{"id":71310,"date":"2009-12-02T22:10:08","date_gmt":"2009-12-02T22:10:08","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/12\/02\/le-gout-des-armes\/"},"modified":"2009-12-02T22:10:08","modified_gmt":"2009-12-02T22:10:08","slug":"le-gout-des-armes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/12\/02\/le-gout-des-armes\/","title":{"rendered":"Le go\u00fbt des armes"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le go\u00fbt des armes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t2 d\u00e9cembre 2009  Ou bien, aurions-nous pu choisir plut\u00f4t le titre, plus dramatique et un peu plus cruel : le go\u00fbt du sang? Non, sans aucun doute, parce qu&rsquo;il y a un lien essentiellement entre ce que nous nommons la quincaillerie d&rsquo;une part et, d&rsquo;autre part, les id\u00e9es qu&rsquo;on qualifierait de postmodernistes en r\u00e9f\u00e9rence au temps historique fou que nous vivons, et qu&rsquo;on doit qualifier simplement de modernistes, en r\u00e9f\u00e9rence plus large \u00e0 la modernit\u00e9. Ce lien est bien entre le ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9caniste, la technologie, la <strong>mati\u00e8re<\/strong> m\u00eame et le fer et le feu qui la caract\u00e9risent, et la pens\u00e9e moderniste (progressiste de ce point de vue-l\u00e0).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEntre les deux textes choisis comme r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la fois symboliques et tr\u00e8s concr\u00e8tes, par lequel commencer? Sans h\u00e9siter par celui de CNBC.com du <a href=\"http:\/\/www.cnbc.com\/id\/34222294\" class=\"gen\">1er d\u00e9cembre 2009<\/a>. Quelques lignes avec le charme des compte-rendus boursiers, et puis de beaux graphiques montrant la progression des actions des grands conglom\u00e9rats du Complexe (le complexe militaro-industriel, US cela va sans dire, c&rsquo;est-\u00e0-dire am\u00e9ricaniste). Une belle id\u00e9e dans le titre: sera-ce le <em>surge<\/em>  ce mot stupide et faussaire employ\u00e9 pour l&rsquo;Irak et maintenant pour l&rsquo;Afghanistan  pour les actions du Complexe <strong>aussi<\/strong>? Les sp\u00e9cialistes sont-ils int\u00e9ress\u00e9s? Ils r\u00e9pondent oui d&rsquo;avance; pas besoin d&rsquo;\u00eatre expert-boursier pour \u00e7a.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>All twelve of the S&#038;P 500 Aerospace and Defense stocks were trading up this morning on the news that President Obama has decided to expedite the deployment of 30,000 troops to Afghanistan.  Will the trend continue ? Since the markets reopened after the terrorist attacks of 9\/11, the S&#038;P Aerospace &#038; Defense subindustry (part of the Industrials Sector) has significantly outperformed the broader S&#038;P 500 Index , up over 75% in the past 8 years compared to a 1% gain for the S&#038;P 500<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa messe est dite, comme on dit. La ferveur tr\u00e8s grande que l&rsquo;Afghanistan d\u00e9sormais devenu la guerre d&rsquo;Obama suscite dans les esprits humanistes sert dans tous les cas \u00e0 entretenir la prosp\u00e9rit\u00e9 de ce domaine du progr\u00e8s industrieux du monde moderniste et du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-epoque_des_evidences_cachees_contradictoires_et_peut-etre_irresistibles.html\" class=\"gen\">technologisme<\/a> qui le caract\u00e9rise au cur de la pens\u00e9e de ces esprits.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPour le second texte, changement de d\u00e9cor. Nous voici dans le domaine des id\u00e9es, de la haute morale, de la pens\u00e9e martiale. Les clich\u00e9s s&rsquo;y bousculent, l&rsquo;Histoire aussi, scrupuleusement r\u00e9crite par l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle de notre civilisation pour devenir histoire singuli\u00e8re, comme par des moines-scripteurs du Moyen \u00c2ge, tout de m\u00eame avec infiniment moins de conscience, de gr\u00e2ce et de talent, et d&rsquo;humilit\u00e9 sans aucun doute.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSymbole in\u00e9vitable de leur r\u00e9criture de l&rsquo;histoire, le nom claque aussit\u00f4t: Churchill! Et l&rsquo;expression, in\u00e9vitable, comme le plat de r\u00e9sistance de la c\u00e9l\u00e9bration: <em>the Churchill Moment<\/em>. Churchill est le h\u00e9ros de leur temps dans l&rsquo;histoire qui leur va, celui qui, dans leur r\u00e9criture de la chose, a fix\u00e9 un moment o\u00f9 ils peuvent croire aujourd&rsquo;hui que le Ciel \u00e9tait avec eux. Le titre sollicite notre accord pour la forme, car le point d&rsquo;interrogation, entre gens de la m\u00eame pens\u00e9e moderniste, est de trop: \u00ab<em>Barack Obama&rsquo;s Churchill moment  Leaders and war. This, really, is what history finally comes down to, is it not?<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;article, dans le <em>Guardian<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.guardian.co.uk\/commentisfree\/2009\/dec\/02\/barack-obama-speech-churchill-moment\" class=\"gen\">2 d\u00e9cembre 2009<\/a>, est de Michael Tomasky, citoyen am\u00e9ricain, ou devrait-on dire am\u00e9ricaniste Directeur du <em>Guardian<\/em>-USA, commentateur, cat\u00e9gorie <em>liberal hawk<\/em> (faucon lib\u00e9ral ou, pour notre parti salonard des salons parisiens, lib\u00e9ral interventionniste, ou mieux encore lib\u00e9ral belliciste); il s&rsquo;agit de cette forme de pens\u00e9e qui va d&rsquo;un Glucksmann et d&rsquo;un Timothy Garton-Ash \u00e0 un Vaclav Havel (l&rsquo;ex-dissident devenu pr\u00e9sident et inventeur du concept des bombardements humanitaires, <em>circa<\/em>-Kosovo 1999). On retrouve, depuis la fin de la Guerre froide, cette horde arrang\u00e9e en cohorte derri\u00e8re les escadres de l&rsquo;U.S. Air Force et l&rsquo;humanisme gestionnaire et bureaucratique du Pentagone.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi Tomasky couvre-t-il implicitement d&rsquo;\u00e9loges \u00e9mus le pr\u00e9sident Barack Obama, ch\u00e9ri des lib\u00e9raux dans l&rsquo;\u00e2me \u00e0 plus d&rsquo;un titre, qui se d\u00e9couvre enfin en pr\u00e9sident de guerre. <em>All\u00e9luia<\/em> dans les salons chics. Soudain, il atteint la dimension de l&rsquo;Histoire elle-m\u00eame Soudain, la guerre, la d\u00e9cision de faire cette guerre, f\u00fbt-elle la plus sotte, la plus surr\u00e9aliste, la plus vaine, la plus cruellement inutile, soudain la fascination pour la guerre \u00e9clate.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Leaders and war. This, really, is what history finally comes down to, is it not? Winston Churchill&rsquo;s statue was not put up in front of the Houses of Parliament to commemorate his tenure as chancellor of the exchequer, or his rather forgettable second go at No 10.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>In the United States, the reputations of presidents who serve during wartime hang largely on how successfully they waged it. For better or worse, it&rsquo;s the first thing we look at.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>In his speech to the American people, Barack Obama made his bid to become a president who will be remembered for the way he handled a war that was not originally his. The troop increase of 30,000, which will take the total number of US soldiers over 100,000 for the first time, is surely the most fateful decision of his presidency thus far, and its success or failure will go a long way toward determining his place in history.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSuit l&rsquo;habituel balancement dans la plaidoirie auquel nous sommes soumis et accoutum\u00e9s depuis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, pour ces guerres dont on ne sait pas tr\u00e8s bien \u00e0 quoi elles servent, qui sont totalement impopulaires, qui n&rsquo;exercent aucune des contraintes morales et des exigences de caract\u00e8res qui sont le seul aspect h\u00e9ro\u00efque et peut-\u00eatre enrichissant de la guerre lorsqu&rsquo;elle menace la survie et l&rsquo;ind\u00e9pendance d&rsquo;un peuple, pour les peuples qui la font. Tout le monde conna\u00eet le cas afghan apr\u00e8s le cas irakien, apr\u00e8s le cas du Kosovo, ces conflits qui renvoient \u00e0 un ersatz de guerre  plus qu&rsquo;\u00e0 un mod\u00e8le de guerre, qui se caract\u00e9risent par des massacres en toute impunit\u00e9 et par une ill\u00e9gitimit\u00e9 fonci\u00e8re maquill\u00e9e par le supr\u00e9matisme moral de l&rsquo;Ouest ou l&rsquo;arrogance comme argument moral imp\u00e9ratif, qui n&rsquo;engagent aucun des cas fondamentaux des nations, qui s&rsquo;appuient sur la communication et ses constructions virtualistes, qui sont en fait des transcriptions ext\u00e9rieures des pathologies internes d&rsquo;une civilisation m\u00e9langeant l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;une puissance inou\u00efe et l&rsquo;absence entropique de sens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout cela bien compris ou habilement dissimul\u00e9, reste l&rsquo;ivresse des mots pour traduire l&rsquo;ivresse de la fascination pour le seul mot de guerre, dans la p\u00e9roraison.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>It&rsquo;s not exactly blood, toil, tears and sweat against a monstrous tyranny never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime. But the words matter less now than the actions. America, the president said, is passing through a time of great trial. And so is he.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAh certes, les mots, les mots Ce ne sont pas les mots qui comptent mais l&rsquo;action (\u00ab<em>But the words matter less now than the actions<\/em>\u00bb), nous dit Tomasky. Cette dialectique-l\u00e0, c&rsquo;est bien connu, cl\u00f4t la discussion d&rsquo;un coup de menton martial, avant de quitter le salon luxueux du coin  dialectique absolument churchillienne, d&rsquo;un Churchill dont la pens\u00e9e a toujours \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par une v\u00e9ritable passion guerri\u00e8re digne des hyst\u00e9ries les plus courantes \u00e0 ce propos (lisez donc le <a href=\"http:\/\/www.edde.eu\/publication-la_passion_de_churchill.html\" class=\"gen\">livre<\/a> de John Charmley sur <em>La Passion de Churchill<\/em>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous avons une vue bien diff\u00e9rente. Ce que nous dit Tomasky (ce ne sont pas les mots qui comptent mais l&rsquo;action), traduisons-le \u00e0 notre mani\u00e8re: ce ne sont pas les id\u00e9es qui comptent mais la ferraille hurlante et d\u00e9structurante  la mati\u00e8re m\u00eame qui assure aujourd&rsquo;hui un empire total sur les esprits des \u00e9lites charg\u00e9es, dans les colonnes bienpensantes, de nous d\u00e9biter les id\u00e9es comme-il-faut, comme les abattoirs de Chicago du temps d&rsquo;<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Upton_Sinclair\" class=\"gen\">Upton Sinclair<\/a> nous d\u00e9bitaient de la chair \u00e0 saucisse en conserves.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe texte de Tomasky est un signe de plus de la crise de l&rsquo;esprit dans la modernit\u00e9, comme les agitations de toute cette cat\u00e9gorie de lib\u00e9raux depuis la fin de la Guerre froide  n\u00e9o-conservateurs compris, qui n&rsquo;ont rien de conservateurs comme chaque sait, puisque originaires de l&rsquo;extr\u00eame-gauche adapt\u00e9s aux conditions de la modernit\u00e9 relook\u00e9e en postmodernis\u00e9e. C&rsquo;est de cette crise de l&rsquo;esprit, Val\u00e9ry recommenc\u00e9 jusqu&rsquo;au <em>sprint<\/em> final, que nous voudrions dire quelques mots.<\/p>\n<h3>Bienvenus \u00e0 bord, les guerriers postmodernes<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette r\u00e9v\u00e9rence de l&rsquo;esprit lib\u00e9ral pour la guerre, qui est la r\u00e9v\u00e9rence pour la puissance, pour la capacit\u00e9 d\u00e9structurante de l&rsquo;armement, pour la violence, n&rsquo;est pas une sp\u00e9cialit\u00e9 de notre temps mais effectivement la marque de la crise ultime de l&rsquo;esprit dans notre temps. Qu&rsquo;elle se marque chez les lib\u00e9raux particuli\u00e8rement ne peut \u00e9tonner puisque ce courant de pens\u00e9e est la branche d&rsquo;adaptation standard de la posture politique depuis les d\u00e9buts de la modernit\u00e9 (fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle-d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle) \u00e0 cette modernit\u00e9 issue aussi bien des deux R\u00e9volutions (am\u00e9ricaine et fran\u00e7aise) que du tournant fondamental de l&rsquo;\u00e9conomie de force(choix de la thermodynamique, ou choix du feu comme moyen de produire de l&rsquo;\u00e9nergie).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tContrairement aux th\u00e8ses d\u00e9velopp\u00e9es depuis ces \u00e9poques \u00e0 peine recul\u00e9es, la proximit\u00e9 de l&rsquo;esprit lib\u00e9ral et de la guerre, et plus particuli\u00e8rement de l&rsquo;armement avec tous ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente de mati\u00e8re et des effets de la mati\u00e8re, est constant. Il s&rsquo;exprime par l&rsquo;observation que la guerre, pr\u00e9cis\u00e9ment la guerre r\u00e9volutionnaire comprise comme le mod\u00e8le de la guerre d\u00e9structurante puis la guerre moderne avec la disposition d&rsquo;armements d&rsquo;une tr\u00e8s grande puissance d\u00e9structurante, est le ph\u00e9nom\u00e8ne principal caract\u00e9risant la modernit\u00e9, en premi\u00e8re analyse comme moyen trouv\u00e9 par la modernit\u00e9 pour imposer ses id\u00e9es par la force. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn seconde analyse, notre appr\u00e9ciation de cette tranche historique, que nous nommons deuxi\u00e8me civilisation occidentale \u00e0 cause de la rupture que ce passage \u00e0 la modernit\u00e9 repr\u00e9sente par rapport \u00e0 tout ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, est bien qu&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire s&rsquo;est impos\u00e9 avec la prise en main de la conduite de la civilisation par la mati\u00e8re domestiqu\u00e9e  ou bien, plut\u00f4t, apparemment domestiqu\u00e9 mais en v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9cha\u00een\u00e9e comme on dit lib\u00e9r\u00e9e, en productrice de force, jusqu&rsquo;\u00e0 sa forme moderne de la technologie et du technologisme. Dans ce sch\u00e9ma, les id\u00e9es, et l&rsquo;esprit avec elles, n&rsquo;apparaissent qu&rsquo;en seconde place, comme soumis \u00e0 la mati\u00e8re, d\u00e9pendants d&rsquo;elle, d\u00e9velopp\u00e9s pour justifier la dictature de la mati\u00e8re sur l&rsquo;esprit en habillant cette dictature de principes humanistes dont l&rsquo;effet est aujourd&rsquo;hui justement appr\u00e9ci\u00e9  ces principes humanistes justifiant, non, imposant la guerre  <em>dito<\/em>, les bombardements humanitaires du n\u00e9o-camarade Havel, l&rsquo;un des inspirateurs du Parti.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tAinsi les penseurs lib\u00e9raux sont-ils aujourd&rsquo;hui, \u00e0 visages d\u00e9couverts, les v\u00e9ritables bellicistes dont la pens\u00e9e est soumise \u00e0 la mati\u00e8re lorsque cette mati\u00e8re est transform\u00e9e en puissance par le technologisme, et transform\u00e9e en fin de cycle en activit\u00e9s guerri\u00e8res. La pens\u00e9e lib\u00e9rale est aujourd&rsquo;hui compl\u00e8tement acquise au Pentagone et \u00e0 ce que repr\u00e9sente ce monstre syst\u00e9mique en fait de force guerri\u00e8re d\u00e9structurante, exactement selon la situation de la mati\u00e8re toute-puissante qui se d\u00e9cha\u00eene pour elle-m\u00eame, sans aucun sens n\u00e9cessaire pour justifier son action. Les compliment de Tomasky \u00e0 Barack Obama, parce que le pr\u00e9sident a para\u00eet-il install\u00e9 sa guerre, constitue une marque de reconnaissance : Bienvenu \u00e0 bord, monsieur le Pr\u00e9sident, vous \u00eates des n\u00f4tres.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCi-dessous, nous donnons un extrait de notre rubrique <em>de defensa<\/em> de <em>dde.crisis<\/em> du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-ddecrisis_sur_la_metahistoire_des_armes__26_10_2009.html\" class=\"gen\">25 octobre 2009<\/a> sur cette question. Cela pr\u00e9figure le d\u00e9veloppement de la th\u00e8se dans <LIEN=http:\/\/www.dedefensa.org\/article-pour_introduire_la_grace_de_l_histoire_17_10_2009.html>l&rsquo;essai<D > de Philippe Grasset, <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>, prochainement mis en ligne sur ce site.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<strong><em>La victoire en brisant<\/em><\/strong><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>On a d\u00e9j\u00e0 lu, sur la question de l&rsquo;\u00e9volution de la guerre durant la R\u00e9volution fran\u00e7aise, deux articles qui se r\u00e9f\u00e9raient notamment \u00e0 l&rsquo;uvre de Guglielmo Ferrero (Aventures) sur la campagne d&rsquo;Italie de Bonaparte<\/em> [Voir sur ce site au <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_choc_profond_des_armes_et_l_aventure_c_est_l_aventure_rubriques_analyse_volume_23_n05_et_06_10_et_25_novembre_2007_19_12_2007.html\" class=\"gen\">19 d\u00e9cembre 2007<\/a>.] <em>L&rsquo;interpr\u00e9tation que nous en tirions \u00e9tait d&rsquo;abord que la guerre elle-m\u00eame, telle qu&rsquo;elle fut men\u00e9e \u00e0 partir de cette \u00e9poque, avec son caract\u00e8re radical (lev\u00e9e en masse, adoption de tactiques de destruction, abandon des r\u00e8gles de biens\u00e9ance des guerres au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, intervention syst\u00e9matique contre les structures d&rsquo;administration civile, etc.), avait manifestement un caract\u00e8re bien mieux d\u00e9fini par le qualificatif d\u00e9structurant que par le qualificatif r\u00e9volutionnaire.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>A partir de ces batailles, le pays ou la r\u00e9gion envahis se trouvaient effectivement d\u00e9structur\u00e9s, dans un \u00e9tat d&rsquo;affaiblissement et de chaos qui permettait \u00e0 toutes les id\u00e9es de s&rsquo;installer. Ainsi, le triomphe des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires ne devait-il rien aux id\u00e9es, mais tout au caract\u00e8re de choc d\u00e9structurant de la guerre; ainsi pouvait-on constater que ce choc d\u00e9structurant de la guerre, quelles que fussent les parties de la g\u00e9ographie sociale et administrative o\u00f9 il s&rsquo;exer\u00e7ait, frappait d&rsquo;abord d&rsquo;une fa\u00e7on fulgurante les psychologies  autant les psychologies individuelles que la psychologie collective, et les premi\u00e8res s&rsquo;inscrivant sans restriction dans la seconde , permettant encore plus la p\u00e9n\u00e9tration des id\u00e9es dans une psychologie collective litt\u00e9ralement vid\u00e9e. (La m\u00eame id\u00e9e est reprise par Naomi Klein aujourd&rsquo;hui, pour caract\u00e9riser la strat\u00e9gie du choc, selon le titre de son ouvrage, qui caract\u00e9rise le capitalisme du m\u00eame nom  le capitalisme de choc ultra-lib\u00e9ral.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Ce point de d\u00e9part, qui s&rsquo;ajuste dans notre rangement \u00e0 ce que nous nommons la deuxi\u00e8me civilisation occidentale, fut compl\u00e9t\u00e9, non pas par des id\u00e9es nouvelles et\/ou plus puissantes, mais par des armements de plus en plus puissants, de plus en plus destructeurs; surtout, nous dirions, des armements de plus en plus brisants, c&rsquo;est-\u00e0-dire, selon la d\u00e9finition m\u00eame, des armements qui ont une forte puissance de fragmentation. On retrouve alors le sens fondamental de la d\u00e9structuration, la fragmentation \u00e9tant litt\u00e9ralement une d\u00e9structuration physique. Ainsi, l&rsquo;armement s&rsquo;alignait-il sur le caract\u00e8re de la guerre d\u00e9structurante, \u00e9videmment en le renfor\u00e7ant. Ainsi avons-nous d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, dans le cas de la bataille de Verdun<\/em> [voir sur ce site, au <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-verdun_et_les_3_cercles_de_l_enfer_analyse_volume_24_n19_25_juin_2009_11_07_2009.html\" class=\"gen\">11 juillet 2009<\/a>], <em>le caract\u00e8re physiquement d\u00e9structurant de l&rsquo;attaque par une pr\u00e9paration d&rsquo;artillerie sans pr\u00e9c\u00e9dent. A ce point, effectivement  et la Grande Guerre est un paroxysme \u00e0 cet \u00e9gard  l&rsquo;effet d\u00e9structurant g\u00e9n\u00e9ral de la guerre rejoint et se marie intimement avec l&rsquo;effet d\u00e9structurant de l&rsquo;armement.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<strong><em>La r\u00e9volution de l&rsquo;armement.<\/em><\/strong> <em>C&rsquo;est bien la cause principale de notre attention et de notre int\u00e9r\u00eat fondamental pour la bataille de Verdun; parce que sa topographie enferm\u00e9e, qui en fait une sorte de laboratoire, ses p\u00e9riodes de paroxysme inou\u00ef de rupture, son absence d&rsquo;id\u00e9e strat\u00e9gique alors que son issue a un sens strat\u00e9gique, en font quelque chose \u00e0 part dans la Grande Guerre et dans l&rsquo;histoire de la guerre de cette deuxi\u00e8me civilisation occidentale. La bataille de Verdun, avec ses chocs de rupture, n&rsquo;est pas une rupture en soi. Elle est une somme d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, qui se concentrent en elle, qui en font un paroxysme. Et, r\u00e9p\u00e9tons-le, la bataille de Verdun est d&rsquo;autant plus int\u00e9ressante qu&rsquo;elle est, au d\u00e9part, sans id\u00e9e pr\u00e9cise  cas historiquement reconnu; pas d&rsquo;id\u00e9e r\u00e9volutionnaire, bien s\u00fbr, mais m\u00eame pas d&rsquo;id\u00e9e strat\u00e9gique, les causes de l&rsquo;offensive allemande \u00e9tant extr\u00eamement vagues et encore aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet de d\u00e9bats  preuve, \u00e0 tout le moins, qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d&rsquo;id\u00e9e ma\u00eetresse. Pourtant cette bataille est essentielle pour ce qui n&rsquo;est pas arriv\u00e9e: si les Allemands l&rsquo;avaient emport\u00e9 dans leur premi\u00e8re offensive, l&rsquo;ordre de bataille existant sur tout le front Ouest aurait offert \u00e0 l&rsquo;Allemagne une capacit\u00e9 d&rsquo;enveloppement strat\u00e9gique d\u00e9cisive, qui aurait pu prendre Paris et les arm\u00e9es alli\u00e9es \u00e0 revers.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Le point essentiel que nous voudrions mettre en \u00e9vidence dans ce cas est que, telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e, la bataille de Verdun a vu l&rsquo;amalgame complet de la guerre d\u00e9structurante et de l&rsquo;armement d\u00e9structurant. Verdun fut une offensive de la guerre d\u00e9structurante \u00e0 cause du caract\u00e8re brisant extr\u00eame des armements. Ce sont les armements  la puissance inou\u00efe, surtout initiale, de l&rsquo;artillerie  qui tendirent \u00e0 bouleverser, \u00e0 d\u00e9structurer compl\u00e8tement le pays (le p\u00e9rim\u00e8tre de la bataille, si bien clos et d\u00e9limit\u00e9), sa g\u00e9ographie, son \u00eatre m\u00eame, et les psychologies de ceux qui le d\u00e9fendaient \u00e0 mesure. En ce sens, l&rsquo;Allemagne prenait la rel\u00e8ve des arm\u00e9es r\u00e9volutionnaires de Bonaparte, ce qui est absolument concevable lorsqu&rsquo;on adopte une vision un peu plus \u00e9clair\u00e9e que les \u00e9tiquettes banales de nos id\u00e9ologies courantes, et que l&rsquo;on comprend, comme le fait Modris Eksteins dans Le sacre du printemps, le caract\u00e8re intrins\u00e8quement moderniste sinon postmoderniste, d\u00e9structurant, donc r\u00e9volutionnaire de l&rsquo;Empire de Guillaume II.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Il se trouve que les Fran\u00e7ais r\u00e9sist\u00e8rent puis l&#8217;emport\u00e8rent finalement dans cette bataille qui, para\u00eet-il, pour les midinettes de l&rsquo;intellectualisme postmoderne qui frissonnent pour Verdun mais ont \u00e0 peine une pens\u00e9e pour Hiroshima, n&rsquo;a aucun sens sinon celui d&rsquo;une boucherie \u00e9pouvantable. Les soldats fran\u00e7ais affirm\u00e8rent ainsi la position \u00e9trange de la France, qui a accouch\u00e9 du monstre qu&rsquo;est la R\u00e9volution, \u00e9v\u00e9nement de rupture d\u00e9structurante d&rsquo;une civilisation, et qui a pourtant conduit ensuite un combat de r\u00e9sistance, structuration contre d\u00e9structuration, contre les rejetons d\u00e9structurants de la grande R\u00e9volution. Ainsi en fut-il de Verdun&#8230;<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>La principale le\u00e7on qu&rsquo;on doit retenir est effectivement celle du r\u00f4le de l&rsquo;armement. L&rsquo;armement a pris la place centrale. Il a montr\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 lui seul, il vaut bien plus que l&rsquo;id\u00e9e. L&rsquo;armement appara\u00eet comme l&rsquo;outil de la d\u00e9structuration postmoderniste.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA partir de ces observations, il devient \u00e9vident que la postmodernit\u00e9 est domin\u00e9e par la mati\u00e8re, le technologisme, l&rsquo;armement et, au bout du compte, la guerre; que toutes les id\u00e9es de la postmodernit\u00e9 sont faites pour justifier, habiller cette situation des couleurs morales convenables; que l&rsquo;esprit lib\u00e9ral est n\u00e9cessairement conduit \u00e0 adopter ce parti de la guerre, comme il le fait depuis 1989-91 \u00e0 visage d\u00e9couvert, parce qu&rsquo;il a reconnu enfin d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9futable et avec reconnaissance son ma\u00eetre et son inspirateur, la mati\u00e8re d\u00e9cha\u00een\u00e9e, d\u00e9structurante, transform\u00e9e en technologisme et en armement. Par cons\u00e9quent le terme de <em>liberal hawks<\/em>, ou lib\u00e9ral belliciste qui serait encore plus appropri\u00e9, est une expression qui repr\u00e9sente le pl\u00e9onasme port\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 son extr\u00eame vicieux, trompeur, le pl\u00e9onasme devenu sophisme complet, et achevant la transmutation du langage. Stendhal, qui se croyait lib\u00e9ral, comprit cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0 lorsqu&rsquo;il observa que le lib\u00e9ral, h\u00e9ritier des Lumi\u00e8res avec la R\u00e9volution au passage, n&rsquo;\u00e9tait pas autre chose qu&rsquo;un faux-nez pour d\u00e9finir cette capitulation de l&rsquo;esprit sous l&#8217;empire de la mati\u00e8re; cela en d\u00e9couvrant la nouvelle d\u00e9finition offerte par H. Gouhier en 1824, alors que s&rsquo;annon\u00e7aient les premiers progr\u00e8s de l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;\u00e9conomie de force de notre \u00e2ge du feu: \u00ab<em>Les Lumi\u00e8res, c&rsquo;est d\u00e9sormais l&rsquo;industrie.<\/em>\u00bb Tout s&rsquo;est encha\u00een\u00e9 depuis et notre \u00e9poque compl\u00e8te le tableau.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tBienvenus \u00e0 bord, les guerriers de notre Apocalypse.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le go\u00fbt des armes 2 d\u00e9cembre 2009 Ou bien, aurions-nous pu choisir plut\u00f4t le titre, plus dramatique et un peu plus cruel : le go\u00fbt du sang? 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