{"id":71524,"date":"2010-02-04T15:42:24","date_gmt":"2010-02-04T15:42:24","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/02\/04\/notes-sur-mon-meilleur-ennemi-suite\/"},"modified":"2010-02-04T15:42:24","modified_gmt":"2010-02-04T15:42:24","slug":"notes-sur-mon-meilleur-ennemi-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/02\/04\/notes-sur-mon-meilleur-ennemi-suite\/","title":{"rendered":"Notes sur mon meilleur Ennemi, \u2013 suite"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:2em;\">Notes sur mon meilleur Ennemi, &ndash; suite<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous allons prolonger le texte de \u00ab\u00a0<em>Notes d&rsquo;Analyse<\/em>\u00a0\u00bb du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_mon_ennemi_favori_23_01_2010.html\">23 janvier 2010<\/a> \u00e0 partir de remarques, publi\u00e9es dans le <em>Forum<\/em> du m\u00eame, \u00e9galement le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/forum-notes_sur_mon_ennemi_favori_23_01_2010.html\">23 janvier 2010<\/a>. Ces remarques compl\u00e9teront heureusement le sens du texte, en l&rsquo;\u00e9largissant comme y invitent les commentaires en question.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il s&rsquo;agit de commentaires de notre lecteur \u00ab\u00a0<em>G\u00e9o<\/em>\u00ab\u00a0, que nous reproduisons ci-dessous <em>in extenso<\/em>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>\u00ab\u00a0Nous allons vous faire une chose terrible, nous allons vous priver d&rsquo;Ennemi.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>La phrase d&rsquo;Arbatov, adress\u00e9e aux Am\u00e9ricains dans ce cas, a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue comme valant universellement, maxime de philosophie politique (bonne ou mauvaise) plus qu&rsquo;expression de p\u00e9n\u00e9tration psychologique. Des militaires fran\u00e7ais apr\u00e8s la chute du mur allaient disant que \u00ab\u00a0l&rsquo;ennemi est un concept structurant\u00a0\u00bb, et ne cachaient ni leur d\u00e9route ni leur adh\u00e9sion \u00e0 ces vues.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Cette philosophie a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9e par l&rsquo;Allemand Karl Schmitt (reprise par le Fran\u00e7ais Julian Freud) et, si elle a quelque validit\u00e9, interdit de consid\u00e9rer le rapport structurant \u00e0 l&rsquo;ennemi comme sp\u00e9cifique d&rsquo;entit\u00e9s non nationales. (Bien que des entit\u00e9s non nationales puissent s&rsquo;affirmer dans un tel rapport.)<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Schmitt et d&rsquo;autres ont m\u00eame pos\u00e9 cette structuration comme l&rsquo;essence de la souverainet\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>\u00ab\u00a0L&rsquo;Am\u00e9rique a besoin d&rsquo;un Ennemi pour ne pas affronter sa propre r\u00e9alit\u00e9.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>\u00ab\u00a0Quelle est cette r\u00e9alit\u00e9? Nous revenons souvent sur ce fait: son inexistence en tant que nation, au sens r\u00e9galien et transcendantal du terme.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Ces militaires fran\u00e7ais de la fin de la guerre froide faisaient-t-ils face \u00e0 l&rsquo;inexistence de la France? Ils exprimaient plut\u00f4t leur conviction que toutes les entit\u00e9s souveraines se d\u00e9finissent par leurs ennemis, ce qui n&rsquo;est pas tr\u00e8s surprenant pour les soldats d&rsquo;une nation qui s&rsquo;est battue plus que d&rsquo;autres.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>\u00ab\u00a0Historiquement, le besoin d&rsquo;Ennemi des USA &ndash; ou ce qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme tel en g\u00e9n\u00e9ral &ndash; est connu. Les racines sont diverses et nombreuses, aussi bien dans les origines religieuses du pays, dans les politiques d&rsquo;\u00e9limination de certaines populations, dans l&rsquo;hyst\u00e9rie anti-socialiste commenc\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on institutionnalis\u00e9e en 1919, dans les proc\u00e9dures de type maccarthystes et ainsi de suite.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Ce sont les \u00ab\u00a0d\u00e9mons de l&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, selon une formule ancienne, qui repr\u00e9sentent une sp\u00e9cificit\u00e9. Peut-\u00eatre sur\u00e9valu\u00e9e.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Qui se souvient de l&rsquo;adh\u00e9sion europ\u00e9enne aux actions balkaniques des USA soup\u00e7onne que la crise d&rsquo;identit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas qu&rsquo;am\u00e9ricaine. Le d\u00e9mon serbe fut aussi un succ\u00e8s europ\u00e9en.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">La parole \u00e0 Philippe Grasset<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>A ce point, Philippe Grasset s&#8217;empare de la plume en tant que tel, d&rsquo;autorit\u00e9 dirions-nous. Il justifie cette intervention, notamment dans la mesure o&ugrave; certains aspects des remarques qui vont suivre ressortent de t\u00e9moignages personnels directs, d&rsquo;affirmations de conviction qui lui sont ch\u00e8res et propres, et enfin de conceptions qui ont directement \u00e0 voir avec son livre <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em> dont il est tant question sur notre site.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Donc, la plume \u00e0 Philippe Grasset&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le mot d&rsquo;Arbatov&hellip;<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Je vais prendre les remarques de notre lecteur \u00ab\u00a0<em>G\u00e9o<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e0 certains moments en ne suivant pas exactement l&rsquo;ordre o&ugrave; il les a faites, mais selon une logique qui, j&rsquo;esp\u00e8re, sera jug\u00e9e par lui comme justifi\u00e9e. Dans tous les cas, je suis s&ucirc;r qu&rsquo;il me pardonnera.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais partons effectivement de sa premi\u00e8re remarque, qui concerne l&rsquo;observation d&rsquo;Arbatov, qui date de mai 1988. Cette remarque dans ce sens n&rsquo;\u00e9tait pas la premi\u00e8re du genre de la part d&rsquo;un Sovi\u00e9tique (d&rsquo;un Russe). La premi\u00e8re \u00e0 ma connaissance, selon un document du d\u00e9partement d&rsquo;Etat dont j&rsquo;eus effectivement connaissance il y a quelques ann\u00e9es, venait d&rsquo;un consul sovi\u00e9tique au Canada, parlant lors d&rsquo;une conf\u00e9rence dans une Acad\u00e9mie militaire canadienne, en cercle assez restreint. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 l&rsquo;automne 1985. Je n&rsquo;ai pas le souvenir des termes exacts mais le consul parla du d\u00e9sarroi qui serait celui de l&rsquo;OTAN lorsque l&rsquo;OTAN serait \u00ab\u00a0priv\u00e9e d&rsquo;ennemi\u00a0\u00bb, ce qui serait le cas avec Gorbatchev. La remarque concernait l&rsquo;OTAN et les USA, puisque le diplomate encha&icirc;nait sur les id\u00e9es de \u00ab\u00a0maison europ\u00e9enne\u00a0\u00bb de Gorbatchev.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce fut effectivement le cas: le leitmotiv gorbatch\u00e9vien de 1985-1990 fut celui de \u00ab\u00a0la maison europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. Pour ma part et puisque j&rsquo;avais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque la terrible habitude de fr\u00e9quenter assidument cette institution, je puis assurer que je fus t\u00e9moin du d\u00e9sarroi de l&rsquo;OTAN, en tant qu&rsquo;institution am\u00e9ricaniste, \u00e0 partir du printemps 1989, notamment lorsque le pouvoir politique obligea la bureaucratie otanienne \u00e0 abandonner d\u00e9finitivement ses projets de modernisation des armes nucl\u00e9aires \u00e0 courte port\u00e9e (SRTNF) devant l&rsquo;\u00e9vidence de la pouss\u00e9e gorbatch\u00e9vienne en faveur d&rsquo;un d\u00e9sarmement.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&hellip;Mais soyons pr\u00e9cis et clair, car l&rsquo;histoire vaut d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9e. Cette \u00ab\u00a0pouss\u00e9e\u00a0\u00bb anti-bureaucratie otanienne avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e par les Belges, \u00e0 une r\u00e9union des ministres de la d\u00e9fense de l&rsquo;OTAN (sans les Fran\u00e7ais \u00e0 cette \u00e9poque), en octobre 1988 o&ugrave; cette question de la modernisation des SRTNF avait \u00e9t\u00e9 mise sur la table. Le ministre de la d\u00e9fense belge Guy Coeme, qui \u00e9tait \u00e0 la fois un po\u00e8te et un novice \u00e0 cette fonction, mit son veto \u00e0 cette mesure pour l&rsquo;imm\u00e9diat, parce qu&rsquo;elle compromettrait le processus gorbatch\u00e9vien. Selon le chef de cabinet adjoint de Coeme (qui plaisantait \u00e0 peine), &laquo;<em>le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;OTAN W\u00f6rner bondit de son si\u00e8ge comme s&rsquo;il allait agresser physiquement Coeme, lorsqu&rsquo;il entendit le veto belge&hellip; Tant pis, la chose \u00e9tait faite.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Les Belges et l'\u00a0\u00bbouverture \u00e0 l&rsquo;Est\u00a0\u00bb<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Je connaissais bien les Belges \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque et c&rsquo;\u00e9tait (\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque? Plus maintenant?) des gens tr\u00e8s int\u00e9ressants. Il y avait toute une g\u00e9n\u00e9ration de g\u00e9n\u00e9raux (de l&rsquo;arm\u00e9e de Terre) form\u00e9s dans les ann\u00e9es 1960-1970 qui \u00e9taient tr\u00e8s \u00ab\u00a0gaullistes\u00a0\u00bb &ndash; notamment Charlier et Briquemont, dont je vais parler. Charlier avait \u00e9t\u00e9 Chef de la Maison Militaire du Roi jusqu&rsquo;en 1987, puis il devint Chef d&rsquo;Etat-major g\u00e9n\u00e9ral (jusqu&rsquo;en 1995). Avec le chef de cabinet adjoint du ministre de la d\u00e9fense d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, en 1988, Charlier entreprit une politique d'\u00a0\u00bbouverture \u00e0 l&rsquo;Est\u00a0\u00bb tr\u00e8s en avance par rapport aux autres Europ\u00e9ens, et tr\u00e8s compl\u00e9mentaire des initiatives gorbatch\u00e9viennes, notamment avec les Hongrois. Charlier rencontra \u00e9galement le mar\u00e9chal Akhromyev, chef de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge, avec qui il noua des liens d&rsquo;amiti\u00e9 et dont il garda un souvenir exceptionnel, et notamment la perception d&rsquo;un homme tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par la possibilit\u00e9 de grands projets europ\u00e9ens de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Akhromeyev eut un destin tragique. Sans \u00eatre impliqu\u00e9 dans le lamentable <em>putsch<\/em> d&rsquo;ao&ucirc;t 1991 dont les effets furent manipul\u00e9s par Eltsine contre Gorbatchev, il ne r\u00e9sista pas \u00e0 l&rsquo;humiliation de cet \u00e9v\u00e9nement et se suicida.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Gen\u00e8se et signification de l&rsquo;<em>EuroCorps<\/em><\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Charlier \u00e9tait une t\u00eate politique, un vrai Europ\u00e9en qui comprenait tout de la main-mise US sur l&rsquo;Europe. En 1991-1992, avec la complicit\u00e9 de ses vis-\u00e0-vis fran\u00e7ais et allemand (amiral Lanxade et g\u00e9n\u00e9ral Naumann) il \u00ab\u00a0vendit\u00a0\u00bb aux politiques de ces trois pays l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;<em>EuroCorps<\/em> \u00e0 partir de la brigade franco-allemande. Ce corps europ\u00e9en effectivement tri-national, fut op\u00e9rationnel \u00e0 partir de 1994-1995.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A partir de 1994-1995 &ndash; et on verra plus loin pour quelles raisons essentiellement &ndash; ce formidable \u00e9lan europ\u00e9en qui avait vocation initiale d&rsquo;\u00eatre transeurop\u00e9en jusqu&rsquo;\u00e0 la Russie selon le sch\u00e9ma de \u00ab\u00a0la maison europ\u00e9enne\u00a0\u00bb gorbatchvienne, commen\u00e7a \u00e0 s&rsquo;essouffler. D\u00e8s la <em>Wehrkunde<\/em> de f\u00e9vrier 1994, Charlier avait remarqu\u00e9 que Naumann effectuait un complet virage. Il en fut r\u00e9compens\u00e9 par les Am\u00e9ricains &ndash; ceci explique cela ou bien cela explique ceci, selon l&rsquo;ordre qu&rsquo;on choisit &ndash; en devenant pr\u00e9sident du Comit\u00e9 Militaire de l&rsquo;OTAN. Lanxade \u00e9volua lui aussi. Charlier se replia sur un poste technique de l&rsquo;OTAN (la direction des r\u00e9seaux de pipe-lines de l&rsquo;OTAN). C&rsquo;\u00e9tait la fin d&rsquo;une \u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Tout cela pour marquer combien je diverge de l&rsquo;analyse sugg\u00e9r\u00e9e par \u00ab\u00a0<em>G\u00e9o<\/em>\u00ab\u00a0, citant des militaires fran\u00e7ais, sur la signification du mot d&rsquo;Arbatov qui aurait touch\u00e9 tous les Occidentaux et pas seulement les Am\u00e9ricains. Selon \u00ab\u00a0mes g\u00e9n\u00e9raux\u00a0\u00bb, ceux que j&rsquo;ai connus (il y en aura d&rsquo;autres plus loin), on \u00e9tait loin, tr\u00e8s loin du d\u00e9sarroi devant la perte de l&rsquo;Ennemi chez ces Europ\u00e9ens. Au contraire, la perte de l&rsquo;Ennemi \u00e9tait une formidable occasion de restructuration dans un sens europ\u00e9en, et nullement \u00ab\u00a0un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9structurant\u00a0\u00bb (sinon dans le bon sens : d\u00e9structuration d&rsquo;une structure \u00e0 finalit\u00e9 d\u00e9structurante, puisque sous contr\u00f4le US). Je tiens donc plus que jamais pour mon interpr\u00e9tation, que j&rsquo;ai, quant \u00e0 moi, entendue confirmer partout \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque &ndash; peut-\u00eatre pas \u00e0 Paris mais certainement \u00e0 Bruxelles et \u00e0 Washington. Le mot d&rsquo;Arbatov \u00e9tait bien psychologique et s&rsquo;adressait sp\u00e9cifiquement aux USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais continuons, en passant \u00e0 l&rsquo;ex-Yougoslavie, \u00e0 laquelle notre lecteur \u00ab\u00a0<em>G\u00e9o<\/em>\u00a0\u00bb fait \u00e9galement allusion.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">L&rsquo;intervention en Yougoslavie<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1991, lorsqu&rsquo;\u00e9clat\u00e8rent les premiers \u00e9v\u00e9nements en ex-Yougoslavie, avec \u00ab\u00a0la guerre de Slov\u00e9nie\u00a0\u00bb, des Europ\u00e9ens, essentiellement la France et la Belgique, propos\u00e8rent une intervention imm\u00e9diate de l&rsquo;UEO. Une force de 15.000 hommes pouvait \u00eatre imm\u00e9diatement rassembl\u00e9e et pouvait intervenir sans la moindre difficult\u00e9, quasiment sur l&rsquo;instant, toujours selon mes sources belges qui jou\u00e8rent un r\u00f4le essentiel dans ce projet avec les Fran\u00e7ais. Fin ao&ucirc;t 1991, la force \u00e9tait pr\u00eate. Ce projet fut contr\u00e9 au sein de l&rsquo;UEO d\u00e9but septembre par un veto hollandais et britannique (pas de surprise), qui argu\u00e8rent qu&rsquo;on ne pouvait effectuer une telle op\u00e9ration sans les USA &ndash; lesquels \u00e9taient peu pr\u00e9occup\u00e9s d&rsquo;approuver cela.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ensuite, et jusqu&rsquo;en 1995, les Europ\u00e9ens, sous l&rsquo;\u00e9gide de l&rsquo;ONU, jou\u00e8rent le r\u00f4le principal d&rsquo;interposition en ex-Yougoslavie. On retrouve \u00e0 nouveau les Belges et les Fran\u00e7ais, auxquels se joignirent bient\u00f4t les Britanniques qui avaient \u00e9volu\u00e9 entretemps. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, il y avait les g\u00e9n\u00e9raux Morrillon et (surtout) Cot. Du c\u00f4t\u00e9 belge, il y eut surtout le g\u00e9n\u00e9ral Francis Briquemont, qui dirigea le secteur de Sarajevo. Chez les Anglais, il y eut le g\u00e9n\u00e9ral Rose.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>J&rsquo;ai tr\u00e8s bien connu Briquemont et j&rsquo;ai beaucoup parl\u00e9 avec lui, notamment en 1994-1996, apr\u00e8s son d\u00e9part de Bosnie pour Cologne, o&ugrave; il commanda les forces belges en Allemagne. J&rsquo;ai pu constater ses liens, notamment avec Cot et Rose. Le moins qu&rsquo;on puisse dire est que \u00ab\u00a0la disparition de l&rsquo;Ennemi\u00a0\u00bb ne posait aucun probl\u00e8me \u00e0 ces g\u00e9n\u00e9raux. Au contraire, ils voyaient dans cette situation yougoslave une formidable occasion de \u00ab\u00a0structuration europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. Ils traitaient toutes les parties engag\u00e9es dans le d\u00e9sordre yougoslave sur un m\u00eame pied, estimant que chacun avait sa part d&rsquo;horreurs et de brutalit\u00e9. La m\u00e9fiance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo; Izetbegovic, le chef des Bosniaques musulmans et un manipulateur-n\u00e9, \u00e9tait tr\u00e8s grande.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>S&rsquo;il y avait un \u00ab\u00a0Ennemi\u00a0\u00bb au sens symbolique, c&rsquo;\u00e9taient bien les USA, qui agissaient par pressions, par interventions dissimul\u00e9es (livraisons d&rsquo;armes aux Bosniaques musulmans), par menaces constantes d&rsquo;intervention a\u00e9rienne anti-serbe dans le secteur de Sarajevo. Les USA refusaient toute implication, toute responsabilit\u00e9 directe (et, bien s&ucirc;r, tout engagement terrestre) mais ne cessaient de mettre de l&rsquo;huile sur le feu contre les Serbes par des actions indirectes, clandestines ou a\u00e9riennes, ou via l&rsquo;OTAN. C&rsquo;est Briquemont qui m&rsquo;a rapport\u00e9 la phrase fameuse que lui dit un g\u00e9n\u00e9ral US, alors que lui-m\u00eame faisait objection \u00e0 une intervention a\u00e9rienne US dans le contexte OTAN: &laquo;<em>Nous, aux USA, on ne r\u00e9sout pas les probl\u00e8mes, on les \u00e9crase.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Au reste, j&rsquo;ai toujours pens\u00e9 que cette vindicte anti-serbe des USA \u00e9tait notamment et d&rsquo;abord &ndash; les vastes plans strat\u00e9giques viendraient plus tard &ndash; le fait d&rsquo;une bonne organisation des lobbies anti-serbes \u00e0 Washington, notamment avec le s\u00e9nateur Bob Dole, chef de la majorit\u00e9 r\u00e9publicaine au S\u00e9nat, comme principal relais. On a la culture politique qu&rsquo;on peut. C&rsquo;est Dole qui commen\u00e7ait une lettre, au directeur de l&rsquo;Institut Goethe en Allemagne, en ces termes, en 1997: &laquo;<em>My dear Mister Goethe&hellip;<\/em>&raquo;.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le t\u00e9moignage du g\u00e9n\u00e9ral Sir Michael Rose<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Ce sentiment anti-US \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral chez les Europ\u00e9ens et ne manquait certainement pas aux Britanniques. Lisez donc <em>Fighting for Peace<\/em> (Arvill, Londres, 1998), du g\u00e9n\u00e9ral, Sir Michael Rose, l&rsquo;ancien chef des SAS, qui commanda les forces de l&rsquo;ONU en Bosnie de janvier 1994 \u00e0 janvier 1995, en remplacement de Cot. Vous le verrez fraterniser avec les Fran\u00e7ais (p.12-13), lors d&rsquo;une rencontre \u00e0 Paris avec Lanxade, pour leur mission commune de tenter de r\u00e9tablir la paix en Bosnie. Vous le verrez parler avec les Serbes comme avec les autres, avec la m\u00eame politesse, le m\u00eame d\u00e9sir d&rsquo;apaiser les tensions; vous le verrez n&rsquo;entretenir aucune illusion sur les machinations des Bosniaques musulmans.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Vous lirez, p.82, un morceau d&rsquo;anthologie o&ugrave; Rose accueille pour une visite d&rsquo;information le SACEUR (US) Galvin, accompagn\u00e9 d&rsquo;une fonctionnaire du d\u00e9partement d&rsquo;Etat; et Rose luttant rh\u00e9toriquement et avec acharnement contre les Am\u00e9ricains qui ont constamment l&rsquo;automatisme \u00ab\u00a0Serbes-criminels\u00a0\u00bb \u00e0 la bouche. On voit o&ugrave; se trouve le \u00ab\u00a0d\u00e9mon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La description est \u00e9pique, qui montre cette fonctionnaire du d\u00e9partement d&rsquo;Etat, qui agace manifestement Rose et ses adjoints, qui n&rsquo;arr\u00eate pas de s&rsquo;exclamer \u00e0 chaque vestige de destructions qu&rsquo;on visite: &laquo;<em>Look at what the criminals Serbs have done !<\/em>&raquo;, pour s&rsquo;entendre poliment mais fermement d\u00e9mentir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Rose : &laquo;<em>In every discussion she insisted on refering to the Serbs as &lsquo;the criminal and illegal regime of the Karadzic Montenegran Serbs&rsquo; and protested strongly if I referred to them simply as &lsquo;Serbs&rsquo;. This wasted a great deal of time during meetings&hellip;<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; &hellip;Pour en arriver au final de cette journ\u00e9e, o&ugrave; intervient un adjoint de Rose, qui est une sc\u00e8ne si significative dans son grotesque, o&ugrave; vous pouvez s\u00e9parer l&rsquo;esprit europ\u00e9en et ses \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb de l&rsquo;esprit am\u00e9ricanistes et les siens (de d\u00e9mons), avec la psychologie am\u00e9ricaniste si fragile qui va avec: &laquo;<em>At the end of the day, as we stood in Mostar amid some of the worst devastation of the war, she planted her hands on her hips and triomphantely exclaimed, \u00ab\u00a0Well, at least<\/em> <strong><em>this<\/em><\/strong> <em>was done by the criminal Serbs !\u00a0\u00bb Simon could not resist replying, \u00ab\u00a0Wrong again, lady, this was done by the other half of your f\u00e9d\u00e9ration, the Croats.\u00a0\u00bb At this point she burst into larms&hellip;<\/em>&raquo; (toujours Rose, p.82.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le tournant-bulldozer (Holbrooke) de 1995<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>A partir de 1995, tout bascule avec l&rsquo;entr\u00e9e en piste massive et directe des Am\u00e9ricains; avec les accords de Dayton, de novembre 1995, impos\u00e9s par Holbrooke dans des conditions inou\u00efes de brutalit\u00e9 (sp\u00e9cialit\u00e9 d&rsquo;Holbrooke). (Il y a quelques t\u00e9moignages fameux, de diplomates fran\u00e7ais, notamment, sur cette situation o&ugrave; les Am\u00e9ricains tenaient litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0prisonni\u00e8res\u00a0\u00bb les d\u00e9l\u00e9gations \u00e9trang\u00e8res, sur la base de Dayton o&ugrave; se passaient les n\u00e9gociations, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elles signent). Sur le virage US, j&rsquo;ai mon interpr\u00e9tation, qui tient \u00e0 l&rsquo;origine, comme toujours, \u00e0 la seule politique int\u00e9rieure. (Voyez dans cet extrait des <em>Chroniques de l&rsquo;\u00e9branlement<\/em>, mis en ligne le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-d_atlanta-1996_a_new_orleans-2005_02_09_2005.html\">2 septembre 2005<\/a>, cette interpr\u00e9tation.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;autres \u00e9v\u00e9nements jou\u00e8rent leur r\u00f4le en 1995-1996. Notamment:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; La politique de Chirac, \u00e9lu en mai 1995, qui appuya certes l&rsquo;action des Fran\u00e7ais en ex-Yougoslavie mais favorisa le \u00ab\u00a0retour\u00a0\u00bb US. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque o&ugrave; les Fran\u00e7ais lan\u00e7aient une grande offensive de r\u00e9int\u00e9gration compl\u00e8te de l&rsquo;OTAN, avec un Chirac qui n&rsquo;avait pas la connaissance historique de la Serbie qu&rsquo;avait Mitterrand, et \u00e9galement bien plus pro-US qu&rsquo;on ne le vit plus tard, au moment de l&rsquo;Irak. (Cette tendance chez Chirac n&rsquo;est pas une surprise. Voyez <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notes_sur_le_rafale_et_l_exportation_i_10_10_2009.html\">son r\u00f4le<\/a> dans le domaine de la coop\u00e9ration des armements dans sa p\u00e9riode comme Premier ministre en 1986-1988.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Les conservateurs britanniques furent remplac\u00e9s par Blair en 1996, alors qu&rsquo;ils avaient eux-m\u00eames fort \u00e9volu\u00e9 depuis septembre 1991 devant l&rsquo;\u00e9vidence de la politique irresponsable et d\u00e9stabilisante des USA. Le secr\u00e9taire au Foreign Office, en avril 1995, affirmait que, d\u00e9sormais toute intervention militaire collective en Europe ne serait plus le fait que des \u00ab\u00a0seuls Europ\u00e9ens\u00a0\u00bb. Blair fit basculer tout cela, en faisant de la participation US en Europe le fondement de sa politique. Ajoutez-y qu&rsquo;il \u00e9tait <em>neocon<\/em> avant l&rsquo;heure et que, lui, il entretenait un \u00ab\u00a0d\u00e9mon\u00a0\u00bb en fait de repr\u00e9sentation des Serbes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;Europe avait pass\u00e9 la main et c&rsquo;\u00e9tait le grand r\u00e9alignement sur les USA. A partir de l\u00e0, malgr\u00e9 l&rsquo;interm\u00e8de sans lendemain de l&rsquo;accord franco-anglais de Saint-Malo de 1998, s&rsquo;installe le d\u00e9sarroi europ\u00e9en en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 apr\u00e8s une d\u00e9cennie (1985-1995) o&ugrave; jamais l&rsquo;Europe ne fut, dans les faits, plus pr\u00e8s d&rsquo;une structuration de s\u00e9curit\u00e9 qui aurait pu d\u00e9boucher sur une coop\u00e9ration avec l&rsquo;URSS redevenant la Russie. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;absence d&rsquo;Ennemi qui est d\u00e9structurante mais le retour du \u00ab\u00a0grand alli\u00e9\u00a0\u00bb, o&ugrave; les forces atlantistes europ\u00e9ennes qui rel\u00e8vent la t\u00eate \u00e0 partir de 1995-1996 ont \u00e9videmment leur part. Du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, on ne peut dire que la politique chiraquienne ait \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une extr\u00eame lucidit\u00e9; durant les \u00e9v\u00e9nements de mai-juillet 1995 en ex-Yougoslavie, alors que les USA \u00e9taient encore h\u00e9sitants avant leur basculement, la France avait toutes les cartes militaires et politiques en mains en ex-Yougoslavie. C&rsquo;est toute l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de Chirac, qui \u00e9tait beaucoup plus pro-US que l&rsquo;image qu&rsquo;on en garde.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le reste suivit comme s&rsquo;effondre un ch\u00e2teau de cartes, et les USA tenaient tout \u00e0 nouveau en Europe.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Les \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb du Kosovo<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Un mot sur le Kosovo-1999, o&ugrave; \u00ab\u00a0les d\u00e9mons\u00a0\u00bb sont en pleine activit\u00e9. Cette attaque fut stupide et cruelle, faussaire et manipul\u00e9e, etc., de la part de l&rsquo;OTAN et de tous ses membres. Pourtant, mon analyse n&rsquo;est pas que les Europ\u00e9ens y all\u00e8rent pour massacrer leur propre \u00ab\u00a0d\u00e9mon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La plupart (sauf les Britanniques \u00e0-la-Blair) y all\u00e8rent exactement comme ils all\u00e8rent plus tard en Afghanistan, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour suivre les Am\u00e9ricains. Demandez \u00e0 V\u00e9drines ce qu&rsquo;il pensait du comportement de Joska Fisher, l&rsquo;Allemand, dans les t\u00e9l\u00e9-conf\u00e9rences \u00e0 plusieurs ministres des affaires \u00e9trang\u00e8res au moment du Kosovo. Fisher se conduisait comme un valet, une carpette devant Albright, \u00e0 un point o&ugrave; l&rsquo;on en \u00e9prouvait presque un d\u00e9go&ucirc;t physique. C&rsquo;est V\u00e9drines qui confia cela \u00e0 R\u00e9gis Debray.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Maintenant, le cas fran\u00e7ais. Malgr\u00e9 les tendances pro-US de Chirac, les Fran\u00e7ais restaient ind\u00e9pendants (la France est toujours plus forte que les Fran\u00e7ais qui s&rsquo;imaginent la diriger). Devaient-ils intervenir comme ils le firent, avec l&rsquo;OTAN? Mon avis est que oui, au point de d\u00e9gradation o&ugrave; \u00e9tait la situation. (J&rsquo;aurais eu une r\u00e9ponse diff\u00e9rente si le Kosovo avait eu lieu en 1995 et non en 1999 &ndash; mais c&rsquo;est une proposition absurde parce que ce qui conduit au Kosovo, c&rsquo;est justement ce qui se passe entre 1995 et 1999.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En intervenant au Kosovo, les Fran\u00e7ais furent les seuls \u00e0 mod\u00e9rer la sauvagerie US, \u00e0 contrer syst\u00e9matiquement certains projets d&rsquo;attaques de l&rsquo;USAF. (Les g\u00e9n\u00e9raux US, dont Wesley Clark, le SACEUR, ont un souvenir cuisant des interf\u00e9rences du pouvoir politique fran\u00e7ais dans leurs plans d&rsquo;attaque.) Surtout, les Fran\u00e7ais montr\u00e8rent qu&rsquo;en termes op\u00e9rationnels et de planification, ils avaient les moyens et la volont\u00e9 de rester compl\u00e8tement autonomes. Ils furent les seuls \u00e0 planifier leurs propres op\u00e9rations, hors du contr\u00f4le US. Les autres membres europ\u00e9ens de l&rsquo;OTAN, surtout les Britanniques, furent stup\u00e9faits des capacit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 cet \u00e9gard. C&rsquo;\u00e9tait une sacr\u00e9e le\u00e7on, involontaire puisque par la nature m\u00eame de la chose, que les Fran\u00e7ais donn\u00e8rent aux autres Europ\u00e9ens.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Si le Kosovo prouva quelque chose, c&rsquo;est que les Europ\u00e9ens avaient moins leurs propres \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb que des politiques plus ou moins m\u00e9prisables de se situer par rapport aux \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb am\u00e9ricanistes. Le reste, ce sont des affirmations m\u00e9diatiques, d&rsquo;un Fisher qui valait bien un Cohn-Bendit, \u00e0 un Bernard-Henri L\u00e9vy \u00e0 Paris. Cette \u00ab\u00a0\u00e9cume des jours\u00a0\u00bb ne fait pas une politique et ne peut \u00eatre prise comme d&rsquo;une profondeur significative &ndash; mais elle avait la force de la dictature de la bien-pensance m\u00e9diatique et postmoderniste. Je me rappelle d&rsquo;une visite \u00e0 Paris en avril 1999, o&ugrave; j&rsquo;eus une dizaine de rendez-vous avec des fonctionnaires, experts, etc., \u00e0 la d\u00e9fense, aux affaires \u00e9trang\u00e8res. Il n&rsquo;y en eut pas un qui ne me chuchot\u00e2t \u00e0 un moment ou l&rsquo;autre &ndash; \u00ab\u00a0Vous savez, je suis d&rsquo;accord avec ce que vous \u00e9crivez, mais c&rsquo;est difficile de le dire\u00a0\u00bb &ndash; vous imaginez dans quel sens j&rsquo;\u00e9crivais dans <em>dedefensa<\/em> \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il n&rsquo;y avait pas de \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb europ\u00e9ens en cette occurrence mais un conformisme et une corruption intellectuelle qui faisaient des ravages. Non pas que je doute que l&rsquo;Europe n&rsquo;ait quelques \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb dans ses tiroirs secrets mais elle est capable de vivre avec, de s&rsquo;en arranger, de les \u00e9carter s&rsquo;il le faut, sans y succomber. Les USA, eux, sont prisonnier de leurs \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb et ils y succomberont. Leur besoin d&rsquo;Ennemi, qui n&rsquo;est pas celui de l&rsquo;Europe, o&ugrave; les \u00ab\u00a0ennemis\u00a0\u00bb vont et viennent, les emportera et, en attendant, prouve leur inexistence souveraine et l\u00e9gitime.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce qui m&rsquo;am\u00e8ne au dernier point&hellip; (Pardonnez ma longueur.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Schmitt, Freund, Ferrero et Talleyrand<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Notre lecteur cite Carl Schmitt et Julien Freund, avec une parent\u00e9 solide entre eux. Je ne les connais certainement pas assez pour en parler de mon propre chef. Je me situe alors par rapport \u00e0 ce que notre lecteur nous en dit en plus des quelques notions que j&rsquo;en ai, et j&rsquo;en arrive au sentiment g\u00e9n\u00e9ral &ndash; il me d\u00e9mentira si j&rsquo;ai tort &ndash; que ces philosophes et politologues sont des habilleurs de \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb (voir <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notre_11_novembre_11_11_2008.html\">Guglielmo Ferrero<\/a>). Je ne d\u00e9nie pas une seule seconde leur tr\u00e8s grande valeur intellectuelle, que j&rsquo;accepte et reconnais de confiance, d&rsquo;autant que je n&rsquo;ai pas la moindre raison de la contester avec le peu de connaissance que j&rsquo;ai d&rsquo;eux. J&rsquo;ai simplement la tr\u00e8s forte r\u00e9action, la conviction que je ne suis pas de leur parti. Mon parti est celui de l&rsquo;id\u00e9al de perfection, et le d\u00e9bat est toujours en cours. Vous admettrez que les r\u00e9cents d\u00e9veloppements justifient quelques doutes sur le bien-fond\u00e9 de leur \u00ab\u00a0id\u00e9al de puissance\u00a0\u00bb dont les USA sont les porte-paroles, apr\u00e8s les Allemands &ndash; c&rsquo;est-\u00e0-dire, une marche de catastrophe en catastrophe.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour moi, l&rsquo;Ennemi avec tout ce que cela suppose de tension, \u00e9ventuellement d&rsquo;actes agressifs et de conqu\u00eate, est un concept absolument d\u00e9structurant parce que porteur de d\u00e9s\u00e9quilibre permanent, et donc absolument adversaire de la souverainet\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 &ndash; en plus d&rsquo;\u00eatre une tendance politique et m\u00e9tahistorique destin\u00e9e \u00e0 n&rsquo;\u00eatre <strong>jamais <\/strong> satisfaite. (Je ne parle pas de l&rsquo;existence d&rsquo;ennemi(s), dont l&rsquo;Histoire fourmille, mais de la n\u00e9cessit\u00e9 conceptuelle et jug\u00e9e structurante de l&rsquo;Ennemi, <em>in abstracto<\/em>.) Pour mieux expliquer ma conviction, je me r\u00e9f\u00e8re aux pages admirables de Talleyrand, qui furent une r\u00e9v\u00e9lation pour Ferrero, o&ugrave; Talleyrand explique comment il refonde la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise, qu&rsquo;il juge bafou\u00e9e par Napol\u00e9on (moi-m\u00eame d&rsquo;accord avec lui, inspir\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard par Ferrero &ndash; Napol\u00e9on fils de Bonaparte, g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9volutionnaire inaugurant la <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_choc_profond_des_armes_et_l_aventure_c_est_l_aventure_rubriques_analyse_volume_23_n05_et_06_10_et_25_novembre_2007_19_12_2007.html\">guerre d\u00e9structurante<\/a> de la R\u00e9volution). Pour r\u00e9tablir la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise, Talleyrand s&rsquo;appuie paradoxalement sur la d\u00e9faite fran\u00e7aise, par rapport \u00e0 ceux qui sont ses alli\u00e9s de l&rsquo;heure puisque la coalition anti-napol\u00e9onienne veut remettre, apr\u00e8s quelques h\u00e9sitations et man&oelig;uvres que Talleyrand balaya, les Bourbons \u00e0 la t\u00eate de la France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Voyez cet extrait des <em>M\u00e9moires<\/em> de Talleyrand, que nous avons mis en ligne le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-eloge_et_necessite_de_la_legitimite_extraits_des_memoires_de_talleyrand_16_08_2007.html\">16 ao&ucirc;t 2007<\/a>:<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>La maison de Bourbon, seule, pouvait voiler aux yeux de la nation fran\u00e7aise, si jalouse de sa gloire militaire, l&#8217;empreinte des revers qui venaient de frapper son drapeau.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>La maison de Bourbon, seule, pouvait en un moment et sans danger pour l&rsquo;Europe, \u00e9loigner les arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res qui couvraient son sol.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>La maison de Bourbon seule, pouvait noblement faire reprendre \u00e0 la France les heureuses proportions indiqu\u00e9es par la politique et par la nature. Avec la maison de Bourbon, la France cessait d&rsquo;\u00eatre gigantesque pour devenir grande. Soulag\u00e9e du poids de ses conqu\u00eates, la maison de Bourbon seule, pouvait la replacer au rang \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;elle doit occuper dans le syst\u00e8me social ; seule, elle pouvait d\u00e9tourner les vengeances que vingt ans d&rsquo;exc\u00e8s avaient amoncel\u00e9es contre elle.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une phrase pareille, si superbement faite, si intelligemment appuy\u00e9e sur les doubles sens des mots pour mieux r\u00e9sumer la pens\u00e9e en un \u00e9blouissement \u00e9vident, si lumineuse en un mot, vaut toutes les th\u00e9ories du monde, allemandes de surcroit: &laquo;<em>Avec la maison de Bourbon, la France cessait d&rsquo;\u00eatre gigantesque pour devenir grande.<\/em>&raquo; Talleyrand utilisait donc la <strong>d\u00e9faite<\/strong>, en niant que les ennemis de Napol\u00e9on repr\u00e9sentassent l'\u00a0\u00bbEnnemi\u00a0\u00bb de la France, pour refonder la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise, et sa souverainet\u00e9 par cons\u00e9quent. (Les Fran\u00e7ais ne retiennent de Talleyrand que son go&ucirc;t affich\u00e9 de l&rsquo;argent et des pr\u00e9bendes g\u00e9n\u00e9reux, qu&rsquo;ils confondent avec la corruption psychologique ; \u00e9galement, sa \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb d&rsquo;Erfurt, qui s&rsquo;appuie sur le pr\u00e9suppos\u00e9 que Napol\u00e9on repr\u00e9sentait la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise, ce qui se discute&#8230; Seuls des \u00e9trangers comme Ferrero ou Duff Cooper ont \u00e9t\u00e9 capables de juger de la grandeur intrins\u00e8que de Talleyrand. La France, au contraire des Fran\u00e7ais, s&rsquo;en est bien arrang\u00e9e.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Du bon usage de la guerre par de Gaulle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>De m\u00eame &ndash; pour en revenir \u00e0 nos aventures serbo-yougoslaves &ndash; tous ces g\u00e9n\u00e9raux \u00ab\u00a0europ\u00e9ens\u00a0\u00bb n&rsquo;ont pas de v\u00e9ritable Ennemi sauf &hellip; leur alli\u00e9, les USA, contre lesquels ils luttent constamment, notamment pour \u00e9carter la \u00ab\u00a0d\u00e9monisation\u00a0\u00bb des Serbes qui compromet toute possibilit\u00e9 d&rsquo;arrangement dans l&rsquo;\u00e9quilibre. Apr\u00e8s tout, voil\u00e0 qui rappelle de Gaulle \u00e0 Londres, qui passa toute \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb guerre \u00e0 lutter contre ses alli\u00e9s anglo-saxons. S&rsquo;il voulait une participation importante de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, en cours de renforcement rapide apr\u00e8s la Lib\u00e9ration, pour les derniers mois de la guerre (1944-1945), allant jusqu&rsquo;\u00e0 souhaiter que la guerre dure le plus longtemps possible pour que cette arm\u00e9e fran\u00e7aise prenne de plus en plus de place, c&rsquo;\u00e9tait pour pouvoir exiger plus pour la France aupr\u00e8s des alli\u00e9s &ndash; il l&rsquo;\u00e9crit \u00e0 plusieurs reprises, sans vraiment dissimuler un cynisme assez tranquille et de fort bon aloi&hellip; (<em>M\u00e9moires de guerre<\/em>: &laquo;<em>Que la guerre d&ucirc;t se poursuivre, c&rsquo;\u00e9tait assur\u00e9ment douloureux sous le rapport des pertes, des dommages, des d\u00e9penses que nous, Fran\u00e7ais, aurions \u00e0 supporter. Mais, \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la France, &ndash; lequel est tout autre chose que l&rsquo;avantage imm\u00e9diat des Fran\u00e7ais, &ndash; je ne le regrettais pas. Car, les combats se prolongeant, notre concours serait n\u00e9cessaire dans la bataille du Rhin et du Danube, comme c&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 le cas en Afrique et en Italie. Notre rang dans le monde et, plus encore, l&rsquo;opinion que notre peuple aurait de lui-m\u00eame pour de longues g\u00e9n\u00e9rations en d\u00e9pendaient essentiellement. D&rsquo;autre part, le d\u00e9lai \u00e0 courir avant la fin des hostilit\u00e9s allait nous permettre de faire valoir \u00e0 temps ce qui nous \u00e9tait d&ucirc;.<\/em>&raquo;)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Jacques Laurent, avec son \u00e9blouissant talent d&rsquo;\u00e9crivain, fit \u00e0 de Gaulle le reproche majeur, dans son <em>Mauriac sous de Gaulle<\/em> (1964), d&rsquo;avoir pass\u00e9 la guerre \u00e0 lutter contre ses alli\u00e9s et nullement contre les Allemands. Il jugeait cela comme le signe de son insignifiance politique. Combien la passion peut aveugler les plus grands talents! Car, en fait, on n&rsquo;a jamais pos\u00e9 de jugement aussi sot; car, ce fut bien l\u00e0 la supr\u00eame intelligence historique de De Gaulle&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La seule exp\u00e9rience s\u00e9rieuse, r\u00e9ussie et durable de reconstruction de la souverainet\u00e9 et de la l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;une nation au XX\u00e8me si\u00e8cle est la fran\u00e7aise, entre 1941 et 1969. Elle est le fait de De Gaulle, mais aussi des m\u00e9diocres de la IV\u00e8me R\u00e9publique qui poursuivirent dans l&rsquo;intervalle son &oelig;uvre, &ndash; plut\u00f4t en boutiquiers qu&rsquo;en \u00ab\u00a0grand conn\u00e9table\u00a0\u00bb, certes, &ndash; mais qu&rsquo;importe, sinon le r\u00e9sultat. La malheureuse exp\u00e9dition de Suez, men\u00e9e par un m\u00e9diocre Guy Mollet, montra au moins que la France gardait le sens de la souverainet\u00e9. Et l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de Science Po Pierre Lellouche fit sa th\u00e8se sur les r\u00e9actions fran\u00e7aise et britannique apr\u00e8s Suez. Les Fran\u00e7ais conclurent qu&rsquo;il fallait renforcer les moyens de leur ind\u00e9pendance pour ne plus devoir c\u00e9der aux USA, et acc\u00e9l\u00e9r\u00e8rent le programme nucl\u00e9aire que de Gaulle mena \u00e0 son terme avec une pr\u00e9sentation grandiose qui porta \u00e0 la connaissance du monde que la souverainet\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aises existaient \u00e0 nouveau et plus que jamais. Les Britanniques conclurent qu&rsquo;il leur faudrait d\u00e9sormais \u00eatre toujours du c\u00f4t\u00e9 des USA. Qui est souverain l\u00e0-dedans et sur quoi se fonde cette restauration de la l\u00e9gitimit\u00e9 sinon sur une d\u00e9faite paradoxale face \u00e0 un \u00ab\u00a0alli\u00e9\u00a0\u00bb?<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Toute la carri\u00e8re politique de De Gaulle, l&rsquo;homme qui restaura dans toute sa pl\u00e9nitude la souverainet\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 fran\u00e7aise, fut fond\u00e9e sur sa contestation lib\u00e9ratrice de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb anglo-saxon. L&rsquo;Ennemi (nazi, sovi\u00e9tique, etc.), il s&rsquo;en arrangeait comme de quelque chose de secondaire. A <strong>aucun<\/strong> moment l&rsquo;Ennemi ne fut partie prenante en quoi que ce soit de la refondation de la l\u00e9gitimit\u00e9 et de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aises.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Souverainet\u00e9 et l\u00e9gitimit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Si je suis intervenu si longuement, c&rsquo;est parce que les remarques de notre lecteur m&rsquo;y invitaient, en toute courtoisie et bonne compr\u00e9hension. Je le remercie de m&rsquo;avoir donn\u00e9 une occasion f\u00e9conde de faire part \u00e0 nos lecteurs de ces r\u00e9flexions \u00e0 la lumi\u00e8re, notamment, de diverses exp\u00e9riences &ndash; notamment, en marge du drame yougoslave, une exp\u00e9rience qui m&rsquo;a donn\u00e9 beaucoup du sens de la r\u00e9alit\u00e9 pour appuyer mes convictions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Je n&rsquo;ai jamais distingu\u00e9, chez ces Europ\u00e9ens qu&rsquo;\u00e9taient ces g\u00e9n\u00e9raux en ex-Yougoslavie &ndash; le terme d'\u00a0\u00bbEurop\u00e9ens\u00a0\u00bb compl\u00e8tement justifi\u00e9 ici &ndash; le sens de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0Ennemi\u00a0\u00bb. Au contraire, c&rsquo;\u00e9tait la volont\u00e9 d&rsquo;arrangement, de tenter de tenir la balance \u00e9gale selon les arguments du bon sens et du compromis. Si les Belges jou\u00e8rent le r\u00f4le qu&rsquo;on a vu, c&rsquo;est d&rsquo;abord pour une raison tr\u00e8s prosa\u00efque, comme me le disait un officier belge: &laquo;<em>Vous savez, nous les Belges, on a l&rsquo;habitude des querelles linguistiques, ethniques, etc., chez nous. Nous avons le sens du compromis. Cela fait merveille, l\u00e0-bas, en Yougoslavie.<\/em>&raquo; Les USA, eux, ont \u00ab\u00a0\u00e9cras\u00e9\u00a0\u00bb le probl\u00e8me, sous les applaudissements de l&rsquo;habituel \u00ab\u00a0parti de l&rsquo;\u00e9tranger\u00a0\u00bb en France (BHL, Glucksmann et toute la bande) &ndash; chacun sa m\u00e9thode mais on me permettra de voir une singuli\u00e8re diff\u00e9rence entre les deux, et de faire mon choix.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce que j&rsquo;ai trouv\u00e9 magnifique durant cette affreuse campagne &ndash; un bien pour un mal si affreux &ndash; c&rsquo;est de voir combien un sens europ\u00e9en pouvait exister, dans une volont\u00e9 commune d&rsquo;apaisement collectif, sans que les identit\u00e9s nationales soient contraintes en rien, y compris sous le drapeau de l&rsquo;ONU. Je me rappelle ces remarques de Briquemont, sans aucune vanit\u00e9, simplement pour le constat d&rsquo;un fait qui le ravissait : &laquo;<em>Vous savez, j&rsquo;ai eu sous mon commandement \u00e0 Sarajevo, moi, g\u00e9n\u00e9ral belge, un bataillon fran\u00e7ais. Je connais les Fran\u00e7ais, leur puissance en Europe, leur sens de leur souverainet\u00e9. Tout a march\u00e9 magnifiquement. Je faisais ce qu&rsquo;il fallait, ils faisaient ce qu&rsquo;il fallait, la hi\u00e9rarchie fonctionnait sans la moindre interf\u00e9rence d&rsquo;un sentiment d&rsquo;all\u00e9geance \u00e0 une autre souverainet\u00e9 ou d&rsquo;un sentiment d&rsquo;interf\u00e9rence dans une autre souverainet\u00e9; je savais bien ce que je pouvais leur demander par rapport \u00e0 leur pr\u00e9rogative de souverainet\u00e9 et ils savaient bien que je le savais. Cela s&rsquo;appelle la confiance, et la Belgique reste la Belgique, et la France la France, et l&rsquo;Europe marche bien pour ce cas<\/em>&raquo;. Croyez-le bien, pas trace de \u00ab\u00a0d\u00e9mon\u00a0\u00bb dans tout cela; et puis, une \u00e9quivalence (plus qu&rsquo;une \u00e9galit\u00e9) de respect mutuel, de confiance et d&rsquo;estime, m\u00eame entre des forces de tailles et de poids diff\u00e9rentes, qui montrent que les puissances respectives ne d\u00e9terminent en rien l&rsquo;\u00e9quilibre pacificateur des souverainet\u00e9s et des l\u00e9gitimit\u00e9s des uns et des autres, ni n&rsquo;ont la moindre participation \u00e0 leurs d\u00e9finitions respectives.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Par contre, du c\u00f4t\u00e9 US, une psychologie absolument malade, un aveuglement complet sur les r\u00e9alit\u00e9s du monde. Ils ont vraiment besoin, eux, d&rsquo;un Ennemi, pour ne pas voir l&rsquo;Ennemi qu&rsquo;ils ont en eux-m\u00eames, l&rsquo;Ennemi d&rsquo;eux-m\u00eames qu&rsquo;ils sont pour eux-m\u00eames. C&rsquo;est pourquoi, aujourd&rsquo;hui, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;Ennemi qui accepte de jouer leur jeu, ils sont en train de mourir, mang\u00e9s comme par des termites par l&rsquo;Ennemi d&rsquo;eux-m\u00eames qu&rsquo;ils sont pour eux-m\u00eames.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Il faudra des \u00e9v\u00e9nements bien bouleversants (la crise g\u00e9n\u00e9rale actuelle men\u00e9e \u00e0 son terme explosif) pour qu&rsquo;une \u00ab\u00a0Europe\u00a0\u00bb, une vraie, pas leur \u00ab\u00a0machine\u00a0\u00bb bruxellois, puisse pr\u00e9tendre \u00e0 redevenir ce qu&rsquo;elle faillit \u00eatre entre 1985 et 1995. A cet \u00e9gard, je reviens \u00e0 ma rengaine; la disparition des USA en tant que l&rsquo;entit\u00e9 qu&rsquo;ils sont aujourd&rsquo;hui, est une condition <em>sine qua non<\/em>, pour qu&rsquo;enfin nous soyons d\u00e9barrass\u00e9s de cette peste de l&rsquo;esprit, cette maladie corruptrice de la psychologie qu&rsquo;est l&rsquo;<em>American Dream<\/em>, ce symbole d\u00e9vorant de la modernit\u00e9 nihiliste.<\/p>\n<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_c.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.25em;\">Note<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>Notre lecteur \u00ab\u00a0<em>Ulysse<\/em>\u00a0\u00bb nous pardonnera mais il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 \u00e0 propos de retenir son texte, re\u00e7u il y a deux semaines, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mise en ligne ce <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-notre_occident_et_ses_fautes_historiques_origines_du_conflit_yougoslave_04_02_2010.html\">4 f\u00e9vrier 2010<\/a>, pour le faire correspondre \u00e0 cette <em>Note d&rsquo;analyse<\/em>, qu&rsquo;il compl\u00e8te effectivement.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur mon meilleur Ennemi, &ndash; suite Nous allons prolonger le texte de \u00ab\u00a0Notes d&rsquo;Analyse\u00a0\u00bb du 23 janvier 2010 \u00e0 partir de remarques, publi\u00e9es dans le Forum du m\u00eame, \u00e9galement le 23 janvier 2010. Ces remarques compl\u00e9teront heureusement le sens du texte, en l&rsquo;\u00e9largissant comme y invitent les commentaires en question. Il s&rsquo;agit de commentaires&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[1007,4969,9239,779,643,3907,2782,4398,8809,3085,584,3099,7689,4720,4103,2699],"class_list":["post-71524","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-albright","tag-briquemont","tag-charlier","tag-chirac","tag-debray","tag-destructuration","tag-ferrero","tag-fisher","tag-geo","tag-kosovo","tag-otan","tag-psychologie","tag-restructuration","tag-rose","tag-schmitt","tag-talleyrand"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71524","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71524"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71524\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71524"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71524"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71524"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}