{"id":71693,"date":"2010-03-22T18:21:07","date_gmt":"2010-03-22T18:21:07","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/03\/22\/le-jsf-ou-lechec-dun-systeme-mais-on-continue\/"},"modified":"2010-03-22T18:21:07","modified_gmt":"2010-03-22T18:21:07","slug":"le-jsf-ou-lechec-dun-systeme-mais-on-continue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/03\/22\/le-jsf-ou-lechec-dun-systeme-mais-on-continue\/","title":{"rendered":"Le JSF, ou l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un syst\u00e8me, \u2013 mais on continue\u2026"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955;font-size:1.65em;font-variant:small-caps;\">Le JSF, ou l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un syst\u00e8me, &ndash; mais on continue&hellip;<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le GAO vient de publier son rapport annuel sur le programme JSF, rapport mis en ligne le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.gao.gov\/new.items\/d10382.pdf\">20 mars 2010<\/a>. Sur son <em>blog<\/em>, le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.aviationweek.com\/aw\/blogs\/defense\/index.jsp?plckController=Blog&#038;plckBlogPage=BlogViewPost&#038;newspaperUserId=27ec4a53-dcc8-42d0-bd3a-01329aef79a7&#038;plckPostId=Blog%3a27ec4a53-dcc8-42d0-bd3a-01329aef79a7Post%3a767c1026-a08d-4eb1-ad35-8e1e3b168ec0&#038;plckScript=blogScript&#038;plckElementId=blogDest\">22 mars 2010<\/a>, l&rsquo;excellent Bill Sweetman en fait une analyse d\u00e9taill\u00e9e et tr\u00e8s technique. Il commence par donner son appr\u00e9ciation g\u00e9n\u00e9rale de la signification du rapport, qui tient en une formule exp\u00e9ditive: \u00ab\u00a0La bonne nouvelle [&hellip;] est que le programme ne court d\u00e9sormais plus le risque d&rsquo;un \u00e9chec. La mauvaise nouvelle est qu&rsquo;il est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un \u00e9chec.\u00a0\u00bb&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Explications de Sweetman, par rapport au but initial et fondamental qui conduisit \u00e0 lancer le programme JS (parvenir \u00e0 un programme qui permit le remplacement des avions en service par des avions aux capacit\u00e9s sup\u00e9rieures, co&ucirc;tant le m\u00eame prix)&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&laquo;<em>The path to this goal was to use commonality to reach high production quantities, supporting high production rates and thereby containing procurement costs. At the same time, new technology was intended to reduce operating costs. The core doctrine was \u00ab\u00a0cost as an independent variable\u00a0\u00bb and the key function of the four-year X-plane program was to define a joint set of requirements that could be met at a low, fixed cost.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>It&rsquo;s now clear that the strategic goal is out of reach. Even if today&rsquo;s base-2010 average procurement unit costs ($106+ million for the F-35A and $127+ million for the B\/C) are attained, the customers cannot afford planned production rates. Current USAF fighter funding &ndash; comprising, today, R&#038;D and LRIP for the F-35 &ndash; will support 48 jets per year instead of the 80 required to recapitalize the force. Operational costs are predicted to exceed those of earlier fighters, in some cases by large margins.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>There will also be a spiral effect as the lower rates result in higher unit costs, and this has not yet been modelled. Its severity will also depend on factors yet to be quantified, such as how international partners respond to the cost increases.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>So the plan has failed &ndash; as did the previous plan to replace air combat fleets en masse with stealth aircraft, started in the mid-1980s.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sweetman est un connaisseur du dossier JSF. Le premier, il publia un livre sur ce programme, en 1999 (<em>Joint Strike Fighter, Boeing X-32 versus Lockheed Martin X-35<\/em>, MBI Publishing, USA). Il laissait percer un certain scepticisme sur le destin futur du programme alors que l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration triomphante et triomphale de la formule. Son analyse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, <em>stricto sensu<\/em>, est \u00e9videmment correcte, si l&rsquo;on prend comme r\u00e9f\u00e9rences les estimations et les affirmations officielles. Le JSF est d\u00e9sormais \u00ab\u00a0officiellement\u00a0\u00bb \u00e0 plus de $100 millions, &ndash; entre $107 millions et $127 millions, &ndash; alors qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 entre $29 millions et $40 millions en 1993 mais aussi et encore en 2002, lorsque les coop\u00e9rants internationaux s&rsquo;engag\u00e8rent dans le programme de d\u00e9veloppement. Il y a encore six mois, certaines positions officielles, notamment de certains pays coop\u00e9rants, s&rsquo;appuyaient encore sur une estimation de $45-$50 millions l&rsquo;exemplaire. (On nous fera gr\u00e2ce des graves r\u00e9flexions sur les \u00ab\u00a0<em>then-year dollars<\/em>\u00a0\u00bb et autres fariboles des prix corrig\u00e9s apr\u00e8s inflation, ou non corrig\u00e9s. Ce sont des manipulations de \u00ab\u00a0communicants\u00a0\u00bb d\u00e9guis\u00e9s en comptables et en magiciens, qui n&rsquo;ont jamais eu aucune r\u00e9alit\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution des programmes militaires en g\u00e9n\u00e9ral, et de celui-ci en particulier. Toutes les arm\u00e9es de l&rsquo;air concern\u00e9es avaient tabl\u00e9, lorsqu&rsquo;elles l&rsquo;ach\u00e8teraient, \u00e0 un JSF autour de $40 millions. Nous en sommes d\u00e9j\u00e0 \u00e0 trois fois plus.)<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Bien entendu, on parle d&rsquo;estimations \u00ab\u00a0officielles\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;ont qu&rsquo;une valeur th\u00e9orique. Le prix de l&rsquo;avion, en \u00e9tat de vol et en \u00e9tat de combat, s&rsquo;il atteint ces stades, devrait \u00eatre beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 \u00e0 partir des r\u00e9f\u00e9rences officielles actuelles. Bien entendu (suite), nous sommes dans la th\u00e9orie parce que, d&rsquo;ici 2015-2017, bien des choses se seront encore pass\u00e9es&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La pr\u00e9sentation que Sweetman fait de l&rsquo;\u00e9chec formel du programme par rapport aux intentions affich\u00e9es recouvre, selon nous, une autre dimension. Sweetman semble attribuer cet \u00e9chec \u00e0 la philosophie inspir\u00e9e par l&rsquo;USAF de tout centrer autour des capacit\u00e9s de furtivit\u00e9, avec les technologies qui vont avec et les diverses p\u00e9nalisations qui l&rsquo;accompagnent. Notre point de vue serait d&rsquo;abord que le JSF est le premier grand programme de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide, puisqu&rsquo;il a d\u00e9marr\u00e9 en 1993-1994, et le premier grand programme d&rsquo;armement qui fut d\u00e9velopp\u00e9 avec comme premi\u00e8re priorit\u00e9 la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique. En m\u00eame temps qu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9, des m\u00e9thodes radicalement inspir\u00e9es du secteur priv\u00e9 \u00e9taient introduites au Pentagone, notamment sous le contr\u00f4le du vice-pr\u00e9sident Al Gore qui fut charg\u00e9 de superviser ce programme de \u00ab\u00a0modernisation\u00a0\u00bb. Ces initiatives allaient de pair avec l&rsquo;offensive de globalisation financi\u00e8re qui marqua \u00e9galement la pr\u00e9sidence Clinton (d\u00e8s 1992-1993), puis avec les affirmations d'\u00a0\u00bbhyperpuissance\u00a0\u00bb, le d\u00e9veloppement des capacit\u00e9s d&rsquo;Internet (\u00ab\u00a0bulle Internet\u00a0\u00bb) et autres qui eurent lieu \u00e0 partir de 1995.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est plut\u00f4t dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral que nous placerions le programme JSF, et nous identifions alors son \u00e9chec, qui n&rsquo;en est qu&rsquo;\u00e0 ses d\u00e9buts car nous aurons bien pire dans les prochaines ann\u00e9es, \u00e0 celui d&rsquo;un syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de civilisation bien plus qu&rsquo;\u00e0 celui d&rsquo;un choix technologique. (M\u00eame si le choix des technologies de la furtivit\u00e9 ont beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 son \u00e9chec, nous voulons simplement avancer l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de la cause centrale de l&rsquo;\u00e9chec.) L&rsquo;\u00e9chec du JSF s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un syst\u00e8me et il l&rsquo;illustre d&rsquo;une fa\u00e7on massive. M\u00eame s&rsquo;il l&rsquo;est \u00e9galement, l&rsquo;\u00e9chec du JSF est bien plus que l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un programme militaire ou l&rsquo;\u00e9chec de certaines technologies. Il contient en lui-m\u00eame les fondements de l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Pour cette raison, bien s&ucirc;r, son \u00e9chec ne s&rsquo;arr\u00eatera pas l\u00e0 o&ugrave; en est le programme. La confiance des coop\u00e9rants internationaux dans l&rsquo;avenir du JSF reste pour l&rsquo;instant compl\u00e8te sur le fond, m\u00eame s&rsquo;il y a de la mauvaise humeur ici (en Italie) et des doutes budg\u00e9taires profonds annon\u00e7ant sans doute un abandon l\u00e0 (au Danemark). Curieusement, cette confiance s&rsquo;appuie sur l&rsquo;annonce du plan de restructuration pr\u00e9sent\u00e9 par le Pentagone, dont le r\u00e9sultat est de pr\u00e9senter un retard de deux ans et une augmentation du co&ucirc;t dans les proportions qu&rsquo;on a vues, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9chec du programme selon les ambitions de d\u00e9part telles qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9es par Bill Sweetman. Autrement dit, l&rsquo;aveu de l&rsquo;\u00e9chec est per\u00e7u un peu partout comme une garantie du succ\u00e8s, apr\u00e8s les correctifs n\u00e9cessaires. L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit des coop\u00e9rants est parfaitement celui qui est qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0TINA\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>There Is No Alternative<\/em>\u00ab\u00a0), m\u00eame s&rsquo;il y a autant d&rsquo;alternatives qu&rsquo;on veut. Le JSF est, pour ceux qui le fabriquent comme pour ceux qui l&rsquo;ont choisi, une v\u00e9ritable maladie de l&rsquo;esprit bien plus qu&rsquo;un choix de programme militaire. La r\u00e9action est absolument similaire \u00e0 celle qu&rsquo;on a pu observer apr\u00e8s l&rsquo;effondrement de Wall Street de septembre 2008: on ne change rien, on continue, l&rsquo;\u00e9chec aujourd&rsquo;hui est la garantie du succ\u00e8s de demain.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le JSF va donc continuer jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre le stade de la catastrophe finale, dans les d\u00e9lais, dans les co&ucirc;ts, dans les capacit\u00e9s, dans tous les domaines qu&rsquo;on veut. La raison courante se trouve paralys\u00e9e devant ce ph\u00e9nom\u00e8ne, comme elle l&rsquo;est devant l&rsquo;adh\u00e9sion au syst\u00e8me hyper-lib\u00e9ral, comme elle l&rsquo;est devant la poursuite de la guerre en Afghanistan. Il y a une continuit\u00e9 de la pens\u00e9e dans tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes, ou une continuit\u00e9 de la pens\u00e9e selon une perversion syst\u00e9mique si l&rsquo;on veut. La chose est au-del\u00e0 de la critique de la raison et rel\u00e8verait \u00e9ventuellement, s&rsquo;il fallait chercher les causes profondes, de la pathologie.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mis en ligne le 22 mars 2010 \u00e0 18H19<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le JSF, ou l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un syst\u00e8me, &ndash; mais on continue&hellip; Le GAO vient de publier son rapport annuel sur le programme JSF, rapport mis en ligne le 20 mars 2010. Sur son blog, le 22 mars 2010, l&rsquo;excellent Bill Sweetman en fait une analyse d\u00e9taill\u00e9e et tr\u00e8s technique. 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