{"id":71119,"date":"2009-09-29T15:41:06","date_gmt":"2009-09-29T15:41:06","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/09\/29\/notes-sur-bho-et-ses-generaux-et-ses-amiraux\/"},"modified":"2009-09-29T15:41:06","modified_gmt":"2009-09-29T15:41:06","slug":"notes-sur-bho-et-ses-generaux-et-ses-amiraux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/09\/29\/notes-sur-bho-et-ses-generaux-et-ses-amiraux\/","title":{"rendered":"Notes sur BHO et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux)"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Notes sur BHO et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux)<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tParmi les nombreux chemins de l&rsquo;imbroglio g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 se d\u00e9bat Barack Obama, il y a celui de l&rsquo;Afghanistan auquel nous avons tr\u00e8s r\u00e9cemment consacr\u00e9 un <em>F&#038;C<\/em> (le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_president_et_quelques_generaux_25_09_2009.html\" class=\"gen\">25 septembre 2009<\/a>). Cet imbroglio commence \u00e0 ressembler \u00e0 un blocage, qui pourrait mener \u00e0 une confrontation, qui concerne pr\u00e9cis\u00e9ment les rapports d&rsquo;Obama et des militaires, dans la perspective de la poursuite ou non, et avec quelle intensit\u00e9, du conflit en Afghanistan. Sur ce point central de l&rsquo;Afghanistan se greffe l&rsquo;appendice de la mont\u00e9e de la tension avec l&rsquo;Iran, pour la ni\u00e8me fois certes  mais chaque fois on vous assure que le cette fois est d\u00e9cisif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour l&rsquo;instant, comme nous l&rsquo;identifiions dans notre texte du 25 septembre, il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de cabale, form\u00e9e principalement du g\u00e9n\u00e9ral McChrystal, qui commande en Afghanistan, et de son sup\u00e9rieur direct, le g\u00e9n\u00e9ral Petraeus, le chef de Central Command. La tension en cours de formation entre ce groupe et le pr\u00e9sident ne concerne pas le seul terrain de la guerre en Afghanistan. On y trouve \u00e9galement des ambitions politiques, lesquelles sont r\u00e9sum\u00e9es par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 MacArthur du temps de la Cor\u00e9e; c&rsquo;est-\u00e0-dire, le MacArthur en conflit avec le pr\u00e9sident Truman, avec des ambitions politiques suppos\u00e9es (celle d&rsquo;\u00eatre candidat r\u00e9publicain \u00e0 la pr\u00e9sidence en 1952) qui furent finalement abandonn\u00e9es par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9, plut\u00f4t par maladresse et d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. Tom Engelhardt, qui d\u00e9veloppe l&rsquo;hypoth\u00e8se, note que Petraeus  c&rsquo;est de ses ambitions \u00e0 la MacArthur qu&rsquo;il s&rsquo;agit  est beaucoup plus habile politique que MacArthur et sans doute ses ambitions politiques sont-elles plus fermes que celles de l&rsquo;ancien commandant en chef en Cor\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, ce conflit latent entre Obama et la cabale Petraeus-McChrystal (dans ce sens, puisqu&rsquo;il semble \u00e9vident que Petraeus est l&rsquo;inspirateur du duo) recouvre une situation nouvelle dans les rapports entre les militaires et le pouvoir civil. Mais nous parlons aussi, d&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, des rapports entre le complexe militaro-industriel (CMI) et le nouveau pr\u00e9sident, qui sont sous-jacents au cas que nous examinons.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;arriv\u00e9e de Barack Obama a montr\u00e9 un changement appr\u00e9ciable de ces rapports, si on les compare avec ce qu&rsquo;ils \u00e9taient sous l&rsquo;administration GW Bush dans sa premi\u00e8re p\u00e9riode (2001-2006). Ce changement a matur\u00e9 pendant une phase interm\u00e9diaire qui fut celle de la plus compl\u00e8te impotence de l&rsquo;administration Bush, entre la victoire \u00e9lectorale d\u00e9mocrate de novembre 2006 et l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Obama. Dans cette intervalle, les militaires sont pass\u00e9s d&rsquo;une position d&rsquo;opposition \u00e0 la politique belliciste du pouvoir  (Bush) \u00e0 une position \u00e9ventuelle de plus grande affirmation de leur statut, jusqu&rsquo;\u00e0 des positions de concurrence vis-\u00e0-vis du pouvoir civile (Petraeus-Obama). Mais on n&rsquo;en a pas moins vu se cr\u00e9er un nouveau d\u00e9sordre dans la situation g\u00e9n\u00e9rale o\u00f9 il appara\u00eet qu&rsquo;une position comme celle de Petraeus-McChrystal est loin, voire tr\u00e8s loin de refl\u00e9ter la position g\u00e9n\u00e9rale des chefs militaires. L&rsquo;\u00e9quation Obama et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux) est beaucoup plus complexe qu&rsquo;elle ne para\u00eet \u00e0 la premi\u00e8re \u00e9valuation.<\/p>\n<h3>Des militaires qui apaisent par la pression<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t La position des militaires durant la premi\u00e8re p\u00e9riode Bush, avec des nuances dans les positions selon les armes, a \u00e9volu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 une position d&rsquo;apaisement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des situation op\u00e9rationnelles, qui revenait \u00e0 une confrontation larv\u00e9e avec une administration toujours caract\u00e9ris\u00e9e par une politique maximaliste. Pendant les ann\u00e9es 2005-2007 au moins, les militaires bloqu\u00e8rent impitoyablement toute tentative de confrontation avec l&rsquo;Iran, sous la ferme direction de l&rsquo;U.S. Navy (amiraux Fallon et Mullen). <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa r\u00e9sistance fut tr\u00e8s efficace, r\u00e9alis\u00e9e avec finesse mais parfois fermet\u00e9 (confrontation violente entre Fallon, chef de Central Command, et son subordonn\u00e9 Petraeus, l&rsquo;homme de Bush-Cheney). A certains moments, sur la fin de la p\u00e9riode, l&rsquo;on fut pratiquement dans une situation <em>soft<\/em> d&rsquo;insubordination. L&rsquo;U.S. Navy manipula la position et le d\u00e9ploiement de ses <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_porte-avions_volant_18_07_2007.html?admin=1\" class=\"gen\">porte-avions<\/a>, indispensables en un certain nombre (3-4 minimum) \u00e0 une attaque contre l&rsquo;Iran, de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;y ait, durant cette p\u00e9riode cruciale que deux porte-avions au plus, voire un seul en station au large de l&rsquo;Iran.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela correspondait \u00e0 la position sinon apaisante, dans tous les cas tr\u00e8s arrangeante de l&rsquo;U.S. Navy, absolument oppos\u00e9e \u00e0 un conflit avec l&rsquo;Iran, parce que toute son attention strat\u00e9gique se concentrait sur la zone Afghanistan-Pakistan. La Navy consid\u00e8re, dans tous les cas, qu&rsquo;on on ne peut \u00e0 la fois conduire une guerre d&rsquo;envergure en zone <em>AfPak<\/em> et affronter l&rsquo;Iran. (La chose devrait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;esprit aujourd&rsquo;hui o\u00f9 les chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement  BHO, Brown et Sarko , sortis d&rsquo;un G-20 pas vraiment exaltant, jouent aux chefs de guerre contre l&rsquo;Iran et laissent \u00e9voquer des actions militaires. Avec quoi? R\u00e9ponses confuses.)<\/p>\n<h3>Un <em>round<\/em> de reclassement<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDe novembre 2006 \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Obama, tout au long de la dissolution de l&rsquo;administration Bush acharn\u00e9e \u00e0 pr\u00e9senter le <em>surge<\/em> en Irak, qui n&rsquo;int\u00e9ressait plus grand&rsquo;monde, comme une victoire sans pr\u00e9c\u00e9dent, les militaires commenc\u00e8rent \u00e0 se reclasser. Avec Gates, nouveau secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense qui tentait de faire le m\u00e9nage au Pentagone, ils assuraient leur nouvelle influence, essentiellement par le biais de l&rsquo;U.S. Navy et de l&rsquo;amiral Mullen, et d&rsquo;autres amiraux qui <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_tsunami_de_l_us_navy_19_03_2009.html\" class=\"gen\">acc\u00e9d\u00e8rent<\/a> \u00e0 des postes importants.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAu cur de la puissance am\u00e9ricaniste en pleine d\u00e9route, la hi\u00e9rarchie militaire tenait une position paradoxalement sereine (sauf l&rsquo;Air Force, poursuivie par la vindicte de Gates). L&rsquo;U.S. Army pansait ses plaies et tout le monde la couvrait de lauriers d&rsquo;avoir soutenu et de continuer \u00e0 soutenir des batailles si improbables, impos\u00e9es par un pouvoir civil compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9. En un sens, les g\u00e9n\u00e9raux (et surtout les amiraux) r\u00e9gnaient, dans un pays sans t\u00eate, sans ordre, avec un secr\u00e9taire \u00e0 la d\u00e9fense qui s&rsquo;arrangeait de cette situation, par ailleurs manifest\u00e9e discr\u00e8tement, parce qu&rsquo;il devait trouver des appuis pour le m\u00e9nage int\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>Un <em>round<\/em> d&rsquo;observation<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes militaires ont observ\u00e9 l&rsquo;ascension de BHO sans trop de pr\u00e9occupations. Pour eux, le sch\u00e9ma du candidat leur allait \u00e0 la perfection, aussi bien l&rsquo;Army que la Navy: liquidation de l&rsquo;Irak quand cela serait possible (la bureaucratie faisant le reste: cela prendrait du temps, les troupes US ne seraient plus expos\u00e9es, on conserverait bien une poign\u00e9e de bases); d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, relance de l&rsquo;Afghanistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est l&rsquo;essentiel, sous une forme de <em>deal<\/em>. On \u00e9change l&rsquo;Irak contre l&rsquo;Afghanistan. L&rsquo;engagement en Afghanistan satisfait l&rsquo;U.S. Army,  plus que l&rsquo;engagement en Irak. C&rsquo;est une guerre qui engage l&rsquo;OTAN, sur laquelle l&rsquo;U.S. Army croit pouvoir renforcer son emprise. Le pays tient des positions strat\u00e9giques et permet de tenir la Russie \u00e0 l&rsquo;il. L&rsquo;U.S. Navy \u00e9galement, n&rsquo;est pas m\u00e9contente. Le sous-continent indien est fondamental pour les voies de communication qu&rsquo;elle a pour mission de contr\u00f4ler, y compris les voies de passage des pays d&rsquo;Asie vers leurs sources d&rsquo;approvisionnement en \u00e9nergie. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y eut ainsi comme une sorte d&rsquo;accord tacite entre militaires et Obama. Cela explique notamment que McCain obtint tr\u00e8s peu de soutien des g\u00e9n\u00e9raux, parce que ces derniers le consid\u00e9raient tout de m\u00eame comme une sorte de nouveau Bush, intemp\u00e9rant, incontr\u00f4lable, capable de lancer des aventures inconsid\u00e9r\u00e9es. Le caract\u00e8re d&rsquo;Obama, son calme, sa mesure, furent un atout incontestable dans cette situation. Il y eut,  au d\u00e9but de l&rsquo;automne 2008, alors que la crise financi\u00e8re venait d&rsquo;\u00e9clater et que McCain voyait sa c\u00f4te s&rsquo;effondrer, une rencontre secr\u00e8te entre Obama et l&rsquo;amiral Mullen. Le pr\u00e9sident du JCS, tr\u00e8s satisfait de la rencontre, assura Obama de sa parfaite loyaut\u00e9 en cas d&rsquo;\u00e9lection.<\/p>\n<h3>Pr\u00e9misses d&rsquo;un affrontement<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe candidat est devenu pr\u00e9sident. Il doit tenir des engagements qu&rsquo;il a lui-m\u00eame, non seulement consentis mais propos\u00e9s comme une partie de la strat\u00e9gie qu&rsquo;il a lui-m\u00eame d\u00e9termin\u00e9e. C&rsquo;est en cela que la guerre en Afghanistan est un pi\u00e8ge dangereux pour lui, parce qu&rsquo;on ne lui a pas impos\u00e9 cette guerre, qu&rsquo;il a fait lui-m\u00eame le choix de la d\u00e9signer comme un conflit fondamental.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tObama devenu pr\u00e9sident re\u00e7ut un soutien ferme des militaires, un soutien discret mais substantiel. L&rsquo;amiral Mullen r\u00e9it\u00e9ra \u00e0 plusieurs reprises, en soutenant publiquement des positions qui sont <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-mullen_ou_les_militaires_us_en_soutien_du_pouvoir_civil_20_02_2009.html\" class=\"gen\">explicitement<\/a> celles de l&rsquo;administration Obama, hors du strict domaine militaire. De ce point de vue, les militaires jouent le jeu, ils sont <em>fair play<\/em>, ils n&#8217;empi\u00e8tent en rien sur le pouvoir civil. Si l&rsquo;Afghanistan semble \u00eatre devenu un pi\u00e8ge pour Obama, les militaires n&rsquo;en ont pas vraiment de responsabilit\u00e9 ontologique et Obama l&rsquo;a mont\u00e9 de toutes pi\u00e8ces en annon\u00e7ant lui-m\u00eame son engagement dans cette guerre. <\/p>\n<h3>Mais l&rsquo;affrontement est compliqu\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous en sommes donc \u00e0 la situation que nous avons d\u00e9crite dans notre <em>F&#038;C<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_president_et_quelques_generaux_25_09_2009.html\" class=\"gen\">25 septembre 2009<\/a>, o\u00f9 les militaires demandent les moyens de mener la guerre \u00e0 leur id\u00e9e. Mais, comme on l&rsquo;a vu, il n&rsquo;est pas assur\u00e9 qu&rsquo;on puisse simplement \u00e9crire BHO <em>versus<\/em> les g\u00e9n\u00e9raux (et les amiraux) simplement parce que BHO h\u00e9siterait \u00e0 tenir ses engagements en h\u00e9sitant \u00e0 lib\u00e9rer les moyens demand\u00e9s. La situation est bien plus complexe, pour deux raisons principalement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;abord, les g\u00e9n\u00e9raux font monter les ench\u00e8res (40.000-45.000 hommes demand\u00e9s par McChrystal), peut-\u00eatre, voire sans doute d&rsquo;une fa\u00e7on un peu forc\u00e9e. L&rsquo;id\u00e9e (celle de Tom Engelhardt) selon laquelle ces g\u00e9n\u00e9raux veulent mettre BHO dans les cordes n&rsquo;est pas d\u00e9nu\u00e9e de fondement. Peut-\u00eatre certains autres chefs militaires peuvent avoir des doutes. Mullen a rencontr\u00e9s secr\u00e8tement McChrystal la semaine derni\u00e8re sur la base de Ramstein, en Allemagne, pour lui demander des explications sur ses demandes de troupes. Il n&rsquo;est pas assur\u00e9 que Mullen soutienne McChrystal aussi nettement que Petraeus l&rsquo;a affirm\u00e9 en public.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Ensuite, il y a Petraeus, qui appara\u00eet comme une sorte d&rsquo;<em>imperator ex machina<\/em>, d&rsquo;homme qui tire les ficelles, le g\u00e9n\u00e9ral qui voudrait \u00eatre pr\u00e9sident et qui voit en 2012 une bonne opportunit\u00e9, pourvu qu&rsquo;auparavant le pr\u00e9sident Obama se soit saign\u00e9 \u00e0 blanc dans le conflit afghan. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e (\u00e0 nouveau Engelhardt) d&rsquo;un Patraeus-MacArthur, en politiquement plus habile que le vice-roi du Japon devenu le grand ordonnateur de la guerre de Cor\u00e9e.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOr Petraeus, avec son homme de main McChrystal, n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment aim\u00e9 de ses pairs. On a d\u00e9j\u00e0 rappel\u00e9 cet entretien orageux avec l&rsquo;amiral Fallon, son sup\u00e9rieur d&rsquo;alors (printemps 2007) \u00e0 Central Command, au cours duquel Petraeus fut copieusement insult\u00e9 selon des t\u00e9moignages qui on filtr\u00e9. Petraeus est vu comme un opportuniste, passant d&rsquo;une position <em>neocon<\/em> pr\u00eat \u00e0 pr\u00f4ner l&rsquo;attaque de l&rsquo;Iran, \u00e0 un partisan d&rsquo;une entente avec l&rsquo;Iran, pour faciliter la t\u00e2che des forces US en Afghanistan. La Navy, qui tient le haut du pav\u00e9 dans les grands commandements aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;aime pas cette sorte d&rsquo;intrigant. Vieille arme traditionnelle de l&rsquo;am\u00e9ricanisme, elle a ses traditions et son sens du devoir. M\u00eame si elle tient le haut du pav\u00e9, la Navy est, de loin, le moins politis\u00e9 des services des forces arm\u00e9es et le plus sensible au respect des positions traditionnelles dans l&rsquo;\u00e9quilibre des pouvoirs dans le syst\u00e8me. <\/p>\n<h3>Le facteur iranien<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJustement, on vient de parler de l&rsquo;Iran \u00e0 propos de Petraeus, au moment o\u00f9 l&rsquo;Iran fait \u00e0 nouveau parler de lui, o\u00f9 une nouvelle tension appara\u00eet alors que des \u00e9ch\u00e9ances se profilent pour dans tr\u00e8s vite. A nouveau, des langues imprudentes parlent de l&rsquo;option militaire. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;un esprit court conclurait aussit\u00f4t, la perspective n&rsquo;est pas faite pour enchanter les g\u00e9n\u00e9raux, et surtout pas les amiraux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale encore que celle qu&rsquo;on a d\u00e9crite pour la p\u00e9riode 2005-2008, la direction militaire US n&rsquo;aime pas du tout la perspective d&rsquo;une attaque contre l&rsquo;Iran. Elle la juge potentiellement explosive quand on l&rsquo;appr\u00e9cie en elle-m\u00eame, pour toutes les raisons du monde. Elle juge qu&rsquo;une telle attaque risquerait de d\u00e9stabiliser toute la r\u00e9gion et attiserait des rancurs terribles entre nombre de pays et les USA. (Et, lorsqu&rsquo;on parle d&rsquo;une attaque, on n&rsquo;est pas loin d&#8217;employer la m\u00eame logique pour une attaque isra\u00e9lienne ou une attaque US, tant les deux pays restent confondus dans l&rsquo;esprit de tant de pays musulmans.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela vaut pour l&rsquo;aspect, disons structurel de l&rsquo;attaque hypoth\u00e9tique. Mais que dire de l&rsquo;aspect conjoncturel? Y a-t-il un moment plus mal choisi? Les troupes US sont en pleine op\u00e9ration de regroupement en Irak, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus expos\u00e9es qu&rsquo;elles n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 au spectre que ne cesse d&rsquo;agiter William S. Lind: une coupure des lignes de communication des forces US en Irak par telle ou telle activit\u00e9 offensive en Irak, notamment de l&rsquo;Iran si ce pays \u00e9tait attaqu\u00e9. Et qui sait quel camp choisirait le gouvernement irakien, chiite, proche de T\u00e9h\u00e9ran? De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, g\u00e9ographiquement, on sait qu&rsquo;il y a, pour les militaires US, un lien contradictoire explosif entre la guerre en Afghanistan et un affrontement avec l&rsquo;Iran. Si l&rsquo;Iran d\u00e9cide de prendre une attitude antagoniste, la situation empirera pour les forces US (et de l&rsquo;OTAN) en Afghanistan.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi la question de la guerre en Afghanistan ne peut plus \u00eatre, aujourd&rsquo;hui, avec le regain de tension avec T\u00e9h\u00e9ran, envisag\u00e9e pour elle-m\u00eame, dans tous les cas du point de vue de la situation des chefs militaires US. On peut envisager qu&rsquo;une partie de la direction, notamment la Navy, pour soutenir Obama si le pr\u00e9sident cherche \u00e0 tout faire pour \u00e9viter une attaque contre l&rsquo;Iran, soutienne ce m\u00eame Obama contre les pressions de la cabale Petraeus-McChrystal pour l&rsquo;Afghanistan. Comme les amiraux n&rsquo;aiment pas Petraeus, cela tomberait assez bien&#8230; <\/p>\n<h3>Une crise, mais quelle crise ?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tY a-t-il une crise entre BHO et les militaires? Oui, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, mais cette crise se complique d&rsquo;une autre crise entre les militaires eux-m\u00eames, souterraine certes, mais qui p\u00e8serait de tout son poids si la situation se tendait entre Obama et Petraeus-McChrystal. Y a-t-il une crise en Afghanistan et \u00e0 propos de l&rsquo;Afghanistan? Oui, d&rsquo;une fa\u00e7on certaine, mais cette crise se complique de l&rsquo;agitation du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Iran. Et ainsi de suite<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEncore pourrait-on ajouter des facteurs plus ext\u00e9rieurs au th\u00e9\u00e2tre ainsi d\u00e9crit. Le sort du BMDE, par exemple, transf\u00e9r\u00e9 des bases de Pologne et de Tch\u00e9quie aux navires de l&rsquo;U.S. Navy, croiseurs et destroyers \u00e9quip\u00e9s du syst\u00e8me AEGIS Actuellement dix-huit ont les capacit\u00e9s anti-missiles balistiques (BMD) requises, d&rsquo;autres sont en cours ou en projet de modernisation dans ce sens. Les projets d&rsquo;Obama impliquent que la Navy aura un surcro\u00eet de travail (seuls deux croiseurs \u00e0 capacit\u00e9 AEGIS\/BMD sont affect\u00e9s \u00e0 la Flotte de l&rsquo;Atlantique actuellement, donc disponibles pour la M\u00e9diterran\u00e9e, le reste \u00e9tant dans le Pacifique). La Navy aura peut-\u00eatre besoin d&rsquo;un surcro\u00eet de budget, sinon d&rsquo;un surcro\u00eet d&rsquo;unit\u00e9s AEGIS\/BMD  que l&rsquo;administration Obama ne lui refuserait sans doute pas. Le r\u00f4le de la Navy, dans un domaine fondamental, est formidablement affirm\u00e9 aux d\u00e9pens de celui de l&rsquo;U.S. Army et de l&rsquo;USAF. La Navy n&rsquo;en aime que plus le pr\u00e9sident Obama, et elle s&rsquo;en souviendrait sans aucun doute en cas de tension entre Obama et Petraeus\/McChrystal. De ce strict point de vue des \u00e9quilibres internes, l&rsquo;op\u00e9ration BMDE est une excellente affaire pour Obama: en conservant le BMDE initial, il ne s&rsquo;attirait aucune consid\u00e9ration particuli\u00e8re; en le modifiant comme il le fait, il renforce sa popularit\u00e9 aupr\u00e8s d&rsquo;un service qui tient aujourd&rsquo;hui nombre des leviers de commande dans la structure des forces arm\u00e9es.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn aura not\u00e9 qu&rsquo;on ne parle gu\u00e8re de Gates. D&rsquo;abord, parce qu&rsquo;il est \u00e9ventuellement en instance de d\u00e9part, en 2010; ensuite parce qu&rsquo;il est un fameux combattant bureaucratique, qui, dans cette circonstance, pr\u00e9f\u00e8re sentir d&rsquo;o\u00f9 vient le vent avant de s&rsquo;engager. Enfin et surtout, Gates reste proche des chefs de la Navy et de Mullen, avec lesquels il a jou\u00e9 un jeu d\u00e9licat pour d\u00e9tourner les fous type-Cheney de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une attaque de l&rsquo;Iran en 2006-2008; on ne voit pas ce qui le pousserait, dans les circonstances hypoth\u00e9tiques qu&rsquo;on d\u00e9crit, \u00e0 se risquer dans un autre camp, et cela le met objectivement du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;Obama.<\/p>\n<h3>D\u00e9sordre, plut\u00f4t que crise<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est certes bien difficile de trancher sur le cas d&rsquo;une crise entre Obama et les militaires  sauf que nous serions bien plus inclin\u00e9s \u00e0 parler d&rsquo;une \u00e9ventuelle prospective de d\u00e9sordre que de celle d&rsquo;une crise si l&rsquo;une ou l&rsquo;autre ambition (Petraeus) se manifestait d&rsquo;une fa\u00e7on trop voyante. Personne ne s&rsquo;en \u00e9tonnera, tant il s&rsquo;agit bien, avec le d\u00e9sordre, de la tendance dominante de l&rsquo;\u00e9poque et des murs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne fois de plus, on est confirm\u00e9 dans l&rsquo;observation que le pouvoir \u00e0 Washington est une mosa\u00efque d&rsquo;int\u00e9r\u00eats divers et d&rsquo;influences diff\u00e9rentes. Il est certain que le pouvoir l\u00e9gislatif, le pr\u00e9sident, est ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-gulliver_et_le_systeme_28_09_2009.html\" class=\"gen\">Gulliver encha\u00een\u00e9<\/a> dont parle l&rsquo;historien Gary Wills; mais les autres pouvoirs et centres d&rsquo;influence le sont aussi, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, chacun avec des cha\u00eenes diff\u00e9rentes, mais tous subissant ce m\u00eame sort de l&rsquo;encha\u00eenement. Le syst\u00e8me monstrueux encha\u00eene tout le monde, et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du champ clos les affrontements se d\u00e9roulent, plus ou moins \u00e0 fleurets mouchet\u00e9s pour ne pas faire de vagues trop voyantes<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAlors, rien, contrairement \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se envisag\u00e9e? Pas si vite. Il y a les \u00e9v\u00e9nements qui, aujourd&rsquo;hui, dominent le monde sans souci des querelles et des ambitions de ce bas-monde qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9lite g\u00e9n\u00e9rale de notre syst\u00e8me. Dans cette atmosph\u00e8re d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, \u00e9trange par le contraste entre les agitations, les ambitions, les projets et les th\u00e9ories d&rsquo;une part, l&rsquo;encha\u00eenement et l&rsquo;impuissance d&rsquo;autre part, les \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;Histoire en train de se faire, comme lib\u00e9r\u00e9e des exigences du dernier homme(mod\u00e8le nietzsch\u00e9en), r\u00e8glent la marche du monde. Par cons\u00e9quent, rien n&rsquo;est pr\u00e9visible et tout est possible Par cons\u00e9quent, dans le dossier Obama et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux), il faut tout de m\u00eame s&rsquo;attendre \u00e0 de tr\u00e8s probables surprises dans cette situation de d\u00e9sordre contr\u00f4l\u00e9e o\u00f9 la tension est partout, qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement brutal et inattendu peut brusquement faire sortir de son cadre. L\u00e0 aussi, comme dans toutes les situation, nous marchons sur le fil du rasoir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQue nos lecteurs nous pardonnent s&rsquo;ils retrouvent encore dans la conclusion de cette analyse et de son raisonnement quelque inspiration maistrienne<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur BHO et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux) Parmi les nombreux chemins de l&rsquo;imbroglio g\u00e9n\u00e9ral o\u00f9 se d\u00e9bat Barack Obama, il y a celui de l&rsquo;Afghanistan auquel nous avons tr\u00e8s r\u00e9cemment consacr\u00e9 un F&#038;C (le 25 septembre 2009). 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