{"id":71240,"date":"2009-11-04T09:38:05","date_gmt":"2009-11-04T09:38:05","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/11\/04\/la-triste-lecon-afghane-de-gorbatchev\/"},"modified":"2009-11-04T09:38:05","modified_gmt":"2009-11-04T09:38:05","slug":"la-triste-lecon-afghane-de-gorbatchev","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/11\/04\/la-triste-lecon-afghane-de-gorbatchev\/","title":{"rendered":"La triste le\u00e7on afghane de Gorbatchev"},"content":{"rendered":"<p><p>On sait que l&rsquo;analogie Gorbatchev-Obama, sollicit\u00e9e ou pas, hypoth\u00e9tique en attendant mieux, est un de nos sports favoris. Un sp\u00e9cialiste de la fin de l&rsquo;URSS, Victor Sebesteyn, nous en donne quelques \u00e9l\u00e9ments le <a href=\"http:\/\/freedomsyndicate.com\/fair0000\/nyt001.html\" class=\"gen\">29 octobre 2009<\/a>, dans le New York <em>Times<\/em>, \u00e0 partir de documents d\u00e9classifi\u00e9s sur les d\u00e9lib\u00e9rations au Kremlin, \u00e0 propos de la guerre sovi\u00e9tique en Afghanistan, notamment \u00e0 partir de 1985 et l&rsquo;arriv\u00e9e de Gorbatchev. (Sebesteyn donne aussi des pr\u00e9cisions sur les conditions d&rsquo;engagement de d\u00e9part, en confirmant une interpr\u00e9tation souvent faite que les militaires  ainsi que le KGB  \u00e9taient oppos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;intervention qu&rsquo;ils pr\u00e9voyaient tr\u00e8s difficile, et que l&rsquo;affaire n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que le fait du pouvoir politique.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTr\u00e8s rapidement, le conflit est devenu ce qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui pour l&rsquo;OTAN, dans les conditions op\u00e9rationnelles. Sebesteyn rapporte cette intervention devant ses chefs politiques du chef d \u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge, le brillant mar\u00e9chal Akhromeyev (il se suicida en ao\u00fbt 1991, \u00e0 l&rsquo;issue du <em>putsh<\/em> rat\u00e9 de Moscou conduisant \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;Eltsine): \u00ab<em>About 99 percent of the battles and skirmishes that we fought in Afghanistan were won by our side, Marshal Akhromeyev told his superiors in November 1986. The problem is that the next morning there is the same situation as if there had been no battle. The terrorists are again in the village where they were  or we thought they were  destroyed a day or so before. Listen to a coalition spokesman now explaining the difficulties its forces are facing in tough terrain, and it would be hard to hear a difference.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais ce sont surtout les conditions du retrait sovi\u00e9tique, l&rsquo;attitude de Gorbatchev, etc., qui sont int\u00e9ressantes \u00e0 d\u00e9couvrir, \u00e0 la lumi\u00e8re de la situation actuelle et des hypoth\u00e8ses extr\u00eames d&rsquo;un \u00e9ventuel retrait US.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>There are many in Washington now calling on President Obama to cut his losses and find an exit strategy from Afghanistan. Even if he agreed, it may not be an easy business. When Mikhail Gorbachev became Soviet leader in March 1985 he called Afghanistan our bleeding wound. He declared that ending the war was his top priority. But he could not do it without losing face.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>The Soviet leadership fatally prevaricated. Foreign Minister Eduard Shevardnadze wanted to pull out of Afghanistan immediately and blame Kremlin predecessors for the unpopular war. So too did Mr. Gorbachev&rsquo;s most important adviser, the godfather of the perestroika and glasnost reforms, Aleksandr Yakovlev. But Mr. Gorbachev dithered, searching for something he could call victory, or at least that other elusive prize for armies in trouble: peace with honor. How to get out racks one&rsquo;s brains, Mr. Gorbachev complained in the spring of 1986, according to Politburo minutes. We have been fighting there for six years. If we don&rsquo;t start changing our approach we&rsquo;ll be there another 20 or 30 years. We have not learned how to wage war there.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Mr. Gorbachev was also haunted by the image of the last Americans leaving Saigon in panic: We cannot leave in our underpants &#8230; or without any, he told his chief foreign policy aide, Anatoly Chernyayev, whose diaries have recently become available to scholars. Chernyayev himself called Afghanistan our Vietnam. But worse.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Withdrawal was a long, drawn-out agony. By the time the last troops left in February 1989, around 15,000 Soviet soldiers and 800,000 Afghans had died. We must say that our people have not given their lives in vain, Mr. Gorbachev told the Politburo. But even his masterful public relations skills could not mask the humiliation of defeat. Indeed, it marked the beginning of the end for the Soviet empire in Europe, as revolution swept through Eastern Europe in 1989, and of the Soviet Union itself two years later.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>In 1988, Robert Gates, then the deputy director of the C.I.A., made a wager with Michael Armacost, then undersecretary of state. He bet $25 that the Soviet Army wouldn&rsquo;t leave Afghanistan. The Soviets retreated in humiliation soon after. Mr. Gates, we can assume, paid up. But is there a gambling man out there who would lay money on the United States Army withdrawing in similarly humbling fashion? And would the defense secretary accept the bet?<\/em>\u00bb<\/p>\n<h4>Notre commentaire<\/h4>\n<p> Et pourtant, Gorbatchev est l&rsquo;homme de toutes les audaces, de toutes les r\u00e9formes. Mais on le voit, ici, h\u00e9sitant, cherchant le moyen le plus prudent de quitter l&rsquo;Afghanistan, pour ne pas para\u00eetre essuyer une d\u00e9faite qui aurait pu amener des cons\u00e9quences impr\u00e9visibles, effectivement hant\u00e9 par le souvenir du d\u00e9part des derniers Am\u00e9ricains en pleine panique, \u00e0 Saigon en 1975. Il semble bien que la r\u00e9solution de la nouvelle \u00e9quipe (Gorbatchev en mars 1985, puis Chevardnadze rempla\u00e7ant Gromyko aux affaires \u00e9trang\u00e8res quelques mois plus tard) \u00e9tait prise d\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir et la consolidation de ce pouvoir, courant 1985: quitter l&rsquo;Afghanistan, arr\u00eater cette guerre improbable et cruelle. Le processus du retrait fut un calvaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe point ironique et tragique aujourd&rsquo;hui est que l&rsquo;Afghanistan est en train de s&rsquo;imposer comme le test supr\u00eame pour Obama et pour ses \u00e9ventuelles ambitions r\u00e9formistes. D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, certains en font un point d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-bho_comme_jfk_03_11_2009.html\" class=\"gen\">affrontement<\/a> fondamental avec le Pentagone, ce qui est une diff\u00e9rence \u00e9galement fondamentale avec la situation sovi\u00e9tique o\u00f9 les militaires n&rsquo;aim\u00e8rent jamais cette guerre et s&rsquo;y oppos\u00e8rent d\u00e8s l&rsquo;origine (dans le texte de Sebesteyn, on a des d\u00e9tails sur le mar\u00e9chal Ogarkov, autre brillant chef sovi\u00e9tique, arguant en 1979 devant son ministre Oustinov, puis devant Brejnev, contre l&rsquo;intervention en Afghanistan). Cela pourrait donc \u00eatre \u00e0 propos de l&rsquo;Afghanistan qu&rsquo;Obama pourrait rencontrer la circonstance qui le ferait s&rsquo;opposer au syst\u00e8me en affrontant les militaires et le complexe militaro-industriel, et on pourrait alors avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se que c&rsquo;est sur ce terrain effectivement qu&rsquo;il pourrait avoir l&rsquo;opportunit\u00e9 de s&rsquo;imposer comme le r\u00e9formiste radical qu&rsquo;on attend, ce fameux <em>American<\/em> <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-american_gorbatchev_29_10_2008.html\" class=\"gen\">Gorbatchev<\/a> qu&rsquo;on \u00e9voque souvent. Mais c&rsquo;est justement sur ce point que la r\u00e9f\u00e9rence perd sa vertu de mod\u00e8le puisque, dans l&rsquo;affaire d&rsquo;Afghanistan, on d\u00e9couvre un Gorbatchev \u00e0 contre-emploi, le contraire du r\u00e9formiste audacieux et entreprenant, temporisant, incertain, craignant les cons\u00e9quences de ses actes; puisque, dans l&rsquo;affaire d&rsquo;Afghanistan, que ce soit pour les Sovi\u00e9tiques en 1985-1989 ou pour les Am\u00e9ricains aujourd&rsquo;hui, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une action d\u00e9cisive et r\u00e9formiste tr\u00e8s rapide (celle que semblait vouloir Chevardnadze) est, de loin, la plus difficile \u00e0 mettre en uvre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est un curieux encha\u00eenement de r\u00e9f\u00e9rences. L&rsquo;Afghanistan, qui \u00e9tait pour l&rsquo;URSS le double aggrav\u00e9 du Vietnam (\u00ab<em>Notre Vietnam. En pire<\/em>\u00bb, selon Anatoly Chernyayev), est en train de devenir pour les USA, dans tous les cas dans leur perception de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, le double aggrav\u00e9 de l&rsquo;Afghanistan des Sovi\u00e9tiques (Notre Afghanistan. En pire.)  avec, en plus, la question de l&rsquo;engagement de l&rsquo;OTAN. Dans l&rsquo;hypoth\u00e8se extr\u00eame qu&rsquo;\u00e9voque Sebesteyn, les conditions op\u00e9rationnelles pour un \u00e9ventuel retrait occidental serait infiniment plus difficiles que pour l&rsquo;URSS en 1985-1989: une arm\u00e9e (US) \u00e0 la logistique effroyablement lourde, bien plus que celle de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge qui n&rsquo;\u00e9tait pourtant pas rien, sans fronti\u00e8re terrestre pour un repli, avec des alli\u00e9s d\u00e9j\u00e0 g\u00e9ographiquement s\u00e9par\u00e9s sur le terrain, ce qui faciliterait la tentation du chacun pour soi. (D&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, si la situation ne s&rsquo;am\u00e9liore pas, le retrait des Canadiens et des Hollandais en 2011, s&rsquo;il est maintenu, ressemblera, \u00e9galement pour la perception de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, \u00e0 une amorce de repli g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, sinon de d\u00e9route.) Dans ce sc\u00e9nario de cauchemar, l&rsquo;aide des Russes pourrait \u00eatre d\u00e9cisive, ne serait-ce que pour fournir des bases arri\u00e8res de repli  c&rsquo;est pour le coup que les alli\u00e9s souhaiteraient que la Russie fasse partie de l&rsquo;OTAN Cela constituerait une ironie extraordinaire de l&rsquo;histoire et peut-\u00eatre faut-il voir aussi, dans la volont\u00e9 d&rsquo;Obama d&rsquo;\u00e9tablir de bonnes relations avec la Russie, une sorte d&rsquo;hypoth\u00e8se pr\u00e9monitoire, disons inconsciente.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce contexte g\u00e9n\u00e9ral, la crise de l&rsquo;Afghanistan continue de plus en plus \u00e0 se d\u00e9tacher de son contexte strat\u00e9gique classique  vers le Sud, imbriqu\u00e9 dans le contexte strat\u00e9gique et g\u00e9ographique de l&rsquo;arc de crise qui va de la Somalie jusqu&rsquo;au Pakistan  pour s&rsquo;imbriquer de plus en plus dans un contexte strat\u00e9gique de crise, vers le Nord, affectant par ses cons\u00e9quences directes et indirectes l&rsquo;OTAN jusqu&rsquo;\u00e0 la Russie, avec la masse euro-atlantique et, au-del\u00e0 bien entendu, fondamentalement les USA. C&rsquo;est poursuivre, dans des conditions et pour des raisons conjoncturelles diff\u00e9rentes, le mouvement strat\u00e9gique structurel d&rsquo;une puissance quasi-tectonique qui, \u00e0 notre avis, s&rsquo;est amorc\u00e9 en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-du_sud_au_nord_la_crise_bascule.html\" class=\"gen\">ao\u00fbt 2008<\/a>, avec la crise de G\u00e9orgie.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 4 novembre 2009 \u00e0 09H37<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On sait que l&rsquo;analogie Gorbatchev-Obama, sollicit\u00e9e ou pas, hypoth\u00e9tique en attendant mieux, est un de nos sports favoris. 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