{"id":71785,"date":"2010-04-17T09:57:30","date_gmt":"2010-04-17T09:57:30","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/04\/17\/dialogues-2-croissance-acceleree-croissance-aleatoire\/"},"modified":"2010-04-17T09:57:30","modified_gmt":"2010-04-17T09:57:30","slug":"dialogues-2-croissance-acceleree-croissance-aleatoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/04\/17\/dialogues-2-croissance-acceleree-croissance-aleatoire\/","title":{"rendered":"<em>DIALOGUES<\/em>-2: croissance acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, croissance al\u00e9atoire"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"common-article2\"><em>DIALOGUES<\/em>-2: croissance acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, croissance al\u00e9atoire<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>\tJe vous remercie, cher Philippe, de vos compliments, s\u00fbrement exag\u00e9r\u00e9s, adress\u00e9s \u00e0 mon livre dans votre <a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-dialogues-1_questions_de_sens_10_04_2010.html\" class=\"gen\">Question(s) autour du sens<\/a>. Je vous rendrai la pareille en disant que, tous les jours (car je m&rsquo;y rends tous les jours) je suis fascin\u00e9 par la pertinence de vos commentaires sur l&rsquo;actualit\u00e9 internationale. Je l&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 aussi, je vous l&rsquo;ai dit, par la grandeur de votre vision de l&rsquo;histoire, telle qu&rsquo;elle inspire vos deux grands livres: <em>Les \u00e2mes de Verdun<\/em> et <em>La gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>. Mais venons-en au fait de ce dialogue d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe dois pr\u00e9ciser un premier point pour nos lecteurs que j&rsquo;esp\u00e8re nombreux et dot\u00e9s d&rsquo;un esprit critique affut\u00e9. Mon livre, <em>Le paradoxe du Sapiens<\/em>, ne r\u00e9sulte pas v\u00e9ritablement d&rsquo;un travail scientifique, au sens acad\u00e9mique du terme. Certes, je me suis toujours efforc\u00e9 de pratiquer dans ma vie professionnelle et ailleurs la m\u00e9thode scientifique exp\u00e9rimentale: hypoth\u00e8se (apr\u00e8s d\u00e9duction ou induction), v\u00e9rification exp\u00e9rimentale et \u00e9laboration  d&rsquo;une th\u00e8se tenant compte des enseignements de l&rsquo;exp\u00e9rimentation. Mais cette m\u00e9thode n&rsquo;exclut pas (au contraire elle exige) beaucoup d&rsquo;imagination au niveau de la formulation des hypoth\u00e8ses. Dans les sciences humaines en g\u00e9n\u00e9ral, y compris dans l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie ou philosophie des connaissances, cette imagination s&rsquo;impose tout autant que dans les sciences dures, sinon davantage. Les cerveaux sont en effet encombr\u00e9s d&rsquo;id\u00e9es re\u00e7ues g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats qui ne veulent ou ne peuvent dire leur nom, dont il faut se d\u00e9barrasser si l&rsquo;on veut renouveler le regard que l&rsquo;on porte sur le monde. D&rsquo;o\u00f9 d&rsquo;ailleurs dans la science, fut-elle dure, le r\u00f4le de l&rsquo;imaginaire et du fantasme, sur lequel nous reviendrons \u00e0 la fin de cet article, pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;une de vos questions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tVous faites remarquer r\u00e9guli\u00e8rement la m\u00eame chose dans vos chroniques, en prenant bien soin de distinguer les propos de ce que vous appelez la presse <em>Mainstream<\/em> ou <em>Pravda<\/em> des jugements originaux \u00e9manant d&rsquo;auteurs voulant faire preuve d&rsquo;ind\u00e9pendance et de cr\u00e9ativit\u00e9. Pour ce qui me concerne, j&rsquo;ai du d\u00e8s le d\u00e9but prendre le parti de cr\u00e9er un nouveau concept, celui de syst\u00e8me ou complexe anthropotechnique, pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;enfermement dans des analyses ne se recoupant jamais, portant d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 sur  les faits humains ou soci\u00e9taux (l&rsquo;<em>antropos<\/em>) et d&rsquo;un autre sur les faits technologiques (la <em>tekne<\/em>). J&rsquo;ai fais le pari qu&rsquo;il s&rsquo;agissait des deux aspects d&rsquo;une m\u00eame entit\u00e9 sous-jacente, qu&rsquo;il fallait \u00e9tudier en tant que telle. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCela m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9. Des lecteurs (rares au demeurant) m&rsquo;ont demand\u00e9  o\u00f9 je voyais des syst\u00e8mes anthropotechniques et comment, ne pouvant les d\u00e9signer comme on d\u00e9signe un baril de p\u00e9trole, je pouvais pr\u00e9tendre raisonner sur eux. J&rsquo;ai r\u00e9pondu que la d\u00e9marche scientifique consiste le plus souvent \u00e0 cr\u00e9er ses objets d&rsquo;observations, \u00e0 proposer des instruments de mesure ad\u00e9quats et en tirer des conclusions sur l&rsquo;existence ou la non existence desdits objets. Comme \u00e9conomiste et juriste, je savais cela depuis longtemps. Le ch\u00f4mage ne se rencontre pas au coin de la rue. La conception fran\u00e7aise de la R\u00e9publique, qui inspire en permanence notre droit public, pas davantage. Mais j&rsquo;ai  appris gr\u00e2ce \u00e0 mon amie la physicienne quantique Mioara Mugur Schachter \u00e0 exporter les m\u00e9thodes de ses coll\u00e8gues physiciens dans le domaine des sciences de la vie et de la soci\u00e9t\u00e9. Voyez sur ce point un article d&rsquo;un autre ami qui en donne de nombreux exemples. Il devrait vous int\u00e9resser (<a href=\"http:\/\/www.admiroutes.asso.fr\/larevue\/2010\/104\/jmfessler.htm\" class=\"gen\">http:\/\/www.admiroutes.asso.fr\/larevue\/2010\/104\/jmfessler.htm<\/a>).   <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tJe pense donc que mon hypoth\u00e8se relative \u00e0 la pertinence du concept de syst\u00e8me anthropotechnique tient debout et m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve des faits. Mais l\u00e0 encore, il faut une certaine dose d&rsquo;imagination, voire de vision, pour \u00e9tablir des conditions d&rsquo;exp\u00e9rience permettant de sortir du convenu des repr\u00e9sentations socio-\u00e9conomico-politiques dominantes. C&rsquo;est l\u00e0, comme je vous l&rsquo;avais \u00e9crit au d\u00e9but de ces dialogues, que ceux qui comme moi s&rsquo;int\u00e9ressent au concept de syst\u00e9mique anthropotechnique, peuvent se tourner vers vous. En effet, par votre observation attentive des strat\u00e9gies g\u00e9opolitiques, vous avez depuis longtemps soup\u00e7onn\u00e9 que derri\u00e8re des \u00e9v\u00e9nement plus ou moins importants alimentant les revues de presse et les discours des m\u00e9dias se trouvent des vagues de fond profondes qui malheureusement ne sont pas encore per\u00e7ues faute d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es comme objet d&rsquo;observation et d&rsquo;exp\u00e9rimentation. Pour vous restituer d&rsquo;ailleurs \u00e0 ce sujet ce qui vous est du, je dois dire que si je parle dans mon essai du Pentagone plut\u00f4t que du concept plus g\u00e9n\u00e9ral  de complexe politico-militaro-industriel am\u00e9ricain, c&rsquo;est parce que gr\u00e2ce \u00e0 vos articles j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 alert\u00e9 par la personnalisation radicale qu&rsquo;il convenait d&rsquo;imposer \u00e0 cette organisation pour la comprendre.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tMais comment \u00e9voluent ces vagues de fond? Vous consid\u00e9rez, comme moi, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la catastrophe globale n&rsquo;est pas loin, parce que dans ce que vous appelez les syst\u00e8mes d\u00e9chain\u00e9s il n&rsquo;y a pas de conscience. Le Pentagone est suffisamment \u00e9quip\u00e9 en moyens d&rsquo;\u00e9tude du monde et de lui-m\u00eame pour pouvoir se fixer \u00e0 lui-m\u00eame certains objectifs. Mais ces d\u00e9cisions que nous pourrions dire conscientes ne sont qu&rsquo;insuffisamment capables d&#8217;embrayer sur les divers processus qu&rsquo;il faudrait mettre en uvre pour qu&rsquo;elles se concr\u00e9tisent. Dans le cas qui vous est cher, celui du F-35 (JSF), on voit clairement comment la machine technologique, la machine industrielle, la machine budg\u00e9taire ne suivent pas. Certains au Pentagone s&rsquo;en aper\u00e7oivent, mais ils sont incapables d&rsquo;arr\u00eater le mouvement syst\u00e9mique global. Comme le Pentagone m\u00e8ne dix ou vingt chantiers analogues, d&rsquo;une fa\u00e7on aussi peu clairvoyante, il ne faut pas s&rsquo;\u00e9tonner que sa d\u00e9marche globale paraisse non seulement erratique, mais  g\u00e9n\u00e9ratrice de crises potentiellement graves. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tHeureusement pour le Pentagone et l&rsquo;Am\u00e9rique, les autres structures analogues sont tout autant globalement inconscientes. Elles ne peuvent donc pas profiter de ces faiblesses. Mais c&rsquo;est cette inconscience g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui fait le risque de la situation globale. Personne n&rsquo;est en \u00e9tat de piloter les conflits darwiniens entre syst\u00e8mes, pour proposer des synth\u00e8ses ou coop\u00e9rations, car comme je l&rsquo;\u00e9crit dans mon bouquin (c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs une banalit\u00e9), il n&rsquo;y a pas d&rsquo;observateur global du monde et moins encore d&rsquo;acteur global pour le monde. Le monde n&rsquo;est pas encore, pour reprendre mon terme, un syst\u00e8me cognitif global. <\/p>\n<h3>Croissance technologique exponentielle<\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tVous vous demandez, tout-\u00e0-fait justement, pourquoi ces risques majeurs n&rsquo;\u00e9taient pas survenus pr\u00e9c\u00e9demment. Vous citez la construction des cath\u00e9drales, laquelle \u00e0 premi\u00e8re vue n&rsquo;a pas entra\u00een\u00e9 de catastrophes (encore que&#8230;). Les cath\u00e9drales sont pour moi des produits de la concurrence darwinienne entre villes,  elles-m\u00eames concr\u00e9tisation territoriale des luttes  entre Empires. Elles sont l&rsquo;expression, selon mon hypoth\u00e8se, d&rsquo;une syst\u00e8me anthropotechnique diff\u00e9rent du syst\u00e8me humains-armements. Il s&rsquo;agit du syst\u00e8me humains-technologies de l&rsquo;habitat dites aussi technologies de construction de niches (cf les termites). J&rsquo;aborde un peu ce sujet dans un article r\u00e9cent consacr\u00e9 aux m\u00e9gapoles consid\u00e9r\u00e9es comme des syst\u00e8mes anthropotechniques. Vos lecteurs pourront s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer (<a href=\"http:\/\/www.admiroutes.asso.fr\/larevue\/2010\/105\/megapole.htm\" class=\"gen\">http:\/\/www.admiroutes.asso.fr\/larevue\/2010\/105\/megapole.htm<\/a>). Or que constate-t-on en ce cas?  Pendant des mill\u00e9naires, les villes ont \u00e9t\u00e9 des abris et des sources de croissance pour les humains. Mais elles ont si bien r\u00e9ussi qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui elles sont en train d&rsquo;attirer une population (d\u00e9j\u00e0 la moiti\u00e9 de la population mondiale) qui ne cesse de se d\u00e9velopper en esp\u00e9rant y trouver abri, qui les saturent et qui cr\u00e9eront dans quelques d\u00e9cennies des situations invivables. Ceci parce que les technologies associ\u00e9es aux humains qui les contr\u00f4lent  et sont contr\u00f4l\u00e9s par elles  ont chang\u00e9 de puissance. Du temps des cath\u00e9drales, il fallait tailler la pierre \u00e0 la scie. Aujourd&rsquo;hui, \u00e0 coup de pelleteuses, b\u00e9tonneuses, charpentes m\u00e9talliques, on construit des monstres dont les tours de Duba\u00ef sont le prototype. Je me permets de vous renvoyer \u00e0 mon article sur les m\u00e9gapoles qui pr\u00e9cise ce point de vue.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes technologies de l&rsquo;habitat ne sont \u00e9videmment pas celles qui ont \u00e9volu\u00e9 le plus rapidement et de fa\u00e7on de moins en moins contr\u00f4l\u00e9es. Avec le Pentagone, nous voyons ce qu&rsquo;il en est des technologies militaires et de s\u00e9curit\u00e9. Dans <em>Les Ames de Verdun<\/em> vous avez fort justement rappel\u00e9 que les aci\u00e9ristes de la Rhur et autres r\u00e9gions industrielles de l&rsquo;Empire ont en fait gonfl\u00e9 d&rsquo;orgueil, jusqu&rsquo;\u00e0 leur faire perdre le sens des risques, le Haut Etat-major allemand. Mais personne ne l&rsquo;a fait en connaissance de cause. Tous, industriels, militaires, gouvernants, soldats eux-m\u00eames \u00e9taient pris dans l&rsquo;explosion d&rsquo;un vaste syst\u00e8me anthropotechnique o\u00f9 le vieux r\u00e9flexe anthropologique de la conqu\u00eate du territoire s&rsquo;associait \u00e0 l&rsquo;<em>ubris<\/em> des ing\u00e9nieurs et des chefs d&rsquo;unit\u00e9 fascin\u00e9s par l&rsquo;artillerie lourde. L&rsquo;histoire comme vous le rappelez dans <em>La Gr\u00e2ce de l&rsquo;Histoire<\/em>,  s&rsquo;est renouvel\u00e9e avec Hitler. L\u00e0 encore l&rsquo;<em>ubris<\/em> technologique l&rsquo;a pouss\u00e9, lui et ses sbires, \u00e0 prendre des risques insens\u00e9s. Cela lui  a rapport\u00e9 quelques succ\u00e8s, jusqu&rsquo;au retournement (la campagne de Russie).  <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLes technologies de l&rsquo;\u00e9nergie sont en train de jouer le m\u00eame r\u00f4le, celui de destruction des r\u00e9flexes de prudence dont pourtant nos cerveaux sont g\u00e9n\u00e9tiquement dot\u00e9s. Les syst\u00e8mes anthropotechniques de production et de consommation de l&rsquo;\u00e9nergie continuent \u00e0 s&#8217;emballer. Vous connaissez assez la question pour qu&rsquo;il ne soit pas n\u00e9cessaire ici de d\u00e9velopper. Sans m\u00eame parler du nucl\u00e9aire, on voit les d\u00e9g\u00e2ts que continuent \u00e0 produire sur terre et sous la mer les techniques foisonnantes de forage profond, traitement des sables bitumineux, traitement d&rsquo;une nouvelle source dite in\u00e9puisable que sont les shale gaz ou gaz de schistes, bient\u00f4t exploitation des chlorates de m\u00e9thane sous-marins et des r\u00e9serves de tourbe du permafrost sib\u00e9rien. Les sols en surface seront d\u00e9truits, pollu\u00e9s, les rejets de gaz \u00e0 effet de serre multipli\u00e9s, tous les experts disent que ce sera une catastrophe, mais personne  ne pourra jamais arr\u00eater le processus. Ce serait comme vouloir en Afrique arr\u00eater une charge de buffles pour vouloir sauver une renoncule. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans mon livre, j&rsquo;\u00e9voque aussi, \u00e9videmment, les technologies de l&rsquo;information, de l&rsquo;intelligence artificielle et de la robotique autonome, que j&rsquo;ai  toute ma vie (au moins depuis les ann\u00e9es 70) contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper. Elles sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressantes dans notre cas, car dans les syst\u00e8mes actuelles, l&rsquo;humain et le robot commencent \u00e0 se d\u00e9velopper en boucles de r\u00e9troaction, conduisant \u00e0 produire des entit\u00e9s que certains d\u00e9signent d\u00e9j\u00e0 du terme de post-humain et que j&rsquo;appellerais pour ma part tout aussi bien post-technique ou, de pr\u00e9f\u00e9rence, post-anthropotechnique. Le probl\u00e8me, pour en revenir aux risques contemporains de d\u00e9veloppements catastrophiques, est que ces entit\u00e9s post-humaines ou post-techniques ne semblent pas pouvoir pour le moment faire \u00e9merger de conscience globale. Le <em>global brain<\/em> vant\u00e9 par les fervents de l&rsquo;Internet est un mythe. Il s&rsquo;agit encore d&rsquo;un \u00e9cosyst\u00e8me ou \u00e9cosph\u00e8re sauvage o\u00f9 les syst\u00e8mes individuels luttent f\u00e9rocement et \u00e0 l&rsquo;aveugle pour la conqu\u00eate des diverses ressources encore disponibles. <\/p>\n<h3>In\u00e9luctabilit\u00e9? <\/h3>\n<\/p>\n<p><p>\tJ&rsquo;en arrive au point fondamental que vous \u00e9voquez: peut-on dire que les cons\u00e9quences heureuses ou catastrophiques r\u00e9sultant de la comp\u00e9tition darwinienne entre syst\u00e8mes anthropotechniques sont in\u00e9luctables. C&rsquo;est une question sur laquelle les darwiniens dont je suis ne cessent de tenter de s&rsquo;expliquer, sans succ\u00e8s. La plupart des gens ne veulent pas admettre que la concurrence darwinienne se produit \u00e0 l&rsquo;aveugle, au hasard des mutations et des contraintes de s\u00e9lection s&rsquo;exer\u00e7ant sur les organismes mut\u00e9s. Tout peut arriver. Il est toujours possible de proposer des probabilit\u00e9s de r\u00e9alisation de tel ou tel \u00e9v\u00e9nement, mais on n&rsquo;en constatera la survenance qu&rsquo;a post\u00e9riori, lorsqu&rsquo;il se sera produit. Pour supprimer ce risque de course \u00e0 l&rsquo;inconnu, il faudrait supprimer la comp\u00e9tition entre les entit\u00e9s. Mais ce serait les tuer, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des v\u00e9g\u00e9taux, des bact\u00e9ries, des animaux, des humains et de nos syst\u00e8mes anthropocentriques. Au plan politique, les r\u00e9gulateurs ont encore beaucoup de mal \u00e0 convaincre les lib\u00e9raux qu&rsquo;il faudrait supprimer concurrence et innovation   ceci tout simplement  parce que la mondialisation, r\u00e9sultant elle-m\u00eame de la mondialisation des technologies, ne peut s&rsquo;arr\u00eater. Elle ne s&rsquo;arr\u00eaterait que si elle provoquait de telles catastrophes que l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me terrestre se bloquerait. Mais alors il ne resterait pas beaucoup d&rsquo;humains pour en profiter. Les r\u00e9gulateurs, dont j&rsquo;aimerais aussi faire partie, car j&rsquo;ai l&rsquo;esprit assez terroriste pour cela, ne peuvent esp\u00e9rer qu&rsquo;agir \u00e0 la marge, et sans aucune id\u00e9e pr\u00e9cise des cons\u00e9quences heureuses ou malheureuses de leurs interventions.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCeci dit, vous vous demandez \u00e0 juste titre cependant si dans l&rsquo;\u00e9volution des supersyst\u00e8mes il y a place pour des dimensions imaginaires, esth\u00e9tiques, visionnaires voire mystiques, \u00e9manant des hommes en tant qu&rsquo;individus ou des collectivit\u00e9s. Je ne vous surprendrais pas en vous r\u00e9pondant que, bien que mat\u00e9rialiste, je serais bien aveugle si je sous-estimais cette dimension fantasmatique de l&rsquo;action humaine, qui se r\u00e9percute au sein des syst\u00e8mes anthropotechniques sur les orientations que prennent les technologies. Les neurologues expliquent que le cerveau droit, celui de l&rsquo;imagination, est en comp\u00e9tition permanente avec le gauche, celui du calcul. C&rsquo;est sans doute vrai chez les animaux aussi, dans la mesure o\u00f9 leur cerveau est partitionn\u00e9 en aires se partageant les t\u00e2ches de repr\u00e9sentation du monde et d&rsquo;eux-m\u00eames au sein de la conscience primaire. Mais c&rsquo;est \u00e9videmment le cas chez les humains. C&rsquo;est sans doute gr\u00e2ce \u00e0 cela que d\u00e8s les origines, les premiers manipulateurs d&rsquo;outils ont su d\u00e9coller des comportements plus st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s o\u00f9 s&rsquo;enfermaient les  manieurs d&rsquo;outils animaux, primates briseurs de noix, corbeaux, etc., Ils ont visionn\u00e9 dans leur imaginaire une id\u00e9e encore confuse d&rsquo;eux-m\u00eames arm\u00e9s de la pierre et s&rsquo;en servant comme d&rsquo;une prolongation de leurs corps. On pense qu&rsquo;une petite mutation g\u00e9n\u00e9tique, survenue l\u00e0 encore au hasard mais pourtant d\u00e9cisive, leur a permis cette prise de recul ou plut\u00f4t ce bond en avant dans le futur  peut-\u00eatre en m\u00eame temps qu&rsquo;ils apprenaient par le geste et des proto-langages \u00e0 partager ces visions. <\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tC&rsquo;est bien \u00e9videmment ce que chacun d&rsquo;entre nous continue \u00e0 faire, projeter un Moi hallucin\u00e9 arm\u00e9 de la derni\u00e8re technologie \u00e0 la mode, lorsque nous nous imaginons pouvoir  am\u00e9liorer les conditions par lesquelles nous pourrons  nous imposer aux autres, \u00e0 titre individuel ou au nom du groupe. Il est donc essentiel, si l&rsquo;on veut comprendre un tant soit peu les forces \u00e9volutives mettant en oeuvre les divers syst\u00e8mes anthropotechniques auxquels nous appartenons, d&rsquo;observer avec les outils ad\u00e9quats les r\u00e9f\u00e9rences esth\u00e9tiques et m\u00e9taphysiques qui motivent les humains et post-humains en faisant  partie. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que vous faites constamment en tant qu&rsquo;observateur-acteur au sein des jeux g\u00e9ostrat\u00e9giques qui nous engagent, que nous le voulions ou non.<\/p>\n<\/p>\n<p>\n<p class=\"signature\">Jean-Paul Baquiast<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DIALOGUES-2: croissance acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, croissance al\u00e9atoire Je vous remercie, cher Philippe, de vos compliments, s\u00fbrement exag\u00e9r\u00e9s, adress\u00e9s \u00e0 mon livre dans votre Question(s) autour du sens. 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