{"id":71226,"date":"2009-10-31T12:10:35","date_gmt":"2009-10-31T12:10:35","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/10\/31\/notes-sur-la-fatigue-afghane-de-washington\/"},"modified":"2009-10-31T12:10:35","modified_gmt":"2009-10-31T12:10:35","slug":"notes-sur-la-fatigue-afghane-de-washington","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/10\/31\/notes-sur-la-fatigue-afghane-de-washington\/","title":{"rendered":"Notes sur la \u201cfatigue afghane\u201d de Washington"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Notes sur la fatigue afghane de Washington<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tDepuis que nous avons publi\u00e9, dans cette m\u00eame rubrique, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_bho_et_ses_generaux_et_ses_amiraux_29_09_2009.html\" class=\"gen\">29 septembre 2009<\/a>, une note sur BHO et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux), un gros mois s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9. Alors que nous \u00e9crivions cette note, se posait la question d&rsquo;une d\u00e9cision du pr\u00e9sident Obama concernant la nouvelle strat\u00e9gie en Afghanistan, dans la logique de la mise \u00e0 jour du plan McChrystal pour un renforcement d\u00e9cisif en Afghanistan. Parall\u00e8lement, mais d&rsquo;une fa\u00e7on extr\u00eamement imbriqu\u00e9e, la situation au Pentagone apparaissait tr\u00e8s complexe, avec des tensions diverses selon les int\u00e9r\u00eats divers, et un bloc form\u00e9 des g\u00e9n\u00e9raux Petraeus et McChrystal.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un mois, aucune d\u00e9cision n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 prise concernant cette fameuse strat\u00e9gie, et la situation \u00e0 Washington a notablement \u00e9volu\u00e9. Les positions se sont durcies, cette fois selon un clivage tr\u00e8s net entre civils et militaires. En un mois, c&rsquo;est une situation nouvelle qui est apparue, finalement assez inattendue par rapport \u00e0 la complexit\u00e9 du commencement de l&rsquo;automne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes \u00e9v\u00e9nements, eux aussi, se sont durcis, en ce sens qu&rsquo;ils sont devenus beaucoup plus tranch\u00e9s. La situation afghane s&rsquo;est compl\u00e8tement transform\u00e9e en une crise washingtonienne, repr\u00e9sentant une \u00e9volution remarquable par rapport \u00e0 ce qu&rsquo;on pouvait en attendre lorsque Obama est arriv\u00e9 au pouvoir et semblait vouloir \u00e9tablir une situation g\u00e9n\u00e9rale de coordination et de coop\u00e9ration compl\u00e8te entre militaires et civils. C&rsquo;est \u00e0 partir de cette vision plus large, \u00e0 partir de l&rsquo;inauguration du nouveau pr\u00e9sident, que nous \u00e9voquons l&rsquo;\u00e9volution de la crise afghane \u00e0 Washington, ou de l&rsquo;aspect afghan de la crise washingtonienne.<\/p>\n<h3>Installation de la guerre d&rsquo;Obama \u00e0 Washington<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t Lorsqu&rsquo;Obama a \u00e9t\u00e9 install\u00e9 \u00e0 la Maison-Blanche, l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;\u00e9tait pas une priorit\u00e9. Nous \u00e9tions en pleine crise financi\u00e8re, l&rsquo;urgence \u00e9tait de ce c\u00f4t\u00e9. S&rsquo;il y avait une guerre qui conservait la premi\u00e8re place dans l&rsquo;attention g\u00e9n\u00e9rale, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Irak, avec la promesse de retrait du nouveau pr\u00e9sident.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question afghane recevait un nouveau nom (<em>AfPak<\/em>), pour nous annoncer que, d\u00e9sormais, c&rsquo;\u00e9tait le th\u00e9\u00e2tre Afghanistan-Pakistan qu&rsquo;il fallait consid\u00e9rer, avec une alarme naissante consid\u00e9rable concernant le Pakistan et son arsenal nucl\u00e9aire. Cette panique nucl\u00e9aire persista au moins jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9, chez les plus acharn\u00e9s parmi ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 l&rsquo;art de d\u00e9busquer des menaces roboratives (voir notre Notes d&rsquo;analyse du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_une_guerre_sans_apres__01_09_2009.html\" class=\"gen\">1er septembre 2009<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tD&rsquo;autre part, l&rsquo;administration entreprenait en mars une (premi\u00e8re) revue de la situation strat\u00e9gique o\u00f9 elle acceptait le point de vue des militaires. Un renforcement fut d\u00e9cid\u00e9 (21.000 hommes, effectivement d\u00e9ploy\u00e9s). La politique militaire suivie semblait celle, classique, de l&rsquo;escalade, celle qui est tant favoris\u00e9e par les militaires, sans doute pour les r\u00e9sultats mirobolants qu&rsquo;elle a donn\u00e9s dans les d\u00e9cennies pass\u00e9es, notamment au Vietnam.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte, il semblait y avoir une remarquable unit\u00e9 de vue entre les civils (la nouvelle administration, si l&rsquo;on veut) et le Pentagone (les g\u00e9n\u00e9raux). La nomination de McChrystal en mai semblait s&rsquo;inscrire dans cette unit\u00e9 de vue, comme un moyen d&rsquo;activer l&rsquo;engagement en Afghanistan, toujours en fonction de la strat\u00e9gie g\u00e9n\u00e9ral du type-<em>AfPak<\/em>. Le pr\u00e9sident Obama semblait installer sa guerre \u00e0 Washington, l&rsquo;Afghanistan qui avait si peu int\u00e9ress\u00e9 l&rsquo;administration Bush enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers l&rsquo;Irak.<\/p>\n<h3>Le rapport McChrystal, d\u00e9stabilisateur \u00e0 Washington<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPuis vint le rapport McChrystal Ou plut\u00f4t, la divulgation programm\u00e9e du rapport McChrystal par la presse (op\u00e9ration Washington <em>Post<\/em>\/Bob Woodward), ouvrant en quelque sorte des hostilit\u00e9s inattendues \u00e0 Washington,  un v\u00e9ritable nouveau front, rapidement devenu le front central de la guerre. Sur le terrain, la situation <em>AfPak<\/em> se contracta et se concentra \u00e0 nouveau sur l&rsquo;Afghanistan; par une voie assez naturelle de la pr\u00e9\u00e9minence du font central, notamment en raison des manuvres autour du rapport McChrystal, cet \u00e9l\u00e9ment op\u00e9rationnel devint un facteur essentiel de la situation washingtonienne. C&rsquo;est la situation compliqu\u00e9e que nous d\u00e9crivions le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_bho_et_ses_generaux_et_ses_amiraux_29_09_2009.html\" class=\"gen\">29 septembre 2009<\/a>, qui se concentrait autour du duo Petraeus-McChrystal, dont on ne savait si elle ouvrait une nouvelle phase sp\u00e9cifique de la crise  et quelle phase, d&rsquo;ailleurs?  ou si elle constituait une simple phase interm\u00e9diaire<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous \u00e9crivions en conclusion : \u00ab<em>Il est certes bien difficile de trancher sur le cas d&rsquo;une crise entre Obama et les militaires  sauf que nous serions bien plus inclin\u00e9s \u00e0 parler d&rsquo;une \u00e9ventuelle prospective de d\u00e9sordre que de celle d&rsquo;une crise si l&rsquo;une ou l&rsquo;autre ambition (Petraeus) se manifestait d&rsquo;une fa\u00e7on trop voyante. Personne ne s&rsquo;en \u00e9tonnera, tant il s&rsquo;agit bien, avec le d\u00e9sordre, de la tendance dominante de l&rsquo;\u00e9poque et des murs.<\/em>[] <em>Alors, rien, contrairement \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se envisag\u00e9e? Pas si vite. Il y a les \u00e9v\u00e9nements qui, aujourd&rsquo;hui, dominent le monde sans souci des querelles et des ambitions de ce bas-monde qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9lite g\u00e9n\u00e9rale de notre syst\u00e8me. <\/em>[..] <em>Par cons\u00e9quent, rien n&rsquo;est pr\u00e9visible et tout est possible Par cons\u00e9quent, dans le dossier Obama et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux), il faut tout de m\u00eame s&rsquo;attendre \u00e0 de tr\u00e8s probables surprises dans cette situation de d\u00e9sordre contr\u00f4l\u00e9e o\u00f9 la tension est partout, qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement brutal et inattendu peut brusquement faire sortir de son cadre. L\u00e0 aussi, comme dans toutes les situation, nous marchons sur le fil du rasoir.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>Les r\u00e9publicains tr\u00e8s en retrait sur l&rsquo;Afghanistan<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLa surprise  car il y a bien une surprise qui s&rsquo;est peu \u00e0 peu impos\u00e9e en un mois  c&rsquo;est que l&rsquo;agitation ne s&rsquo;est pas d\u00e9velopp\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 des militaires alors que nous d\u00e9crivions, le 29 septembre, une situation agit\u00e9e plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des militaires. La surprise est venue du c\u00f4t\u00e9 des civils, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;administration Obama, avec, dans ce cas, une tr\u00e8s faible r\u00e9sistance des r\u00e9publicains qui se montrent si agressifs contre Obama dans d&rsquo;autres domaines. De ce c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9publicains, tout semble plut\u00f4t se passer comme si l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;\u00e9tait certainement pas au centre de leurs pr\u00e9occupations.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes r\u00e9publicains se sont aper\u00e7us, d&rsquo;abord qu&rsquo;ils se trouvaient dans une position politique int\u00e9rieure tr\u00e8s difficile, dont il leur fallait sortir, ensuite qu&rsquo;ils ne s&rsquo;en sortiraient qu&rsquo;en activant une opposition intense sur les questions int\u00e9rieures  crise \u00e9conomique, soins de sant\u00e9, malaises divers, etc. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, tout se passe comme si l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;\u00e9tait pas leur guerre, ce qui est un peu le cas d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDu coup, le champ s&rsquo;est trouv\u00e9 libre pour une autre sorte d&rsquo;affrontement, qui prend des dimensions inattendues. Nous quittons le seul domaine de BHO et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux), pour celui, plus large, d&rsquo;un diff\u00e9rend entre civils et militaires, voire entre <em>establishment<\/em> civil et <em>establishment<\/em> militaire.<\/p>\n<h3>Un avalanche de scepticisme et de critiques<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLes indications de cette situation nouvelle n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 ces derni\u00e8res semaines. Elles viennent pour l&rsquo;essentiel des d\u00e9mocrates, sans opposition ni interf\u00e9rence notables des r\u00e9publicains.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Au Congr\u00e8s, un malaise d\u00e9j\u00e0 latent mais perceptible s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9 chez une part non n\u00e9gligeable des \u00e9lus d\u00e9mocrates vis-\u00e0-vis de la perspective d&rsquo;un engagement suppl\u00e9mentaire. D&rsquo;abord per\u00e7ue comme un handicap important pour Obama, cette \u00e9volution tend \u00e0 devenir, \u00e0 mesure qu&rsquo;on croit percevoir la modification de la position d&rsquo;Obama dans le m\u00eame sens, un renforcement pour Obama. Cette opposition s&rsquo;appuie notamment sur des consid\u00e9rations budg\u00e9taires, avec illustrations diverses, notamment un article du Washington <em>Post<\/em> du 26 octobre o\u00f9 il \u00e9tait ais\u00e9ment montr\u00e9 qu&rsquo;<strong>un seul<\/strong> soldat US en Afghanistan co\u00fbtait, en entretien, \u00e9quipement, etc., un $million par an au tr\u00e9sor US. Par ces temps de d\u00e9ficit surr\u00e9aliste et de ch\u00f4mage massif, la nouvelle n&rsquo;est pas r\u00e9jouissante. Rajoutez les 45.000 soldats (au moins) que r\u00e9clame McChrystal et faites le compte<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Des poids lourds d\u00e9mocrates se sont prononc\u00e9s, soit pour une position d&rsquo;attente tr\u00e8s critique, soit pour une hostilit\u00e9 nette au plan McChrystal et \u00e0 l&rsquo;engagement suppl\u00e9mentaire. C&rsquo;est le cas du s\u00e9nateur Carl Levin, qui pr\u00e9side la commission des forces arm\u00e9es, et du s\u00e9nateur John Kerry, ancien candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence, pr\u00e9sident de commission des affaires ext\u00e9rieures et envoy\u00e9 sp\u00e9cial d&rsquo;Obama aupr\u00e8s du pr\u00e9sident Karza\u00ef. Kerry a jug\u00e9 le plan McChrystal comme <em>too far, too soon<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t A l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;administration, la proposition alternative Biden (s&rsquo;en tenir \u00e0 des actions par interventions a\u00e9riennes par <em>drones<\/em> contre des groupes identifi\u00e9s comme terroristes), \u00e0 la place du plan McChrystal, a re\u00e7u une publicit\u00e9 inattendue et est consid\u00e9r\u00e9e quasi-officiellement comme une option au moins \u00e9quivalente \u00e0 celle du plan McChrystal. L&rsquo;attitude d&rsquo;Holbrooke, envoy\u00e9 sp\u00e9cial d&rsquo;Obama pour <em>AfPak<\/em>, approuvant quasi-publiquement les causes de la d\u00e9mission du haut fonctionnaire <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_tragedie_de_la_realite_presse_bho_28_10_2009.html\" class=\"gen\">Matthew Hoh<\/a>, autant que l&rsquo;attitude observ\u00e9e dans l&rsquo;administration vis-\u00e0-vis de Hoh, sont un autre signe de cette situation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte, l&rsquo;attitude du pr\u00e9sident Obama commence \u00e0 avoir une autre signification. Ce qui \u00e9tait d&rsquo;abord per\u00e7u comme un trait de caract\u00e8re, une h\u00e9sitation dommageable, une tendance \u00e0 ne pas parvenir \u00e0 se d\u00e9cider, semble pouvoir \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on diff\u00e9rente, presque oppos\u00e9e. En fonction des divers d\u00e9veloppements ci-dessus, qui sont indubitablement autoris\u00e9s, sinon favoris\u00e9s par Obama, on peut concevoir qu&rsquo;on se trouverait devant une sorte de tactique d&rsquo;attrition tendant \u00e0 miner, \u00e0 d\u00e9cr\u00e9dibiliser la proposition des militaires. C&rsquo;est mettre le parti des militaires dans une position soudain intenable et extr\u00eamement dommageable.<\/p>\n<h3>Alarme chez les militaires<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tEffectivement, on peut aujourd&rsquo;hui parler d&rsquo;un parti des militaires. La vari\u00e9t\u00e9 des position constat\u00e9e chez eux en septembre s&rsquo;est transform\u00e9e, sous les attaques du pouvoir civil, en une certaine unification par r\u00e9flexe de caste, et parce que les militaires sentent un affaiblissement g\u00e9n\u00e9ral de leur position g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAujourd&rsquo;hui, les commentateurs les plus proches des militaires, ou proches du complexe militaro-industriels, n&rsquo;h\u00e9sitent plus \u00e0 sonner l&rsquo;alarme. Soudain, pour eux, la situation prend l&rsquo;allure d&rsquo;un affrontement. Le <a href=\"http:\/\/www.lexingtoninstitute.org\/does-the-president-respect-his-military-advisors-?a=1&#038;c=1171\" class=\"gen\">28 octobre 2009<\/a>, Daniel Gour\u00e9 \u00e9crit sur le <em>Early Warning Blog<\/em> du Lexington Institute, relais bien connu du complexe:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>By delaying his decision on Afghanistan for months while allowing his political minions to pick a public fight with the general chosen for the mission in that country, the White House is risking its relations with the military. As one observer, Peter Feaver, put it in Foreign Policy.com President Obama is presiding over a slow-motion civil-military crash occasioned by his meandering Afghanistan strategy review. By choosing the Biden-Kerry strategy over that put forth by his military advisors the president risks appearing as if he does not trust them.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tOn notera le ton vraiment sarcastique et m\u00e9prisant (<em> his political minions<\/em>) et tr\u00e8s pessimiste. On dirait que Gour\u00e9 prend pour acquis que la strat\u00e9gie Biden (ou Biden-Kerry) de non-renforcement terrestre sera adopt\u00e9e par Obama, contre le plan McChrystal. <\/p>\n<h3>Stopper les frais en Afghanistan<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tLe dernier \u00e9l\u00e9ment \u00e0 consid\u00e9rer est la r\u00e9elle division de l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien pour un engagement suppl\u00e9mentaire, voire pas loin d&rsquo;une opposition majoritaire. Il est remarquable de lire chez le m\u00eame Daniel Gour\u00e9, sur le m\u00eame site que pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, mais le lendemain, le <a href=\"http:\/\/www.lexingtoninstitute.org\/political-elites-turning-against-gates-strategy?a=1&#038;c=1171\" class=\"gen\">29 octobre 2009<\/a>, une dramatisation extr\u00eame de l&rsquo;intervention de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-friedman_thomas_lache_l_afghanistan_30_10_2009.html\" class=\"gen\">Thomas Friedman<\/a> du m\u00eame jour, aussit\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9e comme le signe assur\u00e9 que l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien ne veut plus de cette guerre: \u00ab<em>It is over in Afghanistan. Tom Friedman has weighed in on the U.S. strategy for Afghanistan. <\/em>[Kerry,] <em>Biden and Friedman are telling DoD that they believe America has neither the will nor the means to conduct such a campaign. They have made it clear also that even if the troops and resources were available they think the chance of success in such operations would be slim, at best.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe type d&rsquo;analyse n&rsquo;est pas sans signification, si l&rsquo;on consid\u00e8re les liens d&rsquo;un Gour\u00e9 (du m\u00eame institut que Loren B. Thompson) avec le complexe militaro-industriel. Elle tend \u00e0 mettre en garde les militaires devant un courant qui serait soudain per\u00e7u comme irr\u00e9sistible \u00e0 Washington, s&rsquo;appuyant sur le fait assez simple que les derniers \u00e9v\u00e9nements, d\u00e9bats, etc., avec la situation fondamentale d&rsquo;une Am\u00e9rique en d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, avec un budget croulant sous le d\u00e9ficit et la dette, et jugeant impossible de poursuivre des aventures type-Afghanistan, aurait conclu \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de stopper les frais en Afghanistan. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une question de choix, d&rsquo;option, d&rsquo;orientation; il s&rsquo;agit d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9. Le raisonnement, dans tous les cas dans son fondement, rencontre notre propre appr\u00e9ciation selon laquelle l&rsquo;essentiel de la politique \u00e9trang\u00e8re aux USA, aujourd&rsquo;hui, doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 en fonction de la situation des USA apr\u00e8s la crise 9\/15 et tout ce qui s&rsquo;en est suivi du point de vue de la puissance fondamentale de ce pays  c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;effondrement de cette puissance fondamentale.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe n&rsquo;est pas une adaptation, ou un changement de politique, c&rsquo;est une n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e9sormais indiscutable  en attendant des jours meilleurs, pour les plus optimistes. Friedman le pr\u00e9cise bien <em>in fine<\/em>, disant en substance que l&rsquo;Am\u00e9rique est trop faible aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;il lui faut se refaire une sant\u00e9 avant de se relancer dans sa politique favorite d&rsquo;expansionnisme belliciste (le mot code \u00e9tant \u00e0 cet \u00e9gard <em>dealing with new threats<\/em>): \u00ab<em>We simply don&rsquo;t have the surplus we had when we started the war on terrorism after 9\/11  and we desperately need nation-building at home. We have to be smarter.<\/em> [] <em>Yes, shrinking down in Afghanistan will create new threats, but expanding there will, too. I&rsquo;d rather deal with the new threats with a stronger America.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3>L&rsquo;argument g\u00e9opolitique est accessoire<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\t La premi\u00e8re morale, <strong>imp\u00e9rative<\/strong>, de cette affaire est qu&rsquo;il importe de ne plus juger les actes de politique ext\u00e9rieure des USA en fonction des buts suppos\u00e9s de cette politique ext\u00e9rieure. (Ces buts sont multiples, divers et vari\u00e9s selon les sources, selon les analyses et selon les obsessions avec lesquelles on juge le syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.) Ce qui se passe \u00e0 Washington aujourd&rsquo;hui, mais aussi au Pentagone et dans toutes les aventures p\u00e9riph\u00e9riques et globales lanc\u00e9es par l&rsquo;administration GW Bush, d\u00e9pend de ce qui se passe \u00e0 Washington, en fonction de l&rsquo;analyse qu&rsquo;on y fait de la situation interne des USA. Le jugement g\u00e9opolitique de la situation du monde en fonction de la politique US n&rsquo;a plus cours aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tQuant \u00e0 nous, nous doutons fortement que la g\u00e9opolitique soit aujourd&rsquo;hui un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant de toute politique, y compris de la politique US, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait soi-disant triomphante au d\u00e9but de l&rsquo;administration GW Bush. Plus que jamais, pour nous, nous nous trouvons dans l&rsquo;\u00e8re <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">psychopolitique<\/a> qui a remplac\u00e9 l&rsquo;\u00e8re g\u00e9opolitique. Mais ce n&rsquo;est, dans ce cas, qu&rsquo;une remarque annexe. Il reste que la situation d&rsquo;effondrement de la puissance US place de toutes les fa\u00e7ons les int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques dans une position annexe, par la force des choses.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa chose essentielle \u00e0 prendre en compte est que l&rsquo;Afghanistan n&rsquo;est <strong>plus<\/strong> (s&rsquo;il l&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9, ce dont nous doutons <strong>tr\u00e8s<\/strong> fortement) un affrontement g\u00e9opolitique pour les USA. C&rsquo;est une crise int\u00e9rieure washingtonienne, et c&rsquo;est bien plus grave. Les arguments g\u00e9opolitiques sont marginaux et utilis\u00e9s pour influer sur cette crise interne, pour orienter le d\u00e9bat interne selon les int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence. Juger de la crise afghane en fonction de ces arguments g\u00e9opolitiques principalement conduit \u00e0 se fourvoyer continuellement tout en suivant une logique qui semble \u00e9quitable.<\/p>\n<h3>Accepter la d\u00e9faite et devenir comme les autres?<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tPour autant, le d\u00e9bat n&rsquo;est pas clos. Il ne tranche m\u00eame pas le fait de savoir si Obama est sur le point d&rsquo;abandonner d\u00e9finitivement la strat\u00e9gie des militaires d&rsquo;un engagement renforc\u00e9. M\u00eame si l&rsquo;<em>establishment<\/em> le pense dans sa majorit\u00e9, m\u00eame si les militaires acquiesceront finalement (nous les croyons beaucoup trop fortement int\u00e9gr\u00e9s dans le syst\u00e8me et beaucoup trop bureaucratis\u00e9s pour qu&rsquo;ils puissent songer un instant \u00e0 un coup de force <em>stricto sensu<\/em>), est-il acquis, est-il possible, que Washington puisse se trouver sur la voie de dire tant pis pour l&rsquo;Afghanistan, nous laissons tomber par les moyens les plus appropri\u00e9s?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tRien n&rsquo;est moins s\u00fbr. A c\u00f4t\u00e9 des jugements, de leur \u00e9volution, de la prise en compte des imp\u00e9ratifs du d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, il y a des automatismes de communication d&rsquo;une puissance extraordinaire, qui sont capables de ranimer ais\u00e9ment les fondements de la psychologie am\u00e9ricaniste qui ne con\u00e7oit ni le recul, ni la d\u00e9faite. M\u00eame le Vietnam fut une d\u00e9faite act\u00e9e sur trois ans, entre l&rsquo;illusion d&rsquo;un accord (janvier 1973) qui maintenait le Sud-Vietnam sous une direction pro-am\u00e9ricaniste et son effondrement deux ans plus tard. Entretemps, l&rsquo;indiff\u00e9rence, la m\u00e9moire courte, les pr\u00e9occupations du jour (Watergate et le reste) avaient r\u00e9orient\u00e9 l&rsquo;esprit et le Congr\u00e8s ignora superbement l&rsquo;effondrement de son alli\u00e9-marionnette qui parachevait une d\u00e9faite US majeure, sans la moindre pr\u00e9occupation, comme si l&rsquo;affaire vietnamienne n&rsquo;avait pas exist\u00e9. Sur le moment, la chute de Sa\u00efgon en 1975 ne fut nullement v\u00e9cue comme une d\u00e9faite US parce qu&rsquo;on pensait \u00e0 autre chose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar contre, aller directement du constat des difficult\u00e9s US en Afghanistan \u00e0 une d\u00e9cision ouvrant la voie au retrait, c&rsquo;est une autre affaire, qui risque fortement de d\u00e9boucher sur des troubles int\u00e9rieurs (aux USA). Sur ce point, nous ne faisons toujours pas allusion \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, mais bien aux forces politiques US, plus ou moins irrationnelles, \u00e0 l&rsquo;uvre aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est la fameuse question de savoir si les USA peuvent accepter et accompagner leur d\u00e9clin, s&rsquo;ils peuvent d&rsquo;eux-m\u00eames accepter de devenir une nation normale, ce qui passerait par des retraits prenant l&rsquo;allure de d\u00e9faites librement consenties. On conna\u00eet <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-g2_moins_un_30_10_2009.html\" class=\"gen\">notre sentiment<\/a> sur ce point, que nous ne cessons de r\u00e9p\u00e9ter. La seule inconnue  toujours la m\u00eame, malgr\u00e9 tout  est le r\u00f4le que pourrait \u00e9ventuellement tenir Barack Obama.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur la fatigue afghane de Washington Depuis que nous avons publi\u00e9, dans cette m\u00eame rubrique, le 29 septembre 2009, une note sur BHO et ses g\u00e9n\u00e9raux (et ses amiraux), un gros mois s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9. Alors que nous \u00e9crivions cette note, se posait la question d&rsquo;une d\u00e9cision du pr\u00e9sident Obama concernant la nouvelle strat\u00e9gie en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[3236,8133,1235,7438,5997,4118,8516,5708,8321,6208,3194,6201,4849],"class_list":["post-71226","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-afghanistan","tag-afpak","tag-biden","tag-desengagement","tag-engagement","tag-establishment","tag-geopolitique","tag-goure","tag-mcchrystal","tag-obama","tag-pentagone","tag-psychopolitique","tag-retrait"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71226","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71226"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71226\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71226"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71226"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71226"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}