc\u00e8rent ainsi d\u00e9finitivement dans la mystique de l&rsquo;armement.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa communication, en effet, poursuivit ses ravages une fois l&rsquo;URSS abattue en r\u00e9pandant la fable de la fin de l&rsquo;Histoire et du triomphe occidental et am\u00e9ricaniste. Elle alimenta au-del\u00e0 de tout ce qu&rsquo;on n&rsquo;aurait jamais pu croire possible l&rsquo;invention des caract\u00e8res irr\u00e9sistibles, irr\u00e9versibles et suprahistoriques de la sup\u00e9riorit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique des USA, baptis\u00e9s ensuite <em>hyperpower<\/em>. Puisque c&rsquo;\u00e9tait la fin de l&rsquo;Histoire, les USA se crurent <em>beyond history<\/em>, selon la r\u00e9ponse fameuse (combien de fois l&rsquo;avons-nous cit\u00e9e&#8230;) du crois\u00e9 du march\u00e9 libre Alan Greenspan faite devant le Congr\u00e8s le 10 juin 1998: \u00ab<em>La situation ne correspond pas \u00e0 ce que l&rsquo;\u00e9volution historique nous conduisait \u00e0 attendre \u00e0 ce point de l&rsquo;expansion \u00e9conomique et, quoiqu&rsquo;il soit possible, en un sens, que<\/em> [notre \u00e9conomie] <em>ait d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;histoire, nous devons \u00e9galement rester vigilants au fait que des relations historiques moins favorables puissent s&rsquo;imposer \u00e0 nous.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;histoire (<em>beyond history<\/em>)? Ce que Greenspan disait pour l&rsquo;\u00e9conomie pouvait \u00eatre repris pour les USA en g\u00e9n\u00e9ral. Ils y croyaient dur comme fer, ces hommes brillants.<\/p>\n<h3>S&rsquo;en servir ou pas<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCeux qui virent dans la communication en plein d\u00e9veloppement le premier ph\u00e9nom\u00e8ne technologique, id\u00e9ologique et dialectique de notre temps historique, s&rsquo;imagin\u00e8rent que c&rsquo;\u00e9tait pour les canaux officiels que cet avantage  s&rsquo;installait, et qu&rsquo;il serait d\u00e9cisif. Ils se tromp\u00e8rent du tout au tout. Nous-m\u00eames, dans notre m\u00e9tier de journaliste qui fut absolument r\u00e9volutionn\u00e9 durant ce quart de si\u00e8cle,  le journaliste soudain plac\u00e9 devant la disposition de moyens exceptionnels et devant aussit\u00f4t choisir entre devenir un appoint\u00e9 du syst\u00e8me en n&rsquo;en usant pas, ou un chroniqueur absolument ind\u00e9pendant en en usant compl\u00e8tement,  nous-m\u00eames p\u00fbmes constater ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Nous f\u00fbmes de ceux qui choisirent la voie du chroniqueur ind\u00e9pendant dont la fonction se rapproche d\u00e9sormais de l&rsquo;historien visionnaire puisque l&rsquo;histoire a \u00e9t\u00e9 annex\u00e9e par les censeurs du scientisme id\u00e9ologique asservi par le syst\u00e8me. En 25 ans, nous avons donc pu voir notre m\u00e9tier compl\u00e8tement modifi\u00e9: d&rsquo;une position d\u00e9pendante des sources officielles avec les conditions al\u00e9atoires qu&rsquo;on imagine, nous sommes pass\u00e9s \u00e0 une position de <strong>concurrence<\/strong> des versions officielles dispens\u00e9es par le syst\u00e8me et ses appoint\u00e9s, avec des connexions diverses selon les individus et les milieux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe point plus personnel, qui concerne <em>de defensa<\/em> et, bien plus encore, demain, <em>dde.crisis<\/em>, nous conduit aussi bien \u00e0 constater les deux ph\u00e9nom\u00e8nes centraux qui se d\u00e9velopp\u00e8rent dans les ann\u00e9es 1990 et s&rsquo;\u00e9tablirent d&rsquo;une fa\u00e7on absolument r\u00e9volutionnaire depuis 9\/11:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La tentation et la tentative de ce que nous baptis\u00e2mes, dans nos chroniques, du n\u00e9ologisme de virtualisme (l&#8217;emploi du suffixe isme indiquant notre intention de repr\u00e9senter la chose comme une v\u00e9ritable id\u00e9ologie). Il s&rsquo;agit de la mise en oeuvre technologique et psychologique par le pouvoir dominant d&rsquo;une tendance humaine aussi vieille que l&rsquo;all\u00e9gorie de la caverne, dans <em>La R\u00e9publique<\/em> de Platon. Cette repr\u00e9sentation d&rsquo;un monde illusoire est devenue une entreprise structur\u00e9e de reconstruction du monde gr\u00e2ce \u00e0 la puissance des technologies de communication, touchant les psychologies jusqu&rsquo;\u00e0 les convertir \u00e0 cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9,  y compris la psychologie de ceux qui lanc\u00e8rent l&rsquo;entreprise. La grande innovation fut la pr\u00e9sentation explicite de la tentative pour ce qu&rsquo;elle \u00e9tait (\u00ab<em>We&rsquo;re an empire now, and when we act, we create our own reality<\/em>\u00bb, disait \u00e0 Ron Suskind, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2002, un officiel de la Maison-Blanche). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La compl\u00e8te relativisation de l&rsquo;information, avec la fin de la r\u00e9f\u00e9rence objective (auparavant repr\u00e9sent\u00e9e, qu&rsquo;on le veuille ou non par la communication officielle) et la communication se transformant en un affrontement de subjectivit\u00e9s objectives. Ce point, \u00e9videmment favoris\u00e9 par le virtualisme pour ceux qui l&rsquo;identifi\u00e8rent et le d\u00e9nonc\u00e8rent, implique la perte totale de r\u00e9f\u00e9rences stables dans l&rsquo;information. Il est si important pour nous dont l&rsquo;entreprise se fait avec l&rsquo;information et la communication, qu&rsquo;il m\u00e9rite toute notre attention et un d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h4>L&rsquo;information n&rsquo;est plus un combat, elle est un choix<\/h4>\n<p>Au sortir de la premi\u00e8re phase de la guerre d&rsquo;Afghanistan, qui vit, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;op\u00e9rations diverses, des affirmations et professions de foi sans nuances comme celles de Rumsfeld observant que la dissimulation et la transformation de la r\u00e9alit\u00e9 dans l&rsquo;information officielle seraient utilis\u00e9es comme autant d&rsquo;armes dont on attendait effectivement qu&rsquo;elles modifiassent la r\u00e9alit\u00e9, nous \u00e9crivions le 10 janvier 2002 (notre rubrique <em>Contexte<\/em>): \u00ab<em>Nous sommes, nous, les analystes et les commentateurs, plus que jamais plac\u00e9s devant une t\u00e2che d&rsquo;enqu\u00eateur. Notre enqu\u00eate ne se d\u00e9roule plus pour trouver les faits, mais pour distinguer, parmi les faits par multitudes incroyables qui nous sont offerts, et parmi lesquels, par multitudes \u00e9galement significatives, sont gliss\u00e9s des faits fabriqu\u00e9s, d\u00e9form\u00e9s et ainsi de suite, ceux qui valent d&rsquo;\u00eatre retenus et ceux qui doivent \u00eatre \u00e9cart\u00e9s.<\/em>\u00bb <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis, nous n&rsquo;avons pu qu&rsquo;approfondir encore cette affirmation, l&rsquo;\u00e9largir \u00e0 des niveaux beaucoup plus ambitieux, \u00e0 mesure que les pratiques d\u00e9nonc\u00e9es se poursuivaient et se multipliaient. Nous avons observ\u00e9, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 partir du tournant d\u00e9cisif qui va de la guerre du Kosovo \u00e0 la premi\u00e8re phase de la guerre d&rsquo;Afghanistan, la marche d&rsquo;une virtualisation de la r\u00e9alit\u00e9; et cette r\u00e9alit\u00e9 ainsi reform\u00e9e effectivement appr\u00e9ci\u00e9e dans le cadre du concept de virtualisme; c&rsquo;est-\u00e0-dire, prise au bout du compte pour r\u00e9elle par ceux qui la cr\u00e9ent. Le proc\u00e9d\u00e9 est devenu g\u00e9n\u00e9ral et s&rsquo;est \u00e9largi sur l&rsquo;espace et sur le temps. Toutes les fonctions ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation est devenue chaotique; non pas un c\u00f4t\u00e9 contre l&rsquo;autre, disons le bon ind\u00e9pendant contre le m\u00e9chant officiel qui fait sa propagande, mais bien un tourbillon o\u00f9 aucune v\u00e9rit\u00e9 ne peut plus se fixer. Ce tourbillon affecte les autorit\u00e9s elles-m\u00eames, et leur recours \u00e0 la langue de bois, parfois jusqu&rsquo;au ridicule, est beaucoup moins un acte de propagande qu&rsquo;un acte de prudence, une sorte de plus petit commun d\u00e9nominateur de la langue de bois auquel on s&rsquo;accroche pour surnager (le bois flotte&#8230;), sans souci ni de la coh\u00e9rence, ni de la logique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;information, insensiblement, n&rsquo;a plus \u00e9t\u00e9 un combat. Nous disposons de toutes les informations possibles, et jusqu&rsquo;aux plus tronqu\u00e9es, jusqu&rsquo;aux plus d\u00e9form\u00e9es, qui le sont si \u00e9videmment qu&rsquo;elles servent d&rsquo;informations pr\u00e9cieuses par leur signification des intentions transparentes de leurs auteurs. L&rsquo;information n&rsquo;est plus un combat, elle est devenue un choix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa subjectivisation du monde que nous voyons chaque jour est devenue totale. La r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est plus alors le r\u00e9sultat de la d\u00e9couverte des informations r\u00e9elles, mais le choix des informations qui s&rsquo;accordent \u00e0 une coh\u00e9rence du monde qu&rsquo;on a choisie de servir. Ainsi avons-nous d\u00e9couvert que le journaliste n&rsquo;existe plus en tant que tel; il est devenu chroniqueur et, bient\u00f4t, v\u00e9ritablement historien; non plus historien de l&rsquo;instant comme on le d\u00e9finit faussement mais concepteur imm\u00e9diat de l&rsquo;histoire dont il voit chaque jour une portion se faire devant lui. La subjectivisation du r\u00e9el imm\u00e9diat n&rsquo;a pas tu\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9; elle a impos\u00e9 une nouvelle approche m\u00e9thodologique du monde. C&rsquo;est notre observation la plus importante au bout d&rsquo;un quart de si\u00e8cle de travail, pour asseoir notre conviction.<\/p>\n<h3>De l&rsquo;histoire \u00e0 l&rsquo;Histoire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDu combat au choix, disons-nous&#8230; Aujourd&rsquo;hui, il importe de choisir les faits qui importent, parmi la multitude qui s&rsquo;offre \u00e0 nous, de les habiller aussit\u00f4t d&rsquo;une signification historique n\u00e9cessaire, et d&rsquo;ainsi assigner \u00e0 chaque jour qui passe sa place dans l&rsquo;histoire courante. Cette m\u00e9tamorphose se fait \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une vision n\u00e9cessairement tremp\u00e9e dans le pass\u00e9, \u00e9clair\u00e9e par lui, nourrie et bient\u00f4t transcend\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette op\u00e9ration ne peut se faire qu&rsquo;en acceptant une structuration des \u00e9v\u00e9nements selon une vision historique fondamentale, qui ressortirait de ce que nous nommerions la grande histoire, ou l&rsquo;Histoire majuscul\u00e9e pour la diff\u00e9rencier du reste. Si nous ne choisissons pas un tel outil, qui a enfin la vertu d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la mesure de la puissance que nous devinons dans les \u00e9v\u00e9nements, nous ne comprenons litt\u00e9ralement plus rien; nous nous enfon\u00e7ons dans le marais de l&rsquo;amoncellements des faits et contre-faits, v\u00e9rit\u00e9s et contre-v\u00e9rit\u00e9s, et finalement des r\u00e9alit\u00e9s sans nombre que le syst\u00e8me permet de dispenser; nous nous perdons dans le d\u00e9dale des connaissances et nous ab\u00eemons dans le chaos intellectuel qu&rsquo;est devenue la modernit\u00e9 dans sa phase finale,  dite postmoderne, car on cultive le clin d&rsquo;oeil.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela suppose une rupture compl\u00e8te des m\u00e9thodes historiques courantes, qui n&rsquo;ont cess\u00e9 de se r\u00e9duire \u00e0 des tendances soi-disant factuelles de plus en plus techniques, permettant effectivement de r\u00e9duire l&rsquo;Histoire \u00e0 une histoire des artefacts techniques, laissant l&rsquo;interpr\u00e9tation libre pour pouvoir s&rsquo;exprimer dans le champ de la seule morale,  laquelle sera n\u00e9cessairement humanitaire encore plus qu&rsquo;humaniste et aura pour fonction de justifier toutes les grandes tendances de la politique officielle et conformiste actuelle. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;Histoire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e, caviard\u00e9e, \u00e9mascul\u00e9e, permet aujourd&rsquo;hui de justifier une diplomatie r\u00e9duite au bin\u00f4me droits de l&rsquo;homme-d\u00e9mocratie et, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, toute la philosophie lib\u00e9rale et lib\u00e9rale-interventionniste qui a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement mise au service de la dynamique d\u00e9structurante et globalisante de la mystique \u00e9conomique. Ces proc\u00e9d\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ent\u00e9rin\u00e9s par l&rsquo;<em>establishment<\/em> universitaire, qui renforce cette entreprise de d\u00e9structuration de l&rsquo;Histoire, en la maquillant en science historique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAjout\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution de la communication et \u00e0 la compl\u00e8te subjectivisation de l&rsquo;information, ce ph\u00e9nom\u00e8ne autorise effectivement la recherche de nouvelles m\u00e9thodologies historiques pour comprendre l&rsquo;\u00e9poque que nous vivons, et la puissance de sa structure crisique. Il donne au chroniqueur les instruments pour transcrire imm\u00e9diatement les \u00e9v\u00e9nements en appr\u00e9ciations historiques solides, sans se soucier des politiques officielles et des commentateurs du syst\u00e8me, au contraire en s&rsquo;en gardant et en les prenant \u00e0 la limite comme r\u00e9f\u00e9rences n\u00e9gatives, ou comme contrepoints divertissants. Les commentateurs ind\u00e9pendants conscients de ce ph\u00e9nom\u00e8ne se trouvent au coeur du syst\u00e8me, avec pour mission de se saisir des instruments du syst\u00e8me pour les retourner contre lui.<\/p>\n<h3>La raison de la m\u00e9thode<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&rsquo;y a aucune ambition intellectuelle pure dans cette m\u00e9thode que nous d\u00e9crivons, m\u00eame si le r\u00e9sultat \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme m\u00e9ritant d&rsquo;avoir eu \u00e0 son origine une telle ambition. Nous n&rsquo;avons fait que suivre la voie de la survivance, comme le font les divers r\u00e9seaux ind\u00e9pendants, dissidents, etc., qui se d\u00e9veloppent depuis les 10-15 derni\u00e8res ann\u00e9es. La civilisation, notre civilisation o\u00f9 elle en est arriv\u00e9e, est confront\u00e9e au vide complet, non pas du pouvoir mais des \u00e9lites qui, normalement, engendrent, entourent et renforcent le pouvoir, et \u00e9ventuellement le critiquent sans jamais le vider de sa substance. Il s&rsquo;en est suivi un ph\u00e9nom\u00e8ne surprenant. Alors que les pr\u00e9visionnistes, qui s&rsquo;inqui\u00e8tent \u00e9ventuellement des crises de survivance, des crises des maux du surd\u00e9veloppement ou du d\u00e9veloppement perverti, craignent le chaos des populations devenues incontr\u00f4lables et sans amarres, c&rsquo;est au sommet que s&rsquo;est install\u00e9 ce chaos. S&rsquo;il a une autre forme, il n&rsquo;en est pas moins d\u00e9structur\u00e9 et, surtout, ses effets pervers sont beaucoup plus graves. C&rsquo;est un chaos d\u00e9structurant qui s&rsquo;exerce par le haut.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ces conditions, la seule d\u00e9fense efficace, dans l&rsquo;\u00e9poque de la communication, notre voie de la survivance c&rsquo;est d&rsquo;opposer le compte-rendu, la description et la compr\u00e9hension les plus larges possibles de la situation, avec le cadre historique qui convient, pour opposer l&rsquo;arme de la structuration \u00e0 l&rsquo;attaque nihiliste. On ne peut le faire qu&rsquo;en utilisant les moyens de la communication de ces nouvelles fa\u00e7ons que nous avons d\u00e9crites, et on ne peut faire cela efficacement qu&rsquo;en s&rsquo;affirmant historien pour porter une condamnation contre ce chaos, qui confronte nos \u00e9lites \u00e0 l&rsquo;Histoire en les pla\u00e7ant face \u00e0 leur nihilisme. Il n&rsquo;y a aucune efficacit\u00e9 dans le fait de prendre un homme politique sur le fait d&rsquo;un acte de corruption; il est d\u00e9vastateur de le d\u00e9signer comme un homme politique anhistorique, participant \u00e0 une entreprise de d\u00e9structuration d&rsquo;une civilisation qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une logique nihiliste et entropique. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus encore, cette d\u00e9fense, qui se manifeste le plus souvent sous la forme d&rsquo;une offensive dialectique, est effectivement un acte vital (voie de la survivance) dans la mesure o\u00f9 elle permet \u00e0 celui qui la pratique de structurer sa position pour s&rsquo;y adosser, donc de sauvegarder sa propre identit\u00e9. Non seulement il se pose en critique radical des forces d\u00e9structurantes mais il offre lui-m\u00eame des structures en formation qui peuvent servir \u00e0 d&rsquo;autres. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une insurrection de l&rsquo;esprit et d&rsquo;une r\u00e9sistance de la plume, dans une bataille qui est effectivement devenue celle de la perception et de l&rsquo;entendement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une \u00e9vidence dans cet engagement, qui r\u00e9pond \u00e0 une force sup\u00e9rieure; s&rsquo;il y a un choix pour d\u00e9terminer les informations qui touchent \u00e0 l&rsquo;essence de la trag\u00e9die du monde, il n&rsquo;y a pas vraiment de choix pour cet engagement. Une fois les conditions assur\u00e9es, il n&rsquo;y a d&rsquo;autre choix que de s&rsquo;engager dans cette bataille. Puisque l&rsquo;\u00e9poque est maistrienne, les r\u00e9sistants le sont \u00e9galement; mais eux, au moins, le savent.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<h2 class=\"common-article\">De 9\/11 \u00e0 9\/15<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons v\u00e9cu un moment historique de sortil\u00e8ge. Ce fut l&rsquo;attaque du 11 septembre 2001 (9\/11). Il y eut un montage virtualiste spontan\u00e9 autour de cet \u00e9v\u00e9nement, qui l&rsquo;\u00e9leva \u00e0 la hauteur du sacr\u00e9,  mais, aussit\u00f4t compris, ce sacr\u00e9 ne pouvant \u00eatre que de pacotille puisque institu\u00e9 par le virtualisme. C&rsquo;est l\u00e0, sans aucun doute, qu&rsquo;il y eut complot,  complot universel, tentative o\u00f9 s&rsquo;imposa une complicit\u00e9 globalis\u00e9e en un sens, de sauvetage de la modernit\u00e9. L&rsquo;agression ext\u00e9rieure si indescriptible par son ampleur absolument fabriqu\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la dimension de la m\u00e9taphysique, nous sugg\u00e9rait d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9sistible que l&rsquo;attaque nous avait tous bless\u00e9s, qu&rsquo;elle \u00e9tait l&rsquo;Holocauste parfait apr\u00e8s quoi rien ne serait plus comme avant. 9\/11, c&rsquo;est comme cette affiche o\u00f9 Oncle Sam, l&rsquo;oeil s\u00e9v\u00e8re, pointe un doigt vers vous en vous disant: <em>Big Brother<\/em> (oups, pardon, <em>Uncle Sam)  Needs You<\/em>. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLaissons de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement tel qu&rsquo;en lui-m\u00eame; consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tant de trag\u00e9dies historiques, il ne tient qu&rsquo;une place mineure. C&rsquo;est la marque et la mesure du d\u00e9sarroi psychologique profond d&rsquo;une \u00e9poque pressentant sa chute de l&rsquo;avoir sacralis\u00e9 comme il le fut. Il s&rsquo;ensuivit que 9\/11 ouvrit une guerre de religion, elle aussi \u00e0 la mesure de l&rsquo;\u00e9poque et mesure de son \u00e9poque; guerre de religion de pacotille, sans r\u00e9el fondement, mais qui participa au sortil\u00e8ge dont nous parlons. Apr\u00e8s 9\/11, il y eut deux types de croyants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Ceux qui crurent \u00e0 l&rsquo;attaque sacralis\u00e9e, telle qu&rsquo;en elle-m\u00eame, cette agression des t\u00e9n\u00e8bres ext\u00e9rieures contre la modernit\u00e9 devenue sacralisation pure. Tous les r\u00e9seaux officiels, et surtout la presse officielle, type-<em>Pravda<\/em>, y particip\u00e8rent. On retrouva des traces grotesques de ce montage lors de la comm\u00e9moration du 11 septembre 2008, quatre jours avant 9\/15, lorsque des journalistes vous disaient, sur antenne (ce fut notre cas), comme s&rsquo;ils visitaient un h\u00f4pital psychiatrique: Mais c&rsquo;est incroyable, vous dites qu&rsquo;il existe des gens qui osent mettre en cause la v\u00e9rit\u00e9 sur cette attaque? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Ceux qui d\u00e9termin\u00e8rent qu&rsquo;il s&rsquo;agissait du Complot Absolu, pr\u00e9par\u00e9 depuis l&rsquo;origine des temps am\u00e9ricanistes et manipul\u00e9 par tous les rouages de la machine du syst\u00e8me, et qui vous d\u00e9noncent aussit\u00f4t comme un agent du Diable si vous ne souscrivez pas en tous points \u00e0 une sorte de version officielle du montage universel. Ceux-l\u00e0 montrent une intol\u00e9rance \u00e9gale aux pr\u00e9c\u00e9dents, m\u00eame s&rsquo;ils ont les circonstances att\u00e9nuantes de la r\u00e9action contre un syst\u00e8me oppressif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Bien entendu, il y eut des complots divers et vari\u00e9s autour de 9\/11, si bien qu&rsquo;il n&rsquo;existe aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;une seule certitude: la version officielle sortie de l&rsquo;enqu\u00eate officielle est fausse. Le reste n&rsquo;est qu&rsquo;incertitudes diverses et virtualistes.)<\/p>\n<h4>Du bel usage de l&rsquo;explosion de la bulle financi\u00e8re<\/h4>\n<p>Entre 9\/11 (11 septembre 2001) et 9\/15 (15 septembre 2008), ce fut une longue bataille, non pour la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement mais pour la lib\u00e9ration de la psychologie. 9\/11 cr\u00e9a une bulle psychologique dans laquelle se r\u00e9fugia la modernit\u00e9, comme l&rsquo;on s&rsquo;enferme dans une forteresse assi\u00e9g\u00e9e. Le virtualisme \u00e9tait le rempart h\u00e2tivement dress\u00e9 pour d\u00e9fendre la modernit\u00e9 contre l&rsquo;agression de la r\u00e9alit\u00e9 du monde. Cela explique combien la haine lib\u00e9rale si souvent exprim\u00e9e contre l&rsquo;administration Bush, qui semblait d\u00e9former par ses pratiques barbares et mercantiles la beaut\u00e9 presque classique de notre <em>American Dream<\/em>, fut marqu\u00e9e d&rsquo;une si profonde ambigu\u00eft\u00e9. Nous posions \u00e0 la victime (de l&rsquo;obscurantisme bushiste) tout en lui apportant notre complicit\u00e9 sans r\u00e9serve (contre l&rsquo;obscurantisme de la r\u00e9alit\u00e9). Le r\u00e9sultat ne fut pas le chaos,  sinon la confirmation du chaos qu&rsquo;on a \u00e9voqu\u00e9, qui caract\u00e9rise toutes les \u00e9lites occidentalistes,   mais le constat de l&rsquo;extraordinaire m\u00e9diocrit\u00e9 de cette \u00e9poque sacralis\u00e9e une fois qu&rsquo;eut \u00e9clat\u00e9 la bulle psychologique (9\/11).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est en effet une des plus grandes vertus de l&rsquo;effondrement de Lehman Brothers et de sa faillite du 15 septembre 2008, que d&rsquo;avoir crev\u00e9 la bulle,  l&rsquo;autre certes. On se dit qu&rsquo;il dut y avoir une erreur de programmation infime dans la grande machinerie de l&rsquo;Histoire, qui recula de quatre jours la faillite. Le complot, en effet, nous dit que Lehman Brothers aurait d\u00fb tomber en faillite le 11 septembre 2008, sous les coups de l&rsquo;agression ext\u00e9rieure (la r\u00e9alit\u00e9), d\u00e9clenchant l&rsquo;effondrement du ch\u00e2teau de cartes. La forteresse assi\u00e9g\u00e9e \u00e9difi\u00e9e aux jours de 9\/11 disparut soudain de l&rsquo;agenda de la <em>nomenklatura<\/em> de la modernit\u00e9 occidentaliste. Depuis lors, depuis 9\/15, nous sommes entr\u00e9s dans la voie classique du Calvaire. Les tentatives futiles des ouvriers du syst\u00e8me pour r\u00e9parer la chose, avec mention pour les <em>green shoots<\/em> du pr\u00e9sident de la Federal Reserve, ne font que mieux d\u00e9crire les tourments du monde de la modernit\u00e9 plong\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 de son effondrement. Le Wall Street <em>Journal<\/em> \u00e9crit le 2 juillet 2009, apr\u00e8s la publication des chiffres du ch\u00f4mage US pour le mois de juin: \u00ab<em>This figure is] above a discontinued and even broader measure that hit 15 percent in late 1982, when the official unemployment rate was 10.8 percent.<\/em> [] <em>comparisons to the Great Depression (when 25 percent of Americans were out of work) may not look so wild, even if overall economic activity is holding up better<\/em>.\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s cette guerre \u00e9puisante contre la r\u00e9alit\u00e9 que fut l&rsquo;\u00e9poque 9\/11, nous relevons du sortil\u00e8ge comme l&rsquo;on sort d&rsquo;une longue maladie. Notre psychologie est \u00e9puis\u00e9e et la pens\u00e9e, disons la pens\u00e9e officielle, tourbillonne, d\u00e9sorient\u00e9e, incr\u00e9dule, comme une mouche qui se heurte \u00e0 la vitre. La vision du paysage des ruines de nos illusions, et de cette \u00e9trange occurrence de l&rsquo;entra\u00eenement qu&rsquo;implique l&rsquo;effondrement de ces ruines, en cours actuellement, provoque \u00e0 la fois vertige et incompr\u00e9hension. Pourtant, la chose est simple. Notre seule surprise devrait \u00eatre devant la rapidit\u00e9 du processus, car l&rsquo;encha\u00eenement des crises en cours, avec l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration irr\u00e9sistible de 9\/15, est certainement le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus fascinant de cette fin de civilisation. Les comploteurs de 9\/11, s&rsquo;ils avaient tout pr\u00e9vu, n&rsquo;avaient pas pr\u00e9vu le rythme de la chose.<\/p>\n<h3>La source des choses<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPeu apr\u00e8s la Grande Guerre, Thomas Mann, alors ardent nationaliste et furieux autant que catastroph\u00e9 de cette d\u00e9faite qu&rsquo;il jugeait injuste, nous instruit de l&rsquo;esprit de l&rsquo;Allemand au lendemain du 11 novembre 1918. Il d\u00e9crit dans une lettre \u00e0 Jacques Rivi\u00e8re une sorte de coma psychologique: l&rsquo;Allemand \u00e9tait \u00abmou comme un nouveau-n\u00e9\u00bb. Le mot est remarquable. Pour un peu, on dirait qu&rsquo;il dit tout. A c\u00f4t\u00e9 du drame humain v\u00e9ritable et qu&rsquo;on ne peut songer \u00e0 r\u00e9duire, on dirait que l&rsquo;Allemagne, litt\u00e9ralement, est une victime \u00e0 100%, agress\u00e9e, humili\u00e9e, abaiss\u00e9e, press\u00e9e jusqu&rsquo;au sang et vid\u00e9e de toute son \u00e9nergie, comme l&rsquo;innocence salie par la vulgarit\u00e9 et la bassesse de la force. C&rsquo;est un peu dans cet \u00e9tat que se trouve notre psychologie, aujourd&rsquo;hui, apr\u00e8s la longue guerre 9\/11.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t9\/11 a d\u00e9clench\u00e9 une sorte d&rsquo;hyst\u00e9rie d&rsquo;agression, ou plut\u00f4t d&rsquo;agressivit\u00e9,  mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui serait n\u00e9cessairement d\u00e9crit par nos esprits forts des salons comme une agressivit\u00e9 cr\u00e9ative bien entendu (le chaos cr\u00e9ateur des neocons). Effectivement, la chose a une belle parent\u00e9 avec l&rsquo;ivresse de la brutalit\u00e9 guerri\u00e8re caract\u00e9risant le comportement allemand \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e en guerre en 1914. (Hindenburg nous parlera plus tard de son extase psychologique devant la beaut\u00e9 des tirs d&rsquo;artillerie, au cr\u00e9puscule ou bien \u00e0 l&rsquo;aube des offensives.) Dans <em>Le sacre du printemps<\/em> (1989), Modris Eksteins avait excellemment montr\u00e9 combien cette sorte de d\u00e9cha\u00eenement dans la guerre, pr\u00e9jugeant une sorte de recr\u00e9ation civilisatrice, s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9e par l&rsquo;activisme quasiment postmoderne de l&rsquo;Allemagne willhemienne de l&rsquo;imm\u00e9diat avant-guerre, notamment au niveau de l&rsquo;avant-gardisme artistique (l&rsquo;oeuvre de Stravinski est un des \u00e9tendards de la p\u00e9riode). Eksteins faisait effectivement de l&rsquo;esp\u00e8ce de fascination pour la guerre des Allemands entrant dans la Grande Guerre un avatar fondamental du d\u00e9cha\u00eenement postmoderne dans cette Allemagne qui m\u00e9langeait curieusement,  ou d&rsquo;une fa\u00e7on r\u00e9v\u00e9latrice dirait-on au contraire,  le conservatisme guerrier des <em>junckers<\/em> prussiens et l&rsquo;ultra-progressisme des artistes berlinois. Bien entendu, notre analogie concerne, pour notre propos actuel, l&rsquo;Occident postmoderniste dans son ensemble succ\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;Allemagne de 1914,  <em>ditto<\/em>, le \u00ab<em>Nous sommes tous Am\u00e9ricains<\/em>\u00bb, de l&rsquo;un des esprits forts que nous savons. La chose avait \u00e9t\u00e9 excellemment pr\u00e9par\u00e9e par l&rsquo;appr\u00e9ciation du dissident reconverti Vaclav Havel, \u00e0 propos de l&rsquo;attaque de la Serbie par les escadrilles otaniennes en avril 1999: \u00ab<em>des bombardements humanitaires<\/em>\u00bb. L&rsquo;esprit occidentaliste vole haut, avec les escadres de l&rsquo;U.S. Air Force.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi, au sortir de l&rsquo;aventure, 9\/15 \u00e9quivalant au 11 novembre 1918 des Allemands, notre psychologie est-elle molle comme un nouveau-n\u00e9. L&rsquo;aventure occidentaliste dans sa phase postmoderniste se poursuit,  ou bien, dirait-on qu&rsquo;elle est au terme de sa charge finale. Choc des civilisations? Il faudrait \u00eatre civilisation soi-m\u00eame; nous savons, depuis Val\u00e9ry, que la n\u00f4tre est mortelle et, depuis Toynbee, insens\u00e9e.<\/p>\n<h3>Les Lumi\u00e8res au n\u00e9on<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi avons-nous achev\u00e9 notre p\u00e9riple, de la libert\u00e9 conquise d&rsquo;il y a deux si\u00e8cles, \u00e0 la libert\u00e9 transmut\u00e9e en une magnifique unit\u00e9, que nous pourrions d\u00e9signer comme le conformisme \u00e9clair\u00e9 par l&rsquo;extr\u00e9misme postmoderniste. Cette unit\u00e9 syst\u00e9mique qui marque aujourd&rsquo;hui les officiels du syst\u00e8me, de nos dirigeants politiques aux people et gens de la communication, jusqu&rsquo;\u00e0 la presse officielle, dite presse-Pravda et aux philosophes de l&rsquo;entreprise globalis\u00e9e, cette unit\u00e9 permet d&rsquo;entretenir un discours; ainsi a-t-elle install\u00e9 une structuration de la pens\u00e9e qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00e9tonnamment fragile. Nous subissons, pour le discours, une dictature de midinette, si sensible aux th\u00e8mes des contes de f\u00e9es qu&rsquo;elle en est, cette dictature, parfois \u00e9mouvante. Son penchant absolu pour l&rsquo;extr\u00e9misme politique maquill\u00e9 en humanisme exacerb\u00e9, qui est la marque de nos d\u00e9mocraties, ne parvient pas \u00e0 vraiment dissimuler un d\u00e9sarroi qui est la marque du domaine depuis le 15 septembre 2008.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette crise si souvent annonc\u00e9e, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de multiples avertissements comme autant de r\u00e9pliques effectivement originales par cette chronologie, constitua pourtant une extraordinaire surprise. Le syst\u00e8me fut si compl\u00e8tement pris \u00e0 contre-pied qu&rsquo;il faillit basculer cul par-dessus t\u00eate. Ainsi comprenons-nous que ce syst\u00e8me qui s&rsquo;effondre ne peut imaginer une seule seconde qu&rsquo;il puisse s&rsquo;effondrer et ne cesse de surench\u00e9rir dans l&rsquo;extr\u00e9misme pour tenter de tirer son centre de gravit\u00e9 hors de l&rsquo;attraction de l&rsquo;effondrement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette situation historique est \u00e9videmment in\u00e9dite. Jusqu&rsquo;ici, dans les temps historiques, le travail des directions politiques \u00e9tait de chercher \u00e0 d\u00e9terminer ou \u00e0 identifier les situations de tension, puis les situations de crise, pour les contenir, les \u00e9viter, les contourner, ou au pire, pour les r\u00e9soudre et les terminer lorsque le pire \u00e9tait arriv\u00e9. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une qu\u00eate de la connaissance, avec des moyens plus ou moins approximatifs, des jugements plus ou moins \u00e9labor\u00e9s, des traits de g\u00e9nie, des erreurs tragiques, etc. La situation est aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement invers\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa bataille conduite par les directions politiques semble exactement \u00eatre une qu\u00eate inverse. On cherche par tous les moyens \u00e0 \u00e9viter la connaissance des r\u00e9alit\u00e9s des situations de tension et de crise, notamment et surtout dans leurs effets \u00e0 moyen et \u00e0 long termes. Cela rejoint \u00e9videmment cette recherche qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e de refus de la r\u00e9alit\u00e9, voire de rejet lorsque cette d\u00e9marche est inconsciente (cela est le plus souvent le cas); tout se passe alors comme lorsque l&rsquo;organisme rejette le greffon pour incompatibilit\u00e9. Nous vivons dans une \u00e9poque o\u00f9 la psychologie des \u00e9lites et des directions politiques conna\u00eet un probl\u00e8me fondamental d&rsquo;incompatibilit\u00e9 quasi-pathologique avec la r\u00e9alit\u00e9. On a soign\u00e9 cela \u00e0 vastes doses de virtualisme, selon l&rsquo;observation d&rsquo;ailleurs aussit\u00f4t faite que le rem\u00e8de devenait aussit\u00f4t la cause de la pathologie, agissant comme une drogue \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<h4>Contraction du d\u00e9lai des crises<\/h4>\n<p>Le directeur de recherche \u00e0 l&rsquo;Institut de G\u00e9opolitique et ancien Commissaire au Plan Laurent Carrou\u00e9 observait le 22 mai, apr\u00e8s avoir dat\u00e9 au d\u00e9but 2007 le d\u00e9but de la crise: \u00ab<em>Paradoxalement, les diff\u00e9rentes autorit\u00e9s \u00e9conomiques et politiques ont mis du temps \u00e0 en comprendre la vraie nature puisqu&rsquo;il a fallu attendre le second semestre 2008 pour assister \u00e0 des pr\u00e9mices de r\u00e9ponses multiformes et coordonn\u00e9es devant l&rsquo;effondrement des banques et la totale paralysie du syst\u00e8me financier mondial. Encore aujourd&rsquo;hui, on demeure frapp\u00e9 par la volont\u00e9 d&rsquo;en minimiser l&rsquo;impact r\u00e9el et les cons\u00e9quences dramatiques, en particulier en Europe, pour des raisons \u00e0 la fois politiques et id\u00e9ologiques. Ainsi, de nombreux \u00e9conomistes, dirigeants politiques ou journalistes  en particulier en France, \u00e0 Bruxelles ou \u00e0 Francfort  cherchent de mani\u00e8re d\u00e9risoire \u00e0 chaque fr\u00e9missement de tel ou tel indice boursier, financier ou immobilier aux \u00c9tats-Unis ou ailleurs \u00e0 nier une \u00e9vidence: cette crise est tr\u00e8s profonde et durable, car structurelle.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour nous, certes, l&rsquo;explication est fondamentalement psychologique. Les raisons politiques et id\u00e9ologiques, qui existent ne viennent que comme l&rsquo;expression apparemment rationnelle de ce blocage face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 parce que la r\u00e9alit\u00e9 rejette l&rsquo;application forc\u00e9e et forcen\u00e9e de l&rsquo;id\u00e9ologie. Le r\u00e9sultat de cette attitude est remarquable. Il explique en bonne partie, \u00e0 notre sens, le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration du d\u00e9lai des crises d&rsquo;une part (le moyen terme signal\u00e9 plus haut devenant du court terme); le ph\u00e9nom\u00e8ne de la structuration des crises menant \u00e0 l&rsquo;installation d&rsquo;une structure crisique pour caract\u00e9riser les relations internationales, d&rsquo;autre part. Ainsi trouve-t-on un \u00e9tonnant raccourci entre l&rsquo;installation d&rsquo;un conformisme dictatorial comme id\u00e9ologie dominante, d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir de ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme une id\u00e9ologie n\u00e9e des Lumi\u00e8res, et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration exponentielle de la crise de la modernit\u00e9, cette modernit\u00e9 \u00e9galement n\u00e9e des Lumi\u00e8res.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBien entendu, ce processus ne cessera pas; il poursuivra son acc\u00e9l\u00e9ration. Il est en cours dans la s\u00e9quence actuelle depuis la fin de la Guerre froide,  c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour nous, depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Gorbatchev au pouvoir en URSS. Il a effectivement suivi une courbe d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration exponentielle. Rien n&rsquo;est venu le contrecarrer et tout a tendu \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer, et d&rsquo;abord cette impuissance psychologique de nos directions, de nos structures de syst\u00e8me, de notre perception et de notre langage. Il s&rsquo;agit de la phase finale d&rsquo;un affrontement titanesque entre un syst\u00e8me n\u00e9 de la volont\u00e9 d&rsquo;une puissance organis\u00e9e selon la condamnation et le rejet de la r\u00e9alit\u00e9, pour r\u00e9duire et \u00e9carter d\u00e9finitivement la r\u00e9alit\u00e9, et cette r\u00e9alit\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;\u00e9croulement d&rsquo;un syst\u00e8me et d&rsquo;une conception du monde, plus encore de l&rsquo;\u00e9croulement d&rsquo;une perception du monde, renvoie \u00e0 l&rsquo;Histoire la plus haute o\u00f9 l&rsquo;homme n&rsquo;est plus qu&rsquo;un jouet des \u00e9v\u00e9nements. Face \u00e0 cela, le chroniqueur fait historien poursuit la qu\u00eate de la connaissance d&rsquo;une p\u00e9riode historique si originale, si compl\u00e8tement priv\u00e9e de pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 ce degr\u00e9 d&rsquo;organisation et de puissance technologique du refus de la r\u00e9alit\u00e9, pour tenter de l&rsquo;\u00e9clairer. Il s&rsquo;agit effectivement de tenter d&rsquo;agir sur les psychologies, puisque l\u00e0 est la source du mal, par la reconnaissance de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h3>BHO est-il un UFO?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tBarack Hussein Obama \u00e9tait absolument impensable dans le sort qui est le sien il y a seulement deux ans, pour absolument toutes les raisons du monde. Il est arriv\u00e9 \u00e0 la Maison-Blanche comme un <em>Unidentified Flying Object<\/em>, comme une \u00e9nigme. comme une raison d&rsquo;esp\u00e9rer qui s&rsquo;est aussit\u00f4t transform\u00e9e en un verdict absolument p\u00e9remptoire: pour que cet homme soit devenu pr\u00e9sident, il faut \u00e9videmment que la puissance et le syst\u00e8me constitutif de cette puissance, qu&rsquo;il conduit pr\u00e9tendument, soient \u00e0 un tournant absolument vital, explosif, fondamental,  de leur course historique, bien \u00e9videmment. Nous ne savons ce qu&rsquo;il adviendra de l&rsquo;homme par rapport \u00e0 son r\u00f4le politique mais nous savons que, par le fait lui-m\u00eame de son \u00e9lection, BHO est un signe de l&rsquo;Histoire. Nous vivons des temps historiquement marqu\u00e9s par la rupture non pas parce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu mais parce que son \u00e9lection est elle-m\u00eame cette rupture confirm\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t C&rsquo;est aussi dans ce sens qu&rsquo;il faut comprendre l&rsquo;affirmation que nous n&rsquo;avons cess\u00e9 de d\u00e9velopper dans ces colonnes qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu, non par le peuple am\u00e9ricain mais par la crise de l&rsquo;am\u00e9ricanisme et de l&rsquo;occidentalisme. Nous ne pouvons \u00e9videmment assurer que, s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu 9\/15 il n&rsquo;y aurait pas eu Obama, mais nous assurons sans aucune h\u00e9sitation qu&rsquo;avec 9\/15 ce ne pouvait \u00eatre que Barack Obama. Le destin de Barack Obama est li\u00e9 \u00e0 cette crise, qui est notre crise \u00e0 tous. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar cons\u00e9quent, nous allons un pas plus loin dans l&rsquo;\u00e9valuation n\u00e9cessairement historique. Barack Obama n&rsquo;est pas la sauvegarde de l&rsquo;Am\u00e9rique mais le signe aveuglant,  ce pourquoi tant de commentateurs et d&rsquo;observateurs l&rsquo;ignorent et ignorent sa signification,  que les USA et le syst\u00e8me affrontent le terme de leur temps historique commun. BHO n&rsquo;est pas un diviseur mais pas non plus un rassembleur, malgr\u00e9 ses qualit\u00e9s incontestables. Il est plut\u00f4t <strong>en-dehors<\/strong>, avec cette \u00e9trange apparence d&rsquo;indiff\u00e9rence presqu&rsquo;ironique, ce calme et cette distance vis-\u00e0-vis des \u00e9v\u00e9nements, que ses critiques, \u00e9largis \u00e0 l&rsquo;ensemble des observateurs lors des passages difficiles, traduisent par l&rsquo;accusation de l&rsquo;insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre (\u00ab<em>U.S. President Barack Obama has been in office less than two months, yet Steve Kroft of CBS said he&rsquo;s already got a punch drunk problem of incurable lightness of being<\/em>\u00bb, r\u00e9sumait Martin Sieff, de UPI, le 23 mars).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBarack Obama est la trace essentielle de l&rsquo;ach\u00e8vement du destin du syst\u00e8me, pour le meilleur ou pour le pire. Le seul choix qui lui est laiss\u00e9 dans cette \u00e9poque maistrienne o\u00f9 les hommes sont conduits par les \u00e9v\u00e9nements bien plus qu&rsquo;ils ne les conduisent, est de savoir de quel c\u00f4t\u00e9 il se trouvera au terme de la temp\u00eate; c&rsquo;est bien entendu la question de BHO,  American Gorbatchev ou pas? Un chroniqueur qui veut, qui doit se faire historien, ne peut manquer de suivre ce destin \u00e0 la trace, comme une des indications les plus f\u00e9condes de l&rsquo;\u00e9volution si rapide de ces temps historiques.<\/p>\n<h3><em>de defensa<\/em> vous salue bien<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t&#8230;Par cons\u00e9quent, certes, nous ne cesserons pas de suivre et d&rsquo;observer Barack Obama lorsque nous monterons \u00e0 bord de <em>dde.crisis<\/em>,  mais certes, Obama comme un signe des temps bien plus que comme un destin personnel dont on attendrait quelque sorte de miracle. Signe des temps? Obama l&rsquo;est en 2009, exactement comme Gorbatchev le fut en 1985, pas plus un Messie que ne le fut Gorbatchev, peut-\u00eatre comme un bon instrument de la puissance de l&rsquo;Histoire&#8230; On verra. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSigne des temps? Bien entendu, pour nous aussi&#8230; Nous avons commenc\u00e9 cette aventure (<em>de defensa<\/em>) avec Mikha\u00efl Serge\u00efevitch Gorbatchev et nous la poursuivons, apr\u00e8s un changement de forme important (<em>dde.crisis<\/em>), avec Barack Obama. Nous suivons les lignes fondamentales de cette crise du monde, exactement selon les fractures fondamentales qui les ont engendr\u00e9es. Nous sommes aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;une de ces fractures: qui ne sent, en effet, que l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Obama correspond, pour les USA, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de Gorbatchev pour l&rsquo;URSS? R\u00e9pondons finalement \u00e0 la question pos\u00e9e plus haut: Obama <strong>sera<\/strong> l&rsquo;<em>American<\/em> Gorbatchev pour le meilleur d&rsquo;un point de vue historique,  s&rsquo;il assume cette t\u00e2che,  ou pour le pire,  s&rsquo;il l&rsquo;ignore. Dans les deux cas, nous allons vers des transformations structurelles fondamentales des USA, avec la possibilit\u00e9 d&rsquo;une forme ou l&rsquo;autre de fractionnement, qui se feront bien ou mal selon ces choix d&rsquo;assumer ou non ce destin.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa voie nous est trac\u00e9e pour que <em>dde.crisis<\/em> poursuive <em>de defensa<\/em>, actant par son titre cette transformation fondamentale des relations internationales en une structure crisique du monde. Nous sommes persuad\u00e9s que c&rsquo;est de cette fa\u00e7on que l&rsquo;Histoire observera et rangera cette p\u00e9riode qui a commenc\u00e9 en 1985 et qui atteint son paroxysme aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;Histoire a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 sa r\u00e9ponse \u00e0 la tentative humaine de prendre \u00e0 son compte le destin du monde, notamment en proclamant la fin de l&rsquo;Histoire et en affirmant qu&rsquo;elle soumettrait d\u00e9sormais la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 sa loi. L&rsquo;Histoire a d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 assign\u00e9, avec une certaine brutalit\u00e9 parce que le temps presse, la place qui nous revient. La tentative humaine \u00e9tendue sur les deux derniers si\u00e8cles ne peut se faire contre l&rsquo;Histoire,  ou contre la r\u00e9alit\u00e9, comme nous le disons d&rsquo;une autre fa\u00e7on. Le d\u00e9sarroi chaotique que connaissent nos \u00e9lites aujourd&rsquo;hui et l&rsquo;installation de la structure crisique du monde sont la r\u00e9alisation que cette loi imprescriptible de l&rsquo;\u00e9volution universelle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9e, malgr\u00e9 nos votes, nos manipulations, nos affirmations forcen\u00e9es, nos exp\u00e9ditions guerri\u00e8res et notre puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi en est-il et ainsi soit-il&#8230; C&rsquo;est avec la charge consid\u00e9rable de ces convictions, lorsqu&rsquo;on les a acquises, que l&rsquo;on doit poursuivre; \u00ab<em>Fais \u00e9nergiquement ta longue et lourde t\u00e2che\/ Dans la voie o\u00f9 le sort a voulu t&rsquo;appeler&#8230;<\/em>\u00bb, nous disait le noble loup d&rsquo;Alfred de Vigny, sans pr\u00e9juger du reste qui nous attend. Pour l&rsquo;heure, c&rsquo;est <em>dde.crisis<\/em> qui nous attend&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au revoir, bonjour de defensa vous salue bien? (Titre de premi\u00e8re page et ci-dessous)Nous parlons naturellement de la Lettre d&rsquo;Analyse, de defensa (titre complet : de defensa &#038; eurostrat\u00e9gie, ou dd&#038;e), dont le premier num\u00e9ro fut publi\u00e9 le 10 septembre 1985 et dont le dernier num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 10 juillet 2009. 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