{"id":71756,"date":"2010-04-09T10:15:15","date_gmt":"2010-04-09T10:15:15","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/04\/09\/la-g4g-de-la-reconquista\/"},"modified":"2010-04-09T10:15:15","modified_gmt":"2010-04-09T10:15:15","slug":"la-g4g-de-la-reconquista","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/04\/09\/la-g4g-de-la-reconquista\/","title":{"rendered":"La G4G de la <em>Reconquista<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">La G4G de la <em>Reconquista<\/em><\/h2>\n<\/p>\n<p><p>9 avril 2010 &mdash; Nous signalons un texte de George Friedman, directeur de <em>Stratfor.com<\/em>, en date du <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.stratfor.com\/weekly\/20100405_mexico_and_failed_state_revisited\">6 avril 2010<\/a> (en lecture libre). Ce texte \u00e9tant autoris\u00e9 explicitement pour la reproduction, nous l&rsquo;avons <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_mexique_et_la_these_de_l_etat_failli__09_04_2010.html\">install\u00e9<\/a> dans son int\u00e9gralit\u00e9 dans <em>Ouverture libre<\/em>, pour plus de facilit\u00e9 pour nos lecteurs. Bien entendu, nous le faisons parce qu&rsquo;il nous para&icirc;t d&rsquo;un particulier int\u00e9r\u00eat, d&rsquo;autant que la question du Mexique et de la \u00ab\u00a0guerre de la drogue\u00a0\u00bb est un domaine o&ugrave; nous jugeons que <em>Stratfor.com<\/em> est particuli\u00e8rement bien inform\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous faisons quelques citations pr\u00e9liminaires donnant quelques points essentiels d&rsquo;une th\u00e8se qui nous dit que le Mexique est moins un \u00ab\u00a0Etat failli\u00a0\u00bb (<em>failed state<\/em>) comme Friedman l&rsquo;observait en 2008, qu&rsquo;un pays qui s&rsquo;arrange de ce monstrueux \u00ab\u00a0Etat dans l&rsquo;Etat\u00a0\u00bb qu&rsquo;est la question de la drogue; qu&rsquo;il en tire m\u00eame avantage, d&rsquo;un certaine fa\u00e7on; qu&rsquo;une nouvelle situation <em>de facto<\/em> s&rsquo;installe, avec le Nord du pays laiss\u00e9 \u00e0 la quasi-\u00ab\u00a0gouvernance\u00a0\u00bb des cartels de la drogue&hellip; Et sa conclusion implicite, comme l&rsquo;est la n\u00f4tre sans aucun doute, est que cette situation est d\u00e9sormais un probl\u00e8me bien plus pour les USA que pour le Mexique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>&bull; Le constat g\u00e9n\u00e9ral de Friedman est que l&rsquo;activit\u00e9 des cartels de la drogue et la guerre qu&rsquo;ils se livrent sont concentr\u00e9es dans la partie Nord du pays (fronti\u00e8re avec les USA). Cela est normal puisque le trafic va vers les USA. Le constat compl\u00e9mentaire de Friedman est que le gouvernement mexicain a abandonn\u00e9 tout espoir de l&#8217;emporter contre les cartels et qu&rsquo;il laisse <em>de facto<\/em> le contr\u00f4le de cette zone aux cartels. Cela est d&rsquo;autant plus plausible que, consid\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un point de vue cyniquement \u00e9conomique, cette activit\u00e9 illicite constitue un \u00e9norme apport d&rsquo;argent \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie mexicaine alors que sa concentration dans le Nord ne menace pas le r\u00e9gime&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>&hellip;Accordingly, the war raging there doesn&rsquo;t represent a direct threat to the survival of the Mexican regime.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Indeed, what the wars are being fought over in some ways benefits Mexico. The amount of money pouring into Mexico annually is stunning. It is estimated to be about $35 billion to $40 billion each year. The massive profit margins involved make these sums even more significant. Assume that the manufacturing sector produces revenues of $40 billion a year through exports. Assuming a generous 10 percent profit margin, actual profits would be $4 billion a year. In the case of narcotics, however, profit margins are conservatively estimated to stand at around 80 percent. The net from $40 billion would be $32 billion; to produce equivalent income in manufacturing, exports would have to total $320 billion.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; De toutes les fa\u00e7ons, les forces l\u00e9gales mexicaines ne peuvent lutter contre les cartels, essentiellement parce qu&rsquo;elles n&rsquo;en ont gu\u00e8re la motivation. Pour deux raisons: elles profitent elles-m\u00eames des cartels (corruption, arrangements, etc.), d&rsquo;une part; elles constatent que les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les cartels le sont aux USA et non au Mexique, ce qui rencontre un antagonisme mexicain historique contre les USA&hellip; En d&rsquo;autres mots, la drogue est un probl\u00e8me pour les USA, pas pour le Mexique.<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em;\">\n<p><p>&laquo;<em>The problem with the Mexican military or police is not lack of training or equipment. It is not a lack of leadership. These may be problems, but they are only problems if they interfere with implementing Mexican national policy. The problem is that these forces are personally unmotivated to take the risks needed to be effective because they benefit more from being ineffective. This isn&rsquo;t incompetence but a rational national policy.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>&raquo;<em>Moreover, Mexico has deep historic grievances toward the United States dating back to the Mexican-American War. These have been exacerbated by U.S. immigration policy that the Mexicans see both as insulting and as a threat to their policy of exporting surplus labor north. There is thus no desire to solve the Americans&rsquo; problem.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Effectivement, dans cette affaire, ce sont les USA qui ont un probl\u00e8me strat\u00e9gique, et pas le Mexique. Que peuvent faire les USA? L\u00e9galiser la vente de la drogue pour supprimer les revenus ill\u00e9gaux? Bien improbable, sinon impossible selon le sentiment actuel dans la public et le monde politicien US. Envisager toutes sortes d&rsquo;interventions? Lutter eux-m\u00eames contre le trafic avec incursions limit\u00e9es au Mexique ou intervention directe au Mexique pour tenter de briser les r\u00e9seaux financiers et de corruption qui soutiennent les cartels, etc.? Bien incertain et dangereux:<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p>&laquo;<em>What is clear is that any U.S. intervention would turn Mexican drug traffickers into patriots fighting yet another Yankee incursion. Recall that Pershing never caught Pancho Villa, but he did help turn Villa into a national hero in Mexico.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>&bull; Alors quoi? Laisser faire&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<blockquote class=\"normal\" style=\"font-size:1.05em\">\n<p><p><em>The United States does not know how to reduce demand for drugs. The United States is not prepared to legalize drugs. This means the choice lies between the status quo and a complex and uncertain (to say the least) intervention. We suspect the United States will attempt some limited variety of the latter, while in effect following the current strategy and living with the problem.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><p>L&rsquo;exposition du probl\u00e8me est parfaite. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un cas typique de d\u00e9clin d&#8217;empire (le mot \u00ab\u00a0empire\u00a0\u00bb employ\u00e9 comme une image de convenance): le probl\u00e8me d&rsquo;un \u00ab\u00a0pays vassal\u00a0\u00bb de l&#8217;empire, caus\u00e9 par l&#8217;empire, devenu un avantage pour ce pays et un probl\u00e8me pour l&#8217;empire. La th\u00e9orie des \u00ab\u00a0Etats faillis\u00a0\u00bb (<em>failed states<\/em>), si ch\u00e8re aux experts de nos s\u00e9minaires et aux sp\u00e9cialistes des situations post-Guerre froide devrait \u00eatre revue \u00e0 la lumi\u00e8re du cas mexicain, &ndash; lequel est, bien entendu, un cas d&rsquo;\u00e9cole avec ses 3.200 kilom\u00e8tres de fronti\u00e8re terrestre avec les USA. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un formidable exemple de \u00ab\u00a0<em>blowback<\/em>\u00ab\u00a0, selon le terme de la CIA d\u00e9signant les cons\u00e9quences n\u00e9gatives inattendues d&rsquo;actions offensives de l&#8217;empire pour renforcer ses int\u00e9r\u00eats dans les pays qu&rsquo;il domine, influence et traite comme des vassaux.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>La situation mexicaine a commenc\u00e9 sa phase actuelle, aboutissant \u00e0 une partition <em>de facto<\/em> avec le Nord du pays passant sous le contr\u00f4le des cartels avec le trait\u00e9 ALENA (1994). Ce trait\u00e9 de libre-\u00e9change du continent nord-am\u00e9ricain a ouvert les fronti\u00e8res et donn\u00e9 \u00e0 la puissance \u00e9conomique US le moyen l\u00e9gal d&rsquo;introduire ses pratiques au Mexique, avec une \u00e9conomie sans contr\u00f4le, une course au profit sans aucune r\u00e8gle, la corruption acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e d&rsquo;autant (dans un pays, le Mexique, \u00e0 culture de corruption affirm\u00e9e), les activit\u00e9s ill\u00e9gales transform\u00e9es en des activit\u00e9s \u00e9conomiques structur\u00e9es et puissantes, etc. D&rsquo;autres caract\u00e9ristiques annexes de l&#8217;empire, comme la vente libre des armes, ont encore renforc\u00e9 l&rsquo;installation et l&rsquo;activit\u00e9 des cartels en leur donnant les moyens d&rsquo;installer une v\u00e9ritable puissance arm\u00e9e capable de contr\u00f4ler un territoire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Les USA ont donc indirectement cr\u00e9\u00e9 sur leur fronti\u00e8re Sud une sorte d&rsquo;Etat ill\u00e9gal mais puissant dont la raison d&rsquo;\u00eatre est une agression permanente contre les USA par divers moyens contre lesquels la puissance militaire et la puissance d&rsquo;influence de l&#8217;empire ne peuvent rien. Le ph\u00e9nom\u00e8ne qui s&rsquo;est alors cr\u00e9\u00e9 est paradoxalement de type national. Comme le laisse clairement et justement entendre Friedman, il y a d\u00e9sormais dans les cartels une \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb, voire une sorte de \u00ab\u00a0patriotisme\u00a0\u00bb latent, qui font que leur action est aussi per\u00e7ue comme une action mexicaine contre les USA, aliment\u00e9e par pr\u00e8s de deux si\u00e8cles d&rsquo;animosit\u00e9 anti-am\u00e9ricaniste (commenc\u00e9e par la guerre des USA contre le Mexique en 1846-1848 qui vit l&rsquo;annexion par les USA de vastes territoires mexicains, allant de la Californie au Nouveau-Mexique, cela pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;annexion <em>de facto<\/em> du Texas appartenant au Mexique par des incursions, des implantations ill\u00e9gales, puis des man&oelig;uvres politiques soutenues par Washington passant par le sas vertueux d&rsquo;une ind\u00e9pendance-bidon).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Face \u00e0 cette situation dont s&rsquo;arrange le gouvernement mexicain pour les raisons qu&rsquo;on a vues, le principal probl\u00e8me de la drogue est d\u00e9sormais am\u00e9ricaniste, et les USA n&rsquo;y peuvent pas grand&rsquo;chose. Proposer comme \u00ab\u00a0solution strat\u00e9gique\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0vivre avec le probl\u00e8me\u00a0\u00bb est un \u00e9norme aveu d&rsquo;impuissance. De la part d&rsquo;un expert \u00ab\u00a0muscl\u00e9\u00a0\u00bb comme Friedman, qui a toujours recommand\u00e9 des solutions fermes, voire des solutions de force, et, de toutes les fa\u00e7ons, un volontarisme politique affirm\u00e9, une telle conclusion est r\u00e9v\u00e9latrice.<\/p>\n<\/p>\n<p><h3 class=\"subtitleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">G4G et l\u00e9gitimit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>La situation telle qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente sous la plume experte de Friedman est complexe. Il faut s&rsquo;extraire de ses caract\u00e8res contingents et des jugements moraux (sur le banditisme, sur la drogue) qui vont avec, dont on sait l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 et l&rsquo;origine labyrinthique des situations qui les suscitent; il faut en arriver \u00e0 observer l&rsquo;\u00e9trange structuration qu&rsquo;elle installe. Les cartels sont \u00e9videmment des bandes ill\u00e9gales, dans tout les sens qu&rsquo;on peut donner \u00e0 ce terme. Elles n&rsquo;h\u00e9sitent devant aucun moyen, de pr\u00e9f\u00e9rence les plus violents. Cette situation a cr\u00e9\u00e9 par force, dans la r\u00e9gion du Nord du Mexique une \u00ab\u00a0zone de non-droit\u00a0\u00bb, ce qui est un des caract\u00e8res essentiels de ce qu&rsquo;on d\u00e9signe comme un \u00ab\u00a0Etat failli\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\u00ab\u00a0Non-droit\u00a0\u00bb? Pas si vite. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que le droit sinon une mati\u00e8re en constante \u00e9volution selon les situations, une mati\u00e8re qu&rsquo;il faut savoir appr\u00e9cier dans sa mouvance par rapport \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;environnement? Ce que sugg\u00e8re Friedman, avec des arguments s\u00e9rieux, c&rsquo;est que le gouvernement central, dont la l\u00e9gitimit\u00e9 est elle-m\u00eame extr\u00eamement contestable (\u00e9lection contest\u00e9e de Calderon en 2006, ce pr\u00e9sident notoirement \u00e0 la solde de puissances d&rsquo;argent dont certaines avec de fortes connexions am\u00e9ricanistes, partisan de l&rsquo;ensemble nord-am\u00e9ricaniste domin\u00e9 par Washington, etc.), finit par admettre la domination des cartels sur la zone Nord et qu&rsquo;il y trouve m\u00eame des avantages. On sait d&rsquo;autre part, notamment par diverses observations et t\u00e9moignages, qu&rsquo;il y a souvent, aux yeux de la population, plus de proximit\u00e9 avec les cartels organis\u00e9s qu&rsquo;avec les forces arm\u00e9es nationales dont la conduite est souvent extr\u00eamement brutale. Cet ensemble de facteurs, ajout\u00e9s \u00e0 l&rsquo;impuissance op\u00e9rationnelle \u00e0 r\u00e9duire la puissance des cartels, finit par transformer la situation jusqu&rsquo;au point o&ugrave; l&rsquo;on pourrait consid\u00e9rer que le gouvernement central abdique le contr\u00f4le de la zone et le laisse aux cartels.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement le chaos qui en r\u00e9sulte. Les cartels sont suffisamment puissants et organis\u00e9s pour avoir les moyens et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;\u00e9tablir un ordre qui soit le leur dans la zone, m\u00eame si cette \u00e9volution passe par des phases d&rsquo;extr\u00eame violence. Dans ce cas, la \u00ab\u00a0zone de non-droit\u00a0\u00bb se transforme en une zone d&rsquo;un droit nouveau, droit exerc\u00e9 par les cartels. Et la situation qu&rsquo;installent les cartels n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;oppression aveugle, de la tuerie, du d\u00e9sordre, mais d&rsquo;une certaine organisation sociale et \u00e9conomique qui, de parall\u00e8le, devient majoritaire.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais le facteur essentiel, nous dirions le facteur unificateur, c&rsquo;est l&rsquo;hostilit\u00e9 mexicaine naturelle pour les USA. Elle touche tous les segments de la population, y compris, \u00e9ventuellement, certaines couches des classes dirigeantes qui sont soumises en temps normal aux USA mais ne les aiment pas plus pour autant. A cet \u00e9gard, le caract\u00e8re national joue un r\u00f4le fondamental, avec sa potentialit\u00e9 l\u00e9gitimiste. Ce caract\u00e8re unificateur joue dans ce cas en faveur des cartels \u00e0 100% puisque l&rsquo;action d\u00e9stabilisatrice fondamentale des cartels, qui est la vente de la drogue, ce poison social, est dirig\u00e9e vers les USA. Du coup, on r\u00e9alise que le trafic de drogue peut \u00eatre \u00e9galement interpr\u00e9t\u00e9 comme une \u00ab\u00a0arme secr\u00e8te\u00a0\u00bb mexicaine contre les USA et, au-del\u00e0, une arme mexicaine pour le r\u00eave de la <em>Reconquista<\/em> (ce nom g\u00e9n\u00e9rique donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9cup\u00e9ration des territoires annex\u00e9s par les USA aux XIX\u00e8me si\u00e8cle). On comprend alors combien, m\u00eame au-del\u00e0 de la question du droit (\u00ab\u00a0non-droit\u00a0\u00bb ou pas), l&rsquo;action des cartels dans la situation telle que la d\u00e9crit Friedman tendrait \u00e0 acqu\u00e9rir une certaine l\u00e9gitimit\u00e9 aux yeux de la population et, bient\u00f4t, aux yeux de structures sociales et politiques diverses au Mexique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous sommes dans une situation absolument caract\u00e9ristique de G4G (guerre de quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration), o&ugrave; un groupe ill\u00e9gal et de banditisme, certes \u00e0 racine nationale mais \u00e0 action transnationale, qu&rsquo;on dirait \u00ab\u00a0sans foi ni loi\u00a0\u00bb, finit pas acqu\u00e9rir une l\u00e9gitimit\u00e9 dans la mesure o&ugrave; son action de banditisme tend \u00e0 rencontrer une revendication politique fondamentale et fondatrice de l\u00e9gitimit\u00e9. Nous sommes dans l&rsquo;encha&icirc;nement des d\u00e9structurations, o&ugrave; l&rsquo;on parvient \u00e0 des situations de structuration (ou de restructuration) par des voies paradoxales, notamment selon l&rsquo;image de la lutte contre l&rsquo;incendie par le contre-feu. C&rsquo;est la doctrine du libre \u00e9change et du march\u00e9 libre qui a cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;ALENA, achevant une entreprise de d\u00e9structuration du Mexique selon la doctrine de l&rsquo;am\u00e9ricanisme. Cette situation de d\u00e9structuration a permis aux cartels, dans les conditions \u00e9conomiques ainsi cr\u00e9\u00e9es, de se d\u00e9velopper au point o&ugrave; on les voit aujourd&rsquo;hui. Les cartels, ayant atteint la puissance qu&rsquo;ils ont, tendent \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles structures, tandis que leur action de gangst\u00e9risme rencontre une ligne politique qui est objectivement structurante du point de vue du Mexique puisqu&rsquo;elle lutte contre l&rsquo;influence am\u00e9ricaniste et nourrit une \u00e9ventuelle entreprise de <em>Reconquista<\/em>. Ainsi se cr\u00e9e une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9, par le biais du moyen de la G4G, qui ne s&#8217;embarrasse d&rsquo;aucune morale, laquelle est d&rsquo;ailleurs totalement discr\u00e9dit\u00e9e par l&rsquo;usage qu&rsquo;en font les puissances am\u00e9ricanistes et occidentalistes dans leurs diverses entreprises bellicistes et n\u00e9o-imp\u00e9rialistes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>On pourrait d&rsquo;ailleurs aller jusqu&rsquo;\u00e0 observer que la <em>Reconquista<\/em> par l&rsquo;action des cartels est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 entreprise par la p\u00e9n\u00e9tration de ces cartels aux USA, coupl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;immigration clandestine, \u00e0 l&rsquo;hispanisation des zones fronti\u00e8res US et ainsi de suite. Le jour o&ugrave; tel ou tel chef de cartels prendra le nom de Pancho Villa ou d&rsquo;Emiliano Zapata n&rsquo;est plus si loin, tant l&rsquo;attirance de l&rsquo;argument politique et l&rsquo;antagonisme mexicain avec les USA sont grandes.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Conclure, comme fait Friedman, que les USA n&rsquo;ont qu&rsquo;une solution, qui est de \u00ab\u00a0vivre avec le probl\u00e8me\u00a0\u00bb, nous semblent effectivement, non seulement une conclusion de fatalisme, non seulement un aveu d&rsquo;impuissance, mais bien une sorte de pr\u00e9monition d&rsquo;une d\u00e9faite. Entre \u00ab\u00a0vivre avec le probl\u00e8me\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0mourir \u00e0 cause du probl\u00e8me\u00a0\u00bb, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas. L&rsquo;\u00e9poque nous montre que bien des pas inattendus sont franchis avec une rapidit\u00e9 confondante.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La G4G de la Reconquista 9 avril 2010 &mdash; Nous signalons un texte de George Friedman, directeur de Stratfor.com, en date du 6 avril 2010 (en lecture libre). Ce texte \u00e9tant autoris\u00e9 explicitement pour la reproduction, nous l&rsquo;avons install\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9 dans Ouverture libre, pour plus de facilit\u00e9 pour nos lecteurs. 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