{"id":71262,"date":"2009-11-13T10:04:41","date_gmt":"2009-11-13T10:04:41","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/11\/13\/laxe-ankara-tokyo\/"},"modified":"2009-11-13T10:04:41","modified_gmt":"2009-11-13T10:04:41","slug":"laxe-ankara-tokyo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/11\/13\/laxe-ankara-tokyo\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u201caxe\u201d Ankara-Tokyo"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">L&rsquo;axe Ankara-Tokyo<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t13 novembre 2009  Il y a bien des inqui\u00e9tudes \u00e0 Washington \u00e0 propos de la Turquie. La m\u00eame chose \u00e0 propos du Japon. Les deux pays pr\u00e9sentent \u00e0 notre sens des similitudes dans la logique et l&rsquo;\u00e9volution de leurs situations vis-\u00e0-vis de Washington.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUn exemple de cette inqui\u00e9tude est expos\u00e9 dans une courte analyse de Ben Katcher sur le site <em>The Washington Note<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.thewashingtonnote.com\/archives\/2009\/11\/what_can_americ\/\" class=\"gen\">10 novembre 2009<\/a>. L&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9part est exprim\u00e9e dans le titre : Qu&rsquo;est-ce que les USA ont \u00e0 offrir \u00e0 leurs alli\u00e9s?  et nous poursuivrions par cet ajout: pour les retenir, justement, comme alli\u00e9s fid\u00e8les?. Suit une description assez classique et sans vraiment d&rsquo;audace: les USA sont toujours puissants Le probl\u00e8me est que cette puissance  quoique immense  n&rsquo;est pas tr\u00e8s fongible (\u00ab<em>The problem is that this power &#8211; while immense &#8211; is not very fungible.<\/em>\u00bb)  c&rsquo;est-\u00e0-dire transmutable en quelque chose d&rsquo;utile, en une politique efficace par les avantages qu&rsquo;elle offrirait \u00e0 celui qui accepterait la protection de cette puissance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tP\u00e9roraison de Katcher:  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>During the Cold War, the United States and Turkey formed a strategic partnership based on both countries&rsquo; fear of Soviet intervention in the Middle East. The Truman Doctrine offered a specific guarantee that both Turkey and Greece would be protected from Soviet aggression  a fear that was quite real in Turkey at the time. In exchange, the United States received access to military bases, support in the Korean War and a strategically advantageous position in the Middle East. Despite serious disagreements &#8211; particularly over Cyprus &#8211; the relationship worked to each sides&rsquo; mutual advantage until the Berlin Wall fell 20 years ago.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Today, the United States wants Turkish support on a wide variety of important issues, including stabilizing Iraq, supporting the mission in Afghanistan, preventing Iran from obtaining a nuclear weapon, moving energy to Europe, serving as a Muslim ally, and providing stability in its neighborhood.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>In exchange, the United States offers security guarantees, military assistance, and the benefits that accrue from an alliance with the world&rsquo; most powerful military. All of these things are very important to Turkey (and to many other countries). The problem is that the United States is not in a position to credibly threaten to withhold these benefits without undermining the international order in which it has invested so much. For example, both Washington and Ankara know that Turkey&rsquo;s stance on Iran&rsquo;s nuclear program will not jeopardize the American security blanket.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Of course, there are red lines that Turkey (or any other country) could cross that would change U.S. policy. But the point is that Turkey has a great deal of running room before those red lines are crossed. Turkey, both because it is a NATO ally and a strategically critical country, knows that it can pursue an independent foreign policy while still enjoying the benefits of American power.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>From Tokyo to Paris  and many places in between  it is not so much the lack of American power that is the problem (it still has plenty), but rather the fact that its bargaining position is paradoxically undermined by its extraordinary role.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNotre propos est de montrer, d&rsquo;une part la proximit\u00e9 objective de ces deux alli\u00e9s des USA par leurs perceptions assez proches de leurs propres situations strat\u00e9gico-politiques (point de vue renvoyant \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-politique_d_epoque_l_ere_psychopolitique_rubrique_analyse_volume_22_n07_du_10_decembre_2006_25_12_2006.html\" class=\"gen\">\u00e8re psychopolitique<\/a> plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la g\u00e9opolitique); d&rsquo;autre part, combien la politique US \u00e0 leur \u00e9gard se trouve dans une impasse similaire. Les conditions psychologiques similaires dictent \u00e0 notre sens la proximit\u00e9, sinon l&rsquo;\u00e9quivalence du probl\u00e8me strat\u00e9gique pour les USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t  Les deux pays ont une importance strat\u00e9gique qui n&rsquo;est pas \u00e0 d\u00e9montrer. Ils ont surtout ont une similitude strat\u00e9gique pour les USA. Ils constituent une porte, une voie d&rsquo;acc\u00e8s strat\u00e9giques et tr\u00e8s puissantes, ou bien, si l&rsquo;on veut une autre image plus dynamique, comme le gond d&rsquo;une porte s&rsquo;ouvrant pour laisser passer \u00e0 la fois la puissance et l&rsquo;influence (am\u00e9ricanistes)  la Turquie vers le monde musulman et le Caucase, le Japon vers l&rsquo;Asie. D&rsquo;une autre fa\u00e7on encore, on peut repr\u00e9senter ces deux pays, dans le dispositif am\u00e9ricaniste, comme les deux verrous d&rsquo;un axe reliant l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re occidental, depuis la M\u00e9diterran\u00e9e et l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re oriental, jusqu&rsquo;au Pacifique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les deux pays ont deux th\u00e8mes de fixation de leur hostilit\u00e9 potentielle avec les USA, qui ne sont pas les plus importants mais qui sont tr\u00e8s volatiles. Ces deux th\u00e8mes n&rsquo;ont pas de correspondance strat\u00e9gique mais une correspondance psychologique, par la tension qui les habite. Il s&rsquo;agit pour la Turquie de ses relations avec Isra\u00ebl, qui prennent une allure de plus en plus \u00e9motionnelle et commencent \u00e0 sembler constituer une attaque indirecte contre les USA, \u00e0 cause des liens strat\u00e9giques entre les USA et Isra\u00ebl. Dans tous les cas, ainsi seraient inclin\u00e9s \u00e0 en juger certains experts du Pentagone selon l&rsquo;id\u00e9e, exprim\u00e9e par une source europ\u00e9enne au Secr\u00e9tariat G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;UE, qu&rsquo;\u00ab<em>au-del\u00e0 d&rsquo;Isra\u00ebl, les Turcs commencent \u00e0 influer de fa\u00e7on n\u00e9gative sur les relations des USA avec Isra\u00ebl parce que, malgr\u00e9 l&rsquo;insistance d&rsquo;Isra\u00ebl, Washington n&rsquo;arrive pas \u00e0 modifier l&rsquo;attitude des Turcs<\/em>\u00bb. Le jugement parano\u00efaque des Isra\u00e9liens joue dans ce cas un r\u00f4le fondamental, en grossissant consid\u00e9rablement le cas et en l&rsquo;introduisant dans la probl\u00e9matique USA-Isra\u00ebl. (Dans le cas turc, nous tenons la dimension musulmane pour accessoire. Elle aurait pu avoir une importance r\u00e9elle avec le discours d&rsquo;Obama en Turquie, en avril, et resserrer les liens entre les USA et la Turquie en donnant \u00e0 la Turquie un r\u00f4le exceptionnel pour les USA. Cette importance potentielle ne s&rsquo;est pas concr\u00e9tis\u00e9e et est d\u00e9sormais compl\u00e8tement dilu\u00e9e, avec les revers et les h\u00e9sitations de la politique d&rsquo;Obama vis-\u00e0-vis d&rsquo;Isra\u00ebl. Cela contribue d&rsquo;ailleurs, par le contrecoup n\u00e9gatif, \u00e0 la dynamique de d\u00e9gradation des relations USA-Turquie.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Pour le Japon, c&rsquo;est la force d&rsquo;occupation US de 47.000 hommes, principalement regroup\u00e9e \u00e0 Okinawa, qui joue ce r\u00f4le de tension psychologique. Il y a non seulement le fait de l&rsquo;occupation mais, surtout, les tensions que cette concentration des forces US \u00e0 Okinawa introduit dans l&rsquo;\u00eele et, par cons\u00e9quent, dans les relations entre cette \u00eele et le reste du Japon qui n&rsquo;est pas soumis \u00e0 cette m\u00eame densit\u00e9 d&rsquo;occupation. Aujourd&rsquo;hui, cette tension int\u00e9rieure commence \u00e0 avoir des effets pesants, voire d\u00e9structurants sur la situation int\u00e9rieure du Japon, et pose un probl\u00e8me tr\u00e8s \u00e9motionnel et potentiellement grave au nouveau gouvernemental  alors que le cas lui-m\u00eame (emplacement d&rsquo;une nouvelle base US \u00e0 Okinawa) est d\u00e9risoire par rapport aux enjeux ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Ce jugement vaut essentiellement parce que ce gouvernement arrive avec des id\u00e9es r\u00e9formistes sur les relations du Japon avec les USA, et les revendications d&rsquo;Okinawa s&rsquo;exacerbent \u00e0 mesure. Ainsi, un probl\u00e8me certainement secondaire par rapport aux enjeux fixe ces enjeux dans un cadre int\u00e9rieur pressant et particuli\u00e8rement sensible aux \u00e9nervements et aux tensions. Le Premier  ministre Hatoyama a m\u00eame renvoy\u00e9 sa d\u00e9cision sur les bases apr\u00e8s janvier 2010 alors que les USA voulaient une d\u00e9cision pour la visite d&rsquo;Obama. La cause de ce chambardement risqu\u00e9e pour les relations USA-Japon? Les \u00e9lections locales \u00e0 Okinawa ont lieu en janvier 2010.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les deux pays ont une tentation, ou une possibilit\u00e9 d&rsquo;alternative, \u00e0 leurs relations avec les USA  une alternative dans les relations avec une autre puissance d&rsquo;un statut approchant celui des USA  la Russie dans le cas de la Turquie, la Chine dans le cas du Japon. Ainsi commencent \u00e0 raisonner les m\u00eames strat\u00e8ges du Pentagone, dont l&rsquo;inqui\u00e9tude manifeste dans ces deux cas accroit le caract\u00e8re exc\u00e9d\u00e9 de leurs relations avec les deux pays, engendrant des maladresses. Le cas de <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_soleil_levant_tient_ferme_09_11_2009.html\" class=\"gen\">la visite<\/a> de Gates au Japon est \u00e0 retenir comme exemple de la nervosit\u00e9 US \u00e0 cet \u00e9gard. (Une version officieuse-officielle a aussit\u00f4t \u00e9t\u00e9 improvis\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 US pour dissimuler le caract\u00e8re catastrophique de la visite: Gates a jou\u00e9 au m\u00e9chant, au <em>bad cop<\/em>, pour mieux faire para\u00eetre avenant le pr\u00e9sident US. Construction de type relations publiques, notamment dans l&rsquo;hebdomadaire <em>Time<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.time.com\/time\/world\/article\/0,8599,1937041,00.html?xid=rss-topstories\" class=\"gen\">9 novembre 2009<\/a>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les deux pays ont certainement \u00e9t\u00e9 les plus corrompus parmi les pays vassaux des USA pendant la Guerre froide (disons, avec l&rsquo;Italie, pays qui peut effectivement se rapprocher des deux cit\u00e9s \u00e0 cet \u00e9gard). La corruption \u00e9tait structurelle et s&rsquo;\u00e9tablissait syst\u00e9matiquement d&rsquo;une fa\u00e7on \u00e9quilibr\u00e9e entre le personnel politique et les militaires. Les Turcs se sont d\u00e9gag\u00e9s les premiers de cette emprise avec le parti d&rsquo;Erdogan. Les Japonais semblent avoir accompli un pas important dans le m\u00eame sens avec le nouveau gouvernement d&rsquo;Hatoyama. Cet \u00e9loignement d&rsquo;une corruption end\u00e9mique, \u00e9videmment pro-am\u00e9ricaniste, peut lib\u00e9rer des forces potentiellement tr\u00e8s importantes, dans un sens centrifuge par rapport aux liens avec les USA.<\/p>\n<h3>L&rsquo;impuissance de la puissance<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCe qui nous int\u00e9resse dans ces deux cas mis arbitrairement en parall\u00e8le, c&rsquo;est la proximit\u00e9 d&rsquo;un processus pour deux pays qui pr\u00e9sentent des positions d&rsquo;importance et de fonction assez proches dans l&rsquo;architecture du syst\u00e8me h\u00e9g\u00e9monique (ou ex-h\u00e9g\u00e9monique) de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Les d\u00e9calages chronologiques du processus de prise de distance vis-\u00e0-vis de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monisme am\u00e9ricaniste sont \u00e9vidents mais n&rsquo;ont gu\u00e8re d&rsquo;importance dans ce cas. L&rsquo;avance prise par la Turquie (avec son actuel gouvernement fermement install\u00e9 depuis le d\u00e9but 2003) n&rsquo;a pas eu de signification fondamentale jusqu&rsquo;\u00e0 la p\u00e9riode de la crise de G\u00e9orgie (ao\u00fbt 2008) o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, les Turcs, plut\u00f4t favorables \u00e0 la Russie dans cette crise, ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9noncer des conceptions qui rompaient fondamentalement avec les conceptions US. Aussit\u00f4t apr\u00e8s, c&rsquo;\u00e9tait la crise du 15 septembre 2008, \u00e9v\u00e9nement essentiel.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCette circonstance (9\/15) est bien entendu le facteur-clef du constat g\u00e9n\u00e9ral que nous faisons. On peut se demander, avec des arguments puissants, si la brouille entre la Turquie et Isra\u00ebl aurait pu prendre les dimensions d&rsquo;une rupture strat\u00e9gique possible, avec effets sur les liens de la Turquie et des USA, s&rsquo;il n&rsquo;y avait eu l&rsquo;affaiblissement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des USA depuis ao\u00fbt-septembre 2008. La m\u00eame question se pose bien entendu pour le nouveau gouvernement japonais, quel qu&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 son programme; il est difficile de concevoir qu&rsquo;il aurait pu prendre une position aussi ferme, notamment dans les rencontres internes avec des repr\u00e9sentants des USA dans les deux derniers mois, si le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;effondrement qu&rsquo;on constate depuis ao\u00fbt-septembre 2008 n&rsquo;avait pas eu lieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est dans ce cadre qu&rsquo;on peut alors envisager trois remarques li\u00e9es entre elles, sugg\u00e9rant par leurs logiques des \u00e9volutions \u00e9videntes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t La premi\u00e8re remarque concerne l&rsquo;\u00e9volution psychologique, ma\u00eetresse de l&rsquo;\u00e9volution politique par le changement d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qu&rsquo;elle introduit. Les Turcs ont senti les premiers, avant m\u00eame l&rsquo;\u00e9croulement du 15 septembre 2008, comme on l&rsquo;avait vu lors d&rsquo;une intervention du pr\u00e9sident turc en <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-la_singuliere_position_de_la_turquie_18_08_2008.html\" class=\"gen\">ao\u00fbt 2008<\/a>, que la pr\u00e9pond\u00e9rance des conceptions am\u00e9ricanistes se trouvaient fortement mises en question. La crise du 15 septembre 2008 a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et renforc\u00e9 comme on l&rsquo;imagine cette perception. Les Japonais ont \u00e9galement ressenti cette \u00e9volution, \u00e0 leur rythme et selon leur propre situation. Dans les deux cas, plus fortement et plus rapidement dans le cas turc, il y a l&rsquo;\u00e9chec patent de l&rsquo;<em>establishment<\/em> de s\u00e9curit\u00e9 nationale US \u00e0 organiser un regroupement mobilisateur autour de leur puissance pour \u00e9viter un  d\u00e9tachement des fid\u00e8les alli\u00e9s; d&rsquo;abord l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;installer comme menace r\u00e9elle le terrorisme, ensuite de rendre cr\u00e9dible les menaces de certains pays-voyous (Iran et Cor\u00e9e du Nord), enfin de transf\u00e9rer la perception d&rsquo;une menace globale vers les grandes puissances alternatives (Russie et Chine pour nos deux pays concern\u00e9s).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Cet \u00e9chec psychologique, cet \u00e9chec d&rsquo;influence, conduisent l&rsquo;analyse strat\u00e9gique de la puissance impuissante. On a alors l&rsquo;explication de la situation que d\u00e9crit Katcher. La puissance US en d\u00e9clin acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e devient de plus en plus inutile et encombrante pour ceux qu&rsquo;elle pr\u00e9tend prot\u00e9ger (ou contr\u00f4ler, c&rsquo;est selon). Elle n&rsquo;est pas fongible comme dit Katcher; elle est inerte, d\u00e9plac\u00e9e (dans le sens: pas \u00e0 sa place), encombrante, ill\u00e9gitime et sans r\u00e9elle justification. Cela est particuli\u00e8rement \u00e9vident avec ces deux grands pays, la Turquie et le Japon, dont la nature est souveraine \u00e0 l&rsquo;origine, qui ont les moyens et les traditions d&rsquo;une politique ind\u00e9pendante, etc.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Cette puissance impuissante, cette absence de fongibilit\u00e9 (conservons ce mot si attrayant), s&rsquo;expliquent \u00e9videmment par le fait de la militarisation structurelle de la politique h\u00e9g\u00e9monique US, et une militarisation lourde, statique, visible, pour ceux qui la subissent. La militarisation s&rsquo;exprime par l&rsquo;obsession des bases et des installations du Pentagone en territoire \u00e9tranger (134 au Japon, plus d&rsquo;un millier dans le monde). Si certains continuent \u00e0 y voir un sens strat\u00e9gique, cette situation est plut\u00f4t pour nous une obsession bureaucratique tournant \u00e0 la pathologie, constituant un fardeau budg\u00e9taire \u00e9pouvantable pour le Pentagone; elle exerce, sans le moindre avantage politique, une pression constamment violatrice de la souverainet\u00e9 des pays qui la subissent, qui est extr\u00eamement dommageable pour les relations avec les USA. On rejoint l&rsquo;observation de Katcher en la prolongeant: ce syst\u00e8me avait un sens strat\u00e9gique en temps de Guerre froide parce qu&rsquo;il opposait une structure fig\u00e9e \u00e0 une hostilit\u00e9 et une menace (suppos\u00e9es) elle-m\u00eame fig\u00e9es, dans une situation strat\u00e9gique fig\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, le mouvement, la dynamique ont remplac\u00e9 l&rsquo;immobilisme. Ce qui avait un sens n&rsquo;en a plus et ce qui est supportable ne l&rsquo;est plus. Sans qu&rsquo;il y ait n\u00e9cessairement dans tous les cas mise en cause des bases (comme dans le cas turc, o\u00f9 l&rsquo;argument de l&rsquo;appartenance \u00e0 l&rsquo;OTAN, qui a un int\u00e9r\u00eat pour la Turquie, \u00e9carte pour l&rsquo;instant la revendication contre les bases US), cet appareil statique du Pentagone est aujourd&rsquo;hui contre-productif en rendant tellement visible l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des USA et, par cons\u00e9quent, son ill\u00e9gitimit\u00e9. C&rsquo;est le cas exemplaire de la puissance impuissante travaillant contre ses propres int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tComme sugg\u00e8re encore Katcher, les deux pays (le Japon comme la Turquie dans ce cas) pourront faire encore beaucoup en fait d&rsquo;initiatives de distanciement de la ligne US avant que les USA ne r\u00e9agissent, et quand ils songeront \u00e0 r\u00e9agir il sera sans doute trop tard. Les USA sentent eux-m\u00eames, bien s\u00fbr sans la capacit\u00e9 de s&rsquo;en expliquer, la situation d&rsquo;impuissance de leur puissance, notamment en capacit\u00e9 d&rsquo;influence parce que cette puissance n&rsquo;est plus vitale, ni m\u00eame n\u00e9cessaire. Ils sont donc conduits \u00e0 faire de plus en plus de concessions pour conserver une position qu&rsquo;ils jugent privil\u00e9gi\u00e9e et n\u00e9cessaire, sans \u00e9videmment r\u00e9aliser qu&rsquo;elle n&rsquo;a plus gu\u00e8re de sens et qu&rsquo;elle mine leurs int\u00e9r\u00eats. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 attendre de plus d&rsquo;un syst\u00e8me totalement aveugle et incapable de s&rsquo;adapter aux variations de sa puissance, encore plus \u00e0 sa r\u00e9duction acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et \u00e0 la perception qu&rsquo;en ont les autres. Tout cela ne fera qu&rsquo;accentuer encore la volont\u00e9 des deux pays, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, d&rsquo;affirmer une politique de plus en plus ind\u00e9pendante.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;axe Ankara-Tokyo 13 novembre 2009 Il y a bien des inqui\u00e9tudes \u00e0 Washington \u00e0 propos de la Turquie. La m\u00eame chose \u00e0 propos du Japon. Les deux pays pr\u00e9sentent \u00e0 notre sens des similitudes dans la logique et l&rsquo;\u00e9volution de leurs situations vis-\u00e0-vis de Washington. 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