{"id":71331,"date":"2009-12-11T07:48:56","date_gmt":"2009-12-11T07:48:56","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/12\/11\/remarques-sur-lequation-du-pouvoir-a-moscou\/"},"modified":"2009-12-11T07:48:56","modified_gmt":"2009-12-11T07:48:56","slug":"remarques-sur-lequation-du-pouvoir-a-moscou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/12\/11\/remarques-sur-lequation-du-pouvoir-a-moscou\/","title":{"rendered":"Remarques sur l&rsquo;\u00e9quation du pouvoir \u00e0 Moscou"},"content":{"rendered":"<p><p>Le mot c\u00e9l\u00e8bre de Churchill sur le pouvoir sovi\u00e9tique (\u00ab<em>une \u00e9nigme enrob\u00e9e dans un myst\u00e8re<\/em>\u00bb) est un des legs dialectiques de la Guerre froide. Les remarques faites dans la note pr\u00e9c\u00e9dente (ce <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-retour_de_l_otan_a_la_politique_russe__11_12_2009.html?admin=1\" class=\"gen\">11 d\u00e9cembre 2009<\/a>) sur la r\u00e9partition du pouvoir \u00e0 Moscou vue par l&rsquo;OTAN montrent que la formule reste, pour certains, tr\u00e8s actuelle. Elle se r\u00e9sume par la question: qui est le ma\u00eetre \u00e0 Moscou? Nous proposerions une autre approche en nous interrogeant sur le fait de savoir s&rsquo;il y a <strong>un<\/strong> seul ma\u00eetre \u00e0 Moscou, et s&rsquo;il est n\u00e9cessaire qu&rsquo;il n&rsquo;y en ait <strong>qu&rsquo;un<\/strong>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Notre approche consiste \u00e0 nous appuyer sur une r\u00e9f\u00e9rence historique, qui est le stalinisme. En 1959, Nikita Krouchtchev confiait \u00e0 Averell Harriman combien la m\u00e9thode stalinienne du pouvoir concentr\u00e9 dans les mains d&rsquo;un seul homme, et un homme d&rsquo;une cruaut\u00e9 extr\u00eame, avait \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode \u00e9pouvantable pour la question de la s\u00e9curit\u00e9, y compris la s\u00e9curit\u00e9 personnelle, et donc pour la question de la stabilit\u00e9 du pouvoir autant que du pays. La remarque vaut \u00e9videmment pour la terreur bureaucratique et polici\u00e8re sans pr\u00e9c\u00e9dent qui r\u00e9gna sur le pays et sa population, avec l&rsquo;instabilit\u00e9 sanglante de vagues de purges et de liquidations incessantes, mais Krouchtchev faisait allusion dans ce cas au climat qui affectait la direction sovi\u00e9tique elle-m\u00eame. Krouchtchev rapportait que toute invitation, \u00e9videmment p\u00e9remptoire, de venir d\u00eener dans la <em>datcha<\/em> de Staline \u00e9tait pour les membres divers de l&rsquo;\u00e9quipe dirigeante un calvaire o\u00f9 chacun craignait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9limination physique et sommaire durant les agapes. Ce climat, expliquait Krouchtchev, avait conduit les successeurs de Staline \u00e0 ne plus concevoir le pouvoir que d&rsquo;une fa\u00e7on collective, avec des directions tric\u00e9phales ou bic\u00e9phales selon les circonstances. Cette formule \u00e9tablissait une solidarit\u00e9 <em>de facto<\/em>, malgr\u00e9 les diff\u00e9rences de conception, et tendait \u00e0 \u00e9viter le retour \u00e0 la brutalit\u00e9 extr\u00eame du stalinisme. Effectivement, apr\u00e8s Staline, les changements et les incidents de pouvoir se pass\u00e8rent en douceur, sans aucun rapport avec la brutalit\u00e9 de la p\u00e9riode stalinienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSans bien entendu en revenir au stalinisme <em>stricto sensu<\/em> mais en s&rsquo;en tenant \u00e0 la forme du pouvoir, cette tradition post-stalinienne sembla avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9e avec Gorbatchev, puis Eltsine, puis Poutine. (Mais tout de m\u00eame avec une r\u00e9serve pour Gorbatchev, qui avait une \u00e9quipe soud\u00e9e et constitu\u00e9e autour de lui, notamment un ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, Chevardnadze, d&rsquo;une importance au moins \u00e9gale \u00e0 celle de Lavrov, et dans les temps pr\u00e9c\u00e9dents de l&rsquo;URSS orthodoxe post-stalinienne, \u00e0 celle de Gromyko.) On peut arguer, pour expliquer le fait, que le passage au pouvoir de chacun de ces hommes repr\u00e9senta une p\u00e9riode tr\u00e8s agit\u00e9e, dans un sens ou dans l&rsquo;autre, qu&rsquo;on jugera positif ou n\u00e9gatif selon les p\u00e9riodes, mais qui n\u00e9cessita chaque fois une centralisation de crise. (Cela, y compris pour Poutine, qui renversa au prix de durs affrontements la tendance de la p\u00e9riode Eltsine.) On pourrait avancer l&rsquo;argument que depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de Medvedev, on assiste \u00e0 un certain retour \u00e0 une direction coll\u00e9giale. On pourrait m\u00eame avancer, vu le r\u00f4le de poids jou\u00e9 par les trois hommes et l&rsquo;importance des politiques qu&rsquo;ils traitent, qu&rsquo;il y a une sorte de pouvoir partag\u00e9 en trois, en ajoutant le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res Lavrov, dont l&rsquo;action et l&rsquo;influence sont d&rsquo;une grande importance, \u00e0 Medvedev et \u00e0 Poutine.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tA la Commission europ\u00e9enne, par exemple, l&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la diff\u00e9rence de celle de l&rsquo;OTAN, est que Medvedev joue un r\u00f4le tr\u00e8s substantiel, qu&rsquo;il n&rsquo;est en aucune fa\u00e7on la marionnette de Poutine. La formule actuelle pourrait donc effectivement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, en partie, selon notre hypoth\u00e8se, comme un certain retour \u00e0 la forme de pouvoir adopt\u00e9e apr\u00e8s la p\u00e9riode stalinienne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa question de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure joue un r\u00f4le tr\u00e8s important. La direction politique est confront\u00e9e \u00e0 des contre-pouvoirs mafieux et oligarchiques d&rsquo;une puissance et d&rsquo;une brutalit\u00e9 inou\u00efes. Dans des circonstances compl\u00e8tement diff\u00e9rentes, certes, on retrouve des donn\u00e9es de s\u00e9curit\u00e9 physique directe, comme au temps du stalinisme. L\u00e0 aussi, le sch\u00e9ma du pouvoir collectif peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9, par la solidarit\u00e9 <em>de facto<\/em> qu&rsquo;il impose aux dirigeants. Selon les normes occidentales, la l\u00e9galit\u00e9 formelle d&rsquo;un tel syst\u00e8me est \u00e9videmment absolument contestable, mais il s&rsquo;agit de la r\u00e9alit\u00e9 russe, o\u00f9 l&rsquo;Occident a justement une tr\u00e8s grande part de responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t(Les divers documents ressortis ou \u00e9largis lors de diverses appr\u00e9ciations et documentaires pour le vingti\u00e8me anniversaire de la chute du Mur de Berlin, ainsi que des d\u00e9clarations d&rsquo;acteurs des \u00e9v\u00e9nements, dont Gorbatchev lui-m\u00eame, ont donn\u00e9 un poids et un cr\u00e9dits impressionnants \u00e0 une th\u00e8se jusqu&rsquo;ici d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ignor\u00e9e. Cette th\u00e8se expose combien, en favorisant Eltsine pour des projets d&rsquo;hyper-capitalisation sauvage et de pillage de la Russie par les \u00e9quipes de capitalistes inspir\u00e9es de l&rsquo;\u00e9cole de Chicago [Milton Friedman], les Occidentaux ont particip\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on appuy\u00e9e et catastrophique \u00e0 l&rsquo;interruption de l&rsquo;exp\u00e9rience Gorbatchev qui aurait pu conduire une transition beaucoup plus honorable et infiniment moins d\u00e9vastatrice pour la Russie apr\u00e8s la chute du communisme.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation russe \u00e9tant ce qu&rsquo;elle est, les critiques occidentales concernant l&rsquo;\u00e9tat de la d\u00e9mocratie en Russie, m\u00eame si elles peuvent para\u00eetre fond\u00e9es pour un esprit occidentaliste, sont surr\u00e9alistes et, simplement dit, d\u00e9raisonnables. Ce qui compte, c&rsquo;est la stabilit\u00e9 du pouvoir avec la recherche de la s\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale pour le pays qu&rsquo;elle implique, et une relative r\u00e9partition de ce pouvoir pour conforter cette stabilit\u00e9. On pourrait consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9quipe actuelle renforce ces tendances. Il est remarquable de voir combien la Russie, dans les deux derni\u00e8res ann\u00e9es parcourues de crises violentes, mais aussi de manuvres de politique ext\u00e9rieure extr\u00eamement d\u00e9licates, a montr\u00e9 une souplesse et une coordination exceptionnelles entre les diff\u00e9rents acteurs du pouvoir (Medvedev, Poutine, mais aussi Lavrov), radicalement sup\u00e9rieures aux conditions confuses et contradictoires de la politique occidentale dans ces domaines. Ces observations renforcent la th\u00e8se d&rsquo;un retour insensible vers une direction collective, qui se ferait d&rsquo;ailleurs sans pr\u00e9m\u00e9ditation, par la simple pression des n\u00e9cessit\u00e9s. Les \u00e9lections pour la pr\u00e9sidence en 2012 confirmeront ou infirmeront cette analyse, selon la possibilit\u00e9 ou pas d&rsquo;accords pr\u00e9alables entre Medvedev et Poutine.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 11 decembre 2009 \u00e0 07H49<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mot c\u00e9l\u00e8bre de Churchill sur le pouvoir sovi\u00e9tique (\u00abune \u00e9nigme enrob\u00e9e dans un myst\u00e8re\u00bb) est un des legs dialectiques de la Guerre froide. Les remarques faites dans la note pr\u00e9c\u00e9dente (ce 11 d\u00e9cembre 2009) sur la r\u00e9partition du pouvoir \u00e0 Moscou vue par l&rsquo;OTAN montrent que la formule reste, pour certains, tr\u00e8s actuelle. 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