{"id":71620,"date":"2010-03-02T11:38:41","date_gmt":"2010-03-02T11:38:41","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/03\/02\/le-mistral-vu-par-les-russes\/"},"modified":"2010-03-02T11:38:41","modified_gmt":"2010-03-02T11:38:41","slug":"le-mistral-vu-par-les-russes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/03\/02\/le-mistral-vu-par-les-russes\/","title":{"rendered":"Le <em>Mistral<\/em>, vu par les Russes"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article\">Le <em>Mistral<\/em>, vu par les Russes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\t2 mars 2010 \u00a0Il est incontestable que la vente du <em>Mistral<\/em> \u00e0 la France est un des points les plus importants, non seulement de la visite actuelle de Medvedev en France, mais des relations franco-russes, voire de la conjoncture actuelle de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. Ce sont surtout les commentaires et appr\u00e9ciations du c\u00f4t\u00e9 de la presse russe qui nous int\u00e9ressent ici, pour nous donner la perception russe de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement,  la plus int\u00e9ressante en l&rsquo;occurrence, et la plus lib\u00e9r\u00e9e des contraintes du conformisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Hier, <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/defense\/20100301\/186160149.html\" class=\"gen\">1er mars 2010<\/a>, les Russes enregistraient la d\u00e9claration du pr\u00e9sident fran\u00e7ais: \u00ab<em>La Russie peut acheter deux porte-h\u00e9licopt\u00e8res fran\u00e7ais de type Mistral et en construire deux autres sur son sol, a d\u00e9clar\u00e9 lundi le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Nicolas Sarkozy lors d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse conjointe avec son homologue russe Dmitri Medvedev, en visite d&rsquo;Etat \u00e0 Paris. Deux plus deux est une variante assez \u00e9quilibr\u00e9e, a estim\u00e9 M.Sarkozy. Les deux pays se sont d\u00e9j\u00e0 mis d&rsquo;accord sur la construction du premier des quatre porte-h\u00e9licopt\u00e8res de ce type sur les chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), a ajout\u00e9 le pr\u00e9sident fran\u00e7ais.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Il existe un aspect technique important, essentiellement vu du c\u00f4t\u00e9 russe. Les d\u00e9lais pour la signature de l&rsquo;achat semblent tenir, de ce point de vue, beaucoup plus des exigences russes que de toute autre raison, notamment politique du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais. Voici des pr\u00e9cisions de Aleksei Danichev, de Novosti, le <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/discussion\/20100301\/186156865.html\" class=\"gen\">1er mars 2010<\/a>.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>En ce moment, le nombre des changements \u00e0 apporter au navire \u00e0 la demande de la Marine russe est la question principale. Pour l&rsquo;instant, on ne sait pas si l&rsquo;aspect int\u00e9rieur du navire change et si des mesures sont pr\u00e9vues pour accro\u00eetre sa long\u00e9vit\u00e9 et sa stabilit\u00e9 combative. Ces changements, y compris l&rsquo;accroissement des effectifs du groupe de d\u00e9barquement, de la surface des hangars et du pont de chargement, le renforcement des \u00e9quipements anti-incendie, doivent accro\u00eetre le potentiel du navire en le rendant plus puissant et plus apte aux op\u00e9rations de guerre. Sans ces changements, il est peu probable que l&rsquo;acquisition de ce navire pour la Marine russe puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme opportune.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Afin de conna\u00eetre le prix d\u00e9finitif de l&rsquo;achat, il faut savoir quels changements seront apport\u00e9s au BPC. Le prix actuel du navire du projet BPC 160 est d&rsquo;environ 400 millions d&rsquo;euros, mais, compte tenu des changements demand\u00e9s, il augmentera certainement. Compte tenu de l&rsquo;intention de la Russie de construire encore trois navires de ce type, il n&rsquo;est pas exclu que le prix du projet approche les deux milliards d&rsquo;euros.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;aspect politique est n\u00e9anmoins \u00e9voqu\u00e9, ici ou l\u00e0, d&rsquo;une fa\u00e7on plut\u00f4t tangentielle mais qui marque n\u00e9anmoins la conscience, et aussi l&rsquo;agacement, qu&rsquo;ont les Russes des contestations politiques qui accompagnent cette vente (l&rsquo;activisme des pays baltes et de la G\u00e9orgie, avec relais dans les salons parisiens). En un paragraphe, Andrei Fediachine, de Novosti, exprime clairement, le m\u00eame <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/discussion\/20100301\/186159703.html\" class=\"gen\">1er mars 2010<\/a>, l&rsquo;enjeu de cette vente, et notamment les cons\u00e9quences catastrophiques pour les relations franco-russes si elle n&rsquo;avait pas lieu (soulign\u00e9 en gras par nous).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Ce voyage restera dans les m\u00e9moires non pas en raison de l&rsquo;exposition Sainte Russie \u00e0 Paris ou de l&rsquo;Ann\u00e9e crois\u00e9e France-Russie, mais surtout \u00e0 cause du porte-h\u00e9licopt\u00e8re Mistral. La Russie souhaiterait acheter des navires de type Mistral et obtenir une licence pour la construction de trois autres navires. La France est pr\u00eate \u00e0 les vendre. C&rsquo;est la premi\u00e8re transaction aussi importante entre un pays de l&rsquo;OTAN et la Russie. Les Mistral se sont si solidement m\u00eal\u00e9s au tissu des relations Russie-France, France-OTAN, OTAN-UE-Russie-France-pays baltes-G\u00e9orgie qu&rsquo;on ne pourrait les arracher qu&rsquo;<\/em> <strong><em>au prix de cons\u00e9quences tr\u00e8s douloureuses<\/em><\/strong>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t L&rsquo;agence Novosti interviewe un expert de l&rsquo;IFRI parisien sur les relations franco-russes, Thomas Gomart, le <a href=\"http:\/\/fr.rian.ru\/discussion\/20100301\/186156413.html\" class=\"gen\">1er mars 2010<\/a>. L&rsquo;extraordinaire prudence de la r\u00e9ponse, lorsqu&rsquo;il aborde la question des <em>Mistral<\/em>, son acharnement \u00e0 lier cette vente \u00e0 l&rsquo;appartenance de la France \u00e0 l&rsquo;OTAN, marquent le climat de ces milieux d&rsquo;experts fran\u00e7ais. Aujourd&rsquo;hui, la moindre r\u00e9flexion strat\u00e9gique europ\u00e9enne d&rsquo;importance en France ne peut se concevoir d&rsquo;\u00eatre faite sans r\u00e9f\u00e9rence constante \u00e0 l&rsquo;OTAN, avec la France comme nation r\u00e9solument atlantiste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Le deuxi\u00e8me cadre tr\u00e8s important est \u00e9videment celui des rapports entre l&rsquo;OTAN et la Russie puisque on est finalement en pr\u00e9sence d&rsquo;une situation de s\u00e9curit\u00e9 qui n&rsquo;est toujours pas stabilis\u00e9e apr\u00e8s la guerre de G\u00e9orgie, d&rsquo;une part avec l&rsquo;initiative Medvedev, de l&rsquo;autre avec l&rsquo;\u00e9laboration du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;OTAN du nouveau concept strat\u00e9gique. L&rsquo;enjeu est bien pour la Russie de trouver une place dans l&rsquo;architecture de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, une place qui lui convienne et en m\u00eame temps une place qui soit aussi accept\u00e9e par les autres partenaires europ\u00e9ens et en particulier par ceux qu&rsquo;on appelle encore les nouveaux membres de l&rsquo;OTAN, et en particulier les pays Baltes.<\/em> <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Dans ce cadre-l\u00e0, la relation entre la Russie et la France est importante dans la mesure o\u00f9 la France est revenue dans le commandement int\u00e9gr\u00e9 de l&rsquo;OTAN au printemps 2009 et qu&rsquo;il n&rsquo;y a donc plus dans la politique \u00e9trang\u00e8re fran\u00e7aise l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 habituelle entre ce qui d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 relevait de l&rsquo;alliance, et ce qui de l&rsquo;autre relevait de l&rsquo;organisation militaire \u00e0 proprement parler.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Les Fran\u00e7ais sont presque pleinement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;OTAN et d&rsquo;une certaine mani\u00e8re il y a une volont\u00e9 fran\u00e7aise d&rsquo;essayer de faire \u00e9voluer les relations entre l&rsquo;OTAN et la Russie. Cela renvoie notamment aux discussions qui ont court aujourd&rsquo;hui sur le navire Mistral c&rsquo;est-\u00e0-dire la perspective que la marine russe puisse acheter des b\u00e2timents de projection et de coop\u00e9ration.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les Russes n&rsquo;appr\u00e9cient gu\u00e8re les d\u00e9clarations ampoul\u00e9es et grotesques de tel ou tel ministre,  Kouchner en l&rsquo;occurrence, et sans surprise,  qui marquent la soumission de ces ministres au parti des salonards, anti-russes, pro-atlantistes, type-Glucksman et sa bande. La pi\u00e8tre manuvre dans ce cas consiste \u00e0 s\u00e9parer, m\u00eame \u00e0 opposer Medvedev \u00e0 Poutine. Une bonne mesure de la pens\u00e9e politique binaire en France.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIci, on cite \u00e0 nouveau Andre\u00ef Fediachine, qui r\u00e9sume le discours g\u00e9n\u00e9ral, on devrait dire la ligne des journaux fran\u00e7ais comme on parlait de ligne pour la presse sovi\u00e9tique du temps de l&rsquo;URSS. Nul besoin, apr\u00e8s cela, de consulter la presse fran\u00e7aise, absolument sans int\u00e9r\u00eat. (A nouveau, soulign\u00e9s en gras par nous, les mots qui confirment partout l&rsquo;importance de la transaction <em>Mistral<\/em>.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>\u00c0 l&rsquo;occasion de cette visite, les journaux fran\u00e7ais sont obs\u00e9d\u00e9s par les m\u00eames questions et les m\u00eames r\u00e9ponses : a) Peut-on sceller une amiti\u00e9 avec la Russie<\/em> <strong><em>au moyen des Mistral<\/em><\/strong> <em>? b) Avec qui vaut-il mieux se lier d&rsquo;amiti\u00e9 : avec Medvedev ou avec Poutine ? La r\u00e9ponse \u00e0 la premi\u00e8re question se r\u00e9sume \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ceci : il faut se lier d&rsquo;amiti\u00e9, si nous voulons un v\u00e9ritable partenariat, si nous ne sommes pas des hypocrites et si nous ne percevons plus la Russie comme l&rsquo;Union Sovi\u00e9tique. Il faut l&rsquo;impliquer dans la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne, au lieu de la pousser \u00e0 r\u00e9animer ses ambitions imp\u00e9riales. Pour \u00e9viter de r\u00e9p\u00e9ter le conflit caucasien.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>La deuxi\u00e8me question est depuis longtemps rh\u00e9torique et la r\u00e9ponse semble claire. Elle a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e \u00e0 la veille de la visite de Dimitri Medvedev par Bernard Kouchner, le ministre fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, qui a d\u00e9clar\u00e9, dans une interview au journal Le Monde : La g\u00e9n\u00e9ration de Medvedev, c&rsquo;est autre chose que Vladimir Poutine, avec Dmitri Medvedev c&rsquo;est plus facile, car il est plus ouvert aux id\u00e9es occidentales, plus lib\u00e9ral et, en fait, Medvedev, comme s&rsquo;est exprim\u00e9 un expert fran\u00e7ais, c&rsquo;est un nouveau Gorbatchev. Mikha\u00efl Gorbatchev serait certainement content de l&rsquo;entendre.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Bref, Medvedev est, pour ainsi dire, digne des Mistral, et Poutine, non. Mais ils seront probablement vendus \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre. Merci au penchant pour la culture.<\/em>\u00bb<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t Nous observons que les commentaires et appr\u00e9ciations russes de ce voyage de Medvedev \u00e0 Paris et du point central que constitue l&rsquo;affaire du <em>Mistral<\/em> sont d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat bien sup\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9citation de langue de bois que nous offre la presse fran\u00e7aise. Aucune surprise dans les deux cas: (1) le <em>Mistral<\/em> est bien l&rsquo;affaire centrale des relations franco-russes et, peut-\u00eatre m\u00eame, de la situation de s\u00e9curit\u00e9 paneurop\u00e9enne aujourd&rsquo;hui; (2) la presse fran\u00e7aise est totalement du type <em>Pravda<\/em> atlantiste, elle aussi soumise, \u00e0 droite et \u00e0 gauche, au <em>diktat<\/em> du parti des salonards (parti des salons o\u00f9 l&rsquo;on d\u00eene et o\u00f9 l&rsquo;on cause, si vous voulez). Cela nous rappelle ce que Villepin, qui est bien plac\u00e9 dans les sondages merci, disait de la presse fran\u00e7aise (voir notre <em>Messagerie<\/em>, le <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-journal_de_bord_de_dedefensaorg_080621_de_la_patee_pour_chat_a_la_verole_21_06_2008.html\" class=\"gen\">21 juin 2006<\/a>), l&rsquo;identifiant comme de la p\u00e2t\u00e9e pour chats,  ce qui ne doit pas \u00e9veiller l&rsquo;app\u00e9tit de ces nobles animaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tSur ce chapitre, en passant et pour donner un suppl\u00e9ment de nourriture aux chats, on observera combien le <em>diktat<\/em> du parti des salonards pousse \u00e0 l&rsquo;exploration audacieuse de terres presque inexplor\u00e9es de la sottise et de l&rsquo;inculture politique. Comparer Medvedev \u00e0 Gorbatchev, pour pouvoir mieux sugg\u00e9rer <em>in fine<\/em> (on aura compris, avec l&rsquo;\u00e9cho \u00e0 peine \u00e9touff\u00e9 des bruits de bottes du salonard) que Poutine ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s loin de Staline, voil\u00e0 qui vaut son pesant d&rsquo;invitations dans les d\u00eeners en ville.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans cette affaire, la volaille parisienne sue sang et eau pour vendre ses bateaux, sur consigne du pr\u00e9sident qui ne cesse de transpirer pour sa r\u00e9\u00e9lection devant les chiffres du ch\u00f4mage et pour affirmer qu&rsquo;il est tout de m\u00eame capable de soutenir une grande politique (franco-russe en l&rsquo;occurrence), tout en restant <em>persona grata<\/em> dans les d\u00eeners en ville. C&rsquo;est bien \u00e0 ce niveau de terreur intellectuelle qu&rsquo;on se trouve, suscit\u00e9e par le <em>diktat<\/em> d&rsquo;une pression politique de conformisme et s&rsquo;exprimant selon des termes d&rsquo;une futilit\u00e9 absolue,  mais tout cela, rassurons-nous, r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e de diverses fa\u00e7ons pour l&rsquo;influence ainsi dispens\u00e9e; c&rsquo;est donc bien \u00e0 ce niveau \u00e9galement qu&rsquo;\u00e9volue la pens\u00e9e fran\u00e7aise, politique, strat\u00e9gique et le reste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tFace \u00e0 ce poulailler marqu\u00e9 par la terreur mondaine, les Russes \u00e9voluent, eux, en for\u00e7ant parfois sur l&rsquo;argument pesant. En un sens, ils semblent persuad\u00e9s de pouvoir le faire aussi bien, ayant mesur\u00e9 la futilit\u00e9 et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 parisienne et de son \u00e9manation politique par effluves par rapport \u00e0 l&rsquo;importance de cette affaire, aussi bien dans leur r\u00e9sistance (de convenance) \u00e0 la vente que dans les arguments (irr\u00e9sistibles) pour la vente. Ils ont conclu que les Fran\u00e7ais veulent effectivement vendre le <em>Mistral<\/em>, \u00e0 plusieurs exemplaires, mais qu&rsquo;ils doivent passer par diverses fourches caudines. Eux-m\u00eames, les Russes, adoptent donc une politique de certaines exigences et d&rsquo;un rythme assez lent. On aurait pu signer solennellement l&rsquo;accord \u00e0 Paris, comme le voulait Sarko, mais ce sont les Russes qui ont frein\u00e9. L&rsquo;accord est tout de m\u00eame confirm\u00e9 pour la ni\u00e8me fois, ce qui permet \u00e0 la presse fran\u00e7aise de mastiquer son habituelle dose de p\u00e2t\u00e9e pour chats, mais sans l&rsquo;\u00e9clat, pour la partie fran\u00e7aise, d&rsquo;un accord solennel. On dira que c&rsquo;est de bonne guerre et que les Russes ne sont plus au temps o\u00f9 ils faisaient des cadeaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tNormalement, donc, l&rsquo;accord devrait se faire puisqu&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 fait. Dans le cas extraordinaire o\u00f9 il ne se ferait pas, o\u00f9 il s&rsquo;enliserait,  un coup d&rsquo;Etat dans les salons de Glucksman, par exemple,  les cons\u00e9quences seraient absolument catastrophiques pour les relations franco-russes, au point o\u00f9 il est effectivement devenu extr\u00eamement difficile d&rsquo;envisager un \u00e9chec. Fediachine a raison: \u00ab<em>Les Mistral se sont si solidement m\u00eal\u00e9s au tissu des relations Russie-France, France-OTAN, OTAN-UE-Russie-France-pays baltes-G\u00e9orgie qu&rsquo;on ne pourrait les arracher qu&rsquo;au prix de cons\u00e9quences tr\u00e8s douloureuses<\/em>\u00bb Pour cons\u00e9quences tr\u00e8s douloureuses, lisez une quasi p\u00e9riode de rupture entre la France et la Russie. Le r\u00e9sultat est donc l\u00e0: le <em>Mistral<\/em> est d\u00e9sormais au centre de l&rsquo;\u00e9chiquier; toute la veulerie du monde, aujourd&rsquo;hui rassembl\u00e9e \u00e0 Paris pour cet \u00e9v\u00e9nement, n&rsquo;y peut rien et, m\u00eame, constitue un moteur paradoxal pour faire de cette affaire, qui aurait pu rester plus discr\u00e8te mais qui est ainsi mont\u00e9e en \u00e9pingle, un enjeu de plus en plus formidable pour la s\u00e9curit\u00e9 paneurop\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLe comble de cette affaire est que, malgr\u00e9 toutes ces contorsions, le parti des salonards et les amis am\u00e9ricains ne sont pas pr\u00eats d&rsquo;oublier l&rsquo;affaire et l&rsquo;\u00e9quipe dirigeante fran\u00e7ais, Kouchner en bandouli\u00e8re, a d\u00e9j\u00e0 un pied dans l&rsquo;enfer poutinien. (Quant aux Russes, de leur c\u00f4t\u00e9, ils n&rsquo;oublieront pas non plus ces remarques de Kouchner.)<\/p>\n<h3>La France c&rsquo;est bien plus que les Fran\u00e7ais <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tCette affaire est d&rsquo;une grandiose symbolique de pacotille, en plus d&rsquo;aspects extr\u00eamement ironiques qui r\u00e9v\u00e8lent, ou confirment les caract\u00e8res de chacun, du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais o\u00f9 le malaise est consid\u00e9rables,  au contraire du c\u00f4t\u00e9 russe. Elle nous conforme la couardise et la grossi\u00e8ret\u00e9 de Kouchner, tout comme les r\u00e9flexes de boutiquier de bazar de Sarko (deux <em>Mistral<\/em> \u00e0 fabriquer pour chacun, voil\u00e0 qui doit faire l&rsquo;affaire). Cette symbolique de pacotille ne va tout de m\u00eame pas au-del\u00e0 de la pacotille, par d\u00e9finition, et l&rsquo;affaire <em>Mistral<\/em> reste ce qu&rsquo;elle est, ou plut\u00f4t ce qu&rsquo;elle est devenue. Le seul Fran\u00e7ais qui avait dignement pr\u00e9sent\u00e9 ces dimensions nouvelles qu&rsquo;elle a acquises \u00e9tait <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-sarko_et_le_vent_du_mistral_30_11_2009.html\" class=\"gen\">Fillon<\/a>, qui n&rsquo;avait pas jug\u00e9 bon d&rsquo;insulter Poutine pour le recevoir, en novembre dernier, \u00e0 Paris.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tUne fois \u00e9cart\u00e9e la pacotille, reste donc l&rsquo;essentiel. L&rsquo;affaire <em>Mistral<\/em> est d\u00e9sormais au centre des affaires de s\u00e9curit\u00e9 paneurop\u00e9enne et les phrases prudentissimes de Gomart, o\u00f9 l&rsquo;all\u00e9geance \u00e0 l&rsquo;OTAN est de mise, n&rsquo;en contiennent pas moins une dose d&rsquo;explosif consid\u00e9rable. Dire que \u00ab<em>Les Fran\u00e7ais sont presque pleinement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;OTAN et d&rsquo;une certaine mani\u00e8re il y a une volont\u00e9 fran\u00e7aise d&rsquo;essayer de faire \u00e9voluer les relations entre l&rsquo;OTAN et la Russie. Cela renvoie notamment aux discussions qui ont court aujourd&rsquo;hui sur le navire Mistral<\/em>\u00bb,  c&rsquo;est affirmer que les Fran\u00e7ais se posent <strong>tout de m\u00eame<\/strong> comme ma\u00eetre d&rsquo;uvre du rapprochement avec la Russie,  que ce soit pour entra\u00eener l&rsquo;OTAN nous importe peu,  et que ce rapprochement passe <strong>n\u00e9cessairement<\/strong>, d\u00e9sormais, par la vente d&rsquo;armements devenus strat\u00e9gique et politique \u00e0 cause de la tournure prise par l&rsquo;affaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est une sorte d&rsquo;\u00e9quation math\u00e9matique de bons sentiments. Au plus il faut dorer la pilule au parti des salonards pour faire accepter cette vente, au plus cette vente est, pour \u00eatre justifi\u00e9e tout de m\u00eame, hauss\u00e9e au niveau le plus haut des relations strat\u00e9giques entre la Russie et la France (celle-ci, bien s\u00fbr, dans l&rsquo;OTAN, et avec l&rsquo;accord de l&rsquo;OTAN, et pour le bien de l&rsquo;OTAN, etc.). Il en reste alors, pour l&rsquo;essentiel, que la chose est devenue la pierre angulaire d&rsquo;un accord strat\u00e9gique fondamental entre la France er la Russie; et que l&rsquo;\u00e9chec de cette transaction, dans <strong>toutes<\/strong> ses dimensions, n&rsquo;est plus envisageable, sans risquer une catastrophe majeure dans les relations entre la France et la Russie,  donc, par \u00e9quivalence math\u00e9matique (voir plus haut),  dans les relations entre la Russie et l&rsquo;OTAN, puisque la France s&rsquo;en pose vertueusement comme l&rsquo;interm\u00e9diaire, alors que l&rsquo;OTAN ne cherche qu&rsquo;une chose aujourd&rsquo;hui, qui est d&rsquo;am\u00e9liorer ses relations avec la Russie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tTout le monde, \u00e0 l&rsquo;Ouest, se tient par la barbichette. Les Russes doivent commencer \u00e0 comprendre comment manuvrer avec cette basse-cour occidentaliste. Dans ce paysage, la France reste son objectif privil\u00e9gi\u00e9 parce que ce pays reste, pour la Russie, le meilleur point d&rsquo;accroche d&rsquo;une coop\u00e9ration de s\u00e9curit\u00e9 avec l&rsquo;Ouest. (Parce que la France, malgr\u00e9 la basse-cour parisienne, reste productrice d&rsquo;armements puissants et structurellement autonomes et souverains, et qu&rsquo;une coop\u00e9ration avec elle sera de la m\u00eame sorte, autonome et souveraine.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tIl s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une m\u00e9canique sup\u00e9rieure, que les divers acteurs ne peuvent r\u00e9ellement contr\u00f4ler d\u00e8s lors que l&rsquo;id\u00e9e (la vente du <em>Mistral<\/em>) a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e et que les divers int\u00e9r\u00eats parcellaires des uns et des autres y ont trouv\u00e9 leur compte. D\u00e9sormais, l&rsquo;enjeu strat\u00e9gique et de grande politique d\u00e9passe tout le monde, d&rsquo;autant que l&rsquo;effet d&rsquo;apparence constitue un verrou qu&rsquo;on peut difficilement faire sauter. (Par effet d&rsquo;apparence, nous voulons dire que les Fran\u00e7ais, notamment, sont trop engag\u00e9s et ne peuvent plus gu\u00e8re reculer sous peine de perdre la face, de para\u00eetre c\u00e9der \u00e0 des pressions qui les ridiculiseraient,  <em>dito<\/em>, le parti des salonards.) Les Russes sont aussi engag\u00e9s mais beaucoup moins contraints. Ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;obligation de type symbolique de pacotille \u00e0 prendre en compte. N\u00e9anmoins, eux aussi voient leur int\u00e9r\u00eat dans le march\u00e9, simplement ils veulent obtenir les meilleures conditions possibles et ont beaucoup d&rsquo;arguments pour y parvenir.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;affaire <em>Mistral<\/em> continue sa marche en avant. Elle est en elle-m\u00eame beaucoup plus int\u00e9ressante que tous ceux qui pr\u00e9tendent avoir leur mot \u00e0 dire,  sauf, sans doute, les Russes. Pour utiliser le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 de paraphrase d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-tea_party_c_est_beaucoup_plus_que_tea_party_01_03_2010.html\" class=\"gen\">hier<\/a> \u00e0 un autre propos, on dira, en sollicitant cette fois la paraphrase \u00e0 la limite de la correction, que, heureusement, dans cette affaire <em>Mistral<\/em> comme dans nombre d&rsquo;autres, la France c&rsquo;est beaucoup plus que les Fran\u00e7ais.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Mistral, vu par les Russes 2 mars 2010 \u00a0Il est incontestable que la vente du Mistral \u00e0 la France est un des points les plus importants, non seulement de la visite actuelle de Medvedev en France, mais des relations franco-russes, voire de la conjoncture actuelle de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne. 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