{"id":71372,"date":"2009-12-24T12:30:02","date_gmt":"2009-12-24T12:30:02","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/12\/24\/notes-sur-la-securite-en-europe-en-2010\/"},"modified":"2009-12-24T12:30:02","modified_gmt":"2009-12-24T12:30:02","slug":"notes-sur-la-securite-en-europe-en-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2009\/12\/24\/notes-sur-la-securite-en-europe-en-2010\/","title":{"rendered":"Notes sur la s\u00e9curit\u00e9 en Europe, en 2010"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Notes sur la s\u00e9curit\u00e9 en Europe, en 2010<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tLe dossier le plus insaisissable aujourd&rsquo;hui dans les affaires internationales est celui de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. C&rsquo;est aussi le plus improbable et certainement l&rsquo;un des plus pressants. C&rsquo;est certainement l&rsquo;un des plus embarrassants et l&rsquo;objet des jugements les plus contrast\u00e9s. Enfin, dernier paradoxe de tous ces jugements paradoxaux qui ne d\u00e9parent pas notre \u00e9poque, il est bien probable que ce dossier auquel personne n&rsquo;a apport\u00e9 beaucoup d&rsquo;attention jusqu&rsquo;\u00e0 ces derni\u00e8res semaines sera l&rsquo;un des grands dossiers de 2010.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t<em>Stricto sensu<\/em>, un document existe, qui rend assez difficile que la chose soit ignor\u00e9e par ceux qu&rsquo;elle embarrasse: la proposition Medvedev, faite en juin 2008 par le pr\u00e9sident Medvedev s&rsquo;adressant \u00e0 tous les pays concern\u00e9s par cette question de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, qu&rsquo;on retrouve quasiment parmi les membres de l&rsquo;Organisations de Coop\u00e9ration et de S\u00e9curit\u00e9 en Europe (OSCE). Ce premier acte a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par la transmission \u00e0 tous les pays concern\u00e9s d&rsquo;un projet de trait\u00e9, le 30 novembre 2009, par le pr\u00e9sident Medvedev aux pays impliqu\u00e9s, prolongeant et explicitant sa fameuse proposition.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes r\u00e9actions ont \u00e9t\u00e9 assez diverses et contrast\u00e9es. Les diff\u00e9rents pays et organismes se sont mis \u00e0 \u00e9tudier le projet. On peu admettre, par exemple, que l&rsquo;Allemagne lui sera favorable, puisque les services diplomatiques allemandes ont aid\u00e9 leurs coll\u00e8gues russes \u00e0 r\u00e9diger la mise au propre du projet de trait\u00e9, pour qu&rsquo;il soit plus dans les normes formelles de leurs coll\u00e8gues occidentaux.<\/p>\n<h4>Pourquoi une (nouvelle) architecture?<\/h4>\n<p> La question pourrait se poser de savoir pourquoi l&rsquo;Europe aurait besoin d&rsquo;une nouvelle architecture europ\u00e9enne. La r\u00e9ponse viendrait assez naturellement: parce qu&rsquo;elle n&rsquo;en a pas. La s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne d\u00e9pend aujourd&rsquo;hui de divers accords et structures d\u00e9pass\u00e9es, alors que l&rsquo;UE a \u00e9t\u00e9 incapable de mettre en place une structure de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne <em>stricto sensu<\/em>. Quelle est cette architecture ?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;OTAN, bien entendu, qui est devenue un facteur de d\u00e9s\u00e9quilibre et de d\u00e9sordre puisque sa fonction essentielle \u00e9tait d&rsquo;exister <strong>en fonction<\/strong> d&rsquo;une autre structure ou d&rsquo;une autre masse suppos\u00e9e mena\u00e7ante (l&rsquo;URSS et son glacis est-europ\u00e9en, puis le Pacte de Varsovie). La disparition de cet autre a d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 l&rsquo;OTAN qui est devenue une masse en mouvement incontr\u00f4lable, absorbant de nouveaux Etats sans aucune coh\u00e9sion strat\u00e9gique  \u00e0 moins que la recherche de l&rsquo;excitation de la Russie soit per\u00e7ue comme un axe de coh\u00e9sion strat\u00e9gique. Qui plus est, manipulable \u00e0 souhait comme l&rsquo;on sait, l&rsquo;OTAN s&rsquo;est trouv\u00e9e de plus en plus entra\u00een\u00e9e vers des missions extra-europ\u00e9ennes (Afghanistan) qui, par nature, n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec une architecture europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le trait\u00e9 FNI de d\u00e9cembre 1987 entre les USA et l&rsquo;URSS fait partie de l&rsquo;architecture de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne en fixant une situation d&rsquo;armistice nucl\u00e9aire approximative. L&rsquo;esprit du trait\u00e9, surtout, est important, mais c&rsquo;est un esprit qui date de 1987, qui concerne deux puissances dont l&rsquo;une en tant que telle a disparu, et l&rsquo;autre n&rsquo;est pas europ\u00e9enne. L&rsquo;esprit s&rsquo;est donc perverti et fonctionne aujourd&rsquo;hui comme un facteur de paralysie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;OSCE (qui couvre toute l&rsquo;Europe et au-del\u00e0 avec l&rsquo;adjonction de puissances non-europ\u00e9ennes impliqu\u00e9es) n&rsquo;est pas une organisation architecturale. C&rsquo;est une organisation de contr\u00f4le (notamment) d&rsquo;une architecture europ\u00e9enne dont on constate par ailleurs qu&rsquo;elle est d\u00e9pass\u00e9e. Son contr\u00f4le est donc fauss\u00e9, \u00e9ventuellement faussaire, et ouvre le champ \u00e0 des manuvres et \u00e0 toutes les manipulations  tout cela involontairement, \u00e0 cause de la r\u00e9alit\u00e9 europ\u00e9enne elle-m\u00eame et non \u00e0 cause de l&rsquo;Organisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPar contraste avec l&rsquo;Europe, d&rsquo;autres continents r\u00e9put\u00e9s inorganis\u00e9s ou fractionn\u00e9s, comme l&rsquo;Asie et l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud, mettent en place au contraire des organisations r\u00e9gionales qui ont des aspects structurants largement sup\u00e9rieures \u00e0 la masse de structures dont dispose l&rsquo;Europe. En essence, des organisations comme celles des pays d&rsquo;Am\u00e9rique du Sud, de l&rsquo;ASEAN avec les rapports ext\u00e9rieurs avec la Chine, voire de l&rsquo;Organisation de Coop\u00e9ration de Shanghai, disposent de la souplesse et de la capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation dont manque la pl\u00e9thore d&rsquo;organisations europ\u00e9ennes.<\/p>\n<h3>La responsabilit\u00e9 de l&rsquo;am\u00e9ricanisme<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous parlons de responsabilit\u00e9 de l&rsquo;am\u00e9ricanisme plus que de responsabilit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique (des USA), tant le pouvoir washingtonien, en compl\u00e8te d\u00e9liquescence, a perdu toute capacit\u00e9 de contr\u00f4le de lui-m\u00eame. Apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 se d\u00e9rouler l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;OTAN sans aucune strat\u00e9gie pr\u00e9con\u00e7ue et contr\u00f4l\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard, il a laiss\u00e9 se d\u00e9rouler une strat\u00e9gie privatis\u00e9e de d\u00e9stabilisation de l&rsquo;ext\u00e9rieur proche de la Russie dont on conna\u00eet bien les composants. Ils vont des r\u00e9volutions de couleur \u00e0 l&rsquo;initiative du r\u00e9seau anti-missiles BMDE, dont l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_la_mort_du_bmde_et_ses_suites_21_09_2009.html\" class=\"gen\">historique<\/a> suffit pour d\u00e9finir cette entreprise de d\u00e9stabilisation et de d\u00e9structuration.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tToutes les arguties strat\u00e9giques \u00e0 propos du BMDE rel\u00e8vent d&rsquo;un autre monde, qui n&rsquo;est pas le n\u00f4tre, qui est celui de la relation publique et de la publicit\u00e9 id\u00e9ologique. S&rsquo;y attarde qui veut pour en d\u00e9battre; nous avons d&rsquo;autres sujets de pr\u00e9occupation plus urgents. L&rsquo;essentiel est bien le r\u00e9sultat, qui fut de fournir un foyer de d\u00e9stabilisation et de d\u00e9structuration qui acheva de r\u00e9duire l&rsquo;architecture europ\u00e9enne \u00e0 une b\u00e2tisse de conception d\u00e9pass\u00e9e dont il s&rsquo;av\u00e9rait d\u00e9sormais qu&rsquo;elle \u00e9tait rong\u00e9e par les termites de la d\u00e9stabilisation.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa d\u00e9cision US d&rsquo;abandon du BMDE a act\u00e9 <em>a posteriori<\/em> cet effet d\u00e9stabilisant du BMDE en abandonnant le syst\u00e8me dans sa forme contest\u00e9e mais n&rsquo;a, en aucune fa\u00e7on, offert un axe ou un projet de r\u00e9paration des d\u00e9bats caus\u00e9s. Elle n&rsquo;a fait que mettre \u00e0 nu les conditions de fragilit\u00e9 et de v\u00e9tust\u00e9 d&rsquo;une architecture de s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne semblant correspondre \u00e0 des ann\u00e9es 1980 qui seraient revenues aux ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<h3>Le r\u00f4le essentiel de la crise g\u00e9orgienne<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tQuoi qu&rsquo;on pense de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, et dans quelque sens qu&rsquo;on le place et qu&rsquo;on l&rsquo;oriente, la crise g\u00e9orgienne a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la <strong>r\u00e9alisation<\/strong>, soit de la fragilit\u00e9, soit de l&rsquo;incompatibilit\u00e9 avec son \u00e9poque de la situation de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne  qu&rsquo;on n&rsquo;ose d\u00e9signer comme un syst\u00e8me, tant, comme on l&rsquo;a vu, elle se d\u00e9finit plut\u00f4t comme un bric-\u00e0-brac d&rsquo;organisations d&rsquo;autres temps et d&rsquo;autres situations. Le bric-\u00e0-brac a jou\u00e9 \u00e0 plein durant cette crise, en montrant le d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ral caus\u00e9 sur l&rsquo;instant par cette crise, avant des initiatives pour la r\u00e9soudre, ou du moins stopper son expansion.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa crise g\u00e9orgienne fut le premier \u00e9v\u00e9nement d&rsquo;un conflit d&rsquo;Etat \u00e0 Etat, de nation \u00e0 nation engageant une puissance majeure (la Russie), en Europe depuis la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Tous les conflits, guerres et autres qui eurent lieu dans cet intervalle avaient \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat d&rsquo;actions de syst\u00e8mes (comme la Hongrie en 1958 et la Tch\u00e9coslovaquie en 1968) ou d&rsquo;effets d&rsquo;explosions internes ou de syst\u00e8mes, ou de guerres civiles avec leurs cons\u00e9quences externes (ex-Yougoslavie, de 1990 \u00e0 l&rsquo;\u00e9pisode du Kosovo de 1999, ainsi que les conflits locaux r\u00e9sultant directement du d\u00e9membrement de l&rsquo;URSS).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCet \u00e9v\u00e9nement nouveau fixa d&rsquo;une fa\u00e7on dramatique la d\u00e9stabilisation du syst\u00e8me approximatif n\u00e9 de la Guerre froide, entam\u00e9e par la force des \u00e9v\u00e9nements avec le d\u00e9membrement de l&rsquo;URSS et l&rsquo;explosion de l&rsquo;ex-Yougoslavie, poursuivie selon une volont\u00e9 effectivement d\u00e9stabilisatrice par la pouss\u00e9e de l&rsquo;OTAN et de la subversion humanitariste et privatis\u00e9e (r\u00e9volution de couleur) qui l&rsquo;accompagna. Surtout, elle couronna l&rsquo;axe fondamental de d\u00e9stabilisation de l&rsquo;ordre <strong>militaire<\/strong> existant en Europe que constitua le projet BMDE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn un sens, la crise g\u00e9orgienne eut l&rsquo;effet paradoxalement vertueux de faire entrer dans les esprits l&rsquo;existence d&rsquo;une probl\u00e9matique de la s\u00e9curit\u00e9 en Europe. Le choc fut assez vite oubli\u00e9 par les syst\u00e8mes de  communication \u00e0 cause de l&rsquo;encha\u00eenement presque imm\u00e9diat de la crise financi\u00e8re de 15 septembre 2008, qui en d\u00e9tourna aussit\u00f4t l&rsquo;attention, mais son effet fut profond. L&rsquo;abandon du BMDE par les USA en septembre 2009 fut l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui ramena les esprits au probl\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne et fit prendre conscience des effets du choc de la crise g\u00e9orgienne.<\/p>\n<h3>Des positions diverses et vari\u00e9es<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tNous d\u00e9crivons tout cela, toutes ces estimations de choc et de prise de conscience nullement en fonction de ce qui fut dit et fait sur le moment  au moment de la crise g\u00e9orgienne et au moment de l&rsquo;abandon du BMDE. Il nous semble qu&rsquo;on peut d\u00e9velopper cette analyse aujourd&rsquo;hui en constatant l&rsquo;\u00e9volution des positions et des perceptions apr\u00e8s le second acte du processus de la proposition Medvedev que fut la remise d&rsquo;un projet de trait\u00e9 aux principales parties concern\u00e9es, le 30 novembre 2009. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement agit comme un r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes r\u00e9actions \u00e0 la remise de ce document ont \u00e9t\u00e9 assez surprenantes. Les commentaires, assez vagues et \u00e9pisodiques, depuis juin 2008 et la premi\u00e8re annonce de Medvedev, consistaient \u00e0 dire: Pourquoi chercher \u00e0 changer quelque chose, la situation actuelle est satisfaisante. C&rsquo;est en g\u00e9n\u00e9ral la position des activistes atlantistes et anti-russes. A c\u00f4t\u00e9 de cela, on observera que les Russes eux-m\u00eames ne se sont pas press\u00e9s de pr\u00e9ciser leur proposition de juin 2008, comme s&rsquo;ils y croyaient eux-m\u00eames assez peu. Depuis le 30 novembre 2009, par contre, on constate une mont\u00e9e assez remarquable de r\u00e9ponses, officielles ou officieuses, et de commentaires, allant dans un sens assez favorable et constructif.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes positions varient \u00e9videmment selon les pays et les organisations. Il ne fait pas de doute que l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_traite_medvedev_et_le_grand_interet_des_allemands_22_12_2009.html\" class=\"gen\">Allemagne<\/a>, la <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sarko_et_le_vent_du_mistral_30_11_2009.html\" class=\"gen\">France<\/a> et l&rsquo;Italie sont particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9s, que le Royaume-Uni ne l&rsquo;est gu\u00e8re sinon pour saboter l&rsquo;initiative \u00e0 son avantage et comme \u00e0 son habitude; que l&rsquo;Union europ\u00e9enne, apr\u00e8s avoir ignor\u00e9 la chose, commence \u00e0 d\u00e9couvrir qu&rsquo;elle existe; que m\u00eame l&rsquo;OTAN, dont on attendait une fin de non-recevoir, assure, par la voix de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral dont on sait que les relations avec la Russie sont un axe de son action personnelle, qu&rsquo;elle examine le document d&rsquo;un il bienveillant.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tPlus que de positions pr\u00e9cises, il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un climat qu&rsquo;on d\u00e9couvre, et qu&rsquo;on d\u00e9couvre finalement plus favorable \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;une nouvelle architecture europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9 qu&rsquo;on pouvait le penser. D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, c&rsquo;est une surprise, mais plus une surprise de proc\u00e9dure qu&rsquo;une surprise politique. Notre explication tient en ce que les directions politiques sont aujourd&rsquo;hui habitu\u00e9es \u00e0 penser \u00e0 si court terme qu&rsquo;elles ne sp\u00e9culent plus sur les projets \u00e0 long terme. Bien entendu, lorsqu&rsquo;un de ces projets leur est pr\u00e9sent\u00e9, elles sont oblig\u00e9es de r\u00e9agir. Le climat  g\u00e9n\u00e9ral de ces r\u00e9actions telles qu&rsquo;on les a observ\u00e9es permet d&rsquo;observer deux choses:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Le choc de la crise g\u00e9orgienne a laiss\u00e9 des traces et a convaincu nombre d&rsquo;esprits qu&rsquo;il fallait chercher de nouvelles situations o\u00f9 cette sorte de conflits pourrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. En filigrane, il y a aussi l&rsquo;id\u00e9e, en Europe, qu&rsquo;il devient un peu risqu\u00e9 de d\u00e9pendre pour de graves crises de certaines directions irresponsables, mises en place par des processus de manipulation et d&rsquo;influence eux-m\u00eames irresponsables. On parle ici de la G\u00e9orgie et de sa direction actuelle.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Les relations avec la Russie doivent \u00eatre modifi\u00e9es, am\u00e9lior\u00e9es, transform\u00e9es. Il devient de plus en plus essentiel de passer d&rsquo;un climat de confrontation dont on tenterait de se d\u00e9marquer par telle ou telle initiative qui resterait isol\u00e9e \u00e0 un climat de coop\u00e9ration sur lequel on s&rsquo;appuierait pour d\u00e9velopper telle ou telle initiative qui ne serait alors plus isol\u00e9e mais s&rsquo;inscrirait dans un processus structur\u00e9.<\/p>\n<h3>L&rsquo;int\u00e9ressante absence am\u00e9ricaine<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tDans ce rapide et succinct tour d&rsquo;horizon des positions appr\u00e9ci\u00e9es des uns et des autres, on aura remarqu\u00e9 l&rsquo;absence des USA. A part un accueil ouvert au document Medvedev de fin novembre, l&rsquo;administration Obama s&rsquo;est signal\u00e9e par une absence de r\u00e9action \u00e0 cette proposition. Il n&rsquo;y a gu\u00e8re de ces commentaires officieux, de ces fuites pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9es vers la presse qui permettent \u00e0 une administration US de faire savoir son sentiment d&rsquo;une fa\u00e7on un peu plus \u00e9labor\u00e9e que les seules r\u00e9actions formelles.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans les milieux communautaires europ\u00e9ens, le sentiment d&rsquo;\u00e9valuation de la position US confirme cette impression, qui est celle de se trouver devant une administration US sans  v\u00e9ritable position, voire sans r\u00e9el int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat pour la proposition russe  mais cela, sans s&rsquo;y opposer de quelque fa\u00e7on que ce soit. L&rsquo;impression est que les Am\u00e9ricains semblent \u00e9voluer comme si cette question n&rsquo;est en rien leur priorit\u00e9. Pour eux, la priorit\u00e9 des relations avec la Russie, c&rsquo;est la signature de l&rsquo;accord START-II et la bonne marche de la coop\u00e9ration russe vis-\u00e0-vis de la crise afghane (notamment, l&rsquo;\u00e9tablissement et le bon fonctionnement de la voie d&rsquo;approvisionnement de l&rsquo;OTAN par la Russie, vers l&rsquo;Afghanistan, \u00e9ventuellement son \u00e9largissement notamment avec des autorisations de transit a\u00e9rien).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl nous semble que cette position US est assez explicable. Les divers et \u00e9normes probl\u00e8mes int\u00e9rieurs que rencontre cette puissance, les suites de la crise du 15 septembre 2008, l&rsquo;attention presque exclusive port\u00e9e \u00e0 la guerre en Afghanistan, mobilisent toute l&rsquo;attention de Washington. La situation en Europe est un cas de second plan pour les USA, d&rsquo;ailleurs bien caract\u00e9ris\u00e9 par la politique russe de l&rsquo;administration Obama, qu&rsquo;on peut effectivement d\u00e9finir comme une politique de d\u00e9sengagement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl n&#8217;emp\u00eache que la situation pourrait changer et devenir tendue si la frange de droite de l&rsquo;\u00e9chiquier politique washingtonien r\u00e9agissait pouss\u00e9 par ses liens lobbyistes et autres avec les directions install\u00e9es en Europe de l&rsquo;Est par les r\u00e9volution de couleur et les r\u00e9seaux anti-russes correspondants. La r\u00e9action r\u00e9cente du <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-reaction_us_congres_a_l_affaire_mistral-russie_21_12_2009.html\" class=\"gen\">Congr\u00e8s<\/a> dans l&rsquo;affaire <em>Mistral<\/em>, ainsi qu&rsquo;une lettre de six s\u00e9nateurs r\u00e9publicains \u00e0 l&rsquo;ambassade de France pour demander d&rsquo;abandonner ce projet de vente, augurent dans ce sens. Cela pourrait conduire \u00e0 des tensions \u00e0 Washington m\u00eame (entre partisans et adversaires du trait\u00e9), voire entre Washington et les pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<h3>L&rsquo;int\u00e9ressante pr\u00e9sidence kazakh de l&rsquo;OSCE<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tIl est \u00e9vident, d&rsquo;autre part, qu&rsquo;une organisation manque dans notre nomenclature des r\u00e9actions et des attitudes vis-\u00e0-vis de la proposition de trait\u00e9 de Medvedev. La cause en est simplement qu&rsquo;elle occupe naturellement la place centrale de cette situation, en 2010, puisque c&rsquo;est en son sein que devraient avoir lieu d&rsquo;\u00e9ventuelles n\u00e9gociations sur la proposition Medvedev.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe Kazakhstan prendra la pr\u00e9sidence de l&rsquo;OSCE le 1er janvier 2010. Ce pays a d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 qu&rsquo;il faisait de la proposition Medvedev l&rsquo;axe central de sa pr\u00e9sidence et qu&rsquo;il comptait organiser un sommet sur cette question dans le courant de l&rsquo;ann\u00e9e. Les Russes sont bien entendu ravis de cette perspective et, apr\u00e8s quelques p\u00e9rip\u00e9ties, il semble bien que ce sentiment favorable soit de plus en plus partag\u00e9, y compris par l&rsquo;organisation elle-m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl y a l\u00e0 un concours de circonstances int\u00e9ressant, par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution qu&rsquo;ont pris les relations internationales sous la pouss\u00e9e des conceptions humanitaristes occidentalistes. Une source proche de la Commission europ\u00e9enne, qui suit l&rsquo;\u00e9volution de cette situation, a ainsi \u00e9valu\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;OSCE par rapport \u00e0 cette affaire: \u00ab<em>Tout le monde attend avec terreur la pr\u00e9sidence du Kazakhstan, tant ce pays a une affreuse r\u00e9putation au niveau des droits de l&rsquo;homme et de la d\u00e9mocratie. Du coup, la question d&rsquo;un grand sommet en 2010 sous la pr\u00e9sidence kazakh, sur la proposition Medvedev, avec l&rsquo;\u00e9norme effet m\u00e9diatique qu&rsquo;on en attend, devient une perspective s\u00e9duisante et d\u00e9tournant l&rsquo;attention de la situation kazakh, de la pr\u00e9sence au sein de l&rsquo;OSCE d&rsquo;un pays de si mauvaise r\u00e9putation, au profit d&rsquo;une initiative si s\u00e9rieuse et importante<\/em>\u00bb Et notre source conclut avec ironie: \u00ab<em>Du coup, la proposition russe, qui \u00e9tait per\u00e7ue avec r\u00e9serve parce que la Russie n&rsquo;est gu\u00e8re appr\u00e9ci\u00e9e, notamment pour ces m\u00eames questions humanitaristes  mais tout de m\u00eame pas au niveau du Kazakhstan!  devient quelque chose de tr\u00e8s int\u00e9ressant, et la Russie elle-m\u00eame est appr\u00e9ci\u00e9e avec plus de chaleur.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;av\u00e8re donc que les voies de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, d&rsquo;une \u00e9ventuelle nouvelle version, sont imp\u00e9n\u00e9trables \u00e0 l&rsquo;image de celles du Seigneur. Ce n&rsquo;est pas pour nous \u00e9tonner.<\/p>\n<h3>2010 et ses perspectives<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;ann\u00e9e 2010 devrait donc \u00eatre int\u00e9ressante. Il semble appara\u00eetre que la proposition Medvedev venue de l&rsquo;appel d\u00e9j\u00e0 lointain de juin 2008 et accueillie avec si peu de consid\u00e9ration au d\u00e9part a pris une certaine extension dans les perspectives qu&rsquo;elle implique. Une illustration de cette \u00e9volution se trouve dans les d\u00e9clarations du parlementaire allemand Karl-Georg Wellmann en visite \u00e0 Moscou le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_traite_medvedev_et_le_grand_interet_des_allemands_22_12_2009.html\" class=\"gen\">22 d\u00e9cembre 2009<\/a>, dont nous avons signal\u00e9 les conceptions que lui inspire la proposition Medvedev.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;\u00e9v\u00e9nement cr\u00e9e la perspective. Les conditions particuli\u00e8res qui entourent cette proposition, son flou initial, le peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des USA pour elle, etc., conduisent \u00e0 penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit en fait d&rsquo;un document ouvert, qui peut conduire, ou ouvrir la voie \u00e0 des orientations tr\u00e8s nouvelles et presque de rupture avec la situation pr\u00e9sente. Cela d\u00e9pendra sans aucun doute de la situation g\u00e9n\u00e9rale qui r\u00e9gnera lors de la pr\u00e9paration de la conf\u00e9rence et lors du sommet, si ce sommet a effectivement lieu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNous sommes dans une situation potentielle o\u00f9 la dynamique de l&rsquo;\u00e9volution se cr\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame et nullement selon les plans des uns et des autres. Ce qui est remarquable avec la proposition Medvedev, c&rsquo;est le contraste entre la vision ferm\u00e9e, sceptique, n\u00e9gative qu&rsquo;on en avait avant que ne survienne la proposition de trait\u00e9, et les r\u00e9actions qui sont aujourd&rsquo;hui en train de d\u00e9passer le stade de la bienveillance pour atteindre le stade de la cr\u00e9ation sp\u00e9culative \u00e0 partir du document.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl ne fait pas se dissimuler que les enjeux sont essentiels, \u00e0 partir du moment o\u00f9 la chape de conservatisme de la situation <em>post<\/em>-Guerre froide renouvelant le sch\u00e9ma de la Guerre froide est \u00e9branl\u00e9e. Outre ceux des relations avec la Russie, d&rsquo;une sorte d&rsquo;unification de la s\u00e9curit\u00e9 paneurop\u00e9enne qui comprendrait la Russie, notamment contre des pressions ext\u00e9rieures, comme l&rsquo;\u00e9voque Wellmann, il y a \u00e9videmment l&rsquo;enjeu de la question fondamentale des relations euro-atlantiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire entre l&rsquo;Europe et les USA. Il est impossible de donner des indications pr\u00e9cises sur les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9volution parce que ce point d\u00e9pend d&rsquo;une raison limit\u00e9e \u00e0 la connaissance, plus ou moins bonne, plus ou moins interpr\u00e9t\u00e9e, des faits actuels. L&rsquo;essentiel se trouvera dans les conditions g\u00e9n\u00e9rales sur lesquelles nous n&rsquo;avons aucune ma\u00eetrise, les pressions psychologiques des \u00e9v\u00e9nements en cours (ceux qui seront en cours en 2010), l&rsquo;\u00e9volution psychologique qui se sera faite entretemps devant les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9volution qui appara\u00eetraient.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tS&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un r\u00e9arrangement de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne qu&rsquo;on peut juger n\u00e9cessaire, il s&rsquo;agit aussi d&rsquo;un r\u00e9arrangement qui n&rsquo;est nullement \u00e9crit d&rsquo;avance, ni contr\u00f4l\u00e9. L\u00e0 aussi, comme dans toutes les autres situations g\u00e9n\u00e9rales qu&rsquo;on observe, et face \u00e0 un immobilisme \u00e9videmment st\u00e9rile d&rsquo;un syst\u00e8me en crise, toutes les possibilit\u00e9s et toutes les surprises peuvent surgir d&rsquo;une fa\u00e7on inattendue. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat premier de l&rsquo;initiative Medvedev est qu&rsquo;elle donne la possibilit\u00e9 \u00e0 de telles surprises de se manifester.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur la s\u00e9curit\u00e9 en Europe, en 2010 Le dossier le plus insaisissable aujourd&rsquo;hui dans les affaires internationales est celui de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. C&rsquo;est aussi le plus improbable et certainement l&rsquo;un des plus pressants. C&rsquo;est certainement l&rsquo;un des plus embarrassants et l&rsquo;objet des jugements les plus contrast\u00e9s. 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