{"id":71028,"date":"2009-09-01T05:47:48","date_gmt":"2009-09-01T05:47:48","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/09\/01\/notes-sur-une-guerre-sans-apres\/"},"modified":"2009-09-01T05:47:48","modified_gmt":"2009-09-01T05:47:48","slug":"notes-sur-une-guerre-sans-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/09\/01\/notes-sur-une-guerre-sans-apres\/","title":{"rendered":"Notes sur une guerre sans \u201capr\u00e8s\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Notes sur une guerre sans \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il est difficile de se prendre d&rsquo;estime jusqu&rsquo;\u00e0 la prendre assez au s\u00e9rieux pour une guerre dont, successivement, deux avis ou constats aussi bizarro\u00efdes sont donn\u00e9s le m\u00eame jour par deux personnalit\u00e9s de grand poids des deux pays principalement engag\u00e9s &ndash; nous dirions m\u00eame, exclusivement engag\u00e9s. Il s&rsquo;agit de la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d&rsquo;Afghanistan&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Cela se passait dimanche 23 ao&ucirc;t 2009, lors d&rsquo;une interview de l&rsquo;amiral Mullen, pr\u00e9sident du Joint Chiefs of Staff. Mullen, \u00e0 un moment, fait simplement remarquer, et involontairement quant au sens profond de la chose, que la guerre en Afghanistan n&rsquo;a pas vraiment \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0faite\u00a0\u00bb jusqu&rsquo;ici et que, en fait, on ne l&rsquo;a pas encore commenc\u00e9e puisque, \u00ab\u00a0en un certain sens\u00a0\u00bb, on la commence aujourd&rsquo;hui&hellip; &laquo;<em>I recognize that we&rsquo;ve been there over eight years.<\/em>[&hellip;] <em>But this is the first time we&rsquo;ve really resourced a strategy on both the civilian and military sides. So in certain ways, we&rsquo;re starting anew.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le m\u00eame jour, on lisait l&rsquo;argument du conservateur Liam Fox pour obtenir le soutien des Britanniques, et l&#8217;emporter: en gros, il faut gagner parce que, si l&rsquo;on ne gagne pas on perdra&hellip; &laquo;<em>Public support for the war should be bolstered by explaining that British soldiers were fighting to avoid a strategic defeat for Nato, shattering its credibility as a deterrent force.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi sont fix\u00e9es les conditions fantasmagoriques de cette \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb, d&rsquo;une fa\u00e7on assez convaincantes &ndash; et cela pourrait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre notre conclusion&hellip; La premi\u00e8re bataille de la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d&rsquo;Afghanistan, c&rsquo;est de comprendre de quoi il s&rsquo;agit.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Cette guerre dure depuis huit ans, avec \u00ab\u00a0nous contre les autres\u00a0\u00bb, mais nous n&rsquo;avons pas encore commenc\u00e9 \u00e0 la faire &ndash; nous activons les derniers pr\u00e9paratifs&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Il faut gagner cette guerre \u00ab\u00a0qui n&rsquo;a pas encore commenc\u00e9\u00a0\u00bb parce que si nous ne la gagnons pas, nous la perdrons&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Panique nucl\u00e9aire<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Notre hostilit\u00e9 \u00e0 une interpr\u00e9tation g\u00e9opolitique \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb du conflit afghan (int\u00e9r\u00eat g\u00e9opolitique de la pr\u00e9sence occidentale dans le pays) rel\u00e8ve simplement du constat des faits. Un enjeu g\u00e9opolitique bas\u00e9 sur les deux maximes cit\u00e9es ci-dessus nous conduit \u00e0 la conclusion de la st\u00e9rilit\u00e9 de toute discussion dans ce domaine, sinon dans le cadre de l&rsquo;<a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-tableaux_de_la_pratique_courante_de_l_american_dream_20_08_2009.html\">h\u00f4pital psychiatrique<\/a> o&ugrave; r\u00e9sident notamment la droite interventionnistes US et, en g\u00e9n\u00e9ral, les r\u00e9publicains \u00e0 Washington D.C. La guerre en Afghanistan est d&rsquo;abord, et presque exclusivement, une expression politique majeure de la crise interne du syst\u00e8me de l&rsquo;occidentalisme; elle n&rsquo;est un fait g\u00e9opolitique qu&rsquo;accessoirement, et selon les convenances du moment des analystes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mentionnons tout de m\u00eame qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;argument g\u00e9opolitique devient de plus en plus maximaliste, signe simplement de sa vacuit\u00e9 par antith\u00e8se. Il s&rsquo;apparente \u00e0 la bande dessin\u00e9e. (Par exemple, une source: E.P. Jacobs, <em>Le Secret de l&rsquo;Espadon<\/em>, avec Blake &#038; Mortimer.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous notons justement l&rsquo;une des derni\u00e8res versions en date, qui est celle de la crainte d&rsquo;une saisie d&rsquo;armes nucl\u00e9aires pakistanaises par les talibans, puis de l&rsquo;attaque nucl\u00e9aire des talibans qui s&rsquo;ensuivrait \u00e9videmment (argument de plus pour le r\u00e9seau anti-missiles BMDE, sans doute?). Elle vient d&rsquo;une analyste finlandais, Jari Lindholm, dont le <em>blog<\/em> <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/stupidest.wordpress.com\/about\/\">s&rsquo;intitule<\/a> \u00ab\u00a0<em>The Stupidest Man on Earth<\/em>\u00ab\u00a0. Lindholm est violemment pris \u00e0 partie sur ce th\u00e8me de la guerre nucl\u00e9aire par l&rsquo;excellent \u00ab\u00a0Fabius Maximus\u00a0\u00bb, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/fabiusmaximus.wordpress.com\/2009\/08\/24\/lindholm\/\">24 ao&ucirc;t 2009<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;[Lindholm]<em>is not stupid, just exhibiting the mixture of hubris and paranoia that distinguishes our time (which I thought was uniquely American). He sees a threat to our security. We obviously have the resources to address this threat. So we should do so. No additional analysis required. Budgets, balancing cost and benefits, analysis of relative dangers &mdash; these are unnecessary, except for those who live in the real world (rather than one of their imaginations). No, Lindholm is not the stupidest man in the world. But we might be. If such feckless reasoning brings America down &mdash; falling who knows how far &mdash; then we will deserve to be called the Stupidest People in the World.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Laissons cela, pour constater, pour confirmer notre analyse de la st\u00e9rilit\u00e9 compl\u00e8te de l&rsquo;enjeu g\u00e9opolitique de l&rsquo;Afghanistan &ndash; l&rsquo;enjeu d&rsquo;un <strong>monde r\u00e9el<\/strong>, si cela existait encore. Ce conflit est devenu totalement virtualiste dans ses fondements, absolument d\u00e9vastateurs dans ses cons\u00e9quences secondaires, indirectes et impr\u00e9vues, essentiellement pour les \u00ab\u00a0puissances\u00a0\u00bb occidentalistes. Ce qui compte, ce sont ces effets-l\u00e0 du conflit et plus du tout le conflit (l&rsquo;\u00e9volution de la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">De plus en plus \u00ab\u00a0anglo-saxon\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Un point remarquable est l&rsquo;\u00e9volution exactement contraire \u00e0 celle qu&rsquo;on a voulue susciter au niveau de la \u00ab\u00a0coalition\u00a0\u00bb. Conflit essentiellement lanc\u00e9 par les Am\u00e9ricains soutenus par les Anglais, donc conflit essentiellement anglo-saxon, qu&rsquo;on a voulu \u00e9largir, \u00ab\u00a0internationaliser\u00a0\u00bb pour lui donner une sorte d&rsquo;assise juridique vertueuse. Dans ses effets <strong>r\u00e9els<\/strong>, le contraire s&rsquo;est produit. Dans la seule dimension qui importe, qui est celle d&rsquo;un enfermement catastrophique, l&rsquo;Afghanistan est exclusivement, aujourd&rsquo;hui, un conflit anglo-saxon.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Deux pays sont aujourd&rsquo;hui prisonniers de l&rsquo;Afghanistan: les USA et le Royaume-Uni. Ces deux pays, s&rsquo;ils veulent poursuivre le conflit ou s&rsquo;ils veulent l&rsquo;interrompre, risquent <strong>dans les deux cas<\/strong> une crise majeure chez eux. Bien entendu, crise sans rapport avec le terrorisme, ces billeves\u00e9es obsc\u00e8nes qui encombrent les rapports officiels, mais avec tous les rapports du monde avec une grave crise civile dans les deux pays en question. (En g\u00e9n\u00e9ral, les commentateurs US parlent de la r\u00e9f\u00e9rence \u00ab\u00a0Vietnam\u00a0\u00bb uniquement dans les dimensions civiles de la crise US de l&rsquo;\u00e9poque. Ils ont compris.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L&rsquo;incertitude du Congr\u00e8s<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Un exemple de ces cons\u00e9quences &ndash; exemple sage par excellence, c&rsquo;est-\u00e0-dire le plus facile \u00e0 appr\u00e9hender &ndash; se trouve dans cette citation de Juan Cole, excellent sp\u00e9cialiste des probl\u00e8mes de la r\u00e9gion. Sur son site <em>Informed Comment<\/em>, Cole observe, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.juancole.com\/2009\/08\/6-us-troops-killed-in-afghanistan-war.html\">20 ao&ucirc;t 2009<\/a>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>The bad news for Obama is that liberals and Democrats are far more hostile to the Afghanistan War than are Republicans. The Democratic majority in the House and the Senate could, if these numbers keep going south, become sufficiently afraid of their constituents that they vote to stop funding the war. Some close observers of Washington think the president only has a year or two before that confrontation with Congress takes place.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On observera que Cole est optimiste. Cette \u00ab\u00a0confrontation\u00a0\u00bb aurait pu avoir lieu sans que personne ne s&rsquo;en aper\u00e7oive jusqu&rsquo;au jour o&ugrave; elle e&ucirc;t \u00e9clat\u00e9, puisque nous ne sommes pas pass\u00e9s loin, cette ann\u00e9e, d&rsquo;un vote n\u00e9gatif de la Chambre. Qu&rsquo;on se souvienne de cette d\u00e9claration de John Murtha, pass\u00e9e compl\u00e8tement inaper\u00e7ue, que nous mentionnions dans notre <em>F&#038;C<\/em> du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_desinteret_de_la_guerre_26_06_2009.html\">26 juin 2009<\/a>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>Democrats could even refuse to fund war bills if the Obama administration failed to make good on its promise to withdraw U.S. troops from Iraq, Murtha said. \u00ab\u00a0It&rsquo;s quite possible that we could lose the war funding.<\/em> <strong><em>If it hadn&rsquo;t been for the speaker, we would have lost it this time<\/em><\/strong><em>.\u00a0\u00bb The U.S. House narrowly passed the $106-billion bill to pay for the Iraq and Afghanistan wars, with the measure garnering only five Republican votes and 32 Democrats voting against it.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans tous les cas, ces indices sont le signe de la possibilit\u00e9 d&rsquo;une crise majeure aux USA \u00e0 propos de l&rsquo;Afghanistan. Il s&rsquo;agit du cas le plus simple, le plus \u00e9vident de cette possibilit\u00e9, alors qu&rsquo;il en existe bien d&rsquo;autres, inattendus et impr\u00e9visibles.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L'\u00a0\u00bbimpuissance de la puissance\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Afghanistan est devenu le \u00ab\u00a0champ de man&oelig;uvre\u00a0\u00bb du chaos politique de l&rsquo;Occident au travers de la totale inadaptation (mat\u00e9rielle, op\u00e9rationnelle, psychologique, etc.) d&rsquo;une puissance militaire pourtant proclam\u00e9e comme irr\u00e9sistible et sup\u00e9rieure \u00e0 tout ce qui existe; et au travers de la totale soumission de la strat\u00e9gie de l&rsquo;Occident \u00e0 la communication, notamment de type humanitaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est, par cons\u00e9quent, un \u00e9v\u00e9nement arch\u00e9typique de la fameuse G4G (Guerre de la 4\u00e8me G\u00e9n\u00e9ration), sur laquelle nous revenons beaucoup et qui est l&rsquo;un des th\u00e8mes favoris de William S. Lind. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est notamment arch\u00e9typique de ce ph\u00e9nom\u00e8ne que nous qualifions d'\u00a0\u00bbimpuissance de la puissance\u00a0\u00bb, o&ugrave; une puissance se trouve bloqu\u00e9e entre l&rsquo;impossibilit\u00e9 de perdre et l&rsquo;incapacit\u00e9 de gagner alors que toute sa raison d&rsquo;\u00eatre se d\u00e9finit uniquement par rapport \u00e0 deux r\u00e9f\u00e9rences: victoire et d\u00e9faite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>De ce fait, cette crise militaire d\u00e9vastatrice mais insoluble sur le terrain se transf\u00e8re dans le domaine politique, dans les situations internes des pays concern\u00e9s, dans les relations entre les pays concern\u00e9s, dans les organisations qui regroupent les pays concern\u00e9s, etc. La \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d&rsquo;Afghanistan est une guerre civile du syst\u00e8me occidentaliste et am\u00e9ricaniste dominant.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le r\u00f4le de la communication<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La communication joue un r\u00f4le puissant dans la crise occidentaliste en Afghanistan. Les \u00ab\u00a0buts de guerre\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s en fonction de crit\u00e8res humanitaires dont on avait d\u00e9j\u00e0 us\u00e9 et abus\u00e9 auparavant, mais avec un minium d&rsquo;effets n\u00e9gatifs (pour les manipulateurs). Ce fut par exemple le cas au Kosovo, lors de l&rsquo;attaque de l&rsquo;OTAN de 1999, o&ugrave; les buts proclam\u00e9s ne furent \u00e9videmment jamais atteints parce qu&rsquo;ils \u00e9taient bas\u00e9s sur une tromperie originelle; mais o&ugrave; une \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb rapide permit effectivement de poursuivre la virtualisation de la situation en proclamant effectivement atteints ces buts, d&rsquo;autant plus ais\u00e9ment que la situation les justifiant n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En Afghanistan, il n&rsquo;y a pas de \u00ab\u00a0victoire\u00a0\u00bb, un peu comme \u00ab\u00a0il n&rsquo;a pas d&rsquo;apr\u00e8s \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e8s\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, les exigences de la communication augmentent, pour continuer aupr\u00e8s du public \u00e0 justifier une guerre que les \u00e9v\u00e9nements rendent de plus en plus insupportable \u00e0 ce public. Par cons\u00e9quent, les buts \u00ab\u00a0humanitaires\u00a0\u00bb sont r\u00e9affirm\u00e9s constamment alors qu&rsquo;ils sont de moins en moins applicables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La communication est l&rsquo;une des m\u00e2choires les plus efficaces du pi\u00e8ge o&ugrave; s&rsquo;agitent les Occidentaux. Malgr\u00e9 la lassitude d&rsquo;un conflit sans fin et qui n&rsquo;a pas encore vraiment \u00ab\u00a0commenc\u00e9\u00a0\u00bb, chaque fois qu&rsquo;une amorce d&rsquo;esquisse de suggestion de transaction avec les talibans, si c&rsquo;est possible, voire de retrait, se fait jour, il se trouve toujours un BHL de service ce jour-l\u00e0 qui, pour justifier ses \u00e9moluments, rappelle que les femmes afghanes portent toujours des voiles et subissent d&rsquo;autres pratiques iniques. Aussit\u00f4t, le politique occidentaliste doit reculer, parce que dans l&rsquo;impuissance d&rsquo;exposer la vraie raison de sa volont\u00e9 \u00e9ventuelle de retrait. Faire de la sorte serait d\u00e9mentir toute la \u00ab\u00a0<em>narrative<\/em>\u00a0\u00bb qui justifie \u00ab\u00a0la guerre qui n&rsquo;a pas encore commenc\u00e9\u00a0\u00bb depuis huit ans qu&rsquo;elle dure.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L&rsquo;OTAN, l&rsquo;esprit ailleurs<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Pour autant, la situation politique a \u00e9volu\u00e9, non pas en Afghanistan mais chez les \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb et entre \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb. C&rsquo;est en cela que la crise est bien, d&rsquo;abord, celle de l&rsquo;occidentalisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Au sein de l&rsquo;OTAN, l&rsquo;Afghanistan est de plus en plus une obsession US (avec le stupide suivisme UK, bien entendu), et de moins en moins une pr\u00e9occupation du reste. Le cas fran\u00e7ais (les quelques centaines de soldats en plus annonc\u00e9s lors de la \u00ab\u00a0r\u00e9int\u00e9gration\u00a0\u00bb de l&rsquo;OTAN) n&rsquo;a rien chang\u00e9. On pourrait m\u00eame dire qu&rsquo;il a dramatis\u00e9 cet isolement anglo-saxon. A cause du r\u00e9flexe cart\u00e9sien de leur pens\u00e9e, les Fran\u00e7ais sont absolument r\u00e9tifs \u00e0 cette guerre dans son principe, qu&rsquo;ils jugent, souvent inconsciemment, simplement absurde; les d\u00e9clarations \u00e9pisodiques et spasmodiques de Sarko sur \u00ab\u00a0la d\u00e9fense de la libert\u00e9\u00a0\u00bb ne contredisent pas ce jugement, elles le confirmeraient plut\u00f4t. L'\u00a0\u00bbengagement\u00a0\u00bb fran\u00e7ais tonitruant d&rsquo;avril 2009, de pure communication, a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;autant plus contre-productif qu&rsquo;il a mis en lumi\u00e8re cette absence compl\u00e8te de conviction fran\u00e7aise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les autres pays \u00ab\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb en Afghanistan connaissent des pouss\u00e9es d&rsquo;une fi\u00e8vre \u00e9pisodique, chacun avec ses restrictions propres, ce qui leur permet \u00e0 tous de n&rsquo;\u00eatre en rien des acteurs de cette pantomime sanglante. Cela n&#8217;emp\u00eache, ou plut\u00f4t cela explique que nous aurons quelques rendez-vous int\u00e9ressant pour ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 une limite \u00e0 leur \u00ab\u00a0engagement\u00a0\u00bb (les Canadiens en 2011).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le r\u00e9sultat concret, politique, c&rsquo;est l&rsquo;isolement US au sein de l&rsquo;OTAN (avec le suivisme UK, qui complique tout aussi stupidement la position britannique). On a d\u00e9j\u00e0 un aper\u00e7u de la chose avec les \u00e9chos sur <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_agenda_de_rasmussen_26_08_2009.html\">l&rsquo;agenda<\/a> du nouveau secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN Rasmussen. La possibilit\u00e9 au petit moyen terme, c&rsquo;est une division explosive au sein de l&rsquo;OTAN, entre ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 l&rsquo;Afghanistan et ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent aux questions europ\u00e9ennes et \u00e0 des relations \u00e9quilibr\u00e9es avec la Russie. C&rsquo;est une int\u00e9ressante possibilit\u00e9 de crise au sein de l&rsquo;OTAN.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Les Russes \u00e0 l&rsquo;aide et \u00e0 l&rsquo;aise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Notre vision \u00ab\u00a0anti-g\u00e9opolitique\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0anti-bureaucratique\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire que dans le paysage g\u00e9opolitique, nous retenons les situations qui sont absolument essentielles pour la seule bureaucratie d&rsquo;un poids global et exer\u00e7ant une influence maximale dans cette affaire, celle du Pentagone. Cette bureaucratie, selon ses habitudes, est obs\u00e9d\u00e9e par la s\u00e9curit\u00e9 et la logistique; dans ce cas, par la s\u00e9curit\u00e9 des lignes de communication permettant de soutenir l&rsquo;effort de guerre, et constituant en soi un effort logistique consid\u00e9rable. Elle ne veut pas retrouver la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ces lignes, comme elles le sont en Irak, face \u00e0 des pays instables, ou jug\u00e9s instables selon ses automatismes actuels de jugement (Pakistan, voire m\u00eame certains pays du Caucase). De ce point de vue, l&rsquo;accord (conclu au sommet de Moscou Obama-Medvedev du 7 juillet) avec la Russie pour une voie de passage vers l&rsquo;Afghanistan est capital, parce que la bureaucratie US juge la Russie, dans le cadre d&rsquo;un accord, comme un partenaire s&ucirc;r pour ses voies de communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-situation_des_relations_usa-georgie-russie_10_08_2009.html\">jugement<\/a> du <em>Jamestown Institute<\/em>, qui concerne ici le cas g\u00e9orgien, vaut pour toutes les autres questions de s\u00e9curit\u00e9 li\u00e9es aux relations USA-Russie: &laquo;[I]<em>t appears that the Pentagon&rsquo;s timeline with regard to Georgia is predicated on postponing the transfer of much-needed anti-tank and anti-aircraft weapons as much as possible in order not to incur Moscow&rsquo;s ire, which may manifest itself in the annulment of the recently signed transit agreement that is indispensable for supplying U.S.-led coalition troops in Afghanistan with manpower and materiel across the Russian territory.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce jugement constitue une explication, ou une partie d&rsquo;explication acceptable pour ce qui para&icirc;t \u00eatre l&rsquo;amorce d&rsquo;un recul d\u00e9cisif du Pentagone dans l&rsquo;affaire du BMDE, avec <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_bmde_a_du_serieux_plomb_dans_l_aile_27_08_2009.html\">l&rsquo;abandon possible<\/a> des bases en Pologne et en Tch\u00e9quie pour accommoder les exigences russes. On constate que l&rsquo;affaire afghane constitue un levier formidable de la Russie, non pas pour ses positions r\u00e9gionales, mais pour ses relations strat\u00e9giques avec les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous ne sommes pas dans des consid\u00e9rations g\u00e9opolitiques mais dans des rapports strat\u00e9giques fondamentaux, dont la substance a chang\u00e9 comme a chang\u00e9 la substance de la politique, o&ugrave; la communication et la bureaucratie sont les forces essentielles. Les USA sont oblig\u00e9s de c\u00e9der du terrain \u00e0 la Russie dans les relations strat\u00e9giques entre les deux pays, notamment \u00e0 cause des pressions de la bureaucratie US. Cela place la Russie dans une positon enviable dans l&rsquo;affaire afghane, moins \u00e0 cause de son action qu&rsquo;\u00e0 cause de l&rsquo;action de \u00ab\u00a0promotion\u00a0\u00bb d&rsquo;elle-m\u00eame de la bureaucratie du Pentagone, qui exige une s\u00e9curisation maximale de toutes ses initiatives. Cet aspect d\u00e9passe largement en importance toutes les affaires d&rsquo;\u00e9volution des relations et des rapports de force des uns et des autres, entre les pays de la zone.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le d\u00e9sordre cr\u00e9ateur<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb d&rsquo;Afghanistan, aux conditions si \u00e9tranges, voire d&rsquo;une <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-a_la_recherche_de_la_guerre_28_08_2009.html\">originalit\u00e9<\/a> presque surr\u00e9aliste par rapport aux normes de la guerre en g\u00e9n\u00e9ral, a une importance essentielle par ses cons\u00e9quences indirectes extr\u00eamement puissantes sur la situation et la stabilit\u00e9 des pays occidentaux qui y sont engag\u00e9s. C&rsquo;est un moteur puissant, en forme d&rsquo;abc\u00e8s de fixation, d&rsquo;une sorte de version postmoderniste du d\u00e9clin occidental spenglerien.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour justifier la guerre comme un exercice victorieux de la puissance am\u00e9ricaniste, les strat\u00e8ges US sont oblig\u00e9s d&rsquo;adopter les th\u00e8ses n\u00e9o-conservatrices les plus extr\u00eames, en arguant que ce d\u00e9sordre est voulu puisqu&rsquo;il emp\u00eache un adversaire potentiel de se regrouper. (Un lecteur nous signalait, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum-a_la_recherche_de_la_guerre_28_08_2009.html\">28 ao&ucirc;t 2009<\/a>, cet argument de George Friedman.) La m\u00eame chose avait \u00e9t\u00e9 dite pour l&rsquo;Irak. On sait o&ugrave; conduit l&rsquo;argument, qui vit de sa vie propre puisque suffisamment d\u00e9tach\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 pour cela, et aboutit \u00e0 la satisfaction intellectuelle de ceux qui l&rsquo;avancent; c&rsquo;est le m\u00eame qui fut utilis\u00e9, par les m\u00eames, dans les ann\u00e9es 1980, contre Gorbatchev: Gorbatchev provocateur du KGB, faisant croire que l&rsquo;URSS s&rsquo;affaiblit en liquidant l&#8217;empire, puis le communisme, puis l&rsquo;URSS (l'\u00a0\u00bbempire\u00a0\u00bb) elle-m\u00eame, pour pouvoir mieux frapper l&rsquo;adversaire endormi par cette man&oelig;uvre. Bient\u00f4t, nous y serons, lorsque le d\u00e9sordre afghan aura touch\u00e9 Washington au c&oelig;ur: la toute-puissance US sera d\u00e9montr\u00e9e puisqu&rsquo;elle se sera enfin atteinte elle-m\u00eame au c&oelig;ur; c&rsquo;est alors que les USA seront les plus puissants puisqu&rsquo;ils nous auront fait croire \u00e0 leur compl\u00e8te d\u00e9faite en r\u00e9alisant effectivement cette d\u00e9faite.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bref, l&rsquo;Afghanistan comme \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb auto-liquidatrice, par les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle suscite autant que par la repr\u00e9sentation qu&rsquo;on s&rsquo;en fait. L&rsquo;orientation maximaliste prise par l&rsquo;administration Obama est un fait capital, comme si le syst\u00e8me avait voulu renforcer, peut-\u00eatre d\u00e9cisivement, cet abc\u00e8s de fixation de sa propre crise; avec cette \u00e9volution, il se pourrait que cette guerre nous conduise jusqu&rsquo;\u00e0 cet extr\u00eame, qu&rsquo;elle soit suffisamment d\u00e9stabilisatrice pour \u00e9branler le r\u00e9gime (celui de Washington, pas celui de Karza\u00ef). Les analyses affol\u00e9es qui sont aujourd&rsquo;hui utilis\u00e9es pour la justifier (le nucl\u00e9aire pakistanais) ne sont pas des leurres pour ceux qui les proclament. Elles bouleversent v\u00e9ritablement les milieux de la s\u00e9curit\u00e9 nationale \u00e0 Washington. Elles mesurent par avance la force des verrous qui ne cessent d&rsquo;\u00eatre resserr\u00e9s pour emp\u00eacher toute vell\u00e9it\u00e9 de tenter de sortir de cette \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb autrement que par le bourbier catastrophique, \u00e9ventuellement en cours de transfert vers Washington D.C.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur une guerre sans \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb Il est difficile de se prendre d&rsquo;estime jusqu&rsquo;\u00e0 la prendre assez au s\u00e9rieux pour une guerre dont, successivement, deux avis ou constats aussi bizarro\u00efdes sont donn\u00e9s le m\u00eame jour par deux personnalit\u00e9s de grand poids des deux pays principalement engag\u00e9s &ndash; nous dirions m\u00eame, exclusivement engag\u00e9s. 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