{"id":71918,"date":"2010-05-31T06:57:07","date_gmt":"2010-05-31T06:57:07","guid":{"rendered":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/05\/31\/le-sort-dune-presidence\/"},"modified":"2010-05-31T06:57:07","modified_gmt":"2010-05-31T06:57:07","slug":"le-sort-dune-presidence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new.dedefensa.org\/index.php\/2010\/05\/31\/le-sort-dune-presidence\/","title":{"rendered":"Le sort d&rsquo;une pr\u00e9sidence"},"content":{"rendered":"<p><p>Aux USA, les \u00e9v\u00e9nements des derni\u00e8res 72 heures (le <em>I&rsquo;m in charge<\/em> d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.dedefensa.org\/article-de_la_dissolution_du_pouvoir_politique_28_05_2010.html\" class=\"gen\">Obama<\/a>, suivi des \u00e9checs de BP pour colmater les fuites des conduits p\u00e9troliers dans le Golfe du Mexique) ont d\u00e9clench\u00e9 une formidable offensive m\u00e9diatique de sp\u00e9culation sur le sort du pr\u00e9sident. Brutalement, la catastrophe s&rsquo;est effectivement transform\u00e9e en une crise nationale, de caract\u00e8re politique. D\u00e9sormais, les commentateurs jugent que le sort de la pr\u00e9sidence Obama est dans la balance.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tL&rsquo;image du <em>Kristina<\/em> d&rsquo;Obama est remplac\u00e9 par une analogie politiquement beaucoup plus f\u00e9roce : la crise est compar\u00e9e \u00e0 la crise des otages de T\u00e9h\u00e9ran qui emporta Jimmy Carter et sa pr\u00e9sidence \u00e0 partir de novembre 1979. <em>RAW Story<\/em>, hier <a href=\"http:\/\/rawstory.com\/rs\/2010\/0530\/oil-spill-obamas-iran-hostage-crisis\/\" class=\"gen\">30 mai 2010<\/a>, rapportait cette \u00e9volution qu&rsquo;on pourrait juger essentielle, sinon d\u00e9cisive dans la situation d&rsquo;influence du syst\u00e8me de la communication.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00ab<em>Some critics of the Obama administration have now picked up the talking point that the oil spill is equivalent to the Iranian hostage crisis credited with destroying President Jimmy Carter&rsquo;s presidency.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Columnist George Will advanced the idea Sunday. I think the danger isn&rsquo;t that this is his Katrina. It&rsquo;s that it&rsquo;s his Iranian hostage crisis, Will told ABC&rsquo;s Jake Tapper. That happened to Carter in his first  and it turned out only  term. So it wasn&rsquo;t like Katrina, which was sort of beside the point. Bush was a spent force by then anyway and it reinforced the perception. People said Carter is well meaning, they like him, intelligent fellow but maybe he isn&rsquo;t up to the job and the jury is still out on that for Barack Obama, said Will.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>Another conservative voice, Fox News&rsquo; Chris Wallace, also echoed the talking point. I spoke with a top Democratic strategist this week who said he really thinks it&rsquo;s more Obama&rsquo;s Iranian hostage crisis in the fact it&rsquo;s dragging out over time and there is a question if he should be fairly blamed for it, but the public is going to become increasingly frustrated and they will blame the president for somehow not fixing it, Wallace said on Fox News Sunday.<\/em><\/p>\n<\/p>\n<p><p>\t\u00bb<em>But the meme may have been started by a pundit that is often friendly to the president. Following Obama&rsquo;s Thursday news conference, Chris Wallace criticized the Commander in Chief for not seizing control of the disaster. I think this is more like the Iranian hostage crisis that brought down Jimmy Carter than Katrina, he said.<\/em>\u00bb<\/p>\n<h4>Notre commentaire<\/h4>\n<p> Effectivement, l&rsquo;image est beaucoup plus f\u00e9roce en termes politiques pour la pr\u00e9sidence. La crise des otages de T\u00e9h\u00e9ran (une cinquantaine de fonctionnaires de l&rsquo;ambassade US de T\u00e9h\u00e9ran pris en otage le 4 novembre 1979 apr\u00e8s une manifestation hostile aux USA) paralysa Jimmy Carter durant les douze derniers mois de sa pr\u00e9sidence et lui fit perdre sa r\u00e9\u00e9lection, dans des conditions d&rsquo;ailleurs extr\u00eamement suspectes sur la fin. (Les otages furent lib\u00e9r\u00e9s le jour m\u00eame de la prise de fonction de Ronald Reagan, ce qui alimenta largement la th\u00e8se, fortement document\u00e9e, d&rsquo;un march\u00e9 entre les r\u00e9publicains et l&rsquo;ayatollah Khomeini pour que l&rsquo;Iran conserve les otages jusqu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection, pr\u00e9cipitant la d\u00e9faite de Carter.) La comparaison avec <em>Katrina<\/em> n&rsquo;a pas cette signification politique puisque Bush \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans son second terme et d\u00e9j\u00e0 fortement discr\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tCe changement brutal de jugement de divers commentateurs, selon une analogie qui a toutes les chances d&rsquo;avoir son succ\u00e8s comme peut l&rsquo;avoir une formule \u00e0 forte signification politique, implique qu&rsquo;on va suivre d\u00e9sormais le comportement d&rsquo;Obama comme celui d&rsquo;un pr\u00e9sident en sursis, dans une crise o\u00f9 son comportement initial constitue son plus grave handicap, et une crise qui semble avoir ce caract\u00e8re redoutable de la dur\u00e9e (on parle d\u00e9sormais du mois d&rsquo;ao\u00fbt, seulement pour l&rsquo;\u00e9ventuel arr\u00eat de la fuite). Dans ce cas, comme dans celui de Carter, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est le ma\u00eetre et influence fortement l&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me de la communication ; et l&rsquo;image (celle d&rsquo;une pr\u00e9sidence condamn\u00e9e) contenue dans la formule analogique colore tous les jugements. Le r\u00e9sultat est une situation d&rsquo;un v\u00e9ritable emprisonnement de la pr\u00e9sidence dans une situation enti\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9e par un syst\u00e8me de la communication qui a trouv\u00e9 l&rsquo;atout ma\u00eetre pour orienter le jugement qu&rsquo;on porte sur cette pr\u00e9sidence. Il ne s&rsquo;agit pas, \u00e0 ce stade, d&rsquo;une manuvre politique mais bien d&rsquo;une situation de communication, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9cho m\u00e9diatique, l&rsquo;image condens\u00e9e et charg\u00e9e de sens, sont les armes principales d&rsquo;un syst\u00e8me de la communication qui ne cherche qu&rsquo;\u00e0 affirmer son empire sur le jugement, dans quelque sens que ce soit. C&rsquo;est ensuite, \u00e0 partir de cette nouvelle situation de communication, si elle se confirme, que la politique va jouer son r\u00f4le.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tLa situation d&rsquo;Obama, et de l&rsquo;Am\u00e9rique d&rsquo;Obama en 2010, est \u00e0 la fois similaire dans la pente \u00e0 la situation de Carter et de l&rsquo;Am\u00e9rique de Carter en 1979, et \u00e0 la fois compl\u00e8tement diff\u00e9rente pour la gravit\u00e9 de la situation. En 1979, Jimmy Carter avait d\u00e9j\u00e0 connu des crises graves qui l&rsquo;avaient fortement handicap\u00e9, notamment une crise p\u00e9troli\u00e8re (\u00e0 la suite de l&rsquo;arr\u00eat des exportations de p\u00e9trole d&rsquo;Iran apr\u00e8s la prise de pouvoir par Khomeini en janvier 1978) qui avait touch\u00e9 l&rsquo;Am\u00e9rique et suscit\u00e9 une crise personnelle chez le pr\u00e9sident. Le prestige et l&rsquo;influence de l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e9taient au plus bas. Mais il n&rsquo;\u00e9tait pas question alors d&rsquo;une crise syst\u00e9mique ni d&rsquo;une situation objective de possibilit\u00e9 d&rsquo;effondrement du syst\u00e8me,  rien de semblable en gravit\u00e9 \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 aux USA depuis l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;Irak et l&rsquo;effondrement de Wall Street. L&rsquo;Am\u00e9rique restait la superpuissance incontest\u00e9e de la Guerre froide, ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus aujourd&rsquo;hui, et son syst\u00e8me n&rsquo;\u00e9tait pas mis en cause comme le syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;inspiration am\u00e9ricaniste est aujourd&rsquo;hui partout en crise.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tEn fait, la catastrophe du golfe du Mexique qui se transforme en crise politique nationale se greffe sur une situation de crise syst\u00e9mique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Du coup, l&rsquo;analogie Carter adopt\u00e9e pour caract\u00e9riser la situation d&rsquo;Obama prend une r\u00e9sonnance beaucoup plus forte et beaucoup plus grave. Elle affecte une pr\u00e9sidence mais \u00e9galement la situation am\u00e9ricaniste dans son ensemble. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas avec Carter, qui semblait \u00eatre la seule cause de la mauvaise situation des USA ; l&rsquo;interpr\u00e9tation (d&rsquo;ailleurs fortement contestable) \u00e9tait celle d&rsquo;une circonstance conjoncturelle (Carter, cause du malaise US). Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;interpr\u00e9tation est diff\u00e9rente, et beaucoup plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 ; les probl\u00e8mes d&rsquo;Obama ne sont qu&rsquo;un des effets d&rsquo;une situation structurelle gravissime des USA, et ce n&rsquo;est certainement pas une circonstance politique dans ce sens (par exemple, l&rsquo;\u00e9chec des d\u00e9mocrates en novembre prochain, si la situation de l&rsquo;administration empire avec la catastrophe du Golfe du Mexique) qui changera quoi que ce soit \u00e0 la situation structurelle des USA.<\/p>\n<\/p>\n<p><p>\tDans le cas de Carter, il y avait un jeu politique concevable (mais contestable, r\u00e9p\u00e9tons-le) : d\u00e9barrassez-vous de Carter et l&rsquo;Am\u00e9rique ira mieux, et elle rena\u00eetra (ce fut d&rsquo;ailleurs le slogan de Reagan durant la campagne \u00e9lectorale de 1980). Dans le cas d&rsquo;Obama, les ennuis nouveaux du pr\u00e9sident ne sont qu&rsquo;un signe de plus de la situation catastrophique des USA en g\u00e9n\u00e9ral. M\u00eame si l&rsquo;on suit l&rsquo;analogie propos\u00e9e (la crise des otages de T\u00e9h\u00e9ran de Carter), la catastrophe du Golfe appara\u00eet effectivement comme un grave coup pour le pr\u00e9sident Obama, mais cela n&rsquo;est que secondaire. Ce grave coup l&rsquo;est aussi pour la situation du pays et du syst\u00e8me et les revers \u00e9ventuels d&rsquo;Obama ne conduiront qu&rsquo;\u00e0 une aggravation tr\u00e8s rapide de la situation am\u00e9ricaniste, tant au niveau psychologique (la confiance dans le syst\u00e8me et dans le destin de l&rsquo;Am\u00e9rique, d\u00e9j\u00e0 au plus bas) qu&rsquo;au niveau politique (la capacit\u00e9 de contr\u00f4le du centre, la coh\u00e9sion du pays). C&rsquo;est une situation de communication o\u00f9 nul n&rsquo;est gagnant. Obama pourrait effectivement avoir essuy\u00e9 un coup fatal pour sa pr\u00e9sidence, mais aucune force n&rsquo;est capable d&rsquo;offrir une alternative acceptable pour une population dont le comportement de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, surtout avec l&rsquo;\u00e9mergence du mouvement <em>Tea Party<\/em>,  montre son hostilit\u00e9 extraordinaire \u00e0 l&rsquo;<em>establishment<\/em> washingtonien. C&rsquo;est une situation de communication qui acc\u00e9l\u00e8re la crise de l&rsquo;am\u00e9ricanisme.<\/p>\n<\/p>\n<p><\/p>\n<p><p>\tMis en ligne le 31 mai 2010 \u00e0 06H56<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux USA, les \u00e9v\u00e9nements des derni\u00e8res 72 heures (le I&rsquo;m in charge d&rsquo;Obama, suivi des \u00e9checs de BP pour colmater les fuites des conduits p\u00e9troliers dans le Golfe du Mexique) ont d\u00e9clench\u00e9 une formidable offensive m\u00e9diatique de sp\u00e9culation sur le sort du pr\u00e9sident. 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