{"id":71198,"date":"2009-10-23T07:15:33","date_gmt":"2009-10-23T07:15:33","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/10\/23\/le-koweit-et-le-rafale\/"},"modified":"2009-10-23T07:15:33","modified_gmt":"2009-10-23T07:15:33","slug":"le-koweit-et-le-rafale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/10\/23\/le-koweit-et-le-rafale\/","title":{"rendered":"Le Kowe\u00eft et le <em>Rafale<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><p>Apr\u00e8s des entretiens, mercredi 21 octobre, avec le ministre fran\u00e7ais de la d\u00e9fense Morin, le ministre de la d\u00e9fense koweitien cheikh Jaber (ou cheikh Jaber Moubarak Al-Hamad Al-Sabah) a annonc\u00e9 que son pays attendait une offre fran\u00e7aise sur la vente du <em>Rafale<\/em> \u00e0 la force a\u00e9rienne du Kowe\u00eft. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tParmi d&rsquo;autres et \u00e0 l&rsquo;image des autres, <em>Le Monde<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/economie\/article\/2009\/10\/21\/le-koweit-serait-fier-d-avoir-des-rafale_1257046_3234.html\" class=\"gen\">21 octobre 2009<\/a> annonce la nouvelle, avec notamment ce premier paragraphe:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Le Kowe\u00eft serait fier de disposer du Rafale dans ses arm\u00e9es, a affirm\u00e9 le ministre kowe\u00eftien de la d\u00e9fense et premier vice-premier ministre mercredi 21 octobre \u00e0 Paris. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du Kowe\u00eft pour l&rsquo;avion de Dassault mettrait fin, s&rsquo;il se confirme, aux \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;avion-phare de l&rsquo;industrie a\u00e9rienne de d\u00e9fense fran\u00e7aise qui n&rsquo;a encore jamais \u00e9t\u00e9 export\u00e9. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Nicolas Sarkozy avait d\u00e9clar\u00e9 en f\u00e9vrier que la France et le Kowe\u00eft discutaient de la vente \u00e9ventuelle de b\u00e2timents de guerre et de 14 \u00e0 28 Rafale.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes Fran\u00e7ais n\u00e9gocient avec le Br\u00e9sil la vente du <em>Rafale<\/em>, avec, comme dans le cas du Kowe\u00eft, d&rsquo;autres commandes parall\u00e8les pour d&rsquo;autres mat\u00e9riels militaires. Il y a \u00e9galement des n\u00e9gociations en cours pour 60 <em>Rafale<\/em> pour les Emirats Arabes Unis. La promesse d&rsquo;achat de quelques <em>Rafale<\/em> par la Libye est toujours dans l&rsquo;air mais rel\u00e8ve d&rsquo;un contexte absolument exotique. La Suisse et l&rsquo;Inde sont deux autres march\u00e9s en cours, de type beaucoup plus classique comme on s&rsquo;en explique ci-dessous, o\u00f9 l&rsquo;avion fran\u00e7ais figurent parmi les concurrents.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Dans le cas kowe\u00eftien, comme dans le cas br\u00e9silien et \u00e9galement dans celui des EAU, on assiste \u00e0 une proc\u00e9dure tr\u00e8s particuli\u00e8re et tr\u00e8s sp\u00e9cifique. (Au contraire des cas suisse et indien, qui rel\u00e8vent \u00e0 notre sens d&rsquo;une autre probl\u00e9matique, plus classique, mais qui pourrait changer m\u00eame dans ces cas.) Cette proc\u00e9dure est celle du choix ou de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat politique pr\u00e9c\u00e9dant ou interf\u00e9rant d&rsquo;une fa\u00e7on spectaculaire (cas br\u00e9silien) dans le processus normal et classique de s\u00e9lection d&rsquo;un mat\u00e9riel militaire, notamment et sp\u00e9cifiquement d&rsquo;un avion de combat. L&#8217;emploi des adverbes notamment et sp\u00e9cifiquement souligne l&rsquo;image et la perception attach\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avion de combat, pour des raisons techniques et de communication prenant un sens politique, qui font de ce mat\u00e9riel un artefact \u00e0 tr\u00e8s forte signification politique. Ce constat s&rsquo;inscrit d&rsquo;autant plus dans nos observations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les trois cas envisag\u00e9s, il y a intervention du pouvoir politique (ministres ou au plus haut niveau du pr\u00e9sident pour le Br\u00e9sil) pour signaler l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du pays pour l&rsquo;avion de combat, et cet avion de combat-l\u00e0 (le <em>Rafale<\/em>) en l&rsquo;occurrence. En effet, cela vaut particuli\u00e8rement pour la France, pour deux raisons nous semble-t-il. La raison conjoncturelle tient au r\u00f4le que joue le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Sarkozy. On conna\u00eet sa personnalit\u00e9 et sa multitude de d\u00e9fauts, dont les effets font chaque jour le quotidien des d\u00e9bats de basse cour occupant la pol\u00e9mique qui tient lieu de r\u00e9flexion politique actuellement en France. A c\u00f4t\u00e9 de cela, Sarkozy a quelques qualit\u00e9s, \u00e9galement particuli\u00e8res au personnage, notamment celle, tr\u00e8s postmoderne, de s&rsquo;attacher \u00e0 des coups sans trop (surtout pas) s&#8217;embarrasser de r\u00e9flexion politique. Quand le coup est bon, l&rsquo;affaire l&rsquo;est \u00e9galement et Sarkozy se r\u00e9v\u00e8le alors utile et efficace. Ainsi Sarkozy s&rsquo;est-il entich\u00e9 du cas <em>Rafale<\/em> et il en fait un de ses grands arguments de certaines de ses relations internationales.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a une raison structurelle, beaucoup plus int\u00e9ressante, qui fait d&rsquo;ailleurs que la d\u00e9marche de Sarkozy a un certain succ\u00e8s d&rsquo;approche. Le cas des armements, et surtout celui de l&rsquo;avion de combat, ont pris une dimension politique tr\u00e8s visible et tr\u00e8s spectaculaire. Un choix d&rsquo;avion de combat est aujourd&rsquo;hui, non plus seulement un choix politique comme il l&rsquo;a toujours \u00e9t\u00e9 derri\u00e8re le processus technique de s\u00e9lection qui \u00e9tait marqu\u00e9 de pressions politiques dissimul\u00e9es, mais le choix <strong>d&rsquo;une politique<\/strong> qui doit \u00eatre proclam\u00e9e publiquement, de plus en plus par une personnalit\u00e9  politique. Dans tous les cas signal\u00e9s et \u00e0 des degr\u00e9s divers, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le <em>Rafale<\/em> accompagne une \u00e9volution politique marqu\u00e9e par une m\u00e9fiance plus ou moins grande vis-\u00e0-vis de la pression politique dominante des USA. Cette m\u00e9fiance est \u00e9videmment la cons\u00e9quence de la perception du d\u00e9clin politique des USA, et d&rsquo;une mise en cause de leur influence par cons\u00e9quent.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui conduit \u00e0 une autre remarque, qui doit \u00eatre celle de l&rsquo;\u00e9vidence malgr\u00e9 les discours politiques. La France est per\u00e7ue, dans ce champ de l&rsquo;exportation militaire devenue l&rsquo;expression ouverte et publique d&rsquo;<strong>une politique<\/strong>, comme l&rsquo;alternative aux USA, encore plus qu&rsquo;une rivale des USA  ce qui est bien radical, puisqu&rsquo;exprimant un renversement de politique et non une concurrence classique. (Le cas des autres pays est beaucoup moins marqu\u00e9, que ce soit les Russes ou le <em>Gripen<\/em> su\u00e9dois, pour ne pas dire un seul mot de l&rsquo;annexe des USA qu&rsquo;est le Royaume-Uni. Il s&rsquo;agit beaucoup plus de concurrents des USA, tr\u00e8s marqu\u00e9s politiquement pour les Russes, tr\u00e8s <em>soft <\/em> et <em>light<\/em>, sans int\u00e9r\u00eat politique, pour les Su\u00e9dois, que de l&rsquo;option radicale de l&rsquo;alternative.) On retrouve pour la France, dans d&rsquo;autres conditions, la situation fran\u00e7aise surtout des ann\u00e9es 1960, lorsque de Gaulle avait mis en place une politique de l&rsquo;armement qui exprimait implicitement une troisi\u00e8me voie entre les deux blocs. Cette situation retrouv\u00e9e aujourd&rsquo;hui, disons depuis un ou deux ans d&rsquo;une fa\u00e7on marqu\u00e9e, signale justement le d\u00e9clin US et l&rsquo;exasp\u00e9ration pour l&rsquo;influence US qui accompagne cette perception du d\u00e9clin. L&rsquo;alternative n&rsquo;est bien entendu plus d&rsquo;une troisi\u00e8me voie avec une situation g\u00e9n\u00e9rale si diff\u00e9rente mais d&rsquo;une lib\u00e9ration de l&#8217;emprise US. L&rsquo;observation des \u00ab<em>\u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;avion-phare de l&rsquo;industrie a\u00e9rienne de d\u00e9fense fran\u00e7aise qui n&rsquo;a encore jamais \u00e9t\u00e9 export\u00e9<\/em>\u00bb, comme souligne <em>Le Monde<\/em> avec l&rsquo;automatisme d&rsquo;auto-flagellation chronique dans la classe intellectuelle fran\u00e7aise, m\u00e9riterait \u00e9videmment d&rsquo;\u00eatre explicit\u00e9e dans le sens que nous tentons de faire. C&rsquo;est parce que nous sortons d&rsquo;une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;\u00e9crasante sup\u00e9riorit\u00e9 US affirm\u00e9e au niveau de la communication a r\u00e9duit la France \u00e0 la non-existence en tant qu&rsquo;alternative. Cette situation fut renforc\u00e9e par une politique fran\u00e7aise qui n&rsquo;a jamais os\u00e9, pendant la p\u00e9riode, et \u00e0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;\u00e9poque gaulliste, s&rsquo;\u00e9lever contre cette perception de communication, acceptant ainsi la sup\u00e9riorit\u00e9 illusoire des USA et sa propre r\u00e9duction dans une position de d\u00e9fense contrainte, voire de d\u00e9faite accept\u00e9e. M\u00eame l&rsquo;\u00e9pisode glorieux de l&rsquo;opposition fran\u00e7aise \u00e0 la guerre en Irak, \u00e0 l&rsquo;ONU, ne changea pas cela, puisque la conclusion des dirigeants fran\u00e7ais apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9pisode et apr\u00e8s la victoire US d&rsquo;avril 2003 en Irak, fut d&rsquo;aussit\u00f4t rechercher un rapprochement des USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn ne dit pas ici que le <em>Rafale<\/em> emportera toutes les commandes dans les march\u00e9s cit\u00e9s. On dit que nous sommes entr\u00e9s dans une autre \u00e9poque, qui est celle du d\u00e9clin US, et que la situation en est profond\u00e9ment modifi\u00e9e dans le sens d\u00e9crit ici.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 23 octobre 2009 \u00e0 07H16<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s des entretiens, mercredi 21 octobre, avec le ministre fran\u00e7ais de la d\u00e9fense Morin, le ministre de la d\u00e9fense koweitien cheikh Jaber (ou cheikh Jaber Moubarak Al-Hamad Al-Sabah) a annonc\u00e9 que son pays attendait une offre fran\u00e7aise sur la vente du Rafale \u00e0 la force a\u00e9rienne du Kowe\u00eft. 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