{"id":71791,"date":"2010-04-19T11:44:56","date_gmt":"2010-04-19T11:44:56","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/04\/19\/notes-sur-letrange-axe-de-katyn\/"},"modified":"2010-04-19T11:44:56","modified_gmt":"2010-04-19T11:44:56","slug":"notes-sur-letrange-axe-de-katyn","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/04\/19\/notes-sur-letrange-axe-de-katyn\/","title":{"rendered":"Notes sur l&rsquo;\u00e9trange \u201caxe de Katyn\u201d"},"content":{"rendered":"<p><h2 class=\"titleset_a.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:2em\">Notes sur l&rsquo;\u00e9trange \u00ab\u00a0axe de Katyn\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Nous avons trait\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, notamment le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-le_rendez-vous_de_katyn_08_04_2010.html\">8 avril 2010<\/a> et le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-clemons_la_mort_de_kaczynski_et_la_situation_europeenne_12_04_2010.html\">12 avril 2010<\/a>, de l&rsquo;\u00e9volution en cours entre la Russie et la Pologne. Nous avons \u00e9galement rappel\u00e9 que ce rapprochement, un moment compromis par la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb entre la Russie et la G\u00e9orgie, \u00e9tait le but initial du Premier ministre Donald Tusk (voir le <a class=\"gen\" href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-nous_allons_etre_agreablement_surpris_de_la_vitesse_de_l_amelioration_des_relations_entre_la_pologne_et_la_russie_24_11_2007.html\">24 novembre 2007<\/a>).<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Nous pr\u00e9sentons ici une courte analyse de cette \u00e9volution exemplaire, dans le sens o&ugrave; elle m\u00e9lange divers ingr\u00e9dients qui composent aujourd&rsquo;hui la politique, \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de la communication, &ndash; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des int\u00e9r\u00eats politiques, les r\u00e9f\u00e9rences historiques, le symbolisme, et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9motion de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement impr\u00e9vu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>(Cette analyse est largement d\u00e9velopp\u00e9e dans notre prochain num\u00e9ro de <em>dde.crisis<\/em>, du 25 avril 2010. Les aspects psychologiques, historiques et autres, y compris les aspects \u00e9motionnels, sont pris en compte. Nous en rendrons compte lors de la parution de ce num\u00e9ro.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une russophobie pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9?<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Le diff\u00e9rend russo-polonais semblait \u00eatre, il y a encore quelques semaines, pour ceux qui affectionnent la lecture superficielle des choses, le cas exemplaire de l&rsquo;obstacle historique et \u00e9motionnel insurmontable. La formidable offensive d&rsquo;influence et de communication anti-russe en cours depuis l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Poutine en 2000, avec en compl\u00e9ment l&rsquo;int\u00e9gration de la Pologne dans l&rsquo;UE et dans l&rsquo;OTAN sur la base d&rsquo;un sentiment anti-russe exacerb\u00e9 (essentiellement sous la direction des \u00ab\u00a0jumeaux terribles\u00a0\u00bb Kaczynski), selon des notions de s\u00e9curit\u00e9 compl\u00e8tement distordues pour la circonstance, semblaient avoir verrouill\u00e9 cet antagonisme pour une nouvelle p\u00e9riode.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>En d&rsquo;autres mots, le \u00ab\u00a0rendez-vous\u00a0\u00bb de l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide annonc\u00e9 par le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res (encore) sovi\u00e9tique Chevardnadze, en avril 1990, sous le nom de \u00ab\u00a0<em>Sinatra doctrine<\/em> (d&rsquo;apr\u00e8s la chanson de Frank Sinatra <em>My Way<\/em>), qui se voulait lib\u00e9ratrice des anciens pays de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est pour choisir leur voie politique propre, avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement fig\u00e9 en une nouvelle situation d&rsquo;affrontement Est-Ouest. La conjonction de l&rsquo;activisme US (les capitalistes sauvages suivis des r\u00e9seaux n\u00e9o-conservateurs dans les deux d\u00e9cennies des ann\u00e9es 1990 et 2000) et du reclassement des <em>apparatchiks<\/em> communistes de l&rsquo;ex-Europe de l&rsquo;Est dans la corruption capitaliste avaient permis ce verrouillage. Sur ce limon f\u00e9cond, de nouveaux nationalismes est-europ\u00e9ens s&rsquo;\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9s, appuy\u00e9s sur la soi-disant alliance US et ax\u00e9s sur une russophobie justifi\u00e9e par deux-tiers de si\u00e8cle de contrainte sovi\u00e9tique.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Sans aucun doute, la Pologne dominait ce processus, par sa puissance en Europe de l&rsquo;Est, par son assise historique, par la justification symbolique de sa russophobie appuy\u00e9e sur le terrifiant symbole du massacre de Katyn. Le r\u00e8gne des \u00ab\u00a0jumeaux terribles\u00a0\u00bb, les fr\u00e8res Kaczynski, entre 2003 et 2007, repr\u00e9senta le paroxysme de cette situation. (La victoire de Tusk en novembre 2007, laissant le seul Lech Kaczynski dans une position incertaine de Pr\u00e9sident, interrompit la p\u00e9riode.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La \u00ab\u00a0d\u00e9fensive agressive\u00a0\u00bb des Russes<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>De leur c\u00f4t\u00e9, les Russes furent, pendant longtemps, fig\u00e9s dans une position de \u00ab\u00a0d\u00e9fensive agressive\u00a0\u00bb, au moins jusqu&rsquo;en 2005-2006, se consid\u00e9rant comme l&rsquo;objet de pressions elles-m\u00eames agressives par le biais des \u00ab\u00a0r\u00e9volutions de couleur\u00a0\u00bb (G\u00e9orgie, Ukraine, etc.), avec en plus l&rsquo;extension de l&rsquo;OTAN vers l&rsquo;Est consid\u00e9r\u00e9e comme une officialisation de cette \u00ab\u00a0agression\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Contrairement \u00e0 l&rsquo;apparence de la description dynamique de cette situation en \u00ab\u00a0pouss\u00e9es agressives\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0d\u00e9fensive agressive\u00a0\u00bb, c&rsquo;est d&rsquo;un gel progressif de la situation qu&rsquo;il faut parler. Le passage d&rsquo;un certain nombre de pays sous des r\u00e9gimes favorables \u00e0 l&rsquo;Ouest, par les moyens de montages subversifs entrepris par des r\u00e9seaux priv\u00e9s soutenus indirectement par la puissance US, ne faisaient que concr\u00e9tiser une dynamique g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;inspiration US, s&rsquo;inscrivant dans la politique g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;expansionnisme sans frein de l&rsquo;administration US et, surtout, des r\u00e9seaux s&rsquo;en r\u00e9clamant. La position de \u00ab\u00a0d\u00e9fensive agressive\u00a0\u00bb de la Russie \u00e9tait elle-m\u00eame un gel de la situation, dans une position antagoniste.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ainsi, ce qu&rsquo;on crut \u00eatre une dynamique d&rsquo;investissement et d&rsquo;encerclement de la Russie n&rsquo;\u00e9tait en fait que la concr\u00e9tisation par des actes politiques d&rsquo;influence et de subversion assez grossiers d&rsquo;une politique r\u00e9alis\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990, \u00e0 la fois par la destruction de la souverainet\u00e9 de ce qu&rsquo;il restait de la Russie d&rsquo;Eltsine sous la pouss\u00e9e du capitalisme financier US, et l&rsquo;installation de conditions assez similaires dans les pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La Pologne des \u00ab\u00a0jumeaux terribles\u00a0\u00bb<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Dans cette situation, la Pologne tenait un r\u00f4le central, peut-\u00eatre plus que la Russie en un sens. Sa puissance en Europe de l&rsquo;Est, ce qui \u00e9tait tenu pour une russophobie sans retour puisqu&rsquo;appuy\u00e9e sur tant de facteurs historiques et culturels, son r\u00f4le \u00e9galement historique dans la sortie du communisme (avec la Hongrie, mais de mani\u00e8re bien plus spectaculaire, plus \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb si l&rsquo;on veut, la Pologne fut le premier pays \u00e0 s&rsquo;\u00e9manciper d\u00e9mocratiquement de la tutelle de l&rsquo;URSS), &ndash; tout faisait de la Pologne le pilier et l&rsquo;axe central de cette \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb Europe de l&rsquo;Est plus russophobe que jamais. Nul besoin de \u00ab\u00a0r\u00e9volution de couleur\u00a0\u00bb, ni d&rsquo;activisme de groupes US et assimil\u00e9s quelconque, &ndash; la Pologne \u00e9tait, si l&rsquo;on veut employer un \u00e9quivalent commercial cher aux pratiques US, un \u00ab\u00a0march\u00e9 captif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Le nationalisme exacerb\u00e9 des \u00ab\u00a0jumeaux terribles\u00a0\u00bb faisait le reste. Il garantissait aussi bien la russophobie qu&rsquo;un atlantisme d\u00e9brid\u00e9 au sein de l&rsquo;OTAN, qu&rsquo;une attitude de d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de l&rsquo;UE qui emp\u00eachait toute concurrence excessive de l&rsquo;OTAN d&rsquo;une Europe institutionnelle pourtant elle-m\u00eame visc\u00e9ralement russophobe. Les Polonais \u00e9taient les rois de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est anti-russe, et m\u00eame \u00ab\u00a0plus royalistes\u00a0\u00bb que leur propre roi d&rsquo;Outre-Atlantique. Ils \u00e9taient la base morale et op\u00e9rationnelle fondamentale de toute l&rsquo;op\u00e9ration, comme par la nature m\u00eame.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Mais, parfois, et peut-\u00eatre m\u00eame souvent, le mieux est l&rsquo;ennemi du bien. La sagesse populaire n&rsquo;est jamais \u00e0 d\u00e9daigner.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Du BMDE \u00e0 la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb en G\u00e9orgie<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>Il y eut l&rsquo;\u00e9pisode du BMDE. On en a beaucoup parl\u00e9 dans ces colonnes, aussi n&rsquo;y reviendrons-nous pas en d\u00e9tails. Nous l&rsquo;\u00e9voquerons sous un angle diff\u00e9rent, propre \u00e0 la Pologne. Le BMDE envisag\u00e9 sous la pr\u00e9sidence Bush \u00e9tait ax\u00e9 autour de la base principale d&rsquo;anti-missiles, en Pologne. Le syst\u00e8me \u00e9tait centr\u00e9 sur la Pologne et constituait un engagement am\u00e9ricaniste autant qu&rsquo;une \u00ab\u00a0r\u00e9compense\u00a0\u00bb donn\u00e9e \u00e0 ce pays pour son r\u00f4le d&rsquo;axe de la p\u00e9n\u00e9tration US dans son entreprise d&rsquo;encerclement de la Russie. Alors que la Russes voyaient le BMDE comme un syst\u00e8me \u00e9ventuellement \u00ab\u00a0agressif\u00a0\u00bb contre eux, les Polonais le voyaient au contraire comme une assurance et une garantie fix\u00e9es contre d&rsquo;\u00e9ventuelles pressions russes. Seule la <em>narrarive<\/em> officielle de Washington continuait \u00e0 insister sur l&rsquo;argument iranien pour justifier le BMDE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;id\u00e9e culmina avec la signature de l&rsquo;accord officiel sur la base anti-missiles US en Pologne, en pleine guerre de G\u00e9orgie, le 14 ao&ucirc;t 2008. Elle sembla court-circuiter, ou r\u00e9orienter la \u00ab\u00a0nouvelle politique\u00a0\u00bb d&rsquo;arrangement avec la Russie que pr\u00e9parait Donald Tusk. Mais la man&oelig;uvre fit long feu parce que la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb de G\u00e9orgie ne s&rsquo;av\u00e9ra qu&rsquo;une crise sans cons\u00e9quence g\u00e9opolitique notable.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Effectivement, le deuxi\u00e8me facteur important du tournant polonais fut cette \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb de G\u00e9orgie qui n&rsquo;en fut pas une.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Fausse guerre et vraie crise<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>R\u00e9trospectivement, la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb contre la G\u00e9orgie fut un tour de passe-passe. Tout le monde crut \u00e0 la r\u00e9surrection d&rsquo;une situation de tension g\u00e9opolitique majeure, avec la r\u00e9affirmation de la puissance russe. Le seul moyen de donner un certain cr\u00e9dit \u00e0 cette interpr\u00e9tation e&ucirc;t \u00e9t\u00e9 une r\u00e9sistance g\u00e9orgienne s\u00e9rieuse, qui ne pouvait passer que par un soutien indirect US s\u00e9rieux. Ce soutien US ne se concr\u00e9tisa pas pour deux raisons essentiellement : parce que la Turquie avertit qu&rsquo;elle ne soutiendrait pas cette politique, elle qui tient l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la Mer Noire et, plus fondamentalement, parce que les USA n&rsquo;en avaient ni les moyens, ni la coh\u00e9sion politique pour en avoir la volont\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Du coup, la tension g\u00e9opolitique se transforma en une entreprise de n\u00e9gociation, o&ugrave; l&rsquo;Europe, avec un Sarkozy pour une fois dans une phase inspir\u00e9e, parvint \u00e0 r\u00e9tablir la communication. Le syst\u00e8me du technologisme le c\u00e9dait au syst\u00e8me de la communication. La crise devenue guerre avec le retour de la g\u00e9opolitique arm\u00e9e se r\u00e9solvait en tournant court et en redevenant crise, en \u00e9tant absorb\u00e9e par le syst\u00e8me de la communication. Les Russes n&rsquo;insist\u00e8rent pas, constatant que la le\u00e7on avait port\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Dans ce contexte, l&rsquo;affaire de l&rsquo;accord sur le BMDE sign\u00e9 en urgence avec la Pologne prenait des allures anachroniques, d&rsquo;autant que les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles US d\u00e9bouchaient sur la victoire d&rsquo;Obama dont on disait qu&rsquo;il avait de nouvelles id\u00e9es \u00e0 ce propos. La s\u00e9quence se termina avec la d\u00e9cision de septembre 2009, l&rsquo;abandon de la formule BMDE initiale et de la grande base polonaise. Le stationnement \u00e9pisodique d&rsquo;un bataillon de <em>Patriot<\/em> de l&rsquo;U.S. Army en Pologne, d\u00e9cid\u00e9e par les USA comme mesure \u00ab\u00a0de rattrapage\u00a0\u00bb n&rsquo;a aucune r\u00e9elle valeur d&rsquo;\u00e9quivalence. C&rsquo;est un bouche-trou sans int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">De-<em>linkage<\/em> de la question du BMDE et de la Pologne<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>La d\u00e9cision de septembre 2009 a un int\u00e9r\u00eat pour nous dans le contexte purement russo-polonais. Elle d\u00e9truit le \u00ab\u00a0lien\u00a0\u00bb (de-<em>linkage<\/em>) que l&rsquo;administration Bush avait \u00e9tabli entre la Pologne et le syst\u00e8me BMDE, englobant le vision russe de la Pologne dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;hostilit\u00e9 au syst\u00e8me BMDE. La d\u00e9cision de septembre 2009 a \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb la Pologne de la tutelle du syst\u00e8me de l&rsquo;am\u00e9ricanisme par le biais du BMDE et permis d&rsquo;ouvrir une nouvelle phase dans les relations entre la Russie et la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>A partir de ce moment, Russes et Polonais se trouv\u00e8rent dans une position nouvelle, o&ugrave; chacun de ces pays pouvait juger de la forme possible de ses relations avec l&rsquo;autre, sans la contrainte de la probl\u00e9matique empoisonn\u00e9e du BMDE. Les relations russo-polonaises pouvaient d\u00e9sormais \u00e9voluer hors de l&rsquo;influence des relations russo-am\u00e9ricanistes, avec ou sans le BMDE. (Le projets de nouveaux d\u00e9ploiements de missiles US en Pologne existe, mais suffisamment vague et dans un d\u00e9lai suffisamment long, &ndash; 2015-2017, &ndash; pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus aucune interf\u00e9rence.)<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Le facteur START-II<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est sur cet arri\u00e8re-plan du retrait US du BMDE que les relations entre la Russie et le Pologne ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer. Elles sont compl\u00e9t\u00e9es par une \u00e9volution de la Russie vis-\u00e0-vis de START-II, mim\u00e9tique m\u00eame si dans des conditions diff\u00e9rentes, de l&rsquo;\u00e9volution de la Pologne vis-\u00e0-vis du BMDE.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;affaire de la comm\u00e9moration de Katyn a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e par Poutine lorsqu&rsquo;il est apparu que START-II n&rsquo;apporterait pas les satisfactions qu&rsquo;on attendait de ce trait\u00e9 et, notamment, \u00e9liminait <em>de facto<\/em> la possibilit\u00e9 d&rsquo;une coop\u00e9ration efficace entre les USA et la Russie en Europe m\u00eame. On sait que START-II, comme il se pr\u00e9sente, est un accord <em>a minima<\/em>, qui n&rsquo;\u00e9limine absolument pas le probl\u00e8me des anti-missiles (dans ce cas, pour la Russie seule), qui est d\u00e9j\u00e0 menac\u00e9 au Congr\u00e8s d&rsquo;une ratification sur la longue dur\u00e9e (en 2011 au plus t\u00f4t), avec la probabilit\u00e9 d&rsquo;amendements sur les anti-missiles sans doute inacceptables pour les Russes, et le trait\u00e9 qui pourrait finalement ne pas \u00eatre ratifi\u00e9 du tout&hellip;<\/p>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est en janvier-f\u00e9vrier 2010 que les Russes ont commenc\u00e9 \u00e0 se convaincre de cette perspective, donc de l&rsquo;impossibilit\u00e9 que les USA jouent un r\u00f4le constructif en Europe. C&rsquo;est justement en f\u00e9vrier que Poutine a lanc\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de la comm\u00e9moration commune de Katyn. Les Russes avaient choisi, mais d&rsquo;ailleurs selon une situation qui leur imposait ce choix: la question de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne devrait \u00eatre trait\u00e9e sans les Am\u00e9ricains, et elle devrait commencer par une tentative de rapprochement d\u00e9cisif avec la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">La \u00ab\u00a0plus petite porte\u00a0\u00bb vers de grandes choses<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>C&rsquo;est \u00e0 ce point o&ugrave; nous en sommes aujourd&rsquo;hui, et la surprise est sans doute que les Russes ont soudain jug\u00e9 opportun, et rencontrant \u00e0 cet \u00e9gard une oreille int\u00e9ress\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la Pologne, de remplacer leur projet d&rsquo;attaquer le probl\u00e8me de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne par la plus grande porte possible (la coop\u00e9ration avec les USA), pour choisir la plus petite porte possible que sont les relations avec la Pologne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Se sont-ils d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7us de toutes les implications de la chose? En effet, cette \u00ab\u00a0plus petite porte\u00a0\u00bb n&rsquo;en est pas moins un choix essentiel, qui ne concerne pas que les deux seuls pays. Une coop\u00e9ration russo-polonaise fond\u00e9e sur une r\u00e9elle r\u00e9conciliation entre les deux pays, plus qu&rsquo;aucun autre cas, aboutit \u00e0 la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>D&rsquo;abord, la perspective concerne deux pays d&rsquo;une importance ind\u00e9niable, tous deux en qu\u00eate d&rsquo;affirmation identitaire et nationale, tous deux voulant tout de m\u00eame jouer un r\u00f4le dans le concert europ\u00e9en, eux deux formant en fait un \u00ab\u00a0pont\u00a0\u00bb entre l&rsquo;extr\u00eame Est de l&rsquo;Europe et l&rsquo;ouverture sur l&rsquo;Ouest de l&rsquo;Europe de cet \u00ab\u00a0extr\u00eame Est\u00a0\u00bb. La Pologne est la voie r\u00e9gionale par laquelle la Russie peut s'\u00a0\u00bbeurop\u00e9aniser\u00a0\u00bb d&rsquo;une fa\u00e7on d\u00e9cisive, entra&icirc;nant dans ce mouvement un processus qui tendrait \u00e0 clore d\u00e9finitivement l&rsquo;antagonisme Est-Ouest \u00e9tabli au c&oelig;ur de l&rsquo;Europe par la Guerre froide.<\/p>\n<\/p>\n<p><h2 class=\"titleset_b.deepblue\" style=\"color:#0f3955; font-size:1.65em; font-variant:small-caps\">Une \u00e9volution structurante<\/h2>\n<\/p>\n<p><p>L&rsquo;on voit alors combien cette possible r\u00e9conciliation historique pourrait aussit\u00f4t, si elle se concr\u00e9tise, devenir un \u00e9v\u00e9nement europ\u00e9en d&rsquo;une immense importance. Le rapprochement conjoint de tous ces pays, le rapprochement int\u00e9gr\u00e9 de la Russie dans un \u00ab\u00a0concert\u00a0\u00bb europ\u00e9en (beaucoup plus que dans telle ou telle organisation, ici le probl\u00e8me est compl\u00e8tement secondaire), apporteraient \u00e0 l&rsquo;Europe un poids nouveau, un renforcement fondamental du camp des pays partisans de l&rsquo;identit\u00e9 nationale contre les forces favorables \u00e0 la supranationalit\u00e9 ou \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence du \u00ab\u00a0march\u00e9\u00a0\u00bb (\u00e9conomisme). Ils affaibliraient d&rsquo;autant les forces anglo-saxonnes qui r\u00e9gnaient en ma&icirc;tresses sur les concepts europ\u00e9ens, et qui sont elles-m\u00eames, aujourd&rsquo;hui, frapp\u00e9es de plein fouet par une crise dont elles sont pour l&rsquo;essentiel, sinon exclusivement, les responsables.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Ce serait une op\u00e9ration pleine d&rsquo;une signification potentiellement in\u00e9dite. Commenc\u00e9e comme une classique \u00e9volution historique et g\u00e9opolitique, elle \u00e9voluerait et prendrait toute son ampleur et sa signification en se transformant en une force pleinement partie prenante dans la bataille entre forces structurantes et forces d\u00e9structurantes, &ndash; du c\u00f4t\u00e9 des forces structurantes, bien entendu.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>Une telle \u00e9volution \u00ab\u00a0tournerait\u00a0\u00bb les constructions, les infrastructures et architectures datant de la Guerre froide et d&rsquo;inspiration anglo-saxonne, et placerait les pays europ\u00e9ens devant un choix entre la poursuite d&rsquo;une formule qui a fait ses preuves comme machinerie dispensatrice d&rsquo;une crise nihiliste, et la rassemblements des identit\u00e9s nationales, ou la formule de l'\u00a0\u00bbEurope des patries\u00a0\u00bb s&rsquo;imposant par une voie g\u00e9opolitique in\u00e9dite, \u00e0 partir d&rsquo;une situation o&ugrave;, justement, les antagonistes g\u00e9opolitiques auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits.<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur l&rsquo;\u00e9trange \u00ab\u00a0axe de Katyn\u00a0\u00bb Nous avons trait\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, notamment le 8 avril 2010 et le 12 avril 2010, de l&rsquo;\u00e9volution en cours entre la Russie et la Pologne. Nous avons \u00e9galement rappel\u00e9 que ce rapprochement, un moment compromis par la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb entre la Russie et la G\u00e9orgie, \u00e9tait le but initial&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[4314,2631,8154,398,3460,9482,9448,3574,584,2827,916,2730,9483,2828],"class_list":["post-71791","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-analyse","tag-bmde","tag-de","tag-destructurantes","tag-europe","tag-forces","tag-kaczinski","tag-katyn","tag-lest","tag-otan","tag-pologne","tag-poutine","tag-russie","tag-structuranes","tag-tusk"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71791","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71791"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71791\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71791"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71791"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71791"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}