{"id":71084,"date":"2009-09-18T06:29:22","date_gmt":"2009-09-18T06:29:22","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/09\/18\/notes-sur-une-defense-en-europe-ii\/"},"modified":"2009-09-18T06:29:22","modified_gmt":"2009-09-18T06:29:22","slug":"notes-sur-une-defense-en-europe-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/09\/18\/notes-sur-une-defense-en-europe-ii\/","title":{"rendered":"Notes sur \u201cune\u201d d\u00e9fense en Europe (II)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Notes sur une d\u00e9fense en Europe (II)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDans notre article pr\u00e9c\u00e9dent cette deuxi\u00e8me partie de la note d&rsquo;analyse sur une d\u00e9fense europ\u00e9enne  (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_une_defense_en_europe_i_16_09_2009.html\" class=\"gen\">16 septembre 2009<\/a>), nous avons pr\u00e9sent\u00e9, dans une perspective historique, la situation de la d\u00e9fense europ\u00e9enne. Ici, nous allons nous attacher au cas britannique, sans perdre de vue la dimension europ\u00e9enne mais au contraire en l&rsquo;y inscrivant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;on sait qu&rsquo;il existe au Royaume-Uni, aujourd&rsquo;hui, une agitation r\u00e9pertori\u00e9e et consid\u00e9rable au niveau de la d\u00e9fense et de la s\u00e9curit\u00e9. Ce pays est en transition dans ce domaine et c&rsquo;est la raison pour laquelle  en plus de son importance militaire en Europe  nous nous attachons \u00e0 son cas. Nous avons publi\u00e9 de nombreux textes sur l&rsquo;agitation britannique ces derniers mois. Mentionnons-en quelques-uns successivement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Des rapports et conclusions de grands instituts type IIPR, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_relations_speciales_et_le_monde_post-9_15_02_07_2009.html\" class=\"gen\">2 juillet 2009<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Des prises de position d&rsquo;hommes politiques influents (ici, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-toujours_des_signaux_britanniques_vers_l_europe_la_france_et_la_defense_20_07_2009.html\" class=\"gen\">20 juillet 2009<\/a>, de la part du conservateur Malcolm Rifkind, demandant une r\u00e9orientation strat\u00e9gique du Royaume-Uni vers l&rsquo;Europe et la France).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;innombrables articles concernant les h\u00e9sitations UK vis-\u00e0-vis du programme JSF (voir, par exemple, le texte du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-les_man_uvres_pour_une_transformation_de_la_defense_britannique_avec_la_question_du_jsf_commencent_04_08_2009.html\" class=\"gen\">4 ao\u00fbt 2009<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Des signes de faiblesse marqu\u00e9e vis-\u00e0-vis de l&rsquo;engagement britannique eh Afghanistan (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_maillon_hesitant_29_07_2009.html\" class=\"gen\">29 juillet 2009<\/a> et le <a href=\" http:\/\/www.dedefensa.org\/article-tentative_d_evasion_24_08_2009.html\" class=\"gen\">24 ao\u00fbt 2009<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Des indices pr\u00e9cis sur une attente tr\u00e8s sp\u00e9cifiques de r\u00e9ductions budg\u00e9taires qui impliqueraient des choix de programmes et les orientations strat\u00e9giques qui vont avec (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-l_industrie_de_l_armement_britannique_en_desordre_de_retraite_15_09_2009.html\" class=\"gen\">11 septembre 2009<\/a> et le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-un_plan_tory_pour_la_defense_uk_l_essentiel_n_est_pas_dit_16_09_2009.html\" class=\"gen\">16 septembre 2009<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe moins qu&rsquo;on puisse observer est qu&rsquo;on s&rsquo;interroge. Deux \u00e9l\u00e9ments objectifs y poussent: le manque d&rsquo;int\u00e9r\u00eat grandissant des USA (principal partenaire strat\u00e9gique de UK) pour l&rsquo;Europe, \u00e0 mesure de l&rsquo;affaiblissement vertigineux de leur puissance strat\u00e9gique. D&rsquo;autre part, la crise financi\u00e8re qui a drain\u00e9 des masses budg\u00e9taires importantes et impose des restriction budg\u00e9taires importantes (\u00a330 milliards de restrictions pour la d\u00e9fense peut-\u00eatre, pour les conservateurs, s&rsquo;ils prennent le pouvoir en 2010); la crise \u00e9conomique, qui ajoute sa pression pour privil\u00e9gier des d\u00e9penses dans les secteurs sociaux.   <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe Royaume-Uni ne peut \u00e9viter la perspective de changements importants dans le domaine de la d\u00e9fense, et, sans doute, pour compenser cela, des changements strat\u00e9giques. C&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;Europe est int\u00e9ress\u00e9e au premier chef car le seul axe strat\u00e9gique alternatif possible pour des Britanniques qui ne peuvent plus se suffire \u00e0 eux-m\u00eames est dans ce sens. Nous retrouvons notre dimension europ\u00e9enne \u00e9voqu\u00e9e dans le premier article sur ce sujet.<\/p>\n<h3>L&rsquo;ombre de Saint-Malo<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t A nouveau, donc, tous les regards europ\u00e9ens se tournent vers le Royaume-Uni, certains avec int\u00e9r\u00eats, beaucoup avec d\u00e9fiance et un peu d&rsquo;ironie (c&rsquo;est le cas chaque fois qu&rsquo;on sent que le Royaume-Uni pourrait \u00eatre forc\u00e9 de se tourner, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, vers l&rsquo;Europe). On pourrait penser qu&rsquo;on se retrouve, pour ce pays, avec certaines conditions similaires \u00e0 celles qui accouch\u00e8rent de Saint-Malo (d\u00e9claration commune avec la France, d\u00e9cembre 1998). On pourrait accepter le jugement \u00e9ventuellement pour l&rsquo;esprit de la chose, ou l&rsquo;ampleur de la chose, certainement pas pour les circonstances. Faisons les comptes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;Angleterre triomphante de Tony Blair, en 1998, ne connaissait qu&rsquo;un revers: une \u00e9pouvantable r\u00e9putation europ\u00e9enne, h\u00e9rit\u00e9e de l&rsquo;histoire nationale depuis 1945, qui avait \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par la catastrophique pr\u00e9sidence britannique de l&rsquo;UE de janvier-juillet 1998. Saint-Malo \u00e9tait donc, politiquement, un moyen pour les Britanniques de se rapprocher de l&rsquo;Europe; le projet de Tony Blair \u00e9tait de devenir l&rsquo;interlocuteur europ\u00e9en privil\u00e9gi\u00e9 des USA, ce qui impliquait qu&rsquo;il fut, ou parut \u00eatre europ\u00e9en sans cesser d&rsquo;\u00eatre diablement transatlantique. Aujourd&rsquo;hui, la pr\u00e9occupation europ\u00e9enne des Britanniques est pratiquement nulle, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus gu\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rence europ\u00e9enne qui vaille qu&rsquo;on fasse grand effort pour elle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;Angleterre de Gordon Brown, et, demain, peut-\u00eatre, du <em>Tory<\/em> Cameron, est dans un \u00e9tat pitoyable. Le jugement vaut pour son \u00e9conomie autant que pour son appareil militaire, lamin\u00e9 par les aventures ext\u00e9rieures (les folies blairistes) et les restrictions budg\u00e9taires qui s&rsquo;annoncent. Il ne s&rsquo;agit pas, pour les Britanniques, de para\u00eetre plus europ\u00e9en, mais de tenter de sauver leur statut de puissance. En 1998, au contraire, l&rsquo;Angleterre et son syst\u00e8me portaient beau, se pr\u00e9tendant un mod\u00e8le pour l&rsquo;avenir du monde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t En 1998, les USA \u00e9taient au pinacle de leur puissance d&rsquo;apparence (temps de l&rsquo;<em>hyperpower<\/em>); aujourd&rsquo;hui, ils sont en cours d&rsquo;effondrement, y compris pour leur appareil militaire. L&rsquo;avis de plus en plus r\u00e9pandu dans les milieux dirigeants britanniques est qu&rsquo;on ne peut plus compter aujourd&rsquo;hui sur un soutien automatique des USA dans le cas d&rsquo;une circonstance d&rsquo;urgence en Europe.  Il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation \u00e0 la fois conjoncturelle (le peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;Obama, aussi bien que de la direction de s\u00e9curit\u00e9 nationale, pour l&rsquo;Europe) et structurelle (moyens r\u00e9duits des USA). C&rsquo;est l\u00e0 une situation in\u00e9dite: on eut souvent le soup\u00e7on de l&rsquo;indiff\u00e9rence US pour l&rsquo;Europe depuis 1945, jamais le constat presque unanime de l&rsquo;impuissance US pour prendre en main la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;Europe.<\/p>\n<h3>Du tactique au strat\u00e9gique <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDe ce point de vue, la position britannique n&rsquo;est plus tactique, comme au temps de Blair\/St-Malo, mais strat\u00e9gique, c&rsquo;est-\u00e0-dire fondamentale. En 1998, les Britanniques firent un choix, dont on peut juger qu&rsquo;il \u00e9tait essentiel et tactique mais qui n&rsquo;\u00e9tait certainement pas strat\u00e9gique puisqu&rsquo;il ne sacrifiait rien en principe de leurs engagements avec les USA. Aujourd&rsquo;hui, la situation les pousse \u00e0 des positions qui sont plus des n\u00e9cessit\u00e9s que des choix, avec des implications strat\u00e9giques possibles tout \u00e0 fait \u00e9videntes. Il nous para\u00eet assur\u00e9 que la force des \u00e9v\u00e9nements, ou la force des choses si l&rsquo;on veut, est telle que les dirigeants britanniques ne sont pas ma\u00eetres de la situation, qu&rsquo;ils d\u00e9cident sous la pouss\u00e9e d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;ils ne voient pas n\u00e9cessairement venir, qu&rsquo;ils mesurent mal sinon lorsque ces \u00e9v\u00e9nements s&rsquo;imposent, \u00e0 partir de quelques orientations et engagements dont il n&rsquo;est pas assur\u00e9 que les plus essentiels soient pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9termin\u00e9s. Dans quelles conditions? <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSi nous repoussons l&rsquo;analogie de Saint-Malo\/1998, nous sommes tent\u00e9s, pour la situation du Royaume-Uni, par une certaine analogie avec le Royaume-Uni de 1944-45. Ce qui nous importe \u00e0 cet \u00e9gard est la situation de la direction britannique par rapport \u00e0 son axe strat\u00e9gique principal, qui est la relation avec les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn 1944-1945, le Royaume-Uni (victorieux, mais cela n&rsquo;importe pas) \u00e9tait exsangue, comme il l&rsquo;est aujourd&rsquo;hui. Depuis 1941, il avait choisi une alliance totale avec les USA, comme Blair fit le 11 septembre 2001, et il en avait \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par des pratiques de brigandage bien dans la mani\u00e8re US. (Voyez ce qu&rsquo;en pensait le grand Keynes, au bord de la d\u00e9mission au printemps 1945, quand il mesurait les couleuvres US d&rsquo;une ph\u00e9nom\u00e9nale longueur que le gouvernement britannique aux abois lui imposait d&rsquo;avaler dans les n\u00e9gociations mon\u00e9taires, commerciales et financi\u00e8res avec les USA, qu&rsquo;il dirigeait pour le Royaume-Uni.) Les dirigeants britanniques constatent aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 press\u00e9s comme un citron par Washington, pendant huit ans, sans rien en retour (citation du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_freedom_of_speech_de_l_ex-major_reconverti_dans_l_establishment_04_09_2009.html\" class=\"gen\">major Joyce<\/a>, dans sa lettre officielle de d\u00e9mission d&rsquo;un poste de conseiller du ministre de la d\u00e9fense, pourtant \u00e9crite en termes mesur\u00e9es: \u00ab<em>We also need a greater geopolitical return from the United States for our efforts. For many, Britain fights; Germany pays; France calculates; Italy avoids.<\/em>\u00bb)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEntre 1945 et 1948, les USA se d\u00e9tach\u00e8rent strat\u00e9giquement de l&rsquo;Europe, dans une phase de v\u00e9ritable isolationnisme qui a \u00e9t\u00e9 bien peu not\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral, avant d&rsquo;y revenir massivement (Plan Marshall, OTAN) pour des raisons diverses dont on sait qu&rsquo;elles d\u00e9passaient les seules relations transatlantiques. Aujourd&rsquo;hui, on l&rsquo;a vu, les USA se trouvent \u00e9galement en position de repli, cette fois avec bien peu de perspective politique de r\u00e9engagement et encore moins de moyens de puissance pour y songer, plong\u00e9s dans une crise massive de leur syst\u00e8me. La suggestion qu&rsquo;on peut faire est que, comme en 1946-1947, comme on l&rsquo;a vu plus haut, dans une situation des relations transatlantiques similaires, le Royaume-Uni soit conduit, sinon <strong>forc\u00e9<\/strong> de se tourner vers l&rsquo;Europe pour sa s\u00e9curit\u00e9  <em>dito<\/em> vers la France. Ce fut un \u00e9chec en 1946-1947, d&rsquo;abord par l&rsquo;accueil assez froid des Fran\u00e7ais mais aussi \u00e0 cause de la faiblesse strat\u00e9gique consid\u00e9rable de ces m\u00eames Fran\u00e7ais, ensuite parce que les \u00e9v\u00e9nements tourn\u00e8rent court. <\/p>\n<h3>Oraison fun\u00e8bre pour <em>sp\u00e9cial relationships<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a des avis terriblement tranch\u00e9s sur les relations transatlantiques, aujourd&rsquo;hui au Royaume-Uni. On a vu que les instituts et autres <em>think tanks<\/em> se sont mis \u00e0 plancher sur l&rsquo;affaire, avec avis concordants, que des prises de position ont lieu dans ce sens, etc. On n&rsquo;h\u00e9site plus, aujourd&rsquo;hui, devant les oraisons fun\u00e8bres; celle de Rachel Sylvester, du <em>Times<\/em> pourtant, du <a href=\"http:\/\/www.timesonline.co.uk\/tol\/comment\/columnists\/rachel_sylvester\/article6816407.ece\" class=\"gen\">1er septembre 2009<\/a>, nous restitue apr\u00e8s tout la situation analogique que nous signalons ici:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>There was always an inequality between Britain and America, but the US used to respect the UK because it was reliable. With the release of al-Megrahi the bond of trust has been destroyed. The special relationship is over, but the real problem is that it is not at all clear what if anything will replace it. It is 45 years since the late US Secretary of State Dean Acheson said that Great Britain has lost an empire and has not yet found a role. As the balance of power shifts around the world, it is even farther from finding one now.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;autre aspect de la situation est \u00e9galement exemplaire de l&rsquo;analogie que nous faisons, avec une industrie de d\u00e9fense dispers\u00e9e qui affronte une situation budg\u00e9taire catastrophique, avec une perspective \u00e9crasante de r\u00e9duction des cr\u00e9dits. La conclusion de cette perspective qui se concr\u00e9tisera tr\u00e8s vite, d\u00e8s 2010, est que l&rsquo;Angleterre ne peut plus se suffire \u00e0 elle-m\u00eame au niveau de la d\u00e9fense, alors qu&rsquo;elle sent de plus en plus de mou, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;absence compl\u00e8te, dans le lien transatlantique. Cette perspective compl\u00e8te donc la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue faire? L&rsquo;Europe, <em>by Jove<\/em> Sans enthousiasme, mais pouss\u00e9 par un destin contraire et furieux. Mais que signifie l&rsquo;Europe dans ce cas?<\/p>\n<h3>Surtout pas d&rsquo;Europe int\u00e9gr\u00e9e<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette situation particuli\u00e8rement peu exaltante, une chose ne doit pas d\u00e9plaire aux Britanniques, qu&rsquo;on a signal\u00e9e dans le premier article sur la situation de la d\u00e9fense europ\u00e9enne. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;\u00e9tat moribond des perspectives d&rsquo;int\u00e9gration \u00e0 tendance supranationale, au profit du retour du r\u00f4le des nations. Par exemple, Malcolm Rifkind, ancien ministre de la d\u00e9fense et des affaires \u00e9trang\u00e8res conservateur, signalait dans son article du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-toujours_des_signaux_britanniques_vers_l_europe_la_france_et_la_defense_20_07_2009.html\" class=\"gen\">20 juillet 2009<\/a> qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une condition <em>sine qua non<\/em> (\u00ab<em>I am not advocating the dangerous nonsense of a European army. Nor am I suggesting enhanced powers for the EU in defence<\/em>\u00bb). Sur ce point, et c&rsquo;est une grande nouveaut\u00e9, les Britanniques n&rsquo;auront pas \u00e0 se battre parce que la bataille est d\u00e9j\u00e0 livr\u00e9e, avec l&rsquo;issue <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_une_defense_en_europe_i_16_09_2009.html\" class=\"gen\">dans le sens<\/a> qu&rsquo;on a vue, qui ne peut que les satisfaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL\u00e0-dessus, Rifkind se trouve libre d&rsquo;encha\u00eener, sur une voie \u00e9vidente: la puissance de la France sugg\u00e8re que le Royaume-Uni amorce un virage strat\u00e9gique complet, en se rapprochant d\u00e9cisivement, au niveau de la s\u00e9curit\u00e9, de son voisin d&rsquo;outre-Manche. Rifkind va loin, puisqu&rsquo;il propose des coop\u00e9rations majeures dans tous les grands domaines, y compris le nucl\u00e9aire pour l&rsquo;avenir de la force nucl\u00e9aire UK. Le th\u00e8me est explosif puisqu&rsquo;une telle proposition implique une rupture <em>de facto<\/em> avec les USA d&rsquo;un des liens secrets, ou disons discrets, les plus forts entre USA et UK.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObservons, ou plut\u00f4t rappelons qu&rsquo;un des \u00e9missaires de Sarko, en avril 2007, peu avant l&rsquo;\u00e9lection, avan\u00e7ait dans une r\u00e9union bruxelloise semi-publique qu&rsquo;une proposition de coop\u00e9ration nucl\u00e9aire faite aux Britanniques (pr\u00e9sent\u00e9 explicitement comme ceci: d\u00e9tacher le Royaume-Uni des USA dans ce domaine) \u00e9tait dans les id\u00e9es de la nouvelle \u00e9quipe qui visait le pouvoir en France. Ces id\u00e9es ne sont pas nouvelles, autour du mythe d&rsquo;une coop\u00e9ration franco-britannique, mais elles redeviennent d&rsquo;une actualit\u00e9 explosive.<\/p>\n<h3>Le JSF, d\u00e9tonateur central<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQuelles sont les chances de voir se r\u00e9aliser une telle \u00e9volution? Il est impossible de r\u00e9pondre dans une situation aussi fluide, aussi incertaine. C&rsquo;est une situation \u00e9galement compl\u00e8tement opaque dans sa compr\u00e9hension \u00e0 cause d&rsquo;une d\u00e9mentielle activit\u00e9 de communication qui semble \u00e0 la fois interdire des initiatives importantes par le discours convenu qu&rsquo;elle impose, \u00e0 la fois laisser brusquement et sporadiquement s&rsquo;ouvrir le champ, d&rsquo;une fa\u00e7on ponctuelle et souvent inattendue, vers des possibilit\u00e9s compl\u00e8tement impr\u00e9vues et compl\u00e8tement audacieuses. (L&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-une_strategie_auto-evolutive_09_09_2009.html\" class=\"gen\">exemple<\/a> des relations entre le Br\u00e9sil et la France est un de ces cas inattendus et soudainement audacieux.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, il nous semble qu&rsquo;on peut fixer son attention sur une situation sp\u00e9cifique. Il ne nous semble pas, pour des raisons techniques, op\u00e9rationnelles, politiques et m\u00eame (surtout?) symboliques, qu&rsquo;une telle \u00e9volution strat\u00e9gique du Royaume-Uni, se tournant vers la France, puisse se faire sans un acte de rupture (avec les USA, certes) dans un domaine ou sur un point symbolique d&rsquo;une grande force. Pour toutes les raisons qu&rsquo;on sait, \u00e0 propos d&rsquo;un cas que nous suivons avec attention et dont nous parlons abondamment, il nous semble difficile que le Royaume-Uni puisse entreprendre son <em>aggiornamento<\/em> strat\u00e9gique sans abandonner, d&rsquo;une fa\u00e7on ou l&rsquo;autre, et selon une tactique \u00e0 concevoir, le programme JSF. Ce programme est trop structur\u00e9 dans des liens d&rsquo;all\u00e9geance avec les USA pour que le JSF, avec tout ce qui va avec, puisse rester ins\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;ordre de bataille britannique alors qu&rsquo;un tel <em>aggiornamento<\/em> aurait lieu. (Et, d&rsquo;une fa\u00e7on significative, nous verrions dans un tel acte, qui se ferait selon une d\u00e9cision nette et rapide, plus une rupture que dans une coop\u00e9ration nucl\u00e9aire avec la France, qui prendrait du temps \u00e0 s&rsquo;\u00e9tablir et n&rsquo;aurait pas le caract\u00e8re spectaculaire et explosif du cas JSF. L&rsquo;abandon du JSF serait une fa\u00e7on de trancher le nud gordien.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEt il s&rsquo;agit effectivement d&rsquo;un probl\u00e8me purement britannique. Les Fran\u00e7ais, qui ont beaucoup plus d&rsquo;options \u00e0 leur disposition, pourraient vivre en coop\u00e9rant \u00e9troitement (y compris du point de vue nucl\u00e9aire) avec un Royaume-Unis engag\u00e9 dans le programme JSF. Mais les Britanniques, eux, ne le pourraient pas, parce que cet engagement suppose trop de liens pour qu&rsquo;ils retrouvent assez de la libert\u00e9 strat\u00e9gique n\u00e9cessaire \u00e0 leur r\u00e9orientation strat\u00e9gique. Comme l&rsquo;on sait par ailleurs, cet abandon n&rsquo;est pas une chim\u00e8re utopique, pour tant de raisons, notamment l&rsquo;\u00e9tat catastrophique du programme JSF.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous en restons l\u00e0 sur ce point, nous en tenant \u00e0 l&rsquo;aspect symbolique et politique. Mais nous jugeons que la question du JSF est le d\u00e9tonateur central, au point que nous avancerions la proposition inverse, en renversant la chronologie des d\u00e9cisions \u00e9ventuelles dans l&rsquo;hypoth\u00e8se \u00e9voqu\u00e9e: si le Royaume-Uni, dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 il se trouve, abandonnait le JSF, m\u00eame pour une raison sans rapport avec un rapprochement avec la France, il n&rsquo;aurait plus d&rsquo;autre issue strat\u00e9gique que de se rapprocher d\u00e9cisivement de la France.<\/p>\n<h3>Quel effet sur l&rsquo;Europe?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQuel(s) effet(s) sur l&rsquo;Europe aurait l&rsquo;hypoth\u00e8se que nous \u00e9voquons d&rsquo;un rapprochement aussi significatif, au niveau de la s\u00e9curit\u00e9, entre le Royaume-Uni et la France? Paradoxalement mais sans r\u00e9elle surprise, cela n&rsquo;impliquerait nullement une nouvelle dynamique europ\u00e9enne. Au contraire, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ent\u00e9rinerait les prolongements dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, sur l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;agonie de l&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9enne, sur le re-surgissement des nations, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous aurions tendance \u00e0 consid\u00e9rer une telle \u00e9volution strat\u00e9gique selon deux axes prospectifs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Au niveau europ\u00e9en, un tel rapprochement France-UK formerait un bloc, attirant d&rsquo;autres partenaires (Rifkind songe \u00e0 la Pologne, on songe bien s\u00fbr aussi \u00e0 l&rsquo;Allemagne, \u00e0 l&rsquo;Espagne, \u00e0 l&rsquo;Italie, au Benelux, sans affirmer quelque exclusive ou certitude que ce soit  bref, l&rsquo;amorce de ce qui serait un noyau dur europ\u00e9en, mais qui ne jouerait pas n\u00e9cessairement un r\u00f4le dynamique europ\u00e9en). Dans la fa\u00e7on qu&rsquo;on en d\u00e9crit l&rsquo;hypoth\u00e9tique formation et pour d\u00e9crire sa signification europ\u00e9enne, ce bloc n&rsquo;aurait pas pour vocation de relancer l&rsquo;Europe mais de constituer un des p\u00f4les sur lequel s&rsquo;appuierait une nouvelle architecture europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9, essentiellement en connexion avec la Russie. On en revient \u00e0 la proposition Medvedev, dont il faut s&rsquo;attendre \u00e0 ce qu&rsquo;on parle beaucoup en 2010, surtout avec <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-bye_bye_bmde_17_09_2009.html \" class=\"gen\">l&rsquo;\u00e9volution<\/a> des USA au niveau du BMDE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;OTAN? Certes, l&rsquo;OTAN existerait toujours, car on ne peut se passer de ces vieilles choses. (Rifkind, dans ses propositions, mentionne qu&rsquo;il faut \u00e9videmment y \u00eatre fid\u00e8le, puis passe \u00e0 autre chose.) Mais tant qu&rsquo;elle est oblig\u00e9e de suivre le jeu am\u00e9ricaniste, qui est extra-europ\u00e9en et qui est celui d&rsquo;une d\u00e9cadence d&rsquo;une conception de la s\u00e9curit\u00e9 avec l&rsquo;effondrement des moyens \u00e0 mesure selon la situation US en cours, l&rsquo;OTAN se met hors du jeu et s&rsquo;interdit d&rsquo;offrir une perspective europ\u00e9enne. L&rsquo;OTAN aurait, dans ce jeu envisag\u00e9, une position de repoussoir sans que personne n&rsquo;en parle ainsi.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Au contraire, un tel bloc s&rsquo;inscrirait dans une nouvelle dynamique strat\u00e9gique, nullement li\u00e9e \u00e0 une r\u00e9gion (m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit dans ce cas d&rsquo;un arrangement r\u00e9gional), laissant les partenaires libres d&rsquo;autres engagements tr\u00e8s diff\u00e9rents. L\u00e0 encore, nous citons \u00e0 nouveau l&rsquo;esquisse des relations France-Br\u00e9sil, parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un mod\u00e8le naturel qui appara\u00eet brusquement pour illustrer et caract\u00e9riser une dynamique strat\u00e9gique nouvelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCurieux Dans ce sch\u00e9ma qu&rsquo;on propose, la logique suivie est, au niveau europ\u00e9en, celle que les Britanniques voulurent toujours suivre et que les Fran\u00e7ais d\u00e9nonc\u00e8rent toujours en priant secr\u00e8tement pour qu&rsquo;elle se fasse: la fin de l&rsquo;objectif d&rsquo;un mod\u00e8le europ\u00e9en int\u00e9gr\u00e9 europ\u00e9en au niveau de la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous ne disons pas que l&rsquo;orientation ainsi appr\u00e9ci\u00e9e en perspective soit souhaitable et nous ne nous int\u00e9ressons pas \u00e0 d\u00e9battre sur le point de savoir si elle est, pr\u00e9sentement, r\u00e9alisable. (Elle ne l&rsquo;est pas \u00e0 la minute pr\u00e9sente, certes, mais les \u00e9v\u00e9nements, qu&rsquo;on ne voit pas venir, qui bouleversent les certitudes, s&rsquo;imposent vite aujourd&rsquo;hui.) Nous disons qu&rsquo;il existe aujourd&rsquo;hui de telles forces en action, sur lesquelles les directions politiques n&rsquo;ont gu\u00e8re de prise, qu&rsquo;elles peuvent effectivement conduire \u00e0 de tels mod\u00e8les. Dans le cas envisag\u00e9, ce ne serait pas l&rsquo;Europe institutionnelle d\u00e9truite, cela serait l&rsquo;Europe institutionnelle mise \u00e0 sa place.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur une d\u00e9fense en Europe (II) Dans notre article pr\u00e9c\u00e9dent cette deuxi\u00e8me partie de la note d&rsquo;analyse sur une d\u00e9fense europ\u00e9enne (le 16 septembre 2009), nous avons pr\u00e9sent\u00e9, dans une perspective historique, la situation de la d\u00e9fense europ\u00e9enne. 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